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lui doit, il faut déterminer la valeur religieuse, normale et sociale de l'islam.
Il est certain qu'on se fait en europe une idée défectueuse et trop peu avantageuse de cette valeur, et qu'on y vit toujours sous l'empire de préventions et de préjugés religieux ou antireligieux quant au smahométisme". On n'y croit plus, il est vrai, que le prophète arabe a été un imposteur inspiré par le diable, et sa religion une oeuvre spéciale du prince de l'enfer. Mais l'islamisme y compte aujourd'hui des ennemis et des détracteurs nombreux et fort divers, qui pèsent ensemble sur l'opinion publique. Parmi les chrétiens, et notamment parmi les protestants orthodoxes, il y a beaucoup de personnes — dès gens de petite foi — qui, considérant l'islam comme un rival dangereux du christianisme, tâchent de le ravaler dans sa partie religieuse et morale et dans la personne de son fondateur. Beaucoup d'incrédules, qui ne s'offensent pas d'une religion sans dieu comme le bouddhisme, mais auxquels le théisme puissant de l'islamisme est antipathique ,. aiment à représenter cette religion comme vide , plate et dépourvue d'originalité , et Mohammed comme une tête creuse. Enfin, beaucoup de pîotestants modernes qui n'ont rien conservé du dogme chrétien, et pour qui Jésus-Christ est un homme comme nous autres, s'empressent de manifester la haute valeur qu'ils attribuent à Vesprit du christianisme, en représentant l'islam comme une religion aride et stérile, superficielle et insuffisante, et Mohammed comme un personnage vulgaire et peu respectable.
L'auteur s'était proposé de traiter la question de la »valeur de l'islamisme" d'une manière un peu complète et approfondie. Mais il a été arrêté par la difficulté invincible que présente l'étude des sources^) pour ceux qui
') Lee traductions exisrtantes du koran difièrent considérablement entre
ne sont pas orientalistes, et par l'étendue de la tâche qui exige un travail assidu et prolongé. Néanmoins il ne renonce pas à son projet de contribuer à rectifier des vues erronées et à faire prévaloir des vues plus justes parmi le public civilisé de Teurope. En osant s'immiscer dans la discussion contemporaine , il se flatte de pouvoir présenter quelques observations dont les savants voudront bien prendre connaissance, et ce notamment par rapport à Tappréciation impartiale des faits et à Tintelligence de la pensée du koran.
Dieu.
Examinons d'abord le dogme ^ et en premier lieu le dogme de Dieu.
nce Quant à V essence de Dieu, l'islamisme est l'adversaire le plus énergique, non seulement des doctrines matérialistes et de l'athéisme positif, mais de tout panthéisme et de tout cosmisme. Il repousse absolument 1*^. toute doctrine qui identifie Dieu et le monde , Dieu étant considéré comme l'être primordial dont tout procède et à qui tout retourne, ou comme l'esprit qui ne tire pas les choses du néant mais de sa propre essence, laquelle se diversifie dans les âmes des hommes et dans tout le monde phénoménal, ou comme le »grand Tout" formé par les parties qui le composent et qui en dépendent; 2^. toute doctrine qui associe Dieu au monde , à peu près comme l'âme au corps humain ; 3^. toute doctrine qui subordonne Dieu au monde ,
elles. CSelle de Kasimirski, quoique révisée (1 877), semble vieillie. La traduction d'Ullmann (1840) et celle de Rodwell (2«éd. révisée, 1876) s^attacheni plus à rendre Toriginal en bon allemand et en bon anglais qu*à le reproduire le plus littéralement possible. La traduction de Palmer (1880, collection Max Mûller isacred books of the east") est plus fidèle et plus concise, mais peut-être moins soignée; elle ne justifie nullement, dans des notes, les interprétations qui lui sont propres.
