MEMORANDUM À LA PORTE
20. — Hemorandiim des Plénipotentiaires des quatre Puissances, à Londres, en date du 14 novembre 1840, eommimiané à Méhèmet-Ali par Sir Robert Stopfoid.
SOUMAIXX! LéS plénipotentiaires des qnatre PuiBBances ont décidé de rc^cominander forletnent à la Porte, si Mohamed- AJy se soumet, non «»ea]emcDt de ïuî rendre le gou- Yemement de TÉi^pte, mais en même tem^}» de loi en attribuer rînve^tîture bérédi taire, — Par égard pour la Porte, il a été décidé de ne lui adresser cette recommanda* tion qn'^aprés que Mohamed-Aly aura fait un premier acte de soumisaion à Sa Hautrsse. — C*cst pourquoi les dits plénipotentiaires ont jugé opportun de signaler dan!i délai à Mohamed -Al y la voie qui lui est enrore ouverte pour rentrer en grâce «Qpr^t de ?on souverain.
X^instruction adressée à Lord Ponsonby, sous la date du 15
crc^obre dernier, à la suite d'une délibération entre les Plé-
jjj^potentaires d'Autriche, de Grande -B?eta^e, de Prusse
^f de Russie, a constaté ropportunité qu^il y atu'ait à ce que
1^^ Représentans des quatre cotire à Constantinople fussent
ams^torisés à annoncer à la Sublime Porte: <c qne leurs Gouver-
n^^ments respectifs, conforménient aux stipulations du para-
g^-^phe 7 de Pacte séparé annexé à la Convention du 15 JuH-
le-t, croient devoir recommander fortement au Gouvernement
d^ Sa Hautesse que, — dans le cas où Méhémet-AJi se sou-
lOL^ttrait sans délai, et consentirait à restituer la flotte otto-
1 mÈ^mne^ et à retirer ses troupes de la Syrie tout entière, d'Adana,
H d^ Candie, de rArabîe et des YiUes Saintes, — Sa Hautesse
H d^ugnât, non seulement réinstaller Méhémet-AJi dans ses fonc-
n tâ^3ii8 comme Pacha d'Egypte, mais en même temps lui
a encorder Finvestiture héréditaire du dit PachaUe, d'après les
conditions établies par la convention du 15 juillet: bien enten-
dx^« que ce titre héréditaire serait sujet à être révoqué si Mé-
lB.émet-All, ou Fun de ses successeurs, venait à enfreindre les
fiixfidites conditions )>.
L'utilité d'adresser à la SubUme Porte une communication conçue dans le sens ci -dessus a été unanimement reconnue par les quatre coiu's.
s Tflm, IV.
U NOVEMBEE 184Ô.
Néamnoitts, pour faire resBortir davantage les justes égards dus aux droits de Sa Hautesse, le Cabinet de Vienne a été d^avis que les conseils ijueles Représentans des (jnatre Cours seraient appelés à adresser au Divan, relativement à la réintégration de Méhémet-Ali dans le Pachalik de T Egypte, ne devraient être émis à Constantinople qu'après que Méhémet-Ali eût commencé par recourir en grâce auprès de son souverain, ses ou* mettant aux décisions de Sa Hautesse.
Prenant en considération <jue cette opinion du Cabinet de Vienne sert à constater de nouveau le respect que les Cours signataires de la convention du 15 juillet portent à l'inviolabilité des droits de souveraineté et d'indépendance du Sultan; considérant en outre la nécessité d'amener promptement la crise actuelle du Levant à ime solution pacifique conforme aux vrais intérêts comme à la dignité de la Porte» les Plénipotentiaires desdites Cours out résolu d'un commun accord d'adopter le marche indiquée ci-dessus, afin que le recours en grâce et la soumission de Méhémet-Ali précédât les démarches amicales que les Représentans Alliés seront chargés de faire pour disposer la Porte à accorder son pardon à Méhémet-Ah.
Dans cette vue, désirant accélérer le plus possible le moment où ces démarches pourront avoir lieu à Constantinople, les Plénipotentiaires des quatre cours ont jugé opportun de faire signaler sans le moindre délai, à Méhémet AJi, la voiequi lui est encore ouverte pour rentrer en grâce auprès de son souverain, et obtenir sa réintégration dans le Pachalic de FÉgypte, nonobstant les événemens décisifs qui se sont déclarés contre lui.
En conséquence il a été convenu, en outre, de communiquer à rAmbassadeur de la Sublime-Porte, Chékib Effendi, le présent Mémorandum, ainsi que l'instruction qui s'y trouve annexée.
{Paraphé) N.
Correspondance poUtique. Egypte, XI, f^ 227.
LE CHANGKMËNT DE IfîNISTÊRE EN FRANCE.
