‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 6 sur 189 · I. — La Convention d'Alexandrie (27 novembre · texte numérisé non relu

I. — La Convention d'Alexandrie (27 novembre

Et d'abord à lord Palmerston. Il avait tout de suite affecté de n'attacher aucune importance à la chute de Thiers et à l'avènement de Guizot: « Nous ne pouvons pas, écrivait-il à lord Granville, ambassadeur à Paris, compromettre les intérêts de l'Europe — il faudrait dire: de l'Angleterre — par complaisance pour Louis-Philippe ou pour Guizot plus que par crainte de Thiers. Si nous cédions, la nation française croirait que nous cédons à ses menaces, et non pas aux prières de Louis- Philippe . . . J'ajoute que nous sommes en train de réussir pleinement en Syrie, et que ce serait en vérité être bien enfant que de cesser d'agir quand il ne faut qu'un peu de persévérance pour l'emporter sur tous les points . . .

n — Ton* IV.

— xirtn —

La seule manière de tenir de telles gens en respect est de leur faire comprendre clairement qu'on ne cédera pas d^un pouce, et qu^on est en état de repousser la force par la force.,. ». Il refusait au gouvernement français le droit de se mêler de Péxécution d^un traité auquel il était étranger; il ne se souciait pas plus de sa bonne volonté que de sa mauvaise humeur: t( On ne voit pas bien^ disait-il encore, les dangereuses conséquences qui» selon M. Guizot, résulteraient de la non-participation de la France à cette pacification n. P)

Le 2 novembre, il répondait officiellement à la note française du 8 octobre.

Le ton en est aussi déplaisant et le fond aussi peu con* ciliant que possible.

Il enregistre avec satisfaction les assurances pacifiques de la France, et le principe qu'elle affirme une fois de plus qu'elle considère l'existence de Tempire turc dans son intégrité et son indépendance comme essentielle aux plus chers intérêts de TEurope* Toutes les grandes Puissances sont unanimes à cet égard. Mais certains passages de la note française ont suggéré des réflexions qui doivent être soumises à nouveau au gouvernement françai8: « M. Thiers déclare que rintégrité de Fempire ottoman embrasse les rives de la mer Noire et celles de la mer Rouge et qu'il est aussi important de maintenir rindépendance de l'Egypte et de la Syrie que celle du Bosphore et des Dardanelles. Le Gouvernement de Sa Majesté (Britannique) présume que la véritable

(1) A. Debibour, I, 389.

signification de ce passage est, non que les parties spéciales de Pempire ttirc y mentionnées devraient être séparément indépendantes, parce que ce serait là une dissolution de Pempire ottoman, mais que la puissance souveraine qui gouverne tout Tempire turc devrait être en état d'exercer son autorité suprême avec une indépendance entière de tout contrôle étranger aussi complètement et pleinement sur les rives de la mer Rouge que sur celles de la mer Noire en Egypte et en Syrie que sur le Bosphore et les Dardanelles. Le gouvernement de Sa Majesté partage cette opinion, et les mesures en voie d'exécution par les quatre Puissances relativement à la Syrie paraissent au gouvernement de Sa Majesté s'accorder rigoureusement avec ces vues. En cela, le gouvernement de Sa Majesté est charmé de se trouver s' accord avec les arguments consignés dans la dépêche de M. Thiers; mais il ne peut pas également approuver l'opinion que la condition actuelle du pacha d'Egypte est un élément essentiel de l'équilibre du pouvoir en Europe. « La totalité de l'argument de M. Thiers stir ce point semble reposer sur la supposition que la continuation de l'existence de Méhémet-Ali dans sa condition actuelle comme pacha d'Egypte est une source de force pour le Sultan et tend à le mettre en état de se mieux défendre contre tout danger extérieur et intérieur; mais, au contraire, il est évident que la continuation de l'existence d'un sujet qui se trouve dans un état d'insubordination et d'inimitié envers son souverain doit être une source de faiblesse et non de force pour ce souverain, doit le mettre moins à même de se défendre contre tout

danger intérieur et extérieur et doit, par conséquent^ d'après les principes de la dépêche de M. Thîers, compromettre la balance du pouvoir

<( Et ropinion du gouvernement turc, qui peut être regardé comme un juge compétent en cette matière, a été depuis quelque temps que la continuation de Texistence de Méhémet^Ali dans sa condition actuelle de puissance militaire, et avec ses intentions hostiles envers le Sultan, est incompatible avec la paix intérieure et rintégrité de l'empire ottoman, et destructive de Tindépendance du sultan; et, sans contredit, fexpérience de ces dernières années n'a que trop bien prouvé quç cette opinion n'est pas dénuée de fondement*

« L'étendue des limites dans lesqueUes il peut être nécessaire de renfermer rautorité déléguée à Méhémet- Ali afin de rendre probable qu'il sera à Fa venir un sujet obéissant, au lieu d'être un sujet désobéissant, et qu'il pourra ainsi devenir une source de force et non de faiblesse pour l'Empire ottoman, est un point sur lequel les opinions peuvent différer, et je n'ai pas à discuter cette question en ce moment.

H Mais il n'appartient qu'au Sultan, en sa qualité de souverain de TEmpire ottoman, de décider lequel de ses sujets sera nommé par lui pour gouverner telle ou telle partie de ses possessions et les puissances étrangères n'ont aucun droit de contrôler le Sultan dans l'exercice discrétionnaire d'un des attributs inhérents et essentiels de sa souveraineté indépend ante,

« La question de principe sur laquelle je viens d'appeler votre attention ne pourra probablement avoir ali-

cune influence pratique sur les événements qui s'accomplissent en ce moment; mais le gouvernement de Sa Majesté n'a pas voulu que son silence sur cette question exposât ses opinions à être mal comprises ».

Il ne s'agit même plus ici du traité de Londres du 15 juiUet 1840. Rien ne permet ici de penser que le gouvernement de Sa Majesté Britannique puisse un jour consentir à reconnaître Méhémet-Ali comme pacha d'Egypte même à titre viager, si la Porte maintient son décret de déchéance, puisqu'il <( n'appartient qu'au Sultan, en sa qualité de souverain de l'Empire ottoman, de décider lequel de ses sujets sera nommé par lui pour gouverner telle ou telle partie de ses possessions ».

M. Guizot sans doute, en lisant cette dépêche, ne se fit aucune illusion.

Il poursuivit donc avec la même activité les préparatifs militaires que M. Thiers avait commencés. Il se tint, par force, dans la même position menaçante.

Mais les alliés de lord Palmerston n'étaient pas tous aussi excités.

Le prince de Mettemich adressait le 8 novembre au comte Apponyi, son ambassadeur à Paris, et faisait remettre à M. Guizot une dépêche particulièrement soignée.

n prenait l'occasion d'une conversation dans laquelle Guizot, au moment de quitter Londres pour aller prendre le portefeuiUe des affaires étrangères, avait dit à

M. de NeumaiLQ, représentant de FAutriche, qu*il entendait à Paris défendre la cause de la paix.

Mattemich ne voulait même pas attendre les communications officielles du nouveau ministre; il les prévenait, tout heureux de se sentir a plus à Taise avec le Ministre conservatif qu'avec le ministre qui s'était qualifié de parlementaire^ — mot que, soit dît en passant, je vous déclare ne point comprendre, et, qui, dans mon faible entendement, ne saurait, sous les auspices sous lesquels il a été inventé, avoir une autre valeur que celle d'une négation des principes conservatijs »..^

Cependant, laissant vite de côté ce doctrinarisme un peu nuageux, le chancelier d'Autriche en venait tout droit au problème de la paix.

Il se persuadait, à en juger par les rapports de M. de Neumann, que « si M* Guisot se fût trouvé placé au timon des affaires, il aurait fait choix d'une toute autre marche que celle qu'a si malheureusement adoptée son prédécesseur »•

Pourtant il était obligé de reconnaître qu'il y avait dans la note du 8 octobre des éléments de conciliation: (t La formule que M. Thiers a adoptée ou que pour le moins il a examinée dans ses dernières pièces diplomatiques, a été de couper en deux la question turco-égyptienne, en faisant de l'existence de Méhémet-AU en Egypte la question politique, et abandonnant au sort des armes celle du gouvernement de Méhémet-Ali sur des parties de la Syrie, Cette distinction bien employée pourra assurer la fin du conflit, et cela au moyen d'une distribution des rôles entre la France et les quatre Cours, conforme aux exigences naturelles des deux parties.

<c On peut admettre comme base de calcul que le Sultan, sur les conseils des puissances, serait disposé à rétracter Pacte de déchéance, mais en dépendance de Pacte de soumission, et que le pacha d'Egypte, sur les conseils de la France, ou spontanément, serait disposé à cet acte de soumission qui entraînerait la rétractation de Pacte de déchéance. La position du gouvernement français se trouverait ainsi allégée, parce que le pays ne pourrait pas lui adresser le reproche de ne point avoir soutenu le pacha, puisque ce serait Tintérêt qu'elle lui porte qui aurait contribué le plus puissamment à sauver son existence aujourd'hui si évidemment compromise, même matériellement.

« Le conflit entre le maître et le sujet arriverait à son terme moyennant l'aide de toutes les puissances et cela bien évidemment par les conseils que les unes prêteraient au monarque ottoman, et que l'autre aurait donnés à Méhémet-Ali • • •

<{ Là où une entreprise politique ne renferme pas d'étoffe pour la guerre, si cependant celle-ci éclate, elle prend alors le caractère d'une monstruosité morale.

••• Personne ne songe à attaquer la France; toute l'Europe par contre se défendra si elle est attaquée. En doute-t-on en France? Je ne le crois pas. La vérité est trop saillante pour ne point frapper tous les yeux. Ce qui existe en France, ce sont deux partis, dont l'un est trop sage pour employer une arme à deux tranchants, et dont l'autre serait prêt à la saisir dans l'intention de bouleverser son propre pays. L'homme qui n'a point reculé devant l'emploi des moyens dangereux de soûle-

ver les esprits, a fait preuve d'une bien grande légèreté: c'est le jugement le plus doux qu'il soit possible à Tob* servateur impartial des aberrations humaines d'émettre sur cet homme ».

Tout de même, M. de Metternich adoptait les formules de la note Thiers.

Il disait encore, dans une autre lettre du même jour: « Je reconnais la nécessité que le gouvernement fran* çais puisse dire au pays: C'est moi qui ai sauvé le pacha d'Egypte! — Tout le monde se joindra à cette préten» tion, et nous les premiers. .. Une puissance n'est point responsable de la chute de ce qui manque de force et de vitalité; si elle parvient à sauver un corps pareil de sa destruction totale, c'est à elle que ce corps devra sa durée.

« M. Guizot ne saurait faire mieux qu'en se plaçant ferme sur ce que son prédécesseur a déclaré regarder comme suffisant. Par cela il gagnera la force que prête aux hommes le succès tout en laissant à Vautre la charge des limites dans lesquelles il a enfermé celui-ci )).

Quoi qu'il dise, voici Metternich rallié à la note Thiers: ce n'est pas le moins piquant de l'aventure.

On ne savait pas alors la chute de Saint Jean d'Acre, qui est du 3 novembre. On pensait que la résistance aurait été plus longue. La place était bien défendue; mais la poudrière n'avait pas été mise à l'abri; les premiers boulets anglais la firent sauter: 1.800 victimes; panique, le général Schultz blessé — capitulation.

L^émotion en fut considérable dans tout le Levant. Il parut que c^était la fin de la puissance de Mohamed- Aly. On attendit d^un jour à Tautre Papparition de la flotte anglaise devant Alexandrie.