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en lui accordant, il est vrai, une personnalité distincte, mais sans éternité, omnipotence et omniscience, et en le considérant comme produit par le monde, se développant avec le monde, et tâchant de le conduire, de l'amender et d'en faire le meilleur des mondes possibles; 4^ toute doctrine qui substitue le monde à Dieu, par exemple en remplaçant tout doucement Dieu par la Nature, c'est-àdire par la vie impersonnelle et inconsciente mais raisonnable et providentielle du monde; ou bien en appelant »Dieu" la substance infinie — étendue et pensante — dont tout ce qui est et se fait n'est que la manifestation nécessaire ^) ; ou encore en appelant »Dieu" la raison impersonnelle ou l'idée non réelle qui se réalise (dans le monde) comme nature et comme esprit, et ne parvient à la connaissance de soi et à la personnalité que dans l'homme*). Suivant l'islamisme, au contraire. Dieu est antérieur au monde qu'il a tiré du néant, et qu'il peut y rejeter; il est complet sans le monde dont il n'a nul besoin; il est omniprésent , omniscient en omnipotent par rapport au monde qu'il a fait, et qui dépend de lui constamment et absolument.
Quant à Vunité de Dieu , l'islamisme est l'adversaire unité implacable de toute pluralité de dieux , de toute déification de l'homme, et de tous êtres divins inférieurs au dieu suprême. Il repousse également toute doctrine mix;te, soit monopoly théiste — un dieu composé de plusieurs dieux, soit polymonothéïste — plusieurs dieux qui en forment un seul. L'unité de Dieu est dans l'islamisme l'idée prédominante, le drapeau toujours déployé, le refrain répété sans cesse, le cri religieux qui domine tout autre son sur la terre des fidèles.
>) Spinosa. — La substance infinie appelée Dieu, est en effet la substance du monde. Dans ce système le monde remplace Dieu.
') Ilegel. — Dans ce système il n'y a d'aufre réalité que le inonde de la nature et de Tesprit.
398 GHAP. X.
Nulle autre religion n'accentue plus que l'islam la souveraineté et la 'personnalité du Dieu unique. Sous ce rapport la théologie postérieure est parfaitement d'accord avec le koran. Il n'y a rien dans l'islam qui puisse servir de transition ou conduire insensiblement, soit au polythéisme, soit à la confusion entre le créateur et la créature, soit au panthéisme et au cosmisme. Il est vrai que des doc* trines antithéistes diverses se sont produites, parmi les peuples musulmans, chez les philosophes libres penseurs qui avaient fait la connaissance de la philosophie grecque , et au sein du mysticisme des soufis. Mais ces doctrines n'étaient pas des altérations ou des corruptions de l'islam; elles étaient des réactions causées par des éléments étrangers, et elles furent facilement domptées par l'orthodoxie.
Le christianisme, au contraire, contient des éléments dont l'altération graduelle et pour ainsi dire l'exagération progressive peut conduire au polythéisme , à la déification de l'homme, au panthéisme. Ainsi, le dogme de la trinité peut conduire à un polythéisme trinitaire, comme il est déjà arrivé dans l'ancienne hérésie du trithéisme. L'incarnation de Dieu dans le Fils de Marie peut mener au panthéisme. L'invocation des saints peut dégénérer en adoration et conduire à la déification de l'homme et au polythéisme. La haute dignité attribuée aux principaux saints et surtout à la Sainte Vierge, mère de Dieu et reine du ciel, peut aboutir à un système polythéiste fort compliqué. Dans ce système, le Père étant écarté à la façon d'un roi constitutionnel qui règne et ne gouverne pas , et le Saint-Esprit volatisisé , le Fils et la Mère occuperaient le premier rang ; l'Epoux de la mère (S. Joseph), le Précurseur du Fils (S. Jean Baptiste), le Vicaire du Fils et prince des apôtres, S. Jean l'apôtre et S. Paul seraient placés au second rang, et le^ autres saints au troisième ou au quatrième. Si donc la chrétienté entière pouvait se cor-
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rompre au point de perdre de vue Tunité de Dieu, l'islamisme servirait à la lui faire retrouver. La religion d'Allah est là comme un avertissement à tous les chrétiens qui pencheraient à devenir infidèles au monothéisme. Sous ce rapport les chrétiens ne peuvent dénier à l'islamisme une valeur sérieuse et spéciale, celle d*ètre la gardienne du monothéisme.
