RÉPONSE DE MÉHÉMET-ALL
44. — Traduction d'une lettre en turc, adressée par Mëhèmet^Ali à fAmiral Stopford. le 10 décembre 1840^
Sommaire: Le Vice-roi adhère aux conditloni qui lui «ont c^inmunîqiiées parramiral — n envoie en ce seni, sous cachet volant, un place t à la Sublime Porte.
Mon honorable et très cher Amiral, J^ai reçu les deux lettrée que vous m*avez adressées, la première par reutremiBe d'Hamid Bey, qui avait été chargé de mes dépêches pour mon fils Ibrahim-Pacha, et la seconde par le Commandant Flanshaw, Capitaine de votre Vaisseau -Amiral, Je suis charmé de l'aznitié que vous me témoi^ez et m'empresse d'agir dans le tens que vous m*indiquez. J'adresse, en conséquence, sous cachet volant, un placet à la Sublime Porte, et pour que le contenu vous en soit connu, j'y joins la traduction en français. J'espère que ma condescendance sera appréciée paj les Puissances Alliées, et, en vous demandant la continuation de notre amitié, je me flatte que vos bons offices m'assureront leur bienveillance.
45, — Traduction d'une lettre en turc, adressée par Méhémet-Ali à S. A. le Grand- vizir, le 10 décembre 1840,
^SOlOIAnt£: Convention conclue avec le commodore Napier. — Puis communicatioil de ]' amiral Stopford. — Le Vtce-roi a pris aueutôt toutes diipo&itJonA pour la rei •titution de la flotte turque et pour Tévacuation de la Syrie. — Déjà Ibrahim |i«cha a quitté Damas pour rentrer en Egypte avec toute Faimée. Altesse, le commodore Napier, Commandant les forcée britanniques devant Alexandrie^ m'a prévenu, par une lettre du 22 novembre dernier, que les grandes Puissances aUiées avaient demandé à la Sublime Porte qu'elle voulût bien m'octroyer le gouvernement héréditaire de l'Egypte, sous la condition que je tiendrais la flotte ottomane prête à être restituée et que je ferais retirer mes troupes de la Syrie. Après une correspondance
10 DÉCFMERE 1840.
engagée à ce sujet avec le Commodore, ces conditions ont été acceptées et une convention a été conclue et signée avec la perspective, de ma part, que la faveur de S, H, se répandrait sur moi. J'avais en consé«pience déjà écrit à mon fils Ibrahim Pacha de se repUer immédiatement vers l'Egypte avec §68 troupes, les employés civils et le matériel réunis à Damas; et un exprès avait même été expédié en Syrie, sur un bateau à vapeur anglais, par les soins du Commodore.
Maintenant S. E. l'Amiral sir Robert Stopford, conoiman» dant en chef de la flotte anglaise, me fait connaître par une lettre datée du 6 décembre devant Chypre, qu'O a reçu une dépêche officielle de Lord Palmerston avec des instructions en irertu desquelles il m'invite à faire ma soumission à la Sublime Porte en restituant la flotte ottomane et en évacuant la Syrie, Adana, Candie, rArabie et les Villes Saintes.
Toujours disposé à faire le sacrifice de tout ce que je pos* sède et de ma vie même pour me concilier les bonnes grâces de S. H. et reconnaissant de ce que, par l'intervention des Puissances alliées, la faveur de mon Souverain m'est rendue, j'ai pris des dispositions pour que la flotte ottomane soit remise à telle personne et de telle manière qu'il plaira à S. H* d'ordonner.
Les troupes qui occupent Candie, rArabie et les Villes Saintés sont prêtes à se retirer et l'évacuation en aura lieu sans délai aussitôt que l'ordre de mon souverain me sera parvenu. Quant à la Syrie et au district d'Adana, j'ai appris par une lettre d'Ibrahim Pacha, datée des derniers jours de Ramazan et parvenue par la voie de terre, qu*il avait dû quitter Damas le 3 ou 4 Chawal avec toute l'armée pour rentrer en Egypte, La Syrie est par conséquent évacuée en totalité et par là mon acte d'obéissance se trouve accompli.
Ces faits parvenant à la connaissance de V. A,, j'espère qu'en les exposant à notre Souverain et Maître, vous intercéderez auprès de S. H. pour appeler ses faveur sur le plus ancien et le plus fidèle de ses serviteurs.