Walewski se félicita d'avoir obtenu du Vice-roi la lettre du 7 novembre sans laquelle il était à craindre qu'il ne s'abandonnât aux mains des Anglais. Et il écrivit d'urgence à Paris: « Pour être sur qu'Alexandrie ne soit pas prise, il faudrait y envoyer 800 artilleurs français, avec leurs officiers, un bon général de brigade pour prendre le commandement de la place à côté de Gallice, un contre-amiral avec plusieurs officiers de marine pour faire concourir la flotte à la défense. Avec ces auxiliaires on pourrait être certain que les efforts des Anglais seraient impuissants. Si donc la guerre est déclarée il faudrait, ou envoyer ces renforts, ou envoyer la flotte française pour tenir en échec l'escadre des Alliés, ou bien encore envoyer quelques bâtiments pour chercher la flotte égyptienne qui serait conduite en France ou auprès de l'escadre française, et alors se résigner à laisser prendre Alexandrie en engageant le Pacha à concentrer toutes ses forces au Caire. Walewski a conseillé au Pacha de ne pas ramener Ibrahim de Syrie et, au contraire, d'y envoyer des renforts. Il rappela que l'île de Candie était toujours au pouvoir de Mohamed- Aly.

Mais cette lettre hardie destinée à Thiers fut reçue par Guizot.

A la nouvelle de la formation du nouveau ministère, Walewski écrivit une autre lettre, toute pacifique: — que Mohamed- Aly ne changerait rien à sa volonté de laisser

à la France le soin de ses destinées, et, au besoin, de se défendre dans Alexandrie, mais que, pour lui, il ne voulait plus que se consacrer à la paix et à la prospérité de son pays; — qu'il n'a jamais eu Pambition de remplacer le Sultan sur le trône de Constantinople; — qu'il ne veut pas que les Anglais s'emparent de la route de l'Inde; — qu'il fera le canal de Suez à ses frais, mais qu'il veut en avoir la garde.

Politique nouvelle, qui ne correspondait plus à la mission de Walewski. Il ajouta à sa lettre qu'il avait déjà demandé à M. Thiers la permission de rentrer en France. Guizot n'avait pas attendu ce rappel: il l'avait invité tout de suite à quitter Alexandrie.

Ainsi finit l'expédition de celui qui avait personnifié, un peu de temps, une lueur de la pensée de Bonaparte.

Il parait, selon Walewski, que Mohamed- Aly en éprouva une vive contrariété, et qu'il s'écria tout d'abord: « Je vois bien que la France m'abandonne, répèta-t-il à plusieurs reprises; je reprends donc ma liberté, et je finirai mes affaires comme je l'entendrai! »

Il ne faut pas croire que le départ de Walewski ait produit une telle catastrophe. En vérité, cela ne changea rien aux intentions de Mohamed- Aly, qui continuèrent de se modeler avec beaucoup de souplesse et de finesse sur les circonstances.

On racontait même, à la suite de la prise d'Acre, que lord Ponsonby, le grand méconnu, n'avait à l'endroit de l'Egypte que les intentions les plus généreuses. Et de bonne source: son ancien secrétaire, un certain Houry, regrettait que la France n'eût point songé à s'entendre

— xjcvn —

directement avec lui; il affirmait qu'il avait une influence prépondérante dans les conseils de TAngleterre, grâce à de précieuses parentés, qu'il serait parfaitement disposé à laisser à Mohamed- Aly, non seulement TEgypte héréditaire, mais le pachalik de Saint- Jean d'Acre en viager; qu'il estimait que l'Angleterre ne pouvait établir une communication sûre et rapide avec ses possession de l'Inde que par l'Egypte sous le gouvernement de Mohamed- Aly, etc.

Nous verrons si ce secrétaire avait bien pénétré le secret de lord Ponsonby; — en tout cas, pour le moment, un secret bien profond.

En attendant, le 14 novembre, les plénipotentiaires des quatre Puissances réunis à Londres rédigèrent un Mémorandum par lequel ils annonçaient à la Sublime Porte « que leurs gouvernements respectifs, conformément aux stipulations du paragraphe 7 de l'acte séparé Annexé (sic) à la convention du 15 juillet, croient devoir xecommander fortement au gouvernement de Sa Hautesse 4pie, dans le cas où Méhémet-Ali se soumettrait sans délai, et consentirait à restituer la flotte ottomane et à -^étirer ses troupes de la Syrie tout entière, d'Adana, de Candie, de l'Arabie et des Villes Saintes, Sa Hautesse baignât, non seulement réinstaller Méhémet-Ali dans ses fonctions comme pacha d'Egypte, mais en même temps lui accorder l'investiture héréditaire du dit pachalik, d'après les conditions établies par la convention du 15 juillet, bien entendu que ce titre héréditaire serait sujet à être révoqué si Méhémet-Ali ou l'un de ses successeurs venait à enfreindre les susdites conditions ».

xxvm —

En conséquence, et sur mandat des Quatre, lord Palmerston demandait aux lords de rAmirauté de donner des instructions à Sir Robert Stopford, pour lui ordonner d'envoyer immédiatement à Alexandrie un officier compétent pour y faire les communications suivantes:

L'officier, se présentant devant Mohamed-Aly, l'informera que, s'il se soumet immédiatement au Sultan et remet une obligation par écrit de rendre sans autre délai la flotte turque et de retirer immédiatement ses troupes de toute la Syrie, du district d'Adana, de l'île de Candie, de l'Arabie et des Villes Saintes, les Quatre Puissances recommanderont au sultan de le rétablir dans le pachalik d'Egypte.

L'officier aura l'ordre de rester trois jours au plus à Alexandrie pour connaître la décision de Mohamed- Aly et la porter à Constantinople.

L'obligation sus-énoncée devra être remise à l'officier bon cachetée, afin qu'il puisse s'informer de son contenu; et il refusera de la porter à Constantinople si elle n'est pas conforme à la volonté des quatre Puissances.

Le Mémorandum de Londres, avec les instructions annexes, fut immédiatement porté à la connaissance du Gouvernement français.

Ces documents ne ressemblaient pas beaucoup à la note Palmerston du 2 novembre. U n'était donc plus tout-à-fait le maître; Metternich avait parlé. Guizot comprit que la situation n'était plus tout-à-fait aussi mauvaise, et il renoua avec Mohamed- Aly des relations que les instructions du 9 novembre avaient risqué de rompre.

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n lui fit dire par Cochelet que « toute mesure qu'il prendrait, toute résolution à laquelle il s'arrêterait parce qu'il la jugerait conforme aux nécessités de sa situation et propre à prévenir ou à détourner tout danger qui menacerait son pouvoir dans sa base, aurait notre entière approbation » (17 novembre).

Mais aussi il ajoutait que le Gouvernement français avait toujours le sincère désir de lui venir en aide: — Qu' on ne pouvait pas lui garantir un emprunt, à quoi sans doute les Chambres ne consentiraient pas; qu'on ne pouvait pas lui envoyer un amiral parce qu' une action aussi jnarquante ne pourrait qu'attirer sur lui les plus grands <langers; mais qu'on allait tout de suite lui envoyer les ^rois ingénieurs qu'il demandait.

Cochelet répétait dans toutes ses dépêches que la JP'rance pouvait exercer à Alexandrie une influence plus grande que jamais, soit pour épargner à l'Egypte et au "Vice-roi de nouvelles épreuves, soit pour les aider l'une <«t l'autre dans le développement des œuvres de paix. Au moment même où Mohamed -Aly allait céder, sa ntuation déjà se redressait, grâce à la France.

Le 25 novembre, le chancelier de Russie, comte de

TNesselrode, adressait à son représentant à Paris, le

«comte Pahlen, pour être communiquée, la dépêche la

^lus conciliante. Il y disait la satisfaction éprouvée par

Tempereur Nicolas, à la suite des premières conversations

du nouveau ministre des affaires étrangères de France,

affirmant sa volonté de faire cesser dans les esprits une

effervescence dangereuse. Il se félicitait que, dans son

récent discours à la Chambre des Pairs, M. Guizot eût

affirmé avec une belle franchise que les Puissances si* gnataires de la convention de Londres n^avaient voulu ni insulter^ ni tromper, ni isoler la France,

Il ne pouvait pas manquer de faire des réserves sur les accusations maintes fois dirigées, même publiquement, contre la politique du Gouvernement de Saint- Pétersbourg, Il aurait pu se plaindre que. même dans la note française du 8 octobre, M. Tbiers eût attribué encore à la Russie des ambitions contraires à Tindépen^ dance complète de la Porte.

Il préférait déblayer le terrain de la discussion, en écartant toute controverse de principe, et retenir seulement ce que la note française contenait de pacifique et de prati* que pour arriver à la solution du problème turco-égyptien*

Les manifestations belliqueuses ne pouvaient qu'aggraver la situation de jour en jour même plus critique, « Du moment où, au contraire, le nouveau cabinet s'annonce comme un ministère de paix, l'honneur et la dignité des Puissances cessent par la même d'être en cause^ et dès lors elles n'ont plus de motif de se refuser à lui faciliter la tâche de réconciliation qu'il entreprend,

« M. Guizot en trouvera la preuve dans la promesse qu'elles viennent d'adresser à Méhémet-Ali d'intercéder auprès de la Porte pour lui faire rendre le gouvernement de l'Egypte, s'il renonce aux territoires que la convention replace sous l'autorité du Sultan, Cette démarche, à laquelle notre plénipotentiaire a concouru avec empressement, témoigne assez des sentiments des quatre cabinets alliés . . . £Ile fournit au cabinet français un moyen de prendre part à l'oeuvre de pacification cona-

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mune, en adressant de son côté au Pacha les avis que du nôtre nous nous engageons à adresser au Sultan. Moyennant ces conseils réciproques, le conflit entre le maître et le sujet arriverait ainsi à son terme avec Paide de toutes les Puissances, et cette œuvre si épineuse, au lieu d^être une source de mésintelligence, en deviendrait au contraire une d'harmonie et d'unanimité. Aussi est-ce avec un sentiment de satisfaction que nous venons d'apprendre que le Ministère français s'était décidé à user de son influence à Alexandrie pour engager Méhémet- Ali à se soumettre aux conclusions du traité.

« Tout nous autorise donc à croire qu'une solution définitive de la question orientale fera promptement cesser l'état de crise où elle tient encore le monde, et, en permettant à la France de se replacer sur la même ligne que les autres cabinets, mettra fin à un isolement qu'aucun d'eux, M. Guizot le reconnaît, n'a voulu créer autour d'elle ».

Quelqu'un faisait remarquer, à la même date, que les entreprises militaires de l'Angleterre dans l'Inde septentrionale et en Afghanistan étaient pour quelque chose dans la nouvelle direction que prenait la politique russe. Car il est permis de rappeler que. même avant les « manifestations belliqueuses », ou tout simplement les préparatifs militaires du ministère Thiers, la Russie n'avait pas montré des dispositions particulièrement conciliantes à l'égard de la France.

Passons l'éponge.

En tout cas, la note Thiers était en train de faire autour d'elle une sorte d'unanimité. Et sans doute elle

eût abouti à des coaclusions rapides si Jes dispositions pacifiques avaient été unanimes chez les Quatre.

Rappelons aussi que, même dans le Ministère anglais, les collègues de lord Palmerston n'étaient pas unanimes à approuver toute sa conduite, et nous verrons ainsi se dessiner, dès novembre 1840, une évolution politique où la France n'apparaissait plus aussi isolée que FAngleterrc.