C'est un fait remarquable que parmi les chrétiens on a vu dans le monothéisme musulman un reproche actuel au lieu d'un avertissement éventuel. Ou aurstit dû se dire: le dogme de la trinité ne cesse d'être monothéiste que lorsqu'on cesse de subordonner les trois essences, dites personnes , à l'être unique , et de renfermer la trinité dans l'unité; les chrétiens n'ont donc rien à déduire du monothéisme islamique; ils n'ont qu'à ajouter la distinction immanente des trois personnes ; ce n'est que lorsqu'ils font un pas au delà, contrairement à l'esprit de la doctrine latine^) orthodoxe, qu'ils deviennent trithéistes, et que leur prétendu monothéisme n'est plus qu'un mensonge. Au lieu de se placer à ce point de vue, des chrétiens de petite foi ont cru devoir attaquer, en tacticiens habiles, la forteresse de l'ennemi, c'est à dire le monothéisme du koran et des musulmans. Ils ont reproché à l'islam d'enseigner un déisme aride, un dieu solitaire, insociable, égoiste, stérile. Deux citations seulement:
„he monothéisme de Mohammed était ane déviation da vrai monothéisme. Il n'y a que la foi en Dien — Père, Fils et Esprit — qni paisse produire ane saine religiosité; le Diea qai ne génère pas et aaqael aacan être n'est semblable, ne vaat pas mieax qa'ane idole sans vie '). Car la notion de Dieu développée par Mohammed est toat à fait celle da déisme; Dieu et le monde forment une antithèse dont les termes s'exdaent et
') V. ci-de88U8 p. 55/6.
^ »Wird zu den todten GOtzen sinken mûssen*'.
reerlîent étrangers Tan à l'antre i). Cette antithèse nous explique pourquoi le koran sait si bien parler de l'élévation de Dieu au dessus de tout ce qui est créature. Le prophète ne sait rien d'une infusion de Diecf dans le monde ') , ni d'une communauté d'essence de l'homme avec Dieu^)."
^^Les paroles ^^il n'y a d'autre dieu que Dieu" ont un sens au delà de leur signification littérale. Elles impliquent, en arabe et parmi les arabes, que l'Etre Suprême unique est le seul Agent, la seule Force, le seul Acte existant dans l'uniTors.... et que tout le reste est passif. C'est le système du panthéisme de la Force. Dieu est un dans la totalité de son action omnipotente et omniprésente , qui ne reconnidt aucune règle , aucune mesure, aucune limite, sauf ceUe d'une volonté unique et absolue. Il ne communique rien à ses créatures, et en retour il n'en reçoit rien. Il se plait à faire sentir sans cesse à des êtres créés qu'ils ne sont autre chose que ses esclaves, afin qu'ils reconnaissent d'autant mieux sa supériorité. Loi-même, stérile dans son élévfition inaccessible, n'aimant rien, et ne jouissant de rien, si ce n'est de son propre décret façonné par lui-même^), n'ayant ni fils, ni compagnon, ni conseiller, n'est pas moins stérile pour lui-même que pour ses créatures; et sa propre stérilité et son égoïsme solitaire sont la cause et la règle du despotisme indifférent et impitoyable qu'il exerce autour de lui 6)."
Les passages cités offrent un exemple remarquable d'une polémique qui fait dire à l'adversaire tout ce qu'on veut. De l'unité absolue de Dieu, prêchée par l'islam, on a su tirer d'un côté un dieu semblable à une idole inanimée, et de l'autre le panthéisme*) de la Force. Evidemment,
') »Stehen in einem ausschliessenden und âusserlichem Gegensatz zu einander".
^ »Von einem Eingehen Gottes in die Welt".
>) Der Islam par Joh. Hauri, pasteur protestant à Davos en Suisse, 1882, p. 44/5.
^) sHis own self-measured decree".
») Palgrave, Arabia I, p. 369. Ce passage de Palgrave est approuvé par le Rev. Ë. SeU, dans Dthe fiiith of islam'*, 1880, p. 110/1.
