‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 133 sur 189 · REDOUTES ET APPROVISIONNEMENTS · texte numérisé non relu

REDOUTES ET APPROVISIONNEMENTS

blanc d'eau dans le lac Madieh, il résulte cjue les digues qui séparent ce lac de la mer (le niveau de la mer est d^anviron 60 centimètres plus élevé que le fond du lac) seront suffisam^ ment gardées par les quatre redoutes réparties dans la longueur de ces digues, attendu que pour peu que le sol soit hundde, il devient impraticable. Lorsque, au contraire, le lac est à sec, ce qui a Heu pendant 4 à 5 mois de Tannée, on peut alors y circuler librement avec les plus gros calibres. H faudra donc pratiquer quelques déversoirs dans les digues^ déversoirs qu'on fermerait à volonté» au moyen de quelques poutrelles, en attendant rorganlsation de Tinondation au moyen de l'eau douce. Trop d'eau dans le lac Madieh donnerait lieu à des vagues qui détruiraient les digues en question et ccUes du canal d'Alexandrie bien plus utiles à conserver; les 4 redoutes dont je viens de parler et qui ne sont qu'en terre seraient également compromises; enfin des coupures comme celles qui existaient il y a 42 ans» nuiraient essentiellement à la défense, en ce que l'ennemi pénétrerait dans* les lacs avec de nombreuses flottilles, ainsi que les Anglais l'ont déjà pratiqué^ ce qui compléterait l'investissement de la place.

Les 4 redoutes sont chacune armée de 10 pièces de canon de fort calibre, d'un petit magasin à poudre et d'un magasin d'artillerie. On confectionne des chevaux de frise pour en placer dans leurs fossés que la crainte d'un enfoncement de tout l'ouvrage empêche d'approfondir» enfin on réunît les matériaux nécessaires pour former des casernes crénelées au centre de ces redoutes.

5^ La montagne des puits est occupée par nn fort, le fort d'Aboukir est en bon état, la redoute à l'ouest de ce dernier a été transformée en fort susceptible d'une assez grande résistance. Ainsi la côte à partir des digues jusqu'à l'anse de Caaope sera suffisamment, et même solidement défenduci moyennant quelques améhorations aux forts existants, et une batterie pour protéger le cabotage, sur le cap à l'est de la rade de Canope.

6^ La rade de Canope présente deux Ilots non fortifiés et une plage nnie, fond de sable; à l'ouest se trouve un tout petit port, généralement sûr, désigné sous le nom d'Embarcadère sur la carte, feuille n^ 37; le cap à Fouest de cette rade donnerait à l'attaquant, quoiipie dépourvu d*eau, one bonne place provisoire, presque sans travail* toutes ces circonstances sont évidemment favorables à un débarquement, malgré le voisinage d'Alexandrie. D^un autre côté, non loin de là, un peu vers le sud-est, le lac Madieb et la mer sont séparés par un plateau entouré de sable; on compte 400 mètres entre la mer et le lac; celui-ci peut être mis à sec, ou bien inondé comme il Tétait en 1801; les redoutes qui défendent les digues du lac Madieb peuvent tomber au pouvoir de Feunemi; enfin les forts d'Aboukir peuvent être tournés et leurs peu nombreuses garnisons bloquées. Ce point culminant est donc à fortifier, puisque de là on bat la plage de Canope, le Débarcadère, et que, avantage plus important encore, an s'oppose à la marche de rennemi sur Alexandrie- L'aspect des lieux porte à croire qu'il en était ainsi, lorsque les FraDçais occupaient le pays. Une bonne redoute avec escarpe de 4 à 5 mètres de bauteur en maçonnerie et une caserne crénelée me paraissent indispensables,

70 II faudra pour défendre la côte et protéger le cabotage une batterie de 3 à 4 canons sur la pointe occidentale du cap à l'ouest de la rade de Canope et une autre à 4OO0 mètres plus loin vers Alexandrie^ sur le cap le plus saïUaiit. afin de protéger le cabotage,

8^ A 200 mètres au sud du camp des Romains, il existe un plateau qui commande et bat tout le terrain sablonneux environnant et dans beaucoup de directions bien au*delà de la portée du canon; à 500 mètres à Vouest du même camp, tout près de la Mosquée où il y a une citerne^ passe un canal de 1200 mètres de long, récemment construit en faveur d« Fagriculture, et qui porte à la mer les eaux d'un lac situé dans le prolongement de la digue qu'on remarque dans le lac

