‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 78 sur 189 · LE CHAPITRE DE LA HAUTE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DE LA HAUTE POLITIQUE

je VOUS en félicite et je vous en remercie ». — « Mais, répondis-je, en pajaissant abdiquer, en quelque sorte, pour quelque tems, ub rôle actif, et cela par intérêt pour Votre Altesse, je n'ai pas renoncé à lui dire ce qui peut lui être utile et à lui indiquer la ligne de conduite quelle me parait devoir suivre. Ainsi donc il est certain que Phérédité de FÊgypte lui sera accordée, par égard pour la France, et parce que les Puissances en obt pris rengagement envers elle. C^était là le point essentiel à obtenir. Quant aux diflScultés de détails qui vont probablement avoir lieu, Votre Altesse ne doit pas trop s'en préoccuper. Une fois que la France sera rentrée dans la négociation, les intérêts de Votre Altesse seront soutenus et défendus. Le tems et notre appui auprès de la Porte, qui a intérêt à nous ménager, contribueront peu à peu à rasseoir sa position et à lui faire regagner une partie de ce qu'elle aura perdu «. J'exprimais alors les idées de M, de Pont ois qui venait de m'écrire dans ce sens. Méhémet-Ali fttt reconnaissant et visiblement ému de ce langage, car il avait craint, en me voyant en apparence refroidi pour lui, que nous ne fussions prêts à l*abandonner. J'ajoutai: « Dans ce moment, je continuerai à avoir vis-à*vis de Votre Altesse la même réserve; je paraîtrai, poiir ainsi dire, indifférent à ce ^li peut la concerner; mais je la prie d'avoir toujours en moi la même confiance et de me tenir informé des négociations et des propositions cjui auront lieu. J^aurai soin de les faire connaître à Paris et à Constantinople, et je vous demanderai la même confiance pour mon successeur. — tt Qui sera-t-il? me dit -il vivement w. — « Je l'ignore encore >». * — « D faut qu'il soit d'un certain âge, prudent, circonspect et surtout discret comme vous n. Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, qu'en répétant les propres paroles de Méhémet-Ali, mon intention n'est pas de vous faire connaître Féloge qu'il a fait de mon caractère; mais j'ai votdu diriger votre choix, s'il n'était pas encore fixé.

Mébémet-Ali aborda ensuite son cbapitre favori, celui de

la haute politique. « Tout uVst pas fini, dit -il, la Russie parait peu satisfaite, d'après ce qu'oo m'écrit de Constantinople, de l'attitude de l'Angleterre. EUe voudrait renverser Reschid Pacha. Elle cherche à se rapprocher de vous. Ta venir c«t encore incertain, n — « Vous ne devez plus vous faire des illusions sur tout ce qu'on vous écrit ou ce que disent ka journaux. Votre seule ambition doit être maintenant de vivre dans la meilleure intelligence avec la Porte et de gagner Fett* tière confiance du Sultan. Il ne faut plus qu'il existe ancui nuage entre vous et lui. Cherchez à consolider votre puissance en Egypte. Tâchez de rendre heureux le peuple que vous gouvernez et que vos enfans gouverneront* Diminuez M charges. Portez toutes vos vues sur l'agriculture et le commerce. Remplissez vos engagements envers la Porte. Payez exactement votre tribut au Sultan, Faîtes regretter votre pouvoir en Syrie, où tout sera longtems encore livré à l'anarchie, pal la comparaison de l'ordre, de la tranquillité et du bien-être qui e^steront en Egypte. Ce sera là votre plus belle vengeance. Vous acquerrez par là des titres à l'amour des Égyptiens et, dans des moments difficiles, comme ceux ijui viennent de se passer, ils se serreront autour de vous, au lieu d'être toujoim prêts à se révolter».. Méhémet-Ali comprit tout ce que je lui ai fait traduire, et répondit par des signes de tète affirmatifs, comme s'il était bien dans l'intention de suivre exactement les conseUe que je lui donnais « Il ajouta: « C'est vers l'agriculture que je porterai surtout naes vues. Je passerai la plus grande partie de Tannée dans les villages. Je ne vieadrai à Alexandrie que pendant l'été »*

La flotte ottomane est maintenant hors du port. On a travaillé pendant quelques jours avec une activité extraordinaire pour la mettre en état de partir le plus tôt possible. Les gros vaisseaux qui ne pouvaient pas sortir des pass^ avec leurs canons, ont été désarmés* Ceux-ci ont été mis à fond de cale des frégates et seront replacés à bord quand la flotte se trouvera à Marmaritza.

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