*) n est incroyable qu'on ait pu découvrir du »panthéisme" dans Tisla-
le dogme de l'unité absolue — sans celui de la trinité subordonnée , qu'il n'exclut pas du reste — a produit , chez les musulmans comme chez les enfants d'Israël, une religiosité saine et vigoureuse et la conception d'un Dieu vivant qui s'occupe du sort des hommes. Jéhovah, auquel nul être n'était semblable, et qui n'engendrait pas selon la foi mosaïque, n'est jamais tombé pour ses adorateurs à l'état d'une statue de marbre. La notion islamique de Dieu est en effet du déisme ^) ou du théisme pur , mais la notion chrétienne Test également, nonobstant la trinité subordonnée. Le vrai christianisme repousse tout panthé- isme; et conséquemment f) il enseigne qu'il n'y a aucune communauté d'esgence entre Dieu et l'homme , et que Dieu est infiniment élevé au dessus de toute créature. La souveraineté et l'irresponsabilité de la volonté divine a été prêchée par le vrai christianisme comme par l'islamisme. D'ailleurs, la volonté souveraine ou absolue du Dieu unique peut être bonne et parfaite, comme la volonté d'un monarque absolu peut être excellente. C'est une alléga^tion
misme, en dehors du mysticisme soufiste. Le panthéisme fataliste du peuple (J. Reymond, p. 22) ne vaut pas mieux que >le panthéisme de la Force". Le peuple nW jamais ^panthéiste'*, et le prétendu panthéisme populaire est en effet un théisme rigoureux. En revanche ^Funion du divin et de l'humain dans J.-G., produisant une réelle communion de vie entre Dieu et le fidèle" (J. Reymond, ibidem), n'est qu'une spéculation obscure qui se trouve sur le chemin du panthéisme. Evidemment les auteurs en question se méprennent sur le sens du mot panthéisme , lequel ne signifie pas que Dieu absorbe le monde (absolument dépendant de lui), mais que le monde absorbe Dieu (qui n'existe pas indépendamment du monde).
*) Le mot déisme a eu au 17me et au 18°^« siècle un sens spécial, celui d'une croyance en Dieu indépendante du christianisme et de toute révélation. Mais abstraction faite de ce sens historique, c'est une niaiserie de distinguer déisme et théisme, et d'employer le premier mot en un mauvais sens, très vague du reste, mais exclusif de toute trinité même subordonnée. Déisme et théisme ne peuvent être que synonymes. L'islamisme, le judaïsme et le christianisme professent également le théisme ou le déisme, et de plus le monothéisme ou le solidéisme.
^ Malgré le fait mystérieux de l'incarnation qui n'a pas divinisé la nature des autres hommes, ni humanisé et par conséquent abaissé celle de Dieu, n, 26
gratuite qu'Allah , le miséricordieux , est un despote arbitraire et égoïste , savourant le plaisir d'exercer un pouvoir absolu. Les reproches qu*on a osé faire à Allah sont vraiment incroyables. ))ll ne veut pas, dit-on, entrer en relations intimes avec le monde et avec l'homme, ni même engendrer un être pareil à lui; il se plaît à faire sentir sa supériorité à ses créatures ^) , et il ne veut avoir ni fils , ni compagnon, ni conseiller". Un dieu qui a besoin d'enfants et d'amis qu'il puisse consulter ! C'est là un anthropomorphisme brutal, mais qui n'a pas été inventé par les auteurs des passages précités. Il provient d'une corruption du christianisme qu'on rencontre surtout dans l'orthodoxie protestante moderne. Cette corruption n'est rien moins que la divinisaiion de la nature humaine et Vhumanisation de Dieu. Dans cet ordre d'idées la création de l'homme à l'image de Dieu, au lieu d'être une image qui exprime la supériorité de l'homme sur les animaux *), signifie que la nature humaine est d'essence divine, qu'elle ne diffère pas spécifiquement de la nature de Dieu. D'autre part. Dieu est éternellement prédestiné à se compléter en adoptant la nature humaine; cette nécessité existe pour Lui indépendamment de la perdition du genre humain par le péché et de la rédemption par l'hommedieu ; Il s'est fait homme , non seulement dans le temps , pour un iiistant de l'éternité, afin d'accomplir l'oeuvre de la rédemption, mais pour demeurer revêtu s) de la nature humaine aux siècles des siècles!
^) Au lieu de la dissimuler discrètement , afin d'épargner aux créatures le sentiment pénible de leur infériorité radicale et infinie! C'est très fort d'exiger de Dieu qull ne se donne pas des airs de Créateur vis-à-vis des hommes, et voilà sans doute de la saine religiosité!
') Ce qui est le sens évident de Texpression dans le récit de la Genè^.