Le salut de Mohamed-Aly est là, pourvu qu'on évite les accidents et qu'on ne néglige aucune précaution contre les fauteurs de discorde et de guerre. Le Vice-roi avait beaucoup trop de sens politique pour ne pas le comprendre. Il demeura attaché à la France autant par intérêt que par reconnaisssance. Au reste, en cette matière, de part et d'autre, il n'y a qu'intérêt.

M, de Valmont, commandant du bateau à vapeur français VEuphrate^ était passé à Saint- Jean d'Acre au lendemain de la prise de la ville. Il racontait, dans son rapport, que la flotte de ramiral Stopford avait mouillé devant le port le 2 novembre, qu'elle avait ouvert le feu le lendemain, que la place avait d'abord répondu assez vigoureusement, maltraitant un vaisseau, une corvette et un bateau à vapeur; mais qu'une heure après, le magasin à poudre avait sauté parmi les troupes qui se trouvaient aux environs; que cependant le feu avait continué jusqu'au coucher du soleil; que dans la nuit une partie de la garnison s'était échappée, et que le lendemain matin 4 novembre, les troupes turques y avaient été débarquées sans opposition*

xxxnt —

Le commaiidant Yalmont ajoutait que le bruit cou** rait que les Anglais avaient promis le rétablissement du royaume d'Israël. Déjà!

Ces nouvelles jetèrent la consternation à Alexandrie. Cochelet^ accompagné du commandant Gallice^ fut reçu par le Vice-roi, Mohamed- Aly donna pleins pouvoirs à GâUice pour rorganisation de la défense; mais il ne lui donna pas encore tous les matériaux et tous les ouvriers qu'il aurait fallu.

n demanda conseil à Cocbelet, comme « véritable ami »5 pour le cas où Famiral Stopford lui proposerait de s^adreBser directement à l'Angleterre^ pour obtenir Fhéredite de l'Egypte, Cocbelet répondit, naturellement, qu'après la note française du 8 octobre et sa lettre du 7 novembre, où il avait remis son sort à la protection de la France, c'était sur elle qu'il pouvait et devait compter; qu'il ne pouvait pas courber la tête lorsqu'un ami généreux et desintéressé lui avait noblement tendu la main en présence des cinq Puissances coalisées... Et Moiiamed-Aly se redressa fièrement sur son divan pour déclarer qu'il resterait dévoué et soumis à la France. I Et, « supérieur à la mauvaise fortune », le Vice-roi 'donna des ordres pour le retour des troupes de Syrie, pour la concentration de toutes ses ressources mibtaires. Il se montra résolu à faire sortir sa flotte; Cocbelet l'en dissuada, disant qu'elle ne devait être mise en mer que sur l'ordre et sous le patronage du Gouvernement français. Cachelet cependant ne doutait point qu'à rapparilion des Anglais et sur leurs premières sommations, le Vice-roi capitulerait. Et l'on ne voit pas bien comment

ut — Ta

il eût pu faire autrement. Mais ce n'était pas une raison pour que la France lui retirât sa protection; au contraire: car il n'avait plus d'autre recours.

Le 23 novembre, le commodore Napier parut devant Alexandrie.

U adressa aussitôt à Mohamed-Aly une lettre où il l'invitait à échanger contre un nombre égal d'officiers égyptiens les émirs et cheikhs druses qui avaient été ramenés du Liban et exilés au Sennaar. Il le pressait aussi d'accepter l'hérédité de l'Egypte.

Boghos-bey lui répondit aussitôt, au nom du Vice-roi, que les chefs druses avaient été remis en liberté quelques jours auparavant et qu'ils avaient repris la route de la Syrie; que, pour la question de l'hérédité de l'Egypte, le Vice-roi n'avait pas encore eu connaissance officiellement qu'on fût disposé à la lui reconnaître; qu'il l'avait acceptée depuis longtemps, même avant qu'on n'engageât les hostilités contre lui, qu'il n'avait jamais refusé de rendre la flotte ottomane; que, pour l'évacuation de la Syrie, il avait demandé la médiation de la France; que d'ailleurs il ne pouvait pas donner ses ordres à Ibrahim-Pacha, les communications étant coupées par l'agitation qui régnait parmi les populations de la Syrie et de la Palestine.

La conversation continua.

Sur une nouvelle invitation du commodore, Boghosbey précisa que le Vice-roi rendrait l'escadre turque et ferait évacuer la Syrie dès qu'il aurait reçu la garantie officielle et positive de l'hérédité de l'Egypte; que, pour le reste, il y avait convenance à attendre la décision

qu^allaient prendre les Puissances par suite de la médiation du Gk>uvemement français.

Le 25 novembre, Cochelet, et Walewski dont le bateau avait dû retarder son départ, essayèrent d'obtenir que Mohamed- Aly cédât à la France, et non à TAngleterre. Mais ils n'avaient pas d'instructions de Paris, et Napier se faisait pressant.

Le 16 novembre, à la réception du Mémorandum de Londres Guizot avait répondu ^^^ que, laissée par la Quadruple Alliance en dehors de la négociation orientale, la France attendrait, pour y rentrer, de le pouvoir faire sans rien sacrifier de sa dignité ni de ses droits, et qu'elle réservait jusque-là sa liberté d'action. Et, le 25 novembre, interpellé par Thiers à la Chambre des députés, il avait déclaré hautement que le Gouvernement s'en tenait à la note du 8 octobre.

En d'autres termes, la France exigeait, avec Guizot comme avec Thiers, la garantie de l'existence politique de Mohamed- Aly, et de l'hérédité du gouvernement de FEgypte pour sa famille.

Guizot continuait avec la plus grande activité les armements que Thiers avait commencés; il déposait sur le bureau de la Chambre le projet de loi relatif aux fortifications de Paris.

D'autre part, il avait recommandé à Mohamed-Aly de céder à la pression des Puissances, ce qui laisserait à la France seule le soin de lui assurer les garanties nécessaires.

(1) A. Dbbidour, I, 390.

Le 27 novembre, le commodore Sir Charles Napier, commandant les forces navales de Sa Majesté Britannique devant Alexandrie, et Boghos Youssouf bey, spécialement désigné par Son Altesse le Vice-roi d'Egypte, signaient une convention par laquelle:

Anitl% premier* — Le commodore Napier, en sa cpia- Uté su8-dite, ayant porté à la connaissance de Son Altesse Méhémet-Ali que les Puissances alliées avaient recommandé à la Sublime Porte de le réintégrer dans le gouvernement héréditaire de l'Egypte; et Son Altesse voyant dans cette communication une circonstance favorable pour mettre un terme aux calamités de la guerre, elle s^engage à ordonner à son fils Ibrahim-Pacha de procéder à Tévacuation immédiate de la Syrie. Son Altesse s^engage en outre à restituer la flotte ottomane aussitôt qu'elle aura reçu la notification officielle que la Sublime Porte lui accorde le gouvernement héréditaire de l'Egypte, laquelle concession est et demeure garantie par les Puissances.

Le commodore Napier mettait à la dispositon du Gouvernement égyptien un bateau pour conduire en Syrie l'officier désigné par Son Altesse pour porter à Ibrahim- Pacha l'ordre d'évacuer cette province.

Toutes hostiUtés étaient dans l'instant suspendues contre Alexandrie ou toutes autres portions du territoire égyptien»

Mohamed- Aly n'avait pas manqué de saisir cette f( circonstance favorable »; il n'y était point traité comme un rebelle, mais comme une Puissance; il cédait, mais en faisant ses conditions. Ce n*était pas une capitulation,

U se hâta de lancer une proclamation*

— xxxvu —

Considérant que c^est une loi de Porgamsation du monde que les phénomènes de la guerre et de la paix se succèdent sur la terre tour à tour, ainsi depuis la bataille de Nézib jusqu'à ce jour mille obstacles paraissaient s'opposer au rétablissement de la paix et de la bonne harmonie, et Ton ne voyait pas par quels moyens ces bienfaits seraient rendus au monde, lorsque Pépoque providentielle de leur retour étant venue, Tamiral Napier commandant Fescadre anglaise dans la Méditerranée — promotion et exagération calculées — s'est présenté devant Alexandrie et a demandé que la paix fût conclue, en notifiant que les Grandes Puissances de l'Europe avaient décidé d'accorder à la famille de Mohamed- Aly le gouvernement héréditaire de l'Egypte.

Son Altesse, ayant à cceur d'empêcher l'effusion du sang, de tranquilliser les habitants du pays et de les rendre à leurs paisibles travaux d'industrie, de commerce et d'agriculture, s'est empressée d'accueillir la demande de l'amiral, et elle a envoyé immédiatement au généralissime Ibrahim-Pacha l'ordre d'évacuer la Syrie et de revenir en Egypte avec toute l'armée et tout ce qui est au service égyptien.

C'était la paix en effet, aux conditions les plus honorables pour le Vice-roi.

Cochelet pourtant se mit d'abord dans une grande colère. Mohamed-Aly ayant demandé à le voir, il refusa de se rendre au palais, disant qu'il n'avait pas à prendre part aux arrangements convenus entre le Vice-roi et le Commodore anglais; qu'il devait attendre les instructions de son Gouvernement; qu'en agissant ainsi, après

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sa lettre au Roi, Mohamed- Aly s'était mis dans une position fausse, peu digne et peu honorable. Il ajoutait sévèrement qu'il regrettait cjue le Vice-roi eût trompé la France sur la réaUtê de ses forces et la constance de âon caractère.

Le lendemain, il y avait réception à l'occasion du Balram. Cochelet s'y rendit officiellement. Il salua le Vice-roi, lui souhaitant « une position digne et tranquille ». Mohamed-Aly sentit le reproche, leva les yeux au ciel, disant qu'il avait 73 ans et ne voulait pas qu'on versât le sang encore, peut-être pour rien.

Cochelet voulut voir dans cette soumission « quelque chose de honteux » après tant de jactance, après avoir jeté le défi à l'Europe, Et il avait hâte de s'en aller, fatigué de cette longue mission, pendant laquelle s'était joué^ dit-0, tf le plus grand drame politique des temps modernes ».

Avant de s'en aUer, il eut le temps de revenir à une appréciation plus calme et plus exacte de la situation.

Quelques jours après, comme il disait encore au Viceroi qu'il était bien regrettable que sa puissance militaire, qui paraissait si solide, eût montré dans l'épreuve si peu de consistance^ il dut s'arrêter, à voir Mohamed* Aly vraiment afifecté, et le Vice-roi termina la conversa* tion en poussant un profond soupir et en disant: « Nous avons commis de grandes fautes! ».

Assurément. Et non pas seulement lui. Et Cochelet se rendit compte q[ue la France n'avait pas intérêt à abandonner Mohamed-Aly sous prétexte qu'il lui avait causé des déceptions. « Il est très important, écrivait-il le

— xxxsx. —

7 décembre, pour Favenir de notre position en Egypte, où il sera bien constaté un jour que Mohamed- Aly et ses enfants auront dû leur pouvoir à nos bons offices, et où nous avons toujours la première influence, il est important, dis-je, que Mohamed- Aly et plus tard les siens soient aussi indépendants que possible pour tous les actes de leur administration intérieure, afin que les Puissances qui auront le plus d'influence auprès de la Porte n'en profitent pas pour se créer, par le moyen des firmans du Sultan, des avantages que nous n'aurions pas; car c'est bientôt sur le terrain des intérêts matériels que la lutte va s'engager et que l'Angleterre profitera sans doute de sa position pour obtenir de la Porte les plus grandes concessions possibles »•

Voilà en effet une politique. Il le répétait le 11 décembre, quand on avait commencé de constater les premiers effets de la convention Napier. U disait l'estime que les populations faisaient déjà de notre conduite: « En ne nous voyant prendre aucune part à ce qui se fesait, on a pensé que nous n'approuvions pas le dénouement, et que nous nous réservions l'avenir* On nous a su gré de n'avoir pas poussé Méhémet-Ali à la résistance; car on redoutait par-dessus tout un bombardement. On sent bien déjà que la Porte va peser de tout son poids sur FEgypte, et on est persuadé que la France seule cherchera à tempérer la rigueur des ordres qui peuvent être donnés. Notre rôle ici comme à Constantinople sera d'observer pendant quelque temps la marche des choses; mais nous devrons veiller, dans l'intérêt de notre politique et de notre avenir dans ce pays, à ce que Mé-

hémet-Âli reste autant que possible indépendant de la Porte sous le rapport de son administration intérienre »•

Rien de pins juste. On a désormais conscience, à Paris comme à Alexandrie, de la solidarité des intérêts qui unissent la France et l'Egypte*

Rien de plus précieux pour Mohamed-Aly dans le temps où l'Angleterre allait s'acharner à vider Thérédité de tonte substance, pour le pousser aux extrémités du désespoir, et enfin f anéantir.

