L'AVENIR DE L'EGYPTE
L'angleterre est maîtresse absolue de Végypte. Le contrôle et le protectorat anglo-français ont disparu. La suzeraineté du sultan est devenue une ombre du passé; il n'en reste que l'ancien tribut qui a été cédé à quelques-uns des créanciers européens de la turquie. Le protectorat européen, exercé dernièrement par la france et l'angleterre , a été remplacé par la domination anglaise. Si elle le veut, et pourvu qu'elle l'ose par rapport à la france et à l'europe, l'angleterre gouvernera Tégypte, soit directement, en écartant le khédive, soit indirectement, comme un pays vassal ou protégé, par l'intermédiaire d'un gouvernement indigène sous ou sans le khédive Tewfik et sa famille. Ou bien, en s'adjoignant d'autres puissances , elle établira le quintuple protectorat avec la france, ou le quadruple protectorat sans la france, ou encore un quintuple protectorat où la france sera remplacée par les 6 puissances de second ordre ^). — Actuellement, au
1) y. ci dessus p. 157, et vol I. p. 266. — Ces 6 puissances pourraient convenir de nommer chacune un délégué aux affairée d'égypte. Les 6 délégués formeraient un conseil et désigneraient Tun d*eux pour remplir les fonctions de président et pour représenter le consortium des 6 puissances et traiter en leur nom avec les autres puissances protectrices (vol I. p. 267.) Ces délégués se réuniraient quand cela leur semblerait utile. Us
point de vue de son intérêt comme de celui de l'égypte et de Teurope, elle doit mettre hors de considération le quintuple protectorat avec la france. Le quintuple protectorat avec les 6 petites puissances de Teurope restreinte serait préférable au quadruple protectorat, parce qu'il Serait plus fort que ce dernier, et qu'il inaugurerait l'établissement de l'union européenne.
Du reste, Tangleterre n'a plus le même intérêt qu'auparavant à introduire le protectorat européen , parce qu'elle est débarrassée du protectorat et du contrôle anglo-français , parce qu'après la conquête son prestige est assez grand pour intimider les égyptiens sans le concours des autres puissances, et parce qu'elle est maîtresse absolue de l'égypte. Elle pourra se convaincre, cependant, que pour amener la solution de la question d'orient qui a été développée ci-dessus , le protectorat de toute l'europe restreinte est préférable à sa domination isolée, à un protectorat exercé par elle seule. En revanche, elle pourra désirer d'entreprendre la tâche de réorganiser le pays et d'y introduire toutes les réformes que Veurope doit à l'égypte; ne fût-ce que pour expier tout le mal qu'elle a injustement fait aux égyptiens en 4882, sous la haute direction politique et militaire de M. Gladstone, Lord Granville et M. Malet. Ce n'est qu'après avoir mené cette bonne oeuvre à bonne fin qu'elle pourra vouloir s'associer l'italie , l'autriche , l'allemagne et les 6 puissances secondaires.
Il est inutile de répéter ou de résumer ici ce qui a été dit au premier volume sur les réformes à introduire, autres que celles du protectorat. Il suffit d'y renvoyer.
nommeraient pour un certain nombre d années un ministre résident, un oontrMeur général et d'autres fonction n ai reis requis, et ce indifféremment parmi les nationaux des 6 puissances, ^observation du tour de rôle ne serait pas obligatoire, mais facultative. Lesdits envoyés seraient payés chacun par l'état auquel il appartient. Us adresseraient au président leurs rapports et leurs communications.