^) Dans une des trois personnes, dont la distinction, dans cet ordre d'idées, n'eet nullement subordonnée à l'unité. En efiet, Thumanité partielle de Dieu rompt nécessairement l'unité de son être; le Dieu qui est homme, &e sépare éternellement du Dieu qui n*est que Dieu.
De pareilles doctrines contemporaines, qui sont des blasphèmes au point de vue monothéiste, montrent que l'islam est encore aujourd'hui un avertisseur utile pour beaucoup de chrétiens disposés à renier l'unité et la souveraineté de Dieu.
C'est à bon droit que Mohammed a combattu et condamné 1® la trinité qui dans le christianisme déchu de l'orient n'était nullement subordonnée à l'unité, et qui devait lui paraître une j^triade" de dieux, 2^ le culte qu'il voyait rendre à Jésus et à Marie comme à deux êtres humains placés au niveau de Dieu mème^). Quant au
^) Plusieurs auteurs affirment que selon Mohammed les trois personnes de la trinité étaient Allah, Jésus et Marie (V. p. ex. Edm. Sayous, J.-C. d'aprèe Mohammed, 1880). Les textes ne justifient pas cette assertion. Le koran affirme que Jésus n*est pas le fils de Dieu, que Jésus et Marie ne sont pas des dieux, ni des êtres divins, mais des êtres humains (V. 76. 79. 116), que Jésus n'est qu*un ap6tre de Dieu, (l'organe de) Sa Parole et (de) Son Esprit (IV. 169). U ne mentionne que deux fois la trinité d'une manière très vague et comme en passant. Il ne dit pas que le dieu des chrétiens est ccmipoi^ de Dieu, de Jésus et de Marie; il évite d*en préciser la notion ; évidemment il ne s en fait pas une idée bien nette. Dans IV. 169 il n'en parle pas quand il suppose que Dieu demande à Jésus: «0 Jésus, fils de Marie, as-tu dit au genre humain: prenez-moi et prenez ma mère comme denx dieux à côté de Dieu?" Les passages »Ne dites pas qu'il y a une triade (de Dieux)" (IV. 169) et :»ce sont des infidèles qui disent: Dieu est un de trois" (V. 77) n'indiquent pas que Marie soit l'une des trois. Voici donc ce qui est probable. Le fait apparent du culte public rendu au iM'ophèto Jésus, son devancier, et à la mère de ce prophète, et le dogme de la trinité, ne se sont pas mélangés dans la pensée de Mohamned. Il s'est représenté la trinité comme composée de Dieu, du Fils ou de la Parole de Dieu (identifiée ou non. avec J^us) et de l'Esprit de Dieu. Il enseiipne deux* fois que TËsprit de Dieu (appelé ailleurs TEsprit fidèle , le Measager de Dieu, TEsprit-Saint et Gabriel) a été envoyé à Marie^ et a opéré par son souffle la conception de Jésus dans le sein de cette femme âue. (XIX, 16 8uivv.,LXVI, 12.) L'esprit de Dieu lui est donc une expression familière, et il n'y a aucune raison de supposer que Jes termes de la triade, Dieu (le p^), le fils et l'esprit, ne soient pas parvenus à sa connaissance. S'il n'a ni discuté ni nommé ces termes, c'est que la combinaison ne lui présentait aucun sens intelligible, et qu'il n'avait rien compris des explications tbéologiques qu'on lui en avait données. Remarquez encore que dans IV. i69 da mention de la triade Buccède immédiatement an passage où il est dit: iJésus. .. n*est qu'un apôtiredeiDieUy .et sa parole
christianisme occidental, que Mohammed ne connaissait pas et qu'il n'a donc pu attaquer, ce christianisme pourra expliquer aux musulmans que Jésus et TEsprit-Saint sont Dieu même, que la Trinité n'est qu'une distinction immanente et que Dieu n'est pas composé de trois individus, enfin que l'invocation de Marie n'est pas de l'adoration, laquelle est réservée à Dieu seul, anthropo- Dcs auteurs hostiles à l'islam ont prétendu qu'il tombe morphisme. ^g^j^^ l'authropomorphisme à l'égard de ce même Dieu qu'il place si haut. Il est vrai que le koran dit: »Dieu voit, entend, parle, est assis", et qu'il parle de Sa main, et de Sa face. Mais ce sont là de simples images , provenant d'un anthropomorphisme primitif et général-, conservées par d'anciennes habitudes de penser et de parler, et de plus adressées à l'imagination de personnes non habituées à penser abstraitement. La conception de Dieu, d'un bout du koran à l'autre, est beaucoup trop élevée et trop absolue pour ne pas exclure un dieu à corps humain, non comme image, mais comme réalité. — On ne pourra dire que l'ancien testament représente constamment Jéhovah comme esprit, tandis que le koran attribue un corps humain à Allah. Rappelons-nous, au surplus, quelques passages du nouveau testament. La Sainte Vierge dit