Corréipondaiice politique, Éfypte, XI, fc 252-2SS.
h\ SITITATION EN PALESTINE.
46. — M. Tattier de Bout ville à Son Excellence Monsieur le Ministre et Secrétaire d'Etat au département des Affaires étrangères^ à Paris.
SOMMAIBB: Notiveiles du barcïïi de Veimars qui 8*eftt trouvé arrêté à El'Arych. — He* JïelliDD générale des Arabes de la Palestine, — Energiqtie répression par les troupes é^ypliennes: Tordre rétabli autour de Gaza. — Passage des chefs D ruses en route pour le Liban. — Coottsuation, an Caire, des exercices de la garde nationale.
Caire, le 3 décemlïre 1840,
Monsieur le Ministre,
L'exprès à dromadaire que j^avais expédié à M. le Baron de Veimars pour avoir de ses nouvelles, vient d^arriver, et quoique je me sois empressé d^acheminer au département, hier, sur le champ, le pli qu'il m'a rapporté pour Votre Excellence, je crois bien faire de transcrire, ici, ce que M. le Baron de Veimars m'a écrit de la citadelle d'El*Arich le 28 novembre.
« Nous sommes encore renfermés dans la citadelle et but un qui-vive perpétuel; mais nous savons que les troupes approchent et je compte, à leur arrivée, reprendre le chemin du Caire. U est à peu près impossible d'aller en avant; à Gaza Ismaîl Bey tient difficilement depuis 8 jours avec un régiment contre les Arabes qui rassaillent. Jaffa est occupé par l'ennemi, et vous savez Tétat de la Syrie, La cause des troubles est la nature même des affaires. Les Arabes de la Palestine se sont soulevés à la nouvelle des défaites de l'armée égyptienne, et la rébellion s'est propagée de tribu en tribu. Dans une de ces tribus avec laquelle j'avais eu 24 hexires de relations les plus amicales, on vient de couper nombre de têtes à cause des brigandages qu'elles ont commis le lendemain de mon passage. La veille, elle était soumise et tout occupée de ses troupes. Un émissaire des montagnes de Gaza avait tout changé. Les exécutions sont nombreuses. Les soldats ve-
Itt
a DÉCEMBRE 1840.
nus du Caire abattent la tête de tous les Arabes qu*ils surpreo' nent; triste moyen; mais I*ordxe se rétablit et les commimica* tions s^assnrent. Quant à nous, rheureux coup de canon par lecjuel j*ai tué aux Arabes un homme en même temps que son dromadaire, les a rendus plus circonspects. Ils se bornent à attendre mon passage en assurant que nous ne leur échapperons pas. L'arrivée des cavaliers achèvera de les dissiper, et le désert sera pacifié, grande et importante affaire pour Méhémet AU».
Des troupes continuent à être dirigées d'ici sur El^Arich. Le colonel Varin commandant Técole de cavalerie partie depuis quelques jours, vient de me faire ses adieux, il n'y a qu'un moment. Il se rend aussi à El-Arich pour y rejoindre ses cavaliers. Il m^a appris que cet imposant rassemblement de troupes avait pour effet de porter un coup décisif à la hardiesse des Arabes du désert qui ont osé se montrer jusques dans le voisinage du Caire,
Mais un fait qui ne comporte point la même explication, c'est le départ du Caire de plusieurs personnages Drusses, anciens ennemis de TEnur Béchir^ réfugiés en Egypte depuis les évenemens qui lui donnèrent la suprématie du Liban. Le principal d^entre eux est ^amen Bey, fils de Fancien cheik Béchir (Druze) décapité à Saint Jean d'Acre par Abdalla Pacha aux instances réitérées de FEmir Béchir, Il est accompagné de Nasif Bey Abdebelam Bey, et Abdelasis Bey, avec une cinquantaine de montagnards, Druzes conoime eux^ attachés à leur service* Ces personnages, qui n'ont été dernièrement revêtus du titre de Bey qu'à l'occasion de la mission qu'ils semblent devoir remplir, ont aussi reçu des décoration» analogues à leur nouvelle dignité. Il a été également donné à des gens de leur suite des distinctions de grades inférieurs.
Je dois informer Votre Excellence du retour en Egypte d'Ahmed Pacha et Kourchid Pacha revenant de l'Arabie; à peine amvés au Caire ils se sont empressés de se rendre à Alexandrie.