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Elles n'ont pas c^ssé d'être opportunes i). — Seulement
^) Même après le rapport remarquable de Lord Dufferin à Lord Gran- ?ille du 6 février 1883 (P. p. 1883 \I. 38, p. 40—95), contenant des informations, des considérations et des conclusions sur la ^réorganisation de régypte" avec un projet de scharte égyptienne**. Ce rapport qui a conduit à une constitution et à une loi électorale octroyées par décret du 2 mai 1883 (P. p. XIV. 53), mais qui au reste est resitée à peu près une lettre morte, mérite toiyours d'être lu en son entier. Lord Dufferin est un homme d'une tout autre trempe que M.Malet, et un diplomate distingué dont l'horizon est de beaucoup plus étendu que celui d'un diplomate ordinaire. 11 faut déplorer seulement que Lord Dufferin n'ait passé en égypte que 6 mois, qu'il ait déjà lait son rapport après 3 mois de séjour, et qu'il ait trop écouté les renseignements fournis par M. Malet >dt autres anglais ou européens mal renseignés et trop dépourvus d'impartialité. Il a entendu les égyptiens à une époque où ils ne s'exprimaient pas librement, surtout en parlant au représentant du gouvernement anglais; il n'a pas reçu leurs cohfidùnces. Il croit trop facilement à leurs assurances complaisantes sur les anglais, sur le régime rétabli et sur le régime renversé après une existence éphémère et une cruelle déception. Il se lait une idée trop favorable des turcs, de leur ségyptianisation", de leur patriotisme égyptien, des bonnes relations entre les égyptiens et la classe dominante des turcs, enfin des européens, des grec» et levantins, et des tribunaux mixtes. Comme M. Malet, il croit en Chérit pacha, à sa loyauté et à son intelligence. Or, Chérif est un turc honnête et un excellent homme; mais il ne fait aucun cas de l'égypte et des égyptiens, il est beaucoup plus indifférent qu'intelligent, il aime mieux le pouvoir que les opinions politiques, et il possède le secret de faire une bonne impression sur les européens qui ont des relations officielles avec lui. En effet, il sait très bien les écouter, il leur donne raison, et il consent à autoriser ou à faire ce qu'ils demandent. Le scandale de l'oppression consulaire et de l'exploitation étrangère semble avoir échappé à Lord Dufferin. Il comprend que l'endettement des fellahs est un mal auquel il faut chercher des remèdes énergiques, mais il n'a pas compris que l'usure pratiquée en égypte est une déprédation gigantesque et diabolique, et «qu'il est permis, au besoin, d'expulëor les usuriers et de ne plus leur accorder la protection de la loi. Il comprend que l'administration ruineuse du domaine hypothéqué à l'emprunt Rothschild, est une absurdité intolérable; mais l'idée qu'il serait peut-être convenable de rendre ce domaine à la classe des fellahs, à laquelle il a été dérobé, au lieu de le vendre en lots aux capitalistes européens, grecs et levantins, cette idée ne semble pas lui être venue.
[Lisez sur l'endettement des fellahs le rapport postérieur de M. Villiers Stuart M. P. (p. p. 1883 Vil. 1 , '20 mars, p. 6—»), résultat d'une enquête laborieuse par lui faite dans le pays, et les articles du correspondant spécial du Times (janvier— mars 1883).]
Le projet constitutionnel de Lord Dufferin, qui a été suivi à peu près dans la constitution -et la loi électorale du 2 mai 1883, présente une
382 OHAP. IX.
après la guerre cruelle faite au mouvement national et la faveur dont les turcs et les circassiens ont été l'objet, il ne suffit plus »d'écarter peu à peu les turcs du gouvernement, à mesure qu'on trouvera parmi lés égyptiens des hommes aptes à les remplacer^)". Il faudra renvoyer du gouvernement et de l'armée les fonctionnaires et les officiers supérieurs qui sont des turcs ou des circassiens non égyptianisés ; et ce, sans leur accorder des pensions ou des dédommagements, si ce n'est pour des raisons d'éqiiité ou d'humanité. — Ajoutons que Tangleterre devra rembourser au trésor égyptien les indemnités relatives au bombardement et à ses conséquences, et les frais d'oc-
complication quant à la composition du conseil législatif et de rassemblée générale, dont Futilité est difficile à saisir. U est permis de recommander toujours l'organisation politique plus simple et plus naturelle exposée au 1 vol. de ce livre (p. 284 — 286). Du reste, cette organisation se trouve d'accord avec, celle de Lord Dufierin sur deux points importants: 1^ la création de conseils provinciaux, 2° le principe qu'il ne doit pas y avoir de parlement, mais un corps qui fait entendre la voix de la nation, qui donne son opinion, qui a le droit d'interpeller le gouvernement et doit être entendu par lui sur la législation et le budget, en un mot, an corps (suivant Lord Dufferin, deux corps) qui n'est qu'un «conseil d*état". (Ce terme est employé par L. DufTerin dans sa letti% du 18 novembre 1882 (p. p. 1883 U. no 28), qui contient déjà en herbe son projet d'organisation du 6 février 1883).