Tout d'abord la convention Napier n'eut pas de succès. L'amiral Stoplord, en l'apprenant, écrivit à Mohamed-Aly (2 décembre) qu'elle ne serait par lui ni approuvée ni ratifiée, le Commodore n'ayant pas eu quatité pour la conclure. L'amiral ajoutait qu'il espérait que ce contretemps ne causerait point d'embarras au Vice-roi, que cela ne diminuait point son plus vif désir d'adopter au plus tôt toutes sortes de mesures « ayant pour but de renouveler l'amitié et les bonnes relations qui, je me flatte, seront désormais rétablies entre TAngleterre et Votre Altesse )>.

En effet, le même jour, conformément au Mémorandum du 14 novembre, ramiral envoyait au Vice-roi le capitaine Flanshaw, porteur de l'autorisation officielle du Gouvernement britannique, au nom des Quatre Puissances, de maintenir le Vice-roi dans le pachalik d'Egypte, à condition que, dans le délai de trois jours, il consente à restituer la flotte turque au Sultan et à évacuer définitivement la Syrie,

Il ajoutait avec une émotion sincère: « Que Votre Altesse me permette de la supplier de prendre ces conditions en sérieuse considération. J'implore la toute-puis-

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sance de Dieu pour que l^esprit de Votre Altesse se pénètre du bien qu'elle fera à un pays désorganisé, en accédant à la décision des Quatre Puissances )).

Le capitaine Flanshaw accomplit sa mission sans encombrCâ Mohamed-Âly adhéra aux conditions qui lui étaient imposées . « ., ou soumises, et il en informa luimême le Grand-vizir* Il annonça qu'il avait pris des dispositions pour que la flotte ottomane fût remise à telle personne et de teUe manière qu^il plairait à Sa Hautesse d'ordonner; que l'évacuation de Candie, de l'Arabie et des Villes Saintes aurait lieu sans délai, dès réception de Tordre du souverain; que l'évacuation de la Syrie et d'Adana était commencée et que toute l'armée d'Ibra* him-pacha rentrait en Egypte; que par conséquent son acte d'obéissance était accompli.

Cependant, pour d'autres raisons, lord Ponsonby et Reschid-pacha avaient ensemble protesté véhémentement contre la convention Napier. Ils déclaraient hautement que le commodore s'était arrogé un droit qui n'appartenait qu'au Sultan; qu'en allant au devant des désirs de Mohamed-Aly, il lui avait donné les moyens de faire revenir ses troupes de la Syrie et de sauver son fils, en enlevant aux Turcs l'occasion de réduire le Pacha à se rendre à discrétion en demandant la vie sauve; qu'il fallait le traiter comme un rebelle, et non pas comme une Puissance. Et, sous ces prétextes, ils firent tout pour que le Sultan n'acceptât point l'arrangement intervenu, pour que la retraite fût coupée aux troupes d'Ibrahim- Pa^ha, pour que le Vice-roi fût obligé de se rendre à merci, pieds et poings liés.

XUl —

Mais ils ne pouvaient pas traiter avec la même désinvolture le Mémorandum du 14 novembre et la missian de l^amiral Stopford, Ils ne pouvaient plus compter que sur une imprudence de Mohamed-Aly* Ils espérèrent qu'il réagirait par quelqe violence contre leurs provocations, et qu'on pourrait encore remettre tout en question.

Il est étonnant que lord Palmerston ait toléré leurs manigances qui, si elles avaient réussi, n^ auraient pas fait hoimeur à l'Angleterre.

Et, dans la crise ainsi prolongée, Mohamed«Aly aïlait pouvoir se rendre compte que la protection de la France u^était pas superflue.

D'abord il était bien nécessaire que l'armée de Syiie rentrât tranquillement en Egypte. Il fallait lui éviter le désastre d'une capitulation^ et on pouvait encore avoir besoin d'elle.

On a évoqué ici le souvenir de la retraite de Moreau; il n'est point mauvais de nourrir l'esprit de comparaisons: chacun y fait les réserves qu'il faut.

Après r occupation de Beyrout par les Anglo-Turcs et quelques autres opérations malheureuses, Ibrahim et SoHman avaient ramené toutes leurs troupes entre Baalbeck et Damas; ils avaient encore avec eux 60.000 hommes et une beUe artillerie, 150 canons. Il fallait sauver cela de la pression qui pouvait venir des Anglo- Turcs à mesure qu'ils devenaient les maîtres de la plus grande partie de la côte. Ibrahim prit donc sa ligne de

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retraite derrière les Libaus^ à Tabri du Jourdain, du lac de Tibériade et de la mer Morte, le long de la voie traditionnelle des pèlerinages à La Mecque.

Mais il n'y a que 60 à 100 kilaniètres de la côte à cette ligne, et il semble qu^il eût été facile aux Anglais de le couper quelque part.

Pour aider au sauvetage, Mohamed-Aly envoya quelqueg troupes à Gaza par El-Arych, notamment Técole de cavalerie de Ghizeh où servait un oflScier français, M. de Veimars, Les Anglais demandèrent au Vice^roi des explications, firent semblant de croire qu'il massait de nouvelles troupes pour soutenir les hostilités en Syrie dans le moment où il en promettait Févacuation. Il lui fallut s'en défendre. Il lui fallut défendre aussi la position de Gaza, c'est-à-dire la principale porte de sortie, contre l'indiscipline de ses propres troupes, contre les désertions, contre les incursions des Bédouins avides de pillage: corbeaux derrière toute détresse*

n y eut un moment de grave péril; des officiers quittèrent les rangs, appelèrent des bandes du désert, revinrent avec elles, cimeterre levé. Il fallut sévir à Gaza même* Un jeune officier de l'école de Ghizeh fut convaincu de trahison, traduit devant une cour martiale, condamné à mort et exécuté, La leçon fut comprise, L^ordre fut maintenu, mais dans une angoisse de tous les jours: tout le pays depuis Alep et Beyrout dans une agitation croissante, contre les fonctionnaires égyptiens qui s'en allaient, contre l'administration du Vice-roi^ contre l'ordre qu^il avait établi, donc dans un désordre universel.

— xuv —

11 est vrai qu'il y eut assez vite quelques signes de revirement; que les Turcs, sinon les Anglais, se rendirent bientôt odieux; que les populations chrétiennes ne tardèrent pas à être molestées; qu'on se mit à regretter la parfaite tolérance religieuse que Mohamed -Aly avait imposée. Tout de même, la retraite d'une armée était scabreuse dans de pareilles circonstances; et, à Alexandrie comme au Caire, on répandit des bruits sinistres.

Et puis il y avait dans les rangs égyptiens des contingents syriens. Les officiers anglais et turcs les réclamèrent. Sans doute ils avaient raison. Le Vice-roi répondait qu'il était impossible de désorganiser l'armée en ordre de marche. Les Anglais justement ne tenaient pas qu'elle demeurât en ordre de marche; ils ne voulaient que la désorganiser. Mohamed-Aly promit que, dès le retour à la frontière égyptienne, ces contingents seraient rendus au Sultan pour rentrer chez euxt l'affaire fut traînée en longueur jusque-là.

Ibrahim avait quitté Damas à la fin de décembre. Ce fut de jour en jour une dure retraite, harcelée de pillards, anémiée de désertions.

Après la prise d'Acre, puis de Caîffa, et de Jaffa, les Anglo-Turcs s'établirent à Jérusalem, sous le colonel R. Napier, fils du commodore. La retraite d'Ibrahim risquait d'être étranglée là, sur la mer Morte. Ibrahim tout à coup franchit le Jourdain à Jéricho, fit une démonstration sur Jérusalem. Les ennemis s'y concentrèrent pour Fy attendre et l'y écraser. Il se déroba, disparut, glissa le long de la mer Morte, sauva l'armée, ramena le reste en deux colonnes: l'une, sous le commandement de

Soliman, vers Akaba et la mer Rouge, Fautre sous son propre commandement vers Gaza, pour y faire sa jonction avec les troupes de secours qui Fattendaient.

Parmi tant de di£Bicultés, on louera cette retraite de deux mois, qui évoquera naturellement le souvenir de Bonaparte après Saint- Jean d^Acre, avant Aboukir.

n>rahim aussi était capable d^un pareil redressement.

Son armée et lui-même demeurent des forces disponibles au service du Vice-roi: éléments d^importance considérable dans le bilan de la liquidation. Les ennemis devront en tenir compte.

Gallice continue ses fortifications à Alexandrie et sur toute la côte, avec une ardeur renouvelée, et il vient d^être promu lieutenant-colonel, et Mohamed-Aly le garde et va le faire bey.

£n France aussi on continue les fortifications de Paris. La loi qui les concerne est votée en février par les deux Chambres: le testament de Thiers... et de Napoléon.

Mohamed-Aly se résigne à la situation nouvelle, puisque Dieu Va voulu ainsi; il se consacrera aux travaux de la paix avec la même passion, toujours jeune, que jadis aux entreprises conquérantes. L'Egypte peut être grande aussi dans la paix; elle fut si grande ainsi sous les Pharaons!

Mohamed-Aly le sait. Il est grand pour avoir compris l'Egypte, pour avoir eu foi dans ses ressources infinies.

C'est pourquoi il ne faudrait pas le réduire au désespoir. Il saurait mourir dans un grand geste à 72 ans.

n sent l'immanente justice. En Crète, le Sultan a prié Moustapha-pacha de garder le gouvernement. Le Vice-

roi s^est montré un moment ému qu^il eût consenti à servir la Porte. Puis il a admis que cela valait mieux pour les populations, pour le propre prestige de Tadministration égyptienne, et il Pen a félicité.

En Syrie, ranarchie turque, restaurée par TAngleterre, fait contraste avec Tordre égyptien. Les chefs Druses retournent dans le Liban; mais ils ne cachent pas qu^ils y défendront les libertés de la Montagne, et qu^ils ne manqueront pas de recourir à la séculaire protection de la France.

La France aussi sans doute finira par y défendre ses droits et ses traditions.

Mohamed-Aly n^est pas vaincu.

IL — Le hatti-sherif du 13 février 1841.

Le 12 janvier, en réponse à la lettre du 27 novembre^ le Grand-vizir écrit à Mohamed-Aly!

