L* ANGLETERRE ET LA RUSSIE
*^6tcr. Le Pacàa de Bagdad, qui a aussi le Pachalik de la Mecque, dont Ibraliim-Pacha était le titulaire, doit envoyer sa place un fondé de pouvoirs.
On ne perd pas un moment pour mettre la flotte ottomane tfKi état de partir le plus tôt possible. Comme les officiers rcs, qui étaient à son bord, avaient été, depuis quelque ^ms, renvoyés à Constantinople par Méhémet-Ali, elle sera ^^onduite par 135 officiers égyptiens; mais au lieu d'aller rectement à Constantinople, on la dirigera sur Marmaritza ^^-^^ii se trouve l'escadre anglaise, afin, dit-on, de finir son armej^-^ient et de la mettre en parfait état au Sultan. Elle pour- ^^.^t bien rester à Marmaritza jusqu^au moment où il con- ,^/dendra à ramiral anglais, chef de l'escadre britannique, ^11 milieu de laquelle elle se trouvera, de la conduire à Constantinople. Il est fâcheux que les ciroonstances politiques ne sious aient pas permis d'employer cette flotte qui avait été ixiise a notre disposition par Méhémet-AM avec celle égyptienne, puisqu'il a souvent demandé qu'eUes fiissent sous les ordres d'un amiral français, tandis qu'elle est maintenant, en quelque sorte, livrée à une Puissance cpii ne se ferait aucun scrupule de l'employer ou de la garder, si les circonstances lui en fesaient sentir la nécessité. Il ne se présentera jamais une occasion comme celle qui s'est offerte d'agrandir notre puissance maritime dans la Méditerrannée, en acceptant les propositions de Mébémet-Ali, que contenait ma dépêche du 26 octobre dernier, lorsqu'il fesait tant d'instances pour mettre un amiral français à la tête de la flotte turco-égyptienne. a Cet amiral, disait -il, sera aussi utOe à la France ({u'à moi-même, car si la guerre se déclare entre vous et l'Angleterre, cette flotte sera tout entière à votre disposition. Vous pourrez la conduire partout où vous voudrez, soit avec la vôtre, soit séparément* Mon fils Saïd Bey sera le Chef d'État- Major de cet amiral n.
Après avoir été le confident de cette proposition, j'avoue. Monsieur le Ministre, qu'il m'est bien pénible de voir cette
même flotte commandée par un amiral anglais et passci BOUS le patronage de l'escadre britannique. Je sais bien que l'Angleterre ne la gardera pas, quoicjne Pexpérience de tous les tems nous ait appris qu^on ne doit pas compter sur la foi puniqua, car alors il n'y aurait pas assez de foudres sut nos bâtimens de guerre pour cbercher à la reprendre; mm elle s'arrangera de manière à ce cpi'elle soit à sa disposition. Elle en connaîtra le fort et le faible, EUe y aura des officiers de son choix* EUe se fera un mérite de sa reddition à la Porte, et nous qui n'aurons pas voulu nous en servir, nous cjui ravont empêcliée si souvent de sortir du port dans la crainte qu'elle ne fût prise ou anéantie par les Anglais, lorsque sa présence sur les côtes de Syrie aurait pu cependant faire une puissante diversion en faveur de Méhémet-Ali, nous n'aiiron^ pas même les remercimens de la Porte qui feint d'ignorer tout ce que nous avons fait pour empêcher sa flotte d'être sacrifiée et poxir arrêter Ibrahim Pacha siu" le Taurus!
Il y a peut-être une puissance qui sera plus jalouse que b Porte eUe-même de l'autorité que rAngleterre exerce sur la flotte ottomane. C'est la Russie, Il paraît difficile qu'après avoir renoncé aux avantages du traité d'Unkiar-Skelessi, efle ne voie pas avec beaucoup d'ombrage, la suprématie que le cabinet britannique vient d'avoir dans toutes les demièies négociations et les résultats qui les ont suivies. Il ne doit pas lui convenir que l'Angleterre cherche à s'emparer de l'influence qu'elle avait à Constantinople et aussi à dominei en Egypte et en Syrie, Il est probable que le cabinet rusêe en nous voyant actuellement observateurs passifs de tout ce qui se passe en Orient voudra se rapprocher de nous, pour chercher à contrebalancer ici l'influence de l'Angleterre, et désirera nous admettre au partage de celle qu^'elle voudra à tout prix conserver à Constantinople. Il y aura sous ce rap* port en Orient une nouvelle lutte qui ne sera pas sans intérêt.