U a été très bien observé dans le Times (weekly, 14 sept. 83) qu'après le départ de Lord Dufferin au mois de mai les nouvelles institutions politiques ont manqué de »motive power". Rien ne s'est fait; on a tout laissé dans le statu quo, en attendant que les réformes vaguement indiquées par L. D. seraient mises en vigueur. Le 24 sept., un conseil d'état fut nommé et composé de 11 indigènes (non de 11 égyptiens), dont deux arméniens et Chérif pacha président, et de 10 européens, dont quatre français, trois anglais, deux autrichiens et un italien; Borelli bey, l'accusateur public des ^rebelles" étant du nombre des 4 français. Ce conseil d'état dérisoire n'était pas fait pour fournir le émotive power". Le iconseiller financier" anglais qui avait succédé au contrôle, était également insuffisant à cet effet, et M. Malet s'était montré plus habile à détruire qu'à édifier. — L'auteur recommande toujours l'organisation plus efficace du protectorat — soit quintuple, soit de l'angleterre seule ^ exposée au premier volume de cet ouvrage p. 266/7.
0 V. vol. 1. p. 286.
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cupation de son armée qu'elle a fait payer par l'égypte^); en même temps qu'elle fera cesser le paiement du tribut, et qu'elle réduira la dette étrangère comme il a été dit au premier volume. De plus, elle ne devra pas se borner à réduire les traitements de tous les employés européens au niveau de ceux des indigènes et à renvoyer tous ceux qui sont malhonnêtes ou incapables*); mais elle devra se résigner à payer en entier les traitements des quelques fonctionnaires supérieurs qu'elle possède en égypte.
Heureusement les jours de M. Gladstone sont presque comptés, et Tégypte est entre les mains d'un grand peuple, peu sentimental, mais à la fois sensé et juste ^ au sein duquel la vérité et la justice finissent toujours par triompher.
Il est vrai qu'il ne faut pas compter pour l'égypte sur la bourgeoisie radicale, dont la puissance politique semble s'accroître tous les jours. Cette bourgeoisie est composée en première ligne de la classe des riches commerçants, banquiers ^t industriels , et en général de ceux qui fout des entreprises lucratives, dont la vie est acharnée à la poursuite du gain, et dont les intérêts sont engagés, non au service d'autrui, mais dans l'exploitation du prochain. Les radicaux sont les antagonistes, non seulement de la monarchie, de l'aristocratie et de la chambre des lords, des propriétaires fonciers et de la classe des agriculteurs, mais encore des travailleurs dans la mère-patrie et des indigènes dans les possessions transmarines. Ils sacrifient
*) Sir P. Benson Maxwell (dont Texcellent rapport gar la journée du il juin a été cité ci-deesus p. 315) a eu le noble courage de donner, dans le Times, un avis dans ce sens à son gouvernement. Sir Maxwell a été nommé procureur général aux nouveaux tribunaux indigènes. Ce rapport et cet avis nous permettent d'être reconnaissants au gouvernement anglais de la nomination de Sir Maxwell, surtout si Ton pense au premier envoi de juges mixtes anglais en 1874/5.