Que Sa Hautesse avait apprécié les termes de sa. soumission et était disposée à lui pardonner complè-tement;

Qu'aussitôt donc que, conformément à son engage-ment, la flotte impériale serait sortie du port d'Alexan-^ drie avec ses officiers, équipages, armes et munitions, eV^ que (( les endroits qu'on sait » auraient été remis aux:^ commissaires de la Sublime Porte, et que ce serait liL des faits accomplis, c'est-à-dire que la nouvelle positive^ en serait parvenue à Constantinople, il était décidément^ résolu qu'alors Sa Majesté Impériale daignerait réintegrer Mohamed-Aly dans le gouvernement de l'Egypte;

gociation avec une souplesse infinie. Le commodore Napier était toujours devant Alexandrie; il venait à terre souvent* Mohamed* Aly le recevait avec toutes sortes de prévenances, lui donnait à dîner, s ^entretenait longuement avec lui* On répandit le bruit que le colonel R* Napier, fils du commodore, allait épouser la fille de Fémir Haldar, Tun des plus influents parmi les Chefs druses qui g^en retournaient dans le Liban: trait aimable d'une poli* tique orientale pleine de promesses.

Cochelet était jaloux. Mais, quand le commodore était parti, Mohamed-Aly le recevait avec d'autres prévenances, se tenait étroitement lié à Tamitié de la France, que rien ne pouvait remplacer, et qui était en effet le fond indestructible, la morale de cette histoire.

Et Napier était jaloux de Cochelet.

Et la situation de Mohamed-Aly n'était pas si mauvaise, puisque les deux plus grandes Puissances de rEurope se disputaient son alliance- Il n'avait qu^à éviter les pièges de lord Ponsonhy: il était trop habile pour y tomber.

Cochelet pourtant s'en alla, un moment trop tôt. Il était mécontent, sans savoir au juste de qui ou de <{uoi. Il notait plus Thomme de la situation.

Il fut remplacé par le comte Philippe de Rohan- Chabot.

Ses instructions du 22 février, sont une haute leçon de morale à l'adresse de Mohamed-Âly, qui sans doute en éprouvait le besoin: « Une voie nouvelle s'ouvre pour le Vice-roi, dit M. Guizot, et j'apprends avec une vive satisfaction qu'il l'a déjà compris. Maintenant cjue rien ne le menace plus (?) et que son sort est fixé (?), ce n^est

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plus par des conquêtes, par des agrandissements territoriaux aujourd%ui impossibles, par un déploiement de forces sans objet comme sans prétextes, par des mesures compromettantes et ruineuses tout à la fois, qu'il doit travailler à augmenter sa puissance* L'aUègement des charges publiques, la réduction des impôts et d'un état militaire qui épuisait la population, IVncouragement de ragriculture et du commerce, ramélioration de la condition des peuples soumis à son administration, tels sont les moyens par lesquels Méhémet-Ali peut aujourd'hui consolider son gouvernement, de créer de nouvelles ressources et calmer des mécontentements dangereux. Cette politique est la seule qui puisse lui ramener ropinion de TEurope ...» et notamment celle de M, Guizot.

On voit le ton* Que si M. de Rohan-Chabot a eu l'idée de lire cela à Mohamed-Aly, on imagine le fin sourire en @a barbe. Il savait d^autre part que les deux Chambres venaient de voter les crédits nécessaires aux fortifications de Paris. Et Ibrahim venait de rentrer, et l'armée égyptienne avait encore de la force.

Les dernières troupes d'Arabie revenaient. Les Anglais s^instaUaient à Moka, et autres Heux. Ce n'est pas cju'il s^agisse d'une ambition immorale et insatiable: honni soit qui mal y pense! Tout simplement ils achèvent d'édifier dans rinde le plus riche empire de la terre et de s'en assurer les routes; tout ce qui mène à l'Inde est à eux: quoi de plus naturel? Et de plus juste?

La France les laisse donc faire.

Les officiers français qui ont accompagné les troupes égyptiennes en Arabie, en rapportent des cartes et de

précieuses inforinatiaas scientiâques* C'est leur part de civilisation, quelque chose qui rappelle les beaux travaux de rinstitut d'Egypte: — une tradition qui se perpétuera*

Tout de même le gouvernement de Paris a fait encore quelque chose d'autre pour contrecarrer rinfluence anglaise dans les pays de la mer Rouge, ou tout au moins pour s^y assurer aussi quelques bonnes positions: — reliefi de leur festin impériaMste.

Une agence consulaire de France fut instituée a Maseouah, et confiée d'abord à M. A. Degoutin. Le 17 février, il envoyait la note de ses frais de voyage, 2.251 frs 75 + 624 frs pour frais d'installation, soit 2.875 frs 75: — C'est une somme.

D fut reçu d'aïUeurs à Massouah selon tous les bon* neurs dus à sa haute dignité. Le pavillon français fut salué magnifiquement, et M* A. Degoutin se réjouissait déjà de représenter le gouvernement de Sa Majesté le Roi des Français dans un pays barbare; il se préparait à faire cesser tous les anciens abus qui y paralysaient le commerce avec la France.

Mais, le lendemain de son arrivée, les soldats albanais de la garnison se présentaient en demandant un pourboire, pour les salves de la veille et les honneurs rendus au pavillon français. Il leur fit sentir l'inconvenance de cette conduite, et ils se retirèrent* Ils reparurent un moment après, avec une note de 50 talaris =^ 797 frs et cette invitation laconique: « Oui ou Non ?» Il refit son discours. Us tirèrent leurs yatagans, coupèrent les cordes qui soutenaient le mât de paviUon, et le pa\^on s'effondra au bas du mât. M. A. Degoutin se plaignit

an gouverneur. Le gouverneur lui offrit de lui avancer la sonmie* Degoiitin n^aecepta point et menaça d^informer Sa Majesté le Roi des Français, Le soir même il eut satisfaction; les soldats vinrent lui demander pardon, rehis* sèrent le paviUon et égorgèrent un chevreau au pied du mât en signe de paix et d'oubli du passé, et la dignité de la France fut sauvegardée: il fut établi dorénavant que les honneurs rendus à Sa Majesté le Roi des Français lui sont dus et ne se payent pas.

A quelque temps de là, deux Français, agissant au nom et pour compte de la « Compagnie Nanto-Bordelaise », qui se réservait de prendre le nom de « Compagnie Française d* Abyssinie », achetèrent pour 100.000 francs au souverain et juge de la ville et province d'Edd, près de Massouah, la propriété des dites ville et province, destinées à devenir le siège social de leur établissement, et Degoutin y donna son approbation. Mais la population, quand elle fut informée, se souleva à la pensée d^être ainsi vendue — à moins que ce ne fût pour en recevoir elle-même le prix — , et on découvrît que le souverain et juge de la ville et province d^Ëdd ne possédait pas ce qu'il avait vendu.

Ce n^était pas de quoi barrer la route aux Anglais ni leur disputer la domination de la mer Rouge.

Image, en quelque manière, des velléités incohérentes et timides et parfois ridicules, que le gouvernement français opposait ici ou là aux entreprises si fermement con* çues et menées par l'Angleterre. Napoléon Faurait suivie partout, harcelée, traquée, lui aurait fait échec partout et sur tous les terrains.

— tu —

L'agent A* Degoiitin n'avait rien de commnn avec le général Decaen.

Decaen était mort, Napoléon aussi, et la France n'avait plus qne ses cendres.

Elles avaient été ramenées le 15 décembre. Le gouvernement avait tout fait pour que la cérémonie n'exaltât point trop le sentiment national.

Cependant la Porte, c^est-à^dire Reschid-pacha, soulevé par lord Ponsonby, achevait l'étude des conditions auxquelles Mohamed-Aly recevrait l'investiture de l'hérédité.

Hérédité ne signifie pas indépendance, et on peut être vassal à titre héréditaire.

Le 8 décembre, Reschid-pacha avait fait passer à lord Palmerston une communication où il disait l'hésitation que Sa Haute sse le Sultan éprouvait à accorder à Mohamed- Aly le gouvernement héréditaire du pachalik d'Egypte.

Les représentants des Quatre se réunirent et adressèrent à la Sublime Porte, le 30 janvier, une note qui lui soumettait quelques considérations. Elle disait qu'après consultation entre les quatre gouvernements, leurs intentions étaient demeurées celles qui avaient été indiquées dans leur mémorandum du 14 novembre, et elle les renouvelait ainsi:

Les Quatre Puissances invitent le Sultan à user de sa clémence et de sa générosité souveraines de manière, non seulement à révoquer l'acte de déchéance prononcé contre Méhémet-Ali, mais à lui accorder la promesse que ses descendants en Ugne directe seront nommés successive*

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ment au pachalîk d'Egypte, chaque fois que ce poste deviendra vacant par la mort du pacha précédent.

Cela est clair.

Puis la note du 30 janvier se réfère au texte des articles de la convention du 15 juillet 1840 et de ses actes séparés; d'où il résulte que:

«Tous les traités et toutes les lois de l'Empire Ottoman, c'est-à-dire tous les traités et toutes les lois qui sont aujourd'hui ou qui pourront à l'avenir être en vigueur dans l'Empire Ottoman^ s'appliqueront au pachalik d'Egypte comme à toute province de l'Empire. Cette condition, que les quatre cours regardent comme indispensable, constitue à leurs yeux l'un des liens les plus solides pour rattacher l'Egypte à la Turquie comme une partie intégrante de l'Empire ottoman )),

L'homme sain attaché à l'homme malade afin qu'il en contracte tout le mal: — Une trouvaille des peuples civilisés.

Autre chose: — Conformément au même acte» les forces de terre et de mer qui pourront être entretenues en Egypte, faisant partie des forces de l'Empire Ottoman, seront toujours congidêrées comme disponibles pour le service général de l'Empire,

Finalement: il a été formellement reconnu que si Méhémet-Ali ou l'un de ses descendants venait à enfreindre les conditions auxquelles le gouvernement héréditaire de l'Egypte lui aurait été confié, ce titre serait sujet à être révoqué.

Et les signataires de cette note, apparemment rédigée par Palmerston, se louent de leur ouvrage: a Le Sultan

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'ierait désormais assuré de robéissance et de la soumis* sion de son pacha — gouverneur d'Egjrpte. Les populations de cette province seraient mises à Tabri de Pop* pression dont elles ont eu à soufeîr durant ces dernières années par les abus de T administration locale; enfin Méhémet-Ali obtiendrait pour lui-même et pour sa famille une position qui assurerait paisiblement son avenir, sans toutefois porter la moindre atteinte aux devoirs qu^il aura à remplir comme sujet du Sultan »>.

Cette savante rédaction, mise au point par Rescbîdpacha et lord Ponsonby, donna le hattishérif, ou firman impérial de Tinvestiture héréditaire de TEgypte, en date du 13 février 1841.

Les actes du 13 février 1841 constituent un ensencd^le impressionnant.

Ce sont d^abord les instructions données à Son Excellence Saïd Muhib-effendi, chargé de les porter à Alexandrie : — Il devait remettre à Méhémet-Ali le firman relatif à l'hérédité^ celui relatif aux provinces du Soudan, et une lettre du Grand- Vizir. — Ces firmans seront lus officiellement en plein Divan, et rendus publics. — Le dit effendi remettra à Son Excellence Méhémet-Ali pacha le Nicham distinctif des Vizirs, que le pacha devra mettre sur soi le jour de la lecture des firmans.

Dans le firman relatif à l'hérédité, il est dit que dorénavant les gouverneurs de rEgypte devront se rendre en personne à Constantinople pour recevoir Finvesti*

— tv —

ture. En considération de son âge, Méhêmet-Ali ponira se faire remplacer par un de ses fils.