Le Commodore Napier, qui s'est rendu aujourd'hui à bord de la corvette française la Diligente^ pour faire une visite au
NOUVELLES DE COMSTANTINOPLE.
commandant de ce bâtiment lui disait que maintenant que l'affaire de PÉgypte était ternunée, les escadres anglaise et française devraient se réunir pour entrer dans la Mer Noire et menacer la puissance russe. Je crois effectivement que ce sera^ un peu plus tôt ou un peu plus tard, le désir du cabinet anglais; mais Texpérience de la dernière année nous a appris jusqu'à quel point on pouvait se fier à son alliance et à ses promesses.
^^^ Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, etc.
COGHELET.
Du 18. — Le paquebot français, qui devait être ici le 14, a attendu longtems à Syra celui de Malte, qui a été retardé par les mauvais tems et n'est arrivé qu'hier. Il repart aujourd'hui.
Ce paquebot ne m'apporte aucune dépêche officielle de Votre ExceUence. La dernière est toujours celle du 19 novembre.
Il est arrivé, hier matin, de Constantinople, un bateau à vapeur turc, le Tahiri Bakri^ qui amène ici des officiers de la marine ottomane, chargés de conduire l'escadre.
M. de Pont ois m'avait écrit, le 7 janvier, par notre paquebot, qu'une personne qui jouit de toute la confiance de Reschid Pacha, lui avait donné l'assurance positive que l'hérédité sera accordée à Méhémet-AJi et qu'il pouvait, en toute sûreté, l'annoncer au Gouvernement du Roi, Il m'écrit encore hier, par le bateau à vapeur turc, en date du 12, que je puis regarder comme certain et dire au Pacba que malgré le mauvais vouloir de Lord Palmerston et de Lord Ponsonby, l'hérédité lui sera accordée et que les Puissances en ont pris rengagement envers la France. C'est, au reste, la promesse qui avait été faite par le commodore Napier.
Méhémet-Âli parait accepter franchement sa nouvelle po*
soo
sîtion. n a dit qu'il voulait être mainteiiant Thoiiune de ta paix. Son intention est de donner une nouvelle impulsion a l'agricultiire et de développer tous les élémens de richesse de FÉgypte, Il va assigner un poste administratif et militaire à chacun des nonabreux Pachas qui étaient à la tête de son armée. Ahmed Pacha, son neveu, est déjà nommé son représentant à Alexandrie oii il résidera. Méhémet-Ali reprendra ses habitudes de résidence au Caire. H y passera la plus grande partie de Faimée.
CoirefipciDdaiice politique. Egypte, XIlI, f<» 66-7 1^
69. — H. Tattier de BonrTille à Son EzoeUenoe Monsieiir te Mimstre et Secrétaire d'Etat au Département des Alfaires Etrangères^ à Paris.
Sommaire: Transmissioa d*iuie lettre de Vonn bey qui donne des nouvelles de Gtit et de U région. — H arrive tonjoura des troupes d^ Arabie. — La route et Snci est à peu près débarrassée des incurtioiis des Bédotiins,
Caire, le 13 janvier 1841.
Monsieur le Ministre,
Par le dernier rapport que j'aî eu rhonneur d'adresser à Votre Excellence le 23 décembre dernier, j ^annonçais que le colonel Vârin Bey se mettait en route avec ses cavaliers de Ga^a pour Jaffa, afin d^aller, disait-on, à la rencontre des troupe» d*Ibràbim'Pacha, Mais deux lettres de ce colonel même adressées ici et que je viens d'avoir sous les yeux démentent cette nouvelle. Le colonel Varin, commandant l'école de cavalerie, entre dans des détails qui m'ont paru devoir offrir quelqu^intérêt, parce qu'ils font connaître le véritable état des choses dans le camp dont il fait partie, dans les contrées oîi il se trouve et qu'ils donnent, d'ailleurs, des avis que l'on