SOUMISSION DE MËHËMET-ALI. m
Le faruit avait couru que la garde nationale serait désarmée après les fêtes du Balram. H n'en est rien pourtant jusqu'au*^ j ourd'hui; et les exercices ordinaires ont recommencé malgré les nouvelles de paix, ce qui cause un certain étonnement.
Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.
Vattier de Bocjrville.
CorrapoiiiUnce politique. Egypte, XI, £«• 256-257. '
47. — M. Cochelet à Son Excellence Monsieur Onizot Ministre Secrétaire d*Etat des Affaires Etrangères.
SemiAna: La toiiniiisioii de Mohamed-Aly. — Réserve où i*est tena Cochelet. -r- M ohamed-Aly en est peiné et a demandé à le voir. — Il craint d'avoir dépln an Roi et an gonvemement français. — « Nons avons commis de grandes fautes t, dit« îL — Ses inqnétndes snr les déterminations ultérienres de la Porte. — Déjà-là eonvention signée avec le conmiodore Napier n*a pas été ratifiée. Le Vice-roi craint des esdgences sévères an sojet de la réduction de son armée et de Taugmentation de •on tribut. — D voudrait être tout-à-fait indépendant en mati^ d'administration intéiieure et ne pas être à la merci des finnans de la Porte; car il sent que tou^ le prestige de sa puissance est fini. — Quant à nous, il nous convient de rester entièrement passifs et de laisser à chacun la responsabilité de ses actes; nous avons •enlement intérêt, pour l'avenir de notre influence, à ce que Mohamed-Aly et se# ■neeessenrs soient absolument indépendants pour Tadministration intérieure de l'Egypte, afin que les influences contraires ne puissent pas agir contre nous par l'intennédiaire de la Porte.
Alexandrie, le 7 décembre 1840. .
Monsieur le Ministre,
Le Paquebot-poste, c[ui est arrivé seulement hier matin, et €pii repart aujourd^ui, ne m'avait apporté aucune dép^h^ dô Votre Excellence. Le soir, il a paru devant les passes du port d'Alexandrie un bateau à yapeur français. C'était le Phaéionj qui est partide Toulon le 23 novembre, et qui m'a ap? porté vos dépêches des 17 let 19 du même mois.
Vous aurez probablement reçu, depuis deux jours, Moosieur le Ministre^ ma dépêche télégraphique du 26 novembre, qui vous aimonçait que Méhémet-Âli s'était décidé à accepter les propositions dont vous me donnez connaissance par votre lettre du 19 précèdent, et vous aurez peut-être demain ma dépêche du 27 novembre, qui vous fera connaître que ma tenue et ma conduite dans cette circonstance difficile, ont été telles que le Gouvernement du Roi pouvait les désirer, avant d'avoir reçu ses instructions.
H ne nous convenait pas, effectivement, d'engager Méhé* met- Ali à faire une résistance désespérée, lorsque j'avais la certitude que tous les moyens qu'il pourrait employer, ne pourraient pas le sauver, et qu'il serait anéanti; mais il était aussi contraire à notre dignité et à l'intérêt que nous lui avons montré, de l'engager à se soumettre. J'ai donc dii, Monsieur le Ministre, montrer une extrême réserve et paraître même peu satisfait du dénoncement inattendu qui a eu Ueu, afin de me ménager un rôle entièrement passif et honorable.
Méhémet-Ali, qui ne s'attendait pas à cette nouvelle contenance de ma part, et que je n'avais pas été voir depuis onze jours^ m'a fait témoigner plusieurs fois son étonnement de la cessation de mes visites. J'ai justifié mon absence sous divers prétextes; mais je n'ai pas pu me dispenser d'aller le voir» hier soir, après l'arrivée du Paquebot-poste, II a montré^ en me j voyant, beaucoup d'attendrissement, et j'ai vu aussitôt, à la | manière dont il me traitait, qu'U craignait d'avoir déplu au Roi et à la France en signant la convention du 27 novembre. Vous pensez bien, Monsieur le Ministre, que je me suis bien j gardé de lui faire aucun reproche. J'ai cru devoir lui dire seu- ' lement que nous aurions voulu autre chose, dans Fintérêl de l'Empire ottoman et pour sa propre conservation; que nous y avions travaillé sans relâche; que nous avions même été, dans ce but, sur le point de compromettre la paix générale; que nous aurions sans doute réussi à lui assurer une position plus élevée, si la puissance qu'il avait créée avait eu quelque