') Sans excepter les juges mixtes anglais, s'il y en a encore d'incapables.
fort lestement le bien-être de ces travailleurs et de ces indigènes aux intérêts des »lucrifacteurs" ou ^entrepreneurs de lucre", des exploitateurs d'autrui, des personnes enfin de leur propre classe. Chez eux ils sont les adversaires de toute mesure tendant à protéger les enfants, les femmes, les travailleurs adultes mêmes , contre les effets de la liberté absolue des conventions et de la concurrence absolue; transportés dans les possessions d'outremer ou autres pays habités par une population faible, comme l'égypte, ils deviennent usuriers et spoliateurs des indigènes. Ils sont les adversaires, non seulement d'une politique qui s'occupe de la puissance actuelle et future du pays par rapport à l'étranger 1), même au point de vue défensif, mais encore d'une politique étrangère qui est quelque chose de plus et de mieux qu'un système d'abstention et de' non-intervention. Ils ont le défaut de se croire plus sages et meilleurs que les aristocrates; tandis que leur sagesse se résume dans quelques thèses, quelques formules, quelques mots d'ordre») superficiels et abstraits, empruntés à quelque école doctrinaire en matière économique, politique ou sociale; et tandis qu'ils ont en général des vues bornées et des tendance^ égoïstes, et qu'à leur insu ils sont un peu hypocrites ^). — Les chefs et l'état major de
*) Impérial policy.
^) Le mot »]iberar* en première ligne; mot pompeux et vantard, au sens vague et d'autant plus insignifiant qu'il y a peu de choses qui laissent si peu à désirer en angleterre que la liberté sociale. Ce mot exerce depuis longtemps un effet magique sur la foule des badauds.
') Par exemple, en ce qu'ils se donnent pour patrons des classes populaires auxquelles ils procurent une influence politique dont ils comptent profiter; ou en ce qu'ils se présentent coipme amis de la paix au point de vue de la morale, tandis qu'ils ne sont que les adversaires de la guerre au point de vue des intérêts matériels de leur classe et au point de' vue de leurs propres affaires. De même, ils combattent la protection des produits indigènes et celle des travailleurs, non à cause du principe de la liberté économique, mais dans leur propre intérêt; et en revanche^ ils combattent la liberté économique naturelle, et ils défendent le monopole de
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l'ancien parti whig se sont faits, depuis la formation de la ligue libérale ou du grand parti libéral sous le dernier ministère tory, les serviteurs obéissants des radicaux qui étaient autrefois leurs clients.
Cependant, Tangleterre possède encore un parti bon- parti anti nête et sincère , l'ancien parti tory. Ce parti défend tou- f^,i ^^^
y, ^® 1 Egypte
jours la raonarcbie, la chambre des lords, l'église nationale, les institutions qui sont les conditions d'existence de l'ancienne aristocratie. Il les défend, non seulement parce qu'elles sont profitables et agréables à cette aristocratie , mais parce qu'elles se relient à la vie historique de la nation et par conséquent à la vie nationale , et ne peuvent être supprimées sans préjudice pour la nation entière ; sauf la lente transformation politique et sociale qui est la conséquence inévitable de la mutation des temps et des hommes, et dont l'histoire anglaise offre un tableau si frappant. Le parti tory défend en outre la propriété foncière et l'agriculture contre les entrepreneurs de lucre radicaux; et il soutient toujours, contre les partisans du laisser faire et du laisser passer dans la politique étrangère et coloniale , que cette politique doit être ^impériale" pour être nationale. Le parti tory ne prétend nullement qu'il est complètement désintéressé , et qu'il ne défend que des principes ou le bien d'autrui; mais tout en défendant les intérêts des classes aristocratiques et de ceux qui possèdent et exploitent le sol du pays, contre Y agression
la prétendue propriété industrielle et littéraire — monopole établi par Vétat et maintenu par la justice pénale — au profit des entrepreneurs d'industrie et des auteurs qui ne sont que des industriels. M. Chamberlain a osé reprocher à Lord Salisbury Torigine de sa richesse territoriale, laquelle à été acquise par la Toie de la succession et purifiée depuis bien longtemps de toute tâche originelle, tandis que les richesses mobilières de M. Ghamberlain ont été acquises par lui-même en spéculant sur le travail d'autrui. — L'hypocrisie est un phénomène assez général dans la lutte des partis politiques, mais elle est considérable parmi les radicaux anglais. n. 25
des radicaux, il croit être en même temps l'avocat des intérêts nationaux contre une classe qui , en usant de belles paroles , n'a en vue que son intérêt particulier et le succès momentané de ses affaires. Sous ce rapport le parti tory est un parti sincère ; les torys n'élèvent aucune prétention à la sagesse et à la vertu, ils sont libres d'hypocrisie. — Il est permis d'espérer que les anciens whigs se ligueront avec les torys quand ils seront bien dégoûtés de leur alliance déshonorante*) avec les radicaux, et que ceux-ci se sentiront assez forts pgur les mettre à la porte, pour les expulser du parti libéral et y prendre leur place. Il n'y a aucune raison pour que l'aristocratie whig ne s'unisse pas aux torys pour ne former avec eux qu'un seul parti opposé au parti radical. En présence des radicaux il n'y a plus d'intérêts ou de principes politiques et sociaux qui séparent les anciens whigs des torys. — L'exemple de l'aristocratie whig entraînerait une foule de leurs anciens clients qui n'appartiennent pas aux classes radicales, ainsi que l'aristocratie et les propriétaires fonciers de l'écosse avec leurs clients, puisque ces écossais n'adhèrent au parti libéral que par préjugé.