DEVANT LA PORTB WÊ KOSETTE. 359

Maréotis (Voyez feniUe n^ 37)» prolongement qui aboutit à Fouest tout près du camp des Romains; ce lac qui ferait partie du lac Maréotis sans les digues du canal d^ Alexandrie est beaucoup plus étendue que ne l'indique la carte. Ce lac et le nouveau canal, lorsque la digue ouest sera convenablement organisée en parapet, travail peu dispendieux puisque les terres sont à peu près à la place qu*eUes doivent occuper, sont donc susceptibles de former une Ugne défensive, si l'on fortifie d'une manière un peu solide le plateau précité qui commaude cette ligne et qui nous a coûté si cber jadis (c'est là que la bataille du 30 ventôse a été livrée et non à Pendroit indiqué par la carte), comme, par exemple, par un ouvrage à cornes présentant un front bastionné aux premiers coups de Fennemi, et dont les branches, au moyen de redans, se lieraient, Fune à la mer et Fautre au canal, on aurait ainsi et avec bien peu de frais, une position difficUe à enlever un jour de bataille. En mettant dans les fossés de Fouvrage à cornes parallèlement et au pied de son escarpe, un mur crénelé à défaut de palissades fort chères dans le pays, l'ennemi ne pourra, sans des pertes énormes, aborder le dit ouvrage, clef incontestable de la position; il sera obligé de cheminer par des zig'zags sur les saiUans des capitales de Fouvrage à cornes, travail difficile et dangereux, vu les sables.

9*^ Les hauteurs à 1200 mètres en avant de la porte de Rosette, qui jadis ont été fortifiées à grands frais par les Français, donnent lieu à une bgne dont le développement est de plus de 3000 mètres (J'en ai fait faire le plan à Féchelle de 1 millimètre par mètre), ligne qui, pour des Arabes, est évidemment trop étendue. J'avais songé d'abord à lui donner quelque consistance en plaçant dans les saiUans les plus exposés de petites tours crénelées et cachées au canon eimemi; mais considérant que tous les petits ouvrage dont je viens de parler à partir du lac d'Edko, jusqu'à Alexandrie exclusivement, sauf peut-être les forts d'Aboukir, pourraient bien dans un moment de panique, de démoralifiation, être enlevés

dans un clin d'œîl; considéraiit que les hoinmeB sûrs et capables de commander sont et seront encore longtems dans ce pays très rares^ je me suis arrêté à cette pensée qu'il fallait cod* centrer autant que possible la défense et par conséquent donner plus de consistance à la défense immédiate d^ Alexandrie, en construisant malgré les difficultés et d^une manière permanente un ouvrage à cornes à la porte de Rosette*

Depuis quelques années on a, à peu près sur le conduit des eaux du canal à Alexandrie (voyez la feuille n^ 37) com* truit un canal qui, après avoir contourné renceinte dea Arabes, à hauteur de la porte de Rosette à des distances variables, entre 50 et 80 mètres, va ensuite se jeter dans la mer entre le pharillon et la redoute en avant des aiguilles de Cléopâtre; si dans ce paye il avait existé quelqu'un qui eût songé au lendemain, ce canal aurait pu être utilisé très avantageusement pour la défense, tandis que, au contraire, il lui est très nuisible. Toutefois, comme il traverse, dans sa partie la plus rapprochée de Fenceinte des Arabes, un terrain élevé, il a donné lieu à des monceaux énormes et informes de déblais qui, en Tétat actuel, dominent et plongent Fenceinte à la distance de 70 à 100 mètres; mais qu^il est possible d'utiliser avec avantage pour la construction de Fouvrage à cornes, dans les fossés duquel les eaux de ce canal pénétreront sans frais.

Je voudrais bien^ ainsi que j'espère le faire plus tard» pouvoir par un plan (on fait en ce moment le lever par courbes de cette position) rendre mes pensées plus clairement; mais toujours est-il que le pharillon isolé du continent par un fossé, Fouvrage à cornes en question, la redoute en avant des aiguilles de Cléopâtre dont Fescarpe de 4 mètres est revêtue; Fenceinte des Arabes terrassée en certains points pour avoir des feux directs d^artiUerie, le fort Crétin, im ouvrage un peu solide à construire au saillant que forme Fenceinte des Arabes entre le fort Crétin et la colonne de Pompée, les ouvrages anciens à restaurer sur les hauteurs, à peu de distance de cette colonne; l'ouvrage en terre à établir au saillant du fort

Page 1