qu'il fit entrer dans Marie, et un esprit (procédant) de Lui". Ladite mention semble donc suggérée par les termes Parole et Esprit. Mais quoi qu'il en soit de ce passage, il est difficile d'admettre que Mohammed qui s'informait diligemment du judaïsme et du christianisme, comme le Koran le démontre, ait été assez mal informé de la teneur matérielle du do^me de la trinité pour croire que Marie entrait dans la triade suprême en remplacement du Saint-Esprit. l\ est tout à fait inadmissible que Mohammed, se figurant qu'une femme entrait dans la composition de la divinité suprême des chrétiens, ait manqué de relever et de flageller cette croyance qui devait le frapper plus vivement et lui paraître beaucoup plus monstrueuse que la superstition arabe des «filles de Dieu". l\ n'aurait pu s'empêcher d'exprimer toute l'indignation, toute l'horreur que lui inspirait une divinité suprême d'essence en partie mâle, en partie femelle, une femme-dieu suprême, une triade composée 1^ de Dieu , 2?. d'un homme-Dieu , Son fils, 3^. d'une femme- Dieu, la mère de Son fils.
dans son cantique (Luc I. 50) que »Dieu a puissamment opéré par Son bras'\ Jésus-Christ enseigne que »rhomme vivra de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (S. Matth. IV. 4) ; que »Dieu voit un homme qui prie dans" sa chambre secrète dont il a fermé la porte" (S. Matth. VI. 6); que le ciel est le trône de Dieu et la terre le marchepied de ses pieds (S. Matth. V. 34. 35) ; que i>ceux qui sont purs de coeur verront Dieu", (c.-à.-d. la face de Dieu , au ciel , S. Matth. V. 8) ; que »dans les cieux les anges regardent toujours la face de Dieu" (S. Matth. XVIII. 10); que »le fils de rhomme sera assis à la droite de Dieu" (ce qui implique que Dieu a une main droite, et qu'il est assis au ciel sur Son trône céleste) ; que »celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et par Celui qui y est assis". Enfin , les paroles tant de fois répétées par J. C. i^Mon père, votre père ou notre père qui est, ou qui es aux cieux" désignent la présence corporelle de Dieu au ciel. Toutes ces expressions bibliques sont métaphoriques. Les expressions analogues du koran le sont également. — Malheureusement le respect exagéré et superstitieux de la lettre du koran a empêché les orthodoxes de rejeter simplement — avec les Dmoutazilites" — tous les attributs matériels de Dieu. Il leur a semblé qu'il fallait accepter les passages koraniques qui s'y rapportent, tels qu'ils sont écrits et sans en discuter le sens; mais en même temps, et surtout, sans les entendre d'une manière anthropomorphiste , comme si Dieu avait des mains, une voix, un corps semblables aux organes et au corps de l'homme. Ainsi, selon eux. Dieu voit, entend et parle , mais sans yeux humains , sans oreilles , sans langue humaines; il s'assied sans être vraiment assis sur quelque chose . dans un endroit déterminé ; il a une face glorieuse que les justes contempleront (selon la tradition) au jour du jugement, mais non une face humaine. Il est vrai cependant qu'il y a eu des sectes ou des doc-
trlnes qui sont allées plus loin quant à la nature corporelle de Dieu, et qu'aux premiers temps de l'islam plusieurs ont manifesté une tendance anthropomorphiste , laquelle a pfoduit des traditions sur des paroles anthropomorphistes attribuées au prophète et très contraii'es à Tesprit du koran. Mais cette tendance a été repoussée, et ces sectes ont été déclarées hérétiques par l'orthodoxie. En effet, bien que, par crainte d'une interprétation trop libre du koran, cette orthodoxie ait maintenu les attributs mcUériels aVec Ums les autres attributs ^) de Dieu , elle leur a enlevé toute valeur anthropomorphiste*).
