LES TRIBUS DES BÉDOUINS
buissons et forment dans les bas-fonds des tapis de verdure qui réjouissent la vue. Les Bédouins trouvent à Khourmah de Peau en toute saison. Elle est conservée soit dans le lit du torrent, soit dans les puits qu'on y trouve en très grand nombre, soit enfin dans un canal latéral d'environ 175 pieds de long, 15 de large et 20 de profondeur. On remarque dans cet endroit une grotte taillée dans le roc; elle ofire Paspect d'un vaste salon ouvert au nord, au sud et à Touest avec des chambres sur les côtés. Une caravane nombreuse peut y trouver un abri assuré contre les rayons du soleil. Au nord du lac de Wardat se trouvent trois montagnes coniques que les soldats de l'armée de Méhémet-Ali ont prises pour les pyramides d'Egypte lorsqu'ils sont passés dans ce désert pour réprimer les Bédouins. On les nomme Djebel Consulié. Cette détermination ne pourrait-elle pas éclaircir quelques points de l'histoire relativement aux campagnes que les armées romaines ont entreprises dans ce pays?
Au midi de Raniah et dans la vallée du sel de ce nom se trouve une forêt de 16.000 dattiers dont l'intérieur est cultivé et produit de l'orge et des blés. Elle est entourée de douze villages fortifiés, destinés à la préserver du pillage. En dehors encore, du côté de Test et sur une petite éminence, on voit une forteresse carrée qui sert à repousser les Bédouins et à couvrir les communications du Nedjd à l'Hedjaz et à l'Yemen.
Comme on le voit, ce vaste désert n'est pas tout à fait aride et inculte, dans plusieurs endroits on y trouve de l'eau en toute saison; aussi est-il fréquenté par un grand nombre de tribus. Les principales sont:
1^ la tribu de Gahtân qui s'étend dans la partie du désert comprise entre les montagnes Consulié, Wardat et Raywa; quelquefois aussi ces Bédouins vont chercher des pâturages jusque dans le Nedjd et à la vallée de Dawacir. Cette tribu, Pline des plus riches et des plus puissantes du désert possédait autrefois jusqu'à 80.000 chevaux;
2^ la tribu de Moutler s'étend entre Tarabah, Raniah et
le Nedjd; on la rencontre aussi quelquefois dans les envirom de Médine;
3^ les tribus de Roska et Outeyl sont ordinairement alliées et se trouvent habituellement au nord de Hussava et Menschria;
4^ les tribus de El-Begoum, de £bn-el-Hareth et ^e8beh sont ennemies des précédentes et occupent Pespace compris entre les montagnes de PHedjaz et une ligne qui irait de Raniah à Tarabah.
Tous ces Bédouins sont d'une sobriété extrême; quelques dattes trempées dans le beurre fondu suffisent à la nourriture journalière d'un homme. Nous en avons connu qui ont vécu pendant 6 mois avec le lait d'une chamelle. Généralement la somme de leurs alimens ne dépasse pas par jour 7 à 8 onces. Chacune de ces tribus constitue un peuple particulier. Leurs domaines consistent dans un terrain assez vaste pour suffire à la nourriture de leurs troupeaux; l'espace entier étant nécessaire pour leur subsistance annuelle, quiconque y empiète est censé voler la propriété et il y a guerre dans ce cas; les tribus ennemies se cherchent, s'abordent et s'attaquent; le premier choc donne ordinairement la victoire et les vaincus fuient à pas précipités jusqu'à ce que la nuit les dérobe à la poursuite du vainqueur. Lorsqu'elles veulent faire la paix, on compte les morts de part et d'autre, et ceQe qui a le plus souffert exige le rachat du sang pour la différence dans le nombre des morts. Ces guerres, par elles-mêmes, ne donnent pas lieu à une grande effusion de sang, mais les conséquences en sont terribles parce qu'il en reste toujours des motifs de haine qui perpétuent les dissensions. Toutes ces tribus vivent sous la tente et sont en apparence soumises à Méhémet-Ali qui leur impose un tribut considérable; lorsqu elles se refusent à payer, elles sont réputées rebelles, traitées comme des ennemis dangereux, et l'on dirige contr'elles une colonne expéditionnaire avec ordre de les poursuivre et de les piller; c'est ce qu'on appelle faire une Gazouah.
PROVrVCES DE LA CHAINE ARABIQUE.