■ Méhêmet-Ali devra accepter et exécnter immédiatement toutes les conditions portées au firman impérial; sinon^ il saura que son refus portera atteinte à rhérédité qu'on vient de lui accorder comme une insigne faveur*

Le hatti-shérif lui-même dit d'abord la grande satism faction éprouvée par Sa Hautesse lorsqu'EUe a su la

■ soumission de Métémet^Ali: d'où l'octroi du privilège de H rbérêdité sous les conditions suivantes:

■ En cas de vacance^ le gouvernement de rEg3^te sera confié à celui parmi les enfants mâles qui sera préféré

m et choisi par le Sultan, — Celui qui aura été choisi devra se rendre en personne à Constantinople pour recevoir l'investiture.

P Les dispositions du hatti-shérif de Gulkhané^ toutes les lois établies ou à établir par la Sublime Porte, ainsi que tous les traités conclus ou à conclure entre eUe et le& cours amies, seront de même exécutés en entier en Egypte.

■ Tous les impôts et revenus de l'Egypte seront perçus au nom de le Porte et selon les règles en vigueur dans les autres provinces de l'Empire* Quelle que soit la somme à laquelle ils s'élèveront, le quart de ce revenu brut, sans déduction d'aucun frais, appartiendra à la Forte^ qui en aura le contrôle supérieur par les moyens qu'elle ordonnera.

■ Les monnaies d'or et d'argent frappées en Egypte 'au nom du Sultan, et avec sa permission impériale, devront, sous les rapports du taux et de Paloi et de la forme, être pareilles à celles de Constantinople.

— wn —

Le ehiffire des troQpes ne dépassera pas 18.000 hommes. Ce cMâ&e poorra être augmenté, en temps de ^ene^ pour le service de la Sublime Porte, comme elle le jugera à prop€»s. Le recrutement se fera selon un service de 5 ans Conformément à ce qui a été étabU pour le ser^ce de l'Empire,

Les unifotmcs seront les mêmes que ceux des troupes

(Les officiers de terre et de mer, jusqu^au grade de Kml^'^hassi (adjudant-major), seront choisis et nom- Mn par le Vice-roi; les grades supérieurs seront conférés par le Sultan sur la proposition du Viee-roL

Les gouverneurs de TÉgypte à Taveiûr ne construiront phis de vaisseaux de guerre sans la permission de la Porte.

Comme le privilège de ITiérédité dépend de chacune des présentes conditions, le non*accomplissement de Fune d^entre eUes entraînerait la révocation et Fannulation ûimédiate du dit privil^e.

Vm second firman confie au Viair Méhémet-AU pacha, gouverneur d^ Egypte, radministration des provim^es de Nubie, Darfcïur, Kordofan et Sennaar: < J^ai pris la gTseieuse r^ohidon de t'accorder, sans Théredité, le gouvernement de ces provinces avec leurs dépendances. — Tu soumettras à ma Sublime Porte la liste exacte lie leurs revenus.

Un troisième firman contient la Uste des tributs et axrénges qui se sont accumulés, tant pour TEgypte que pour la Syrie et 111e de Candie; ces Mimmes arriérées

— LVU —

doivent être versées intégralement et sans délai dans le trésor impérial, et le Pacha fournira par là une nouvelle preuve de son obéissance et de sa fidélité.

La lettre du Grand-vizir à Méhémet-Ali, en confirmant les instructions données à Saïd Muhib-eflFendi, expliquait que, si l'on avait étabU certaines conditions dans le firman d'investiture, ce n'était pas que l'on eût le moindre soupçon sur le compte du Pacha* a Mais, indépendamment de la nécessité absolue que des conditions essentielles soient attachées à une aussi grande concession que celle du privilège de l'hérédité. Sa Hautesse a voulu et a jugé à propos d'insérer ces conditions dans le firman, parce qu^Ëlle les considère, non seulement comme un moyen de prévenir toute espèce de différends, qui, vu les difficultés de prévoir F avenir et à cause des vicissitudes humaines, pourraient surgir par la suite, mais aussi comme une mesure de précaution tendant à assurer le repos et la tranquillité des habitants de l'Egypte ».

Ces firmans furent communiqués le même jour aux puissances amies, qui furent priées de renvoyer leurs consuls à Alexandrie.

Et sans doute la Porte espéra que la crise d'Egypte était résolue*

Muhib-effendi à peine débarqué à Alexandrie, tout de suite le bruit se répandit que le Vice-roi n'acceptait pas les conditions qu'on prétendait lui imposer. Et Cochelet se désola que tout fût encore remis en question. Cela

— Lvm —

était à peu près exact. Mais il n^y avait pas de quoi se désoler que Mahained*Âly ne fût ni d^humeiir ni désormais en situation d^en passer par de teUes exigences* D 'aiUeurs le commodore Napier ne se priva pas de dire aussitôt qu^elies étaient inacceptables et qu^il allait en écrire lui-même à lord Palmerston,

Mais le mieux ici est de suivre le rapport de Muhibeffêndi.

Après sept jours de traversée heureuse, Muhib-effeiidi arriva à Alexandrie le 20 février.

Il fut reçu fort honorablement. Un officier du Vice-roi lui demanda aussitôt si le firman devait être lu à Alexandrie ou au Caire; il répondit qu'il devait dVbord être lu à Alexandrie^ puis au Caire, et porté à la connaissance du public. On prépara aussitôt la troupe et la musique. On revint dire, après un moment, que tout était prêt. Il demanda si le firman allait être lu. On lui répondit: « Non. Il faut que Son Altesse le voie d'abord ».

Muhib descendit à terre, parmi les bâtiments pavoises et les salves d'artillerie, troupes et officiers en grande tenue, musique en tête.

Reçu par le Pacha, il fut invité aussitôt à lire la lettre du Grand- vizir et les firmans. Il lut.

Mohamed-Aly dit alors: ît La publication des conditions que ce firman renferme doit, dans un pays tel que celui-ci, causer des désordres ».

Muhib fit tout l'usage qu'il put de sa langue et de son jugement pour l'amener à de meilleures dispositions; et, par propos encourageants ou menaces mêlées, il représenta au Vice-roi a que la nature de cette affaire exigeait que

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n'y ait pas de troubles ici^ il est de PiBtérêt de la Sublime Porte qu'il y ait beaucoup de troupes en Egypte; car, lorsqu'on en aura besoin, comme en cas d^une guerre, je pourrai envoyer la quantité de troupes qu'on me demandera et qu^on m^ordonnera d'envoyer ».

Sur ces bases, on s'entendit assez vite* Muhib déclara qu'en cas de besoin la Sublime Porte accorderait Tautorisation nécessaire, — « Ce que vous dites est rationnel, dit le Vice-roi; et le nombre fixé à présent paraît en eflfet suffisant pour la défense de la province d'Egypte; et toutes les fois qu'on aura besoin de troupes et qu'où m^en demandera, j'aurai soin de les équiper et je m'empresserai de les expédier à tel endroit qu' on voudra r>.

On s'entendit de même sur les forces de mer^ et sur les monnaies. I

Ce fut plus difficile pour le recrutement des troupes. — « Comment, dit le Pacha, peut- on changer les soldats une fois chaque cinq ans, comme il est dit dans le firman et dans le code des règlements impériaux?... Les Arabes ne ressemblent point aux peuples de la Roumélie, Il faut à un soldat pour le moins cinq ans pour apprendre à faire l'exercice du pas... Je connais, moi, l'état des choses dans ce pays-ci, et je vous dis la vérité toute nue; je suis tout-à-fait excusable en cela, et je suis obligé de prier qu'on me favorise sur ce point...

tf Et puis, reprit le Vice-roi, le firman impérial dit que le gouverneur d'Egypte ne doit pas conférer un grade supérieur à celui de kol-agassi (adjudant-major, grade qui est immédiatement au-dessous de cel\ii de chef de bataillon). J'étais autorisé auparavant à donner le grade

— ua —

de général de brigade; ne pas être autorisé à présent à faire ce que j'étais autorisé à faire autrefois^ c'est une chose qui me fera du tort,.. » Muhib-effendi usa en vain de tous ses moyens de persuasion; il fut impossible de faire céder le Vice-roi sur ce point.

Il fut entendu que Saïd-bey, le fils du Vice-roi, serait envoyé à Constantinople pour présenter ses respects et l'hommage de sa soumission à Sa Hautesse,

Puis le Vice-roi s^attaqua à Farticle du firman qui réglait la succession.

a Le firman dit que lorsque par la volonté de Dieu il y aura vacance dans le gouvernement de l'Egypte, la SnbUme Porte élira, choisira un des membres de ma famille et l'appellera à Constantinople afin qu'il y soit nommé gouverneur de la province... Mais il est évident qu'une paraille disposition fera naitre des discussions et peut-être même une guerre entre les membres de ma famille. Je ne veux pas, moi étant en vie, exposer ma famille à de pareOs malheurs, parce qu'en effet si on allait nommer gouverneur le cadet tandis que l'aîné existe, cela ferait naître entre eux une froideur qui évidemment dégénérerait à la longue en discusions et en troubles ».

Muhib-efi'endi ne put pas le convaincre sur ce point, et le Vice-roi déclara, avec quelque vivacité: « Dorénavant, lorsqu'avec la permission du Ciel, la place de gouverneur sera devenue vacante, l'ainé de ma famiDe qui sera jugé capable d'être gouverneur doit être proposé dans une pétition de la part de toutes les notabilités de l'Egypte, des ulémas et des personnes qui se trouvent

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dans ma famille et dans mon département, et après cela la Sublime Porte devra accueillir leur demande, accorder le gouvernement à celui-là, et l'appellera aussi à Constantinople pour cela )>.

Muhlb insista: en vain: a Je ne peux pas, dit le pacha, de mon %dvant, laisser ma famille en danger, et Je prierai Sa Hautesse de m'accorder cette demande ».

La discussion fut très chaude sur la question du quart des revenus de FEgypte que la Porte prétendait se ré» server. Muhib fut tout de suite très pressant, car il savait que la Porte y tenait essentiellement: — « Le paiement à la Sublime Porte du quart des revenus est une condition attachée à l'hérédité, un point arrêté de commun accord avec les hautes cours alliées, et la volonté de Sa Hautesse à cet égard est positive* Ainsi c'est dans vos propres intérêts et dans ceux de votre famille que je tiens ce langage. Rejeter cette condition, ce qu'à Dieu ne plaise, ou une foule des autres conditions, c'est donner lieu à une nouvelle effusion de sang, qui est une chose terrible. Moi je parle à Votre Altesse sincèrement. Elle agira comme elle jugera à propos ».

La pression était vive. Elle fut inut^e: « Les puissances alliées, nos amies, dit le Pacha, ont de la discrétion; elles savent ce que c^est <jue l'équité; eUes n'emploient pas la contrainte là où il serait injuste de le faire. Elles comprendront, en jugeant la chose équitablement, que lorsque la quatrième partie des revenus sort d'un pays, ce pays se ruine. Cette province est une possession de la Sublime Porte; qu'elle soit florissante ou ruinée, l'un et

— hxm —

Tautre de ces Etats touchent de près cet empire * . * Enfin cette condition est tout-à-fait au-dessus de mes forces; e^est une condition impossible ».

D y eut plusieurs entrevues sur ce point. Muhib essaya de persuader le Pacha qu'il serait fort à propos qu'il cédât^ parce qu'il rendrait ainsi grand service au trésor impérial^ parce que ce serait un sujet de contentement pour tous les ministres de la Sublime Porte , « . Les deux interlocuteurs restèrent sur leurs positions.

On s'entendit mieux sur les uniformes et les pavillons. On réserva la question de l'assiette des impôts^ où il était nécessaire de tenir compte de la différence des pays et des traditions, où il fallait surtout éviter de tout désorganiser: ce qui risquait en effet de compromettre toute la situation fînancière.