Cependant, avec le retour au koran'), on ne pourra manquer de reconnaître que les expressions dont il s'agit, sont figurées, et Tincorporalité de Dieu sera énergiquefnent affirmée.
Remarquons encore que l'islamisme est absolument iconoclaste.- Il interdit toute représentation de Dieu sous une forme humaine ou sous une autre forme quelconque, soit dans l'espace, soit sur une surface plane. Il proscrit les beaux arts de la statuaire et de la peinture. Par ce moyen l'habitude de se représenter Dieu comme un homme a été déracinée chez les musulmans. Tout le contraire a eu lieu en europe, au moyen âge et depuis; et l'habitude de se figurer Dieu le Père sous la forme d'un vieil-
1) Vie, connaissance, puissance, volonté. — Les questions concernant Fexistence distincte ou la réalité et Téternité des attributs de Dieu appartiennent à la théologie acolasiique de Tislamisme. Ge sont des subtilités qui n*ont pas affecté la notion religieuse de Dieu.
^ V. deux catéchismes orthodoxes rapportés par M. A. Ton Kremer G«schidite der herrschenden Ideedn des Islaœs, 1868, p. 40—46. Gomp. aussi les extraits d^^uteurs orthodoxes donnés par Sell, »the faith of Islam' \ p. 117/8, 134—6, et par M. W. SpitU, zur Geschichte Al Asari's (Leipz. 1876) , p. 105—107.
") n sem parlé ci-dessous du retour au koran ^ qui est la planche de salut de rislam. Par l'effet de ce retour, on écartera, 1°. toutes les superstitions et les absurdités qu^on a ajoutées au koran, 2*. toutes les interprélations postérieut^Bs qui en xMlt faussé le sens.
l'islâm. 407
Urd , Dieu le Fils sous la forme d'un homme dans la force de Vâge et le Saint-Esprit comme une colombe, est loin d'être extirpée aujourd'hui dans le monde chrétien, même en dehors des classes populaires. Il faut ajouter que les chrétiens actuels qui se piquent d'être spiritualistes et affirment hautement que Dieu est immatériel ou esprit pur, ne se sont pas affranchis de l'habitude de parler comme si Dieu avait un corps et la forme d'un homme. Ils disent toujours que Dieu voit et entend, ils parlent du bras, de la main et du doigt de Dieu. Nous avons beaucoup de peine à nous défaire du langage figuré que nous avons hérité de nos ancêtres, auteurs des langues que nous parlons, et des locutions dont nous nous servons toujours par la force de la tradition.
Beaucoup d'auteurs chrétiens ont prétendu que le koran néglige la sagesse, la bonté, l'amour, la providence, la sainteté, toute la nature morale de Dieu, et que sous ce rapport Dieu selon le koran est très inférieur à ï)ieu selon l'évangile. Ces assertions ne sont nullement fondées.
La sagesse de Dieu n'est pas mentionnée dans les paroles de Jésus rapportées par les trois premiers évangiles, et le koran dit fort souvent que Dieu est sage^). Comment donc reproche-t-on au koran de ne pas en faire mention. Du reste la sagesse est un attribut dont l'affirmation est un peu surabondante quand il s'agit de l'être suprême, créateur omniscient du monde qu'il gouverne. Au surplus, le koran ne laisse pas d'exposer et de glorifier les merveilles de la création.
Les paroles de Jésus mentionnées dans les évangiles boaté font ressortir la bonté de Dieu pour l'homme et pouf
0 Dieu est appelé puissant et sage: XVI, 62; XIY, 4; XLE, 1 ; XLYI, 1 LXIV, 13; m, 4; LVH, 1 ; IV, 163; LIX, 24; LX, 5; omniscient ait sage XV, 25;XLin, 84; VI, 128; IV, 94.1 U5; XXXIU, 4; XXIV,17; XlfX, 8 sage LXn, 1; VI, 18.73; XXXIV, 1; etc.
toutes ses créatures. Le koran aussi mentionne fort souvent la bonté de Dieu. Les passages suivants contiennent des exemples.