Nous sommes tous portés à nous faire des illusions sur l'avenir en y plaçant l'accomplissement prochain de nos aspirations. On peut cependant, sans trop d'optimisme, espérer quelque chose du grand parti antiradical. — Ce parti succombera dans sa lutte avec les radicaux s'il se borne à combattre pro domo^ à défendre l'aristocratie, Téglise, les propriétaires fonciers, s'il ne se met au service de toutes les bonnes causes, s'il n'élève sa politique à un niveau très élevé. Mais les besoins de la lutte exerceront sur
^) Déshonorante, parce qu'elle eet fondée sur une convention tacite qui porte que l'aristocratie whig exercera le pouvoir (sauf quelques places •pour les chefs radicaux), mais qu'il gouvernera dans le sens du parti radical.
l'avenis db l*bgtftb. . 387
lui une influence salutaire. Il pourra être dominé par des hommes que la classe sociale à laquelle ils appartiennent, ou leur culture intellectuelle i) jointe à la noblesse de leurs sentiments, place assez haut pour avoir pitié des faibles et pour s'efforcer à les protéger contre les forts. n faut donc espérer que ce parti, rompant à beaucoup d'égards avec le passé , inaugurera une politique de justice et de protection pour les faibles et les misérables, dans la mère-patrie pour les travailleurs, dans les colonies et partout où s'étend la domination de la Reine, pour les indigènes et pour les races opprimées, telles que celle des égyptiens. Les chefs de ce grand parti tory-whig et ncUional comprendront sans difficulté — à la différence des •entrepreneurs de lucre" qui sont les chefs de la bourgeoisie radicale — que l'avenir de la nation anglaise dépend de l'adoption d'une politique qui lui donnera pour amis et alliés les millions de créatures humaines soumises à son pouvoir en orient et en occident, au nord et au sud. Pour ne pas succomber dans la lutte internationale, il lui faut autre chose que le libre échange et la nonintervention ; il lui faut 1° l'union avec les autres états de l'europe restreinte, 2° la politique morale qui seule pourra consolider intérieurement l'immense empire britannique.
0 grande Reine et Impératrice, princes royaux, nobles anglais et écossais, mettez- vous à la tête de ce mouvement national et moral ^ et n'oubliez pas le peuple égyptien! C'est en vous qu'espèrent les plus éclairés et les meilleurs de ses enfants, c'est votre secours qu'ils implo-
^) Un grand progrés s'accomplira si les savants et tous ceux qui exercent des professions plus ou moins scientifiques et non lucratives, mais qui sont issus de familles bourgeoises exerçant des professions lucratives, se séparent du parti radical qui est celui de la dasae dont ils proviennent, et s'unissent an parti antiradical où est leur place naturelle à côté de raristocratie.
rent. Ils ne savent que trop qu'ils n'ont rien à attendre des Gladstone et des Goschen, des Bright et des Chamberlain.