21. — De Monsieur WalewsM à Son Excellence tonmeur Guizot, BEinistre des Affaires étfangères, etc. etc,
xe: La nouvelle du cban^^emeiil de ministère en France pouvait avoir pour conséquence de dfcider MoLamed-Aly à s^adresser directement à TAngleterre. — Cela aurait été déplorable pour rinâuence française. — Walew^ki a expliqué au Vice- -roi que la politique frauçalfic u^était pa>s chaulée et qa^eUe demeurait fondée sur la note du 8 octobre. ^^ Mohamed Aly a promis de ne rien changer à sa volonté de laisser A la France le soin de ses destinées, et, s^il le fallait, de se défendre dans Alexandrie. — Main il demande que la France intervienne dans les conventions qui vont rézier sa situation vis-à-viâ de la Forte. — ^ Il ne veut plus désormais que se consacrer à la paix et au développement de la proipérité de son pays* — 11 n*a jamais eu Tambition de remplacer le Sultan sur le trâue de Constantinople. ^ Il ne veut pas que les Anslaia a^emparent de la route des Inde^: il fera le canal de Suez à ses frais; mais il en veut avoir la ssltûû. — Walewsld avait déjà demandé à M. TMers b permission de rentrer en France, sa mission se trouvant terminée par la lettre de Mohamed- Al>. — Mohamed AH demande à ne plus être chargé de la garde des Ville» Saintes, qui est un g^rand fardeau pour lui.
^exandiie, 16 novembre 1&40.
Monsieur le Ministre,
La aouvelle du changement de Ministère pouvait avoir pour lémltat de décider Méhémet-Ali à s'adresser aux Anglais ou aux Russes. Ce dénouement de la fjuestion d'Orient aurait été à mon sens désastreux pour la dignité aussi bien que pour les intérêts de la France, car il est évident que dans cette hypothèse la France serait pour longtemps dépourvue d'influence à Alexandrie aussi bien qu^ à Constantînople ; les Anglais au contraire, qui ont montré dans cette occasion une volonté ferme suivie d'une prompte et vigoureuse exécution, et qui en BUS se seraient donné le mérite de la conclusion pacifique, auiaient vivement impressionné ce pays et s'y seraient acquis une énorme prépondérance accrue de toute la nullité à laquelle le rôle qu'aurait joué la France aurait réduit son influence ici.
Imbu de cette idée, j'ai cru de mon devoir de travailler jusqu^au bont à empêcher un dénonement aussi déplorable, Je me suis en conséquence rendu chez le Vice-roi et je guis
parventt non sans quelque peine à lui persuader que la poli tique de la France n'était pas changée, et que le Ministre de§ Affdxes Etrangères ne s'écarterait en rien des bases posées dans la note du 8 octobre, que rambassadeur de France a Londres avait présentée.
Enfin, Monsieur le Ministre, j'ai donné à Méhémet-Ali Faseurance que la négociation entamée par la lettre qn^il a adressée au Roi suivrait son cours, et aboutirait selon toute proba* bilité à un résultat satisfaisant. Il m^a promis en revanche qu'il ne changerait rien à ses décisions, et qu'il ne ferait aucune démarche et n'accueillerait aucune insinuation qui pourraient lui être faites par les Anglais ou les Russes; que ses préparatifs pour défendre l'Egypte et Alexandrie continueraient, et que si la flotte anglaise venait le sommer, il répondrait, comme il avait été convenu précédemment, que la France était Farbitre de sa destinée, qu'il ne se soumettrait qu^à elle seule; et que si on bombardait Alexandrie il se défendrait à outrance. Je lui ai fait pressentir qu^il se pourrait bien cpi^on ne lui accordât que l'Egypte héréditaire; il y est parfaitement préparé; ce qu'il demande seulement c^est que la France intervienne dans le traité; et qu'il soit bien établi qu^il est vassal de la Porte, qu'il payera un tribut, mais que la libre administration du pa^'s lui est laissée; afin qu'il ne puisse pas être molesté par des firmaos continuels que les anglais et les russes ne manqueraient pas d* obtenir contre lui à Constantinople, et qui le mettraient dans une très fausse position.
Je n'hésite pas à vous donner l'assiirance la plus formelle, assurance que j'ai puisée dans bien des conversations inti* mes avec Méhémet-AJi, où il s'est montré à moi à découvert, que sa pensée est de vivre tranfjuiUe en Ég^'pte, de s'appliquer par tous les moyens à faire prospérer le pays, à y introduire la civiUsation, mais peu à peu, à l'aide des transitions qui seules peuvent écarter les dangers des réformes. Sort ambitian est de rendre des services à la Turquie et au Sultan: son amour-propre, sa vanité, et ses sentimens musulmans, seraient satisfaits