D a créé pour vous les tronpeaux (qni servent à vous vêtir, à vous nonrrir, à porter vos fardeaux). Vraiment, votre Seigneur est plein de bonté ^).
Si vous vouliez calculer les bienfaits de Dieu, vous ne pourriez les compter*).
Bappelez-vous la bonté de Dieu envers vous, lorsque vous étiez ennemis (les arabes entre eux). Il a uni vos coeurs et par Sa grâce vous êtes devenus frères; et lorsque vous étiez sur le bord de l'abime de feu (l'enfer), Il vous a retenus').
Ainsi, suivant ce dernier passage la sollicitude de Dieu n'est pas bornée à la vie présente des hommes. Elle s'étend à leur salut.
omnîproTi- Le korau enseigne abondamment et éloquemment l'om- ^^^ niprovidence de Dieu. Allah s'occupe de tous les détails du monde , depuis la création et sans relâche ; Il règle tout et pourvoit à tout. Sa providence est pleine de bienveillance et de bonté pour l'homme. Lisez par exemple les passages suivants:
C'est Lui qui fait descendre la pluie du ciel dont vous buvez, et d'où proviennent les plantes que paissent vos troupeaux. H fait croître le blé, les olives, les palmiers, les raisins et toutes sortes de fruits. H a mis "à votre service la nuit et le jour. Le soleil , la lune et les étoiles vous servent par Son commandement. (Remarquez) toutes les choses de diverses couleurs qu'il a créées pour vous sur la terre. C'est Lui qui vous a soumis la mer, pour qu'elle vous procure du poisson frais à manger et des ornements à porter. Et vous voyez les vaisseaux fendre les flots, pour que vous alliez chercher des richesses. Il a posé des montagnes fermes sur la terre, pour qu'elle ne bouge pas au
desBOQs de tous. Vous lui deves des rivières et des chemins pour TOUS gaider et les étoiles pour yous indiquer votre chemin *).
D a les defs des choses secrètes. Personne ne les connaît hors Loi. B sait ce qui se trouve sur la terre, et dans la mer. Aucune feuille ne tombe à terre qu^Il ne le sache'), et il. n'y a aucun grain de semence dans les ténèbres de la terre, ni aucune chose verte ou desséchée, qui ne soit notée dans le livre lucide S). C'est Lui qui vous prend à Lui^) la nuit, sachant quel a été le mérite de vos oeuvres pendant le jour ^).
Aucune chose dans le ciel et sur la terre ne Lui échappe, eût elle le poids d'une fourmi; et il n'y a rien de plus petit ni de plus grand (qu'une fourmi) qui ne soit noté dans le livre lucide.
Trois personnes ne se parlent pas secrètement qu'il ne soit le quatrième avec eux, ni cinq qu'il ne soit le sixième, ni plus ni moins de personnes sans qu'il soit avec eux en quelque endroit qu'ils se trouvent. Et au jour de la résurrection II leur dira tout ce qu'ils ont fait*).
Sachez que Dieu passe entre un homme et son propre coeur ^.
Nous avons créé l'homme, et nous savons ce que son âme chuchote au dedans de lui, et nous sommes plus près de lui que la veine de son cou s).
Il n'y a aucune chose qui se meuve sur la terre dont la nourriture ne dépende de Dieu , et dont il ne connaisse le séjour et le gîte. Tout est noté dans le livre lucide').
Combien d'animaux y a-t-il qui ne pourvoient pas à leur propre
1) XVI. 10 suiT. — Ck)mp. VI. 95—99, et X. 5—32, XXIX. 63, XXXV. ia-i4.
*) Aucun passereau ne tombe en terre sans la volonté de Dieu. S. Matth. X. 29.
') C'est-à-dire, le livre de Dieu, où toutes choses sont notées, et où il n'y a ni obscurité, ni ambiguité. »Etre noté dans le livre de Dieu" est une simple image qui signifie «ôtre connu de Dieu ou déterminé par Lui".
*) C'est-à-dire: qui prend votre âme à Lui pendant le sommeil, en d'autres termes : qui vous endort et qui prend soin de votre âme pendant que vous êtes endormis. Gomp. XXXIX. 43.
•) LVm. 8.