L'auteur croit devoir reproduire ici le seul article qu'il a publié sur ^l'égypte et l'europe" après la publication du premier volume de cet ouvrage ^). 11 ne veut pas qu'on puisse lui reprocher »d'avoir changé d'avis sur le mouvement égyptien et sur Arabi, et d'avoir même conseillé l'envoi d'une expédition européenne, sans confesser sincèrement son inconséquence ou le revirement survenu dans ses opinions". La reproduction littérale dudit article lui permettra en outre de préciser et de réduire à sa juste valeur ce qu'il a dit en avril 1882 et ce qu'il révoque aujourd'hui. En même temps l'article pourra démontrer qu'il n'y a pas eu chez lui de parti pris pour le mouvement national et pour Arabi, et que c'est l'étude consciencieuse de plusieurs pièces du procès alors inconnues — notamment des livres bleus et des lettres publiées par M. Blunt — qui a modifié ses vues.
SiB. — It is obvions that the Anglo-French Protectorate has practically collapsed, and that military govemment is leading to military and civil anarchy. Under thèse circamstances the sabstitation of the Protectorate of the five great Eoropean Powens — Italy, Anstria, and Germany, besides France and England — is the ouly possible way ont of a grave difficalty. The non-Eoropean Powers — Bnssia and America — are excladed, of course. I wiU not repeat now what I hâve said in favonr of this Quintuple Protectorate, and on the principles and détails of its organisation, in ^^L'Egypte et l'Europe, par un Ancien Juge Mixte" (Trûbner and Go.). Allow me only to add a few short observations:— 1. There is no such a thing in Egypt as a ^^National Party". Egyptians, whether Mahomedans or Copte, have„natio-
) Article inséré dans le journal ithe Globe'' du SS8 avril 1882, p. 6.
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nal feelings". They feel thernselves to be men of the same race , ckildren of the same soil, disidnct alike firom Enropeans and Eastem GhristiaDs, from Turks and other foreign Mahomedans. They liate Tnrkish and Eoropean raie, and they dislike ail foreign races , Enropeans or Tnrks , Oreeks , Sjrians , or Persians , who, residing in their coontiy, oppress or prey npon them. But no union for national action, for an active national policy, is to be fonnd among them. How coold it be other wise? The last stmgglë for independence was foaght by the Egyptians against andent Persia. The foreign domination which followed, and bas lasted 22 centuries, bas deprived them of the energy and ooarage reqoized for the existence of a national party. A few daring offieers of the army may baye nsed the power which they fonnd in their hands, the Ebediye's power having been brooght to nonght; but there is an immense différence between this military usurpation of vacant power and the fusion into a poUtical party of the unarmed classes, who bave hitherto been accustomed to obey in silence whatever ruler might happen to be in power. No doubt, the insurrectional movement aiming at the removal of Gircassian offieers, of highly-paid European functionaries , of non-Egyptian Ministers , of Anglo-French controllers , bas been enthusiastically applauded by every Egyptian, whether deputy or not; and the jiational feeling was well expressed in a letter which I received some weeks ago firom an Egyptian firiend, who hoped that in a future publication I would express my sympathy for the récent ^^pacific révolution." Still, however universal and strong may be the national sympathy for that national révolution, it commands only a moral support, which will oollapse and vanish the moment of the reappearance of a Tnrkish or a European Power. The ^^National Party" is a European name which is at variance with Egyptian facts. The views of the Times correspondent , Mr. Gregory , respecting Arabi Bey , the army , the new Government and the Ghamber of Deputies , are &r too optimistic. Arabi may be a patriotic, disinterested , and not over^ambitious man ; be may be an Egyptian of exceptional courage and energy , but he and bis fellow soldiers are devoid of any knowledge of government and finance, and the Egyptian administration is more complicated than it was before