En fin de compte, Muhih adressa son rapport à la Sublime Porte, avec une lettre de Mohamed-AIy au Grandvizir, n décida d'attendre à Alexandrie la réponse de la Sublime Porte*

Le firman pour lors ne fut pas publié.

La lettre de Mohamed-Âly au Grand-vizir confirme fort exactement le rapport de l'envoyé de Constanti* nople.

Elle redit les honneurs qui ont été rendus à Muhiheffendi: « VeuiDe le Suprême Ordonnateur de l'Univers faire en sorte que notre Très Auguste, Très grand et Très Puissant Padisehah et Maître répande à jamais ses fa* ^eurs sur les hommes, et brille dans le royaume de la justice et de l'équité!

— ULiV —

(( Cependant, contînue-t-il^ j'ai la confianee que Sa Hautesse, qui est pleine de générosité et de clémence, mue par son caractère magnanime, ne croira pas cpi'il soit digne d'elle que, lorsque le Créateur du monde dispense les hommes de conditions dures, les Padischahs, qui sont doués de qualités diverses, attachent à leurs bienfaits et à leurs faveurs des conditions inexécutables* Je prends donc la liberté d'exposer ici mes motifs pour ne pas accepter certaines conditions »,

Donc, pour la succession, il demande qu^eUe passe de l'ainé à l'aîné dans la ligne masculine; la famille existante et les grands de la nation feront la demande que l'aîné soit nommé, et Sa Haut esse daignera accorder leur de* mande, et de cette manière le bon ordre et la tranqidllité seront maintenus.

Pour r application des lois et des traités de la Sublime Porte, Charte de Culkhanê, traités avec les puissances, lois relatives à l'administration intérieure, au recrutement, à la levée des impôts, il odmet le principe établi par le firman; mais il demande que, dans l'intérêt de la Porte et de l'Egypte, il soit tenu compte de la nature des choses et des traditions: « C'est là une règle naturelle, qtu est observée même dans les Etats de l'Europe où chaque partie d'un royaume a des lois analogues aux dispositions des habitants ))•

Il se refuse absolument à réserver à Constantinople la quatrième partie des revenus de l'Egypte* Il supplie Sa Hautesse que, par un eflfet de sa bonté souveraine, elle veuille protéger les habitants de ces contrées, en les dispensant d'une condition extrêmement onéreuse qui redoublerait leurs soufifrances.

Aussi pour ne pas accabler les populations, il demande qu^on lui fasse grâce des deux ou trois ans d^arriérés à payer.

Il résume les conditions qu^il accepte: la réduction des forces de terre et de mer, la monnaie, les uniformes. Il espère que, lorsque le Grand-vizir aura pris connaissance de ses excuses pour ne pas accepter les autres conditions, ce sera un acte de clémence digne de Sa Majesté Impériale que de le dispenser de ces conditions ou de les modifier.

Le Firman impérial ne pouvant donc pas encore être publié, tout demeura suspendu.

Il fallait s'attendre qu'à Constantinople Reschid- Pacha et lord Ponsonby allaient redoubler leurs violences contre Mohamed- Aly, reprendre les hostilités pour le réduire à merci ou l'anéantir. On parlait de leur entente secrète pour une organisation nouvelle de la Syrie et des routes de l'Euphrate dans la direction de l'Inde. Il ne fallait pas supposer de leur part la moindre modération.

II ne fallait pas compter sur quelque ferme intervention de la France. Guizot conseillait au Vice-roi de ne pas chicaner. Ce n'était pas un grand réconfort, et cette politique, de dignité sans doute, mais d'abandon, du moins en apparence, était plutôt de nature à jeter Mohamed-Aly dans les bras de l'Angleterre, s'il avait été d'un autre tempérament.

Cochelet en augurait les pires malheurs. Le Pacha quitta Alexandrie pour se rendre au Caire, au milieu de sa famille. Cochelet le vit avant son départ, l'engagea à se montrer encore conciliant et modéré*

▼ — Tome IV.

3e que je vais TëntërTTëpônc écrit au Grand-vizir une lettre soumise et respectueuse. J'essaierai tous les moyens d^arrangement* Quand on m'aura bien poussé à bont, je mettrai deux pistolets dans ma ceinture: avec Tun, je tuerai celui qui viendra pour m 'arrêter; avec l'autre je mettrai fin à ma vie. Je ne pourrais pas supporter l'abaissement où l'on vent me réduire. Je serais trop humilié ! »•

Il ajouta encore: « Napoléon a pu se résigner à son sort; moi je ne le pourrais pas ».

Et Cochelet, dans la prespective d'une catastrophe, laissait divaguer sa imagination: a II aurait, écrit-il, une consolation dans son malheur. La France ne refuserait pas un asile à sa vieillesse. Il pourrait aller finir ses jours en Algérie» dont le climat, les mœurs et la langue lui rappelleraient T Egypte. La Providence en ferait peut-être l'instrument de la soumission entière des Arabes. On pourrait ressusciter en sa faveur un ancien projet ^>,

Mobamed-Aly dey d'Alger ! Et Abd el Kader ?

Il valait mieux, à tous égards, que Mohamed-Aly restât en Egypte,

Cependant, à Londres, les Puissances travaillaient consciencieusement à la liquidation de l'interminable affaire d'Egypte, et cette liquidation ne pouvait s'achever sans la rentrée de la France dans le concert européen, et la France ne rentrerait pas dans le concert européen, sans conditions, sans les conditions de la note Thiers du 3-8 octobre.

— utvii —

Cette négociation suprême pouvait se faire sans fie* re: il n'y avait plus de guerre générale à redouter^ par t fait de ravènement du Ministère Soult-Guiïot, et unité d'action cessait ainsi d'être nécessaire entre les natre; leur alliance cessait d'être tendue contre la rance. On ne pouvait plus guère parler de continuer action militaire contre Mohamed-Aly; il s'était soumis; lie avait accompli son effet; il ne fallait pas risquer e le compromettre.

Circonstances excellentes pour aboutir . • •, sauf acident*

Donc, le 5 mars, un protocole de la conférence de Lontes, signé par les Quatre et par le représentant de la ibUme Porte, constata:

I que Mohamed-Aly avait fait acte de soumission bsolue envers son souverain et sollicité son pardon; I que la flotte ottomane avait été remise entre les mains es commissaires de Sa Hautesse, avait quitté le port 'Alexandrie et était entrée dans la baie de Marmorizza; I <pie la Syrie tout entière avait été évacuée par les foupes égyptiennes;

que Pâutorité du Sultan se trouvait légalement rédjlie et en Syrie et dans l'île de Candie;

que Sa Hautesse le Sultan avait daigné accepter la innûssion de Mohamed-Aly, en accordant amnistie leine et entière à lui, à ses enfants et à ses descendants; ipie, déférant aux avis des puissances alliées, il avait ligné annoncer en même temps Fintention de mainte- ^ Mohamed-Aly dans les fonctions de Pacha d'Egypte, fec hérédité pour ses descendants;

— Lxvni —

dans cet état de choses, considérant que les circon* stances qui avaient motivé le départ d'Alexandrie des constils des quatre Puissances avaient cessé d^exister^ les plénipotentiaires des cours alliées jugeaient que le moment était venu où ces agents devaient retourner à leurs postes* ■

Donc clôture ? Reprise des relations diplomatiques avec le Vice-roi d'Egypte ?

En même temps, les plénipotentaires des Quatre mettaient en délibération le retour à a Fancienne règle de l'Empire Ottoman, en vertu de laqueUe il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des Puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore.

Il leur parut immédiatement, et elles le manifestèrent dans un (( projet de protocole », du même jour, 5 mars, que «pour manifester l'accord et l'union qui président aux intentions de toutes les cours dans l'intérêt de l'affermissement de la paix européenne, il convenait de cons* tater le respect dû au principe sus-mentionné au moyen d'une transaction à laquelle la France serait appelée à concourir, sur l'invitation et d'après le vo&u de Sa Hautesse le Sultan.

et Cette transaction étant de nature à offrir à FEurope^ un nouveau gage de l'union des cinq Puissances, le prin cipal Secrétaire d'Etat de Sa Majesté Britannique aya le département des affaires étrangères était chargé porter cet objet à la connaissace du gouvemem français en Fin vi tant à participer à la susdite trans tion »*

Et déjà, ce 5 mars, on mit sur pied le projet de convention sur les détroits.

I Les formules étaient préparées pour y faire place au plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi des Français, puis rarticle I disait:

■ Sa Hautesse le Sultan d^une part déclare quHI a la ferme résolution de maintenir à l'avenir le principe invariablement établi comme ancienne règle de son empire et en vertu de laquelle il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des Puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore, et que, tant que la Porte se trouve en paix. Sa Hautesse n'admettra aucun bâtiment de guerre étranger dans les

dits détroits.

■ Et Leurs Majestés TEmpereur d'Autriche, Roi de Hongrie et de Bohême, le Roi des Français, le Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, le Roi de Prusse, et TEmpereur de toutes les Russies, de l'autre part, s'engagent à respecter cette détermination du Sultan et à se conformer au principe ci-dessus énoncé.

P Article IL — II est entendu qu'en constatant l'inviolabilité de l'ancienne règle de F Empire Ottoman, mentionnée dans l'article précédent, le Sultan se réserve,

H comme par le passé, de délivrer des firmans de passage aux bâtiments légers, sous pavillon de guerre, lesquels

■ seront employés, comme il est d'usage, au service des légations des puissances amies.

K La France pouvait rentrer par cette porte dans le concert européen ; elle avait toujours voulu que la Porte fut enlevée au protectorat exclusif de la Russie,

— UEX —

que toutes les conséquences du traité d* Ukîar-Skelessî fussent supprimées, et cette position diplomatique expliquait, légitimait dans une certaine mesure toute la politique qu'elle avait suivie dans la crise égyptienne et notamment la modération qu^elle avait imposée à Mohamed-Aly. Elle obtenait donc satisfaction, encore sur les bases de la note TMers.

Mais nul ne pouvait espérer qu'elle rentrât même par cette porte, donc qu'elle signât la convention des détroits, si rhérédité de Mohamed-Aly n'était pas garantie, à des conditions acceptables et même honorables.

On ne pouvait pas se passer d'elle pour signer la Convention des Détroits; il fallait qu'elle s'engageât comme les autres à en reconnaître la neutralité. Il fallait donc que le Sultan reconnût an Pacha d'Egypte une hérédité substantielle.

Les conditions que le Sultan prétendait imposer à Mohamed-Aly et le re^s de Mohamed Aly de s'y soumettre, retardèrent la signature de la Convention des détroits.

Le 11 mars, l'ambassadeur de la Sublime Porte à Londres communiqpa à lord Falmerston le texte des Firmans du 13 février et tout le dossier y afférent.

Le 13 mars, les plénipotentiaires des Quatre accusèrent réception de la note par laquelle Son Excellence Chekih-effendi, ambassadeur extraordinaire de la Sublime Forte Ottomane, leur avait annoncé qu'on conséquence des preuves que Mohamed-Aly Pacha avait données de sa soumission, Sa Hautesse venait d'accomplir gracieusement sa promesse en le réintégrant, sous certaines conditions, au poste de Gouverneur de l'Egypte, avec hérédité.

Les plénipotentiaires exprimaient à cette occasion leur très vive satisfaction.

Ils ajoutaient:

« Quant aux détails qui concernent Padministration intérieure de cette province et auxquels se réfèrent les firmans émanés le 13 février, les Soussignés viennent d^être informés d^ Alexandrie, en date du 24 du même mois, que la majeure partie de ces points se trouve déjà réglée.

« En effet, Mohamed- Aly a reconnu, sans réserve aucune, que tous les traités et toutes les lois de PEmpire Ottoman devront s^appliquer à FEgypte comme à toute autre province de cet empire; il a souscrit aux ordres qui lui ont été adressés par la Sublime Porte pour régler en Egypte le système monétaire, la levée, le service et Funiforme des troupes et la construction des bâtiments de guerre; il a replacé aux ordres de Sa Hautesse le Sultan les forces de terre et de mer de PEgypte, dont la Sublime Porte elle-même vient de déterminer le nombre; en un mot, il se trouve aujourd'hui légalement placé envers la Sublime Porte dans la situation d'un sujet gouverneur délégué d'une province faisant partie intégrante de PEmpire Ottoman.

«En partant de ce principe que la convention du 15 juillet était destinée à rétablir, c'est à l'autorité seule du Sultan qu'il appartient aujourd'hui de résoudre les questions d'administration intérieure qui restent encore à régler et de prendre en considération les vœux que Mohamed- Aly a soumis à ce sujet à la décision de Sa Hautesse ».

— Lxxn —

La crise européenne née du conflit turco-égyptîen peut donc être considérée comme résolue; car, si Mohamed» Aly ne peut plus compter, depuis le chute de Thiers, sur le concours militaire de la France, le Sultan^ après le protocole du 13 mars, ne peut plus compter sur le concours militaire des Quatre, et dès lors il n'a plus les moyens de faire pression sur le Pacha d'Egypte.

Reschid - Pacha venait d'être renversé du pouvoir. Lord Ponsonby ne se remettra pas de cette chute.

Au moment où V intervention de V Europe a achevé son effet, il est bon d'en établir le bilan, au point de vue supérieur de la civiEsation, c'est-à-dire du progrés de Fhumanité, de Famélioration de ses conditions de vie maté* rielle et morale.

25 juin 1839: — La victoire de Mohamed- Aly à Nézib et la mort du Sultan Mahmoud avaient été le symbole de la mort de (( l'homme malade )), et de la renaissance superbe de la civilisation arabe dans les pays qu'elle avait autrefois illustrés déjà d'une lumière merveilleuse.

D'immenses espoirs en effet soulevèrent alors le monde arabe, des bords du Nil jusqu'au delà du Taurus, jusqu'aux portes de Constantinople, quoiqu'il fût encore sous le poids de la barbarie turque, accablé de fatalisme et de décrépitude.

La France héritière de la pensée de Bonaparte s'émut d'une sympathie et d'une amitié sincère à voir la momie détacher ses bandelettes. Car on ne connaît pas bien la France à ne connaître que l'action de sa diplo*

matie^t^) et il convienâra notamment d^ opposer anx petitesses et aux incohérentes velléités du ministère Soult^ ou même du ministère Thiers, la cène sainte sîmonienne du 15 août 1834^ au Barrage du Nil.

Ce f]ui revient à opposer à Louis-PMlippe Napoléon.

La pensée et le cœur de la France ont été avec Mohamed-Âly* On le vit au milieu de la crise, en aoûtseptembre 1840; la pensée et le cœur de la France étaient avec les aspirations arabes. Ainsi Napoléon en Egypte en 1798; ainsi encore, quand il évoquait l'Italie nouvelle, quand il ressuscitait la Pologne, quand ils' efforçait dWganiser TEurope nouveUe en un système continental fondé sur les agglomérations nationales.

Il n^avait pas peur d^en appliquer le principe aux nations musulmanes comme aux nations chrétiennes. Qui niera, à suivre rhistoire des cent dernières années, que la France y soit demeurée fidèle, même si ses gouvernants ne Pont pas compris ?

15 juillet 1840» — Mais devant tant d^espérances et de possibilités d'enrichissement humain, voici la barrière du traité de Londres.

L^Angleterre devant Mohamed-Aly comme autrefois devant Napoléon.

La bataille pour la route de Tlnde, et pour la Méditerranée, pour la renaissance de la Méditerranée,

(1) Nous veooiLi d^aîUears de voir, qpie même parmi ses hMtatiotis^ la diplomatie française ii*a pas cessé de manifester à TËgypte de Mohamied'Aly les sympathies les plus précieuses.

L'évidence de ce fait force M, Sabry à le reeennaltie lui-mêm^e qaoi<pie d'assez mauvais gré.

— IXXÏV —

La Méditerranée ? Qui dira tout le sens historique^ philosophique, humain, de la Méditerranée ?

jMais^ de Londres^ il ne s^agit pas de cela; il ne s^agit que de la route de l'Inde, du droit que TAngleterre s^attrihue de disposer de la route de l'Inde, c'est-à-dire du droit que rAngleterre s^attribue de construire un immense empire dans rinde et d'en garder toutes les voies d'accès.

Grande politique, mais de si petite inspiration ! Un édiâce de grandeur mercantile, disait Napoléon.

Au service de son impérialisme impitoyahle, l'Angleterre, même l'Angleterre des whigs, celle de Palmerston comme celle de Wellington, l'Angleterre, si fière de son selj-governmentj applique le droit d^intervention dont la Samte-Alliance, après avoir vaincu Napoléon, s'était send pour contenir et étouffer les aspirations libérales et nationales de F Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, de toute l'Europe.

Palmerston et Metternich ! Beaucoup d' Anglais en ont rougi.

Pour lord, la plupart des Anglais applaudirent an suc-^ ces diplomatique de Palmerston, comme après le congrès de Vienne à celui de Castlereagh.

C'est grand honneur dans l'histoire à Mohamed-AJy d'avoir soulevé contre lui les même haines que Napoléon, n ne fut pas loin d'aller aussi à Sainte- Hélène, ou à Malte, ou en quelque autre geôle anglaise.

Son hérédité en Egypte va sauver l'avenir.

Mais, pour lors, les rêves de Nerib sont effondrés»

L'intégrité de l'Empire Ottoman: belle formule diplo* matique. Elle signifie qu'il faut laisser mourir rhomme

malade, afin que TOrient, afin que Tlslam demeurent encore un temps, le plus longtemps ponsible, une riche proie pour TEurope, matière à partages, à butins.

C^est la suite du Congrès de Vienne, Papplication de sa doctrine à POrient comme à TOccident, à TEgypte comme à la France, ou à T Italie, ou à la Pologne.

Ici Pœuvre de la Sainte- Alliance est bien une œuvre de Croisade et par là s^éclaire d^un trait décisif.

L'Europe, non sans peine, avait admis une Moldavie, une Valachie, une Serbie, une Grèce, aux dépens de PIslam. Elle n'admet pas une Egypte, au profit de Plslam.

Pour TEurope, sinon pour la France, l'Orient musulman, grâce à la défaillance, à la « maladie » de la Turquie, n'est qu'une colonie, une terre, d'exploitation, non pas même encore une terre de mandat.

Et pourtant la noblesse de l'Egypte est grande, incomparable, et l'Islam a apporté des contributions magnifiques à la civilisation humaine quand l'Europe était encore barbare, et l'Egypte et l'Islam sont pleins d'avenir.

Mohamed- Aly dans sa défaite même est grand pour avoir eu la nette conscience des possibilités et des vertus de l'Islam arabe, pour avoir donné, face à l'Europe, le signal de la Renaissance arabe.

Sa mémoire demeurera à côté de celle de Napoléon, pour avoir été le prophète de l'Islam nouveau.

On le verra au dernier volume de cette histoire: une lumière qui vient jusqu'à nous . . .

Edouard Dmault.

1. — Ctopie d'nne lettre de l'Agent des Postes à Halte en date du 1"^ novembre.

Sommaibb: L*e0cadre firançaiM a quitté Salamine. — Mouvementt de bateaux MwglaMi, — Nouvelles diverses sur la situation des Anglais. — On regrette que Teecadre firançaise ne soit pas stationnée à Candie.

Monsieur le Cobibiandant,

Le Phaëton^ arrivé cette nuit, et porteur des dépêches de TAmiral Hugon, annonce que TEscadre a quitté Salamine.

L^Emir Béchir, dont je vous ai annoncé Parrivée par le Cydope^ fait sa quarantaine avec sa famille pour se rendre en Angleterre.

Depuis le départ du Lycurgue^ nous n'avons eu ici qu'un

paquebot de Tescadre anglaise, VHydra^ porteur de dépêches

pressées. D'après les bruits qui se sont répandus et qui ont

transpiré au palais du Gk^uvemeur, il paraîtrait que les An-

ffhis ont éprouvé un échec qui les avait forcés à se rembarquer.

*^ psasât aussi qu'une épidémie règne dans leur escadre et que

'^ tîo xs des équipages est mis hors de service.

C^ qui tend à rendre cette nouvelle vraisemblable, c'est qu'on ® ^^ empressé d't mbarquer des hommes et des armes. Ce matin ^êaa^e, il a été fait un envoi de 5000 fusils.

L^ Gouverneur nolise lui très grand nombre de navires poxor transporter à Candie et à Chypre des charbons et des ap-*

1 To»eIV.

provîsiormements de toute espèce. Il est à regretter que l*es cadre française ne soit pas statioimée à Candie.

J'ai rhonneur, etc.

Sifflé (ilUfiible).

Coireftpondancû poUtiqae, Egypte, XI, f° 204.

2. — Note adressée le 2 novembre 1840 par Son Excellence Lord Falmerston, prmcipal Secrétaire d* Etat de Sa Majesté Britanniqne pour les AfEaires étrangères, à Lord Gran ville. Ambassadeur de Sa Majesté Britannique à Paris*

SoMRiAinE: Répoitôe à la note française du 8 octobre. — Satisfaction au «njct de ses a^urances pacifiques. — L'^accord fondamental des Poi&Bances est possible sur le principe de Findépendance et de rinté^té de rEnapire Ottoman»— On ne reviendra pM sur ce qu'on a déjà déclaré mi sujet de la déchéance proclamée de Mohamed Aly. — Réserves au sujet de Topinion de M. ThJers que Tétat dlndépendance actuelle doit être aussi solide sur les bords de la tuer Rouge que sur celles de la mer Noire : cela constituerait une disaolution de FEmpire Ottoman. — La continuation de Vcjd" stence de Mohamed Âly dans «a condition aetneUe de puissance militaire et avec ses intentions hostiles envers le Sultan, est incompatible avec la paix intérieure et rintéjrrilé de TEmpire Ottoman et destructive de ^indépendance du Sultan. — On ne dbcutera point pour le moment Tétendue de^ linûtes où il peut être nécesaftire d^enfermer rautorité de Mohamed Aly afîn de rendre probable qu'ail sera à Taveuir un sujet obéissant au lieu d*un sujet dêsobéissaiit, — En tout cas il n*appartieot qu'an Sultan, souverain indépendant, de décider leqiael de ses sujets sera nommé par lui pour g^onvemer telle ou telle partie de ses possessions, quoique cette question de principe ne puisse probablement avoir aucune inâuence pratique sur les événements qiii s'accomplissent en ce moment.

Mylord, la dépêche du 8 octobre de M, Thiers à M, Guizot, officiellement communiquée au Gouvernement de Sa Majesté le 10 octobre, par M. Guizot, a donné au Gouvernement de Sa Majesté la plus vive satisfaction par les assurances réitérées qu'elle contient que Tamour de la paix est un sentiment constant du Gouvernement Français, que l'Europe peut compter sur le désintéressement de la France relativement aux affaires d'Orient, que la France considère l'existence de l'Empire Turc, dans son intégrité et son indépendance, comme

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