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the Enropean interférence. Besides, Ârabi is not eqnal to ihe difficnlides of his position — (Ist), between the army, the Sultan, the Enropean Consnlates and Groyemments , and the Tnrkish party, which is a re«J party, and wiU be such nnta it is m»hed; (2nd), between the présent khediye and the late Ehediye or Halim Pasha and their everplotting partisans. As for the Egyptian depnties , they desired a Constitution , Ministerial responsibility, and financial control for two reasons. First, becanse they eonsidered thèse Enropean institutions to be political spécifies , exactly as many lees adyanced nations hâve thonght they wonld be greatly benefited by the adoption of a French constitution, and of French civil and pénal codes, without knowing anything abont them. Secondly , because the Parliamentary control might be used against Enropean rule, especially against the Anglo-French controUers, whose bénéficiai influence on financial and other administrative reforms they totaUy ignored. It may be safely asserted that the Egyptian deputies, who, backed and pressed by the miUtary power, daimed such extensive rights for themselves , had not the slightest intention or idea of nsing thèse rights against absolute govemment. They meant only to use them against Turkish or Enropean Ministres, Anglo-French controllers , and foreign highly-paid functionaries. Possibly Mr. Gladstone cannot help sympathising with the new Egyptian forms of représentative or popular govemment, just as he sympathises with the wretched self-govemment of^modern Greece. Still it requires a great deal of political superstition to think that the sudden substitution of a Enropean Constitutional and Parliamentary, in place of an Oriental , Govemment can bear désirable fruits. The policy of masterly inactivity pursued by Mr. Gladstone's Govemment, with regard to Egypt, cannot go on any longer without harm both to England and Egypt. However weak the foreign policy of the présent Govemment may be, it can yet — without any extraordinary display of energy and boldness — take the initiative by proposing the Quintuple Protectorate. If Italy, Austria, and Germany accept — and what would dissuade them from accepting? — France will be compelled to accept now that her hands are fuU in Tunis and Algiers; and that by her Tunisian blunders she has eamed the hatred of the Mussulman
l'atbnir db l'égtptb. 891
world, and espedally of the MnEenlmans of Northern Afirica. Perhaps, the Quintuple Piotectorate would even be weloomed by the présent French Goyernment and public opinion as a means of being honourably rid of a foreign difficulty and e?entual cause of war; the more so, since the co-operation of Italy, Austria, and Germany bas been aiready accepted in 1880 with regard to the law of liquidation. For England it would be a good fortune to be deliyered from the French alliance in Egypt, while the possibility of the single Protectorate of England with or without a real occupation of the country, is gone since the restoration of the military power of France, Résistance to the establishment of the Quintuple Protectorate is not to be expected from the Egyptian army. The Egyptians dared so much lately, because they knew well that the rival powers of England and France neutralised each other, and because no other European Power showed any détermination to interfère. The Quintuple Protectorate cannot but hâve an overwhelming effect on their imagination. At ail events, an armed intervention by sending to Egypt some English , Italian , and Austrian troops and irondads- France and Germany abstaining reciprocally — would be an easy démonstration. — Tours faithfuUy,
April 27. B(ouTR08).
L'auteur reconnaît volontiers qu'en écrivant cet article ii s'était laissé tromper par les rapports erronés ou mensongers émanant de la colonie européenne et des correspondants des journaux anglais. Il n'y avait pas en avril 1882 un gouvernement essentiellement militaire qui conduisait de plus en plus à Yanarchie dans l'armée et dans le pays. Le gouvernement national s'efforçait de bien gouverner au civil et de concilier les puissances européennes. Les vues de M. Gregory n'étaieiit pas heauœwp trop optimistes. Il était arrivé en effet ce qui ne pouvait que sembler improbable et incroyable à ceux qui ayant observé la prostration de la nation, avaient quitté l'égypte avant 1881. Un réveil merveilleux s'était opéré dans
l'esprit des égyptiens^). Ils étaient pleins d'espoir, de confiance et de courage. Ils entendaient se servir de la constitution et du pariement, non seulement contre le gouvernement occulte des consuls et des contrôleurs généraux , mais encore contre le gouvernement absolu et contre le retour d'une tyrannie semblable à celle d'Ismaïl pacha. Arabi n'était pas un simple soldat, ignorant et borné; c'était un homme intelligent, en qui il y avait l'étoffe d'un capitaine et d'un homme d'état. Il aurait pu être un élément précieux dans le gouvernement égyptien, si les consuls protecteurs, au lieu de le contrarier et de le combattre par tous les moyens, avaient su gagner sa confiance, l'informer, l'éclairer, le guider. Il savait très bieij sortir des difficultés de sa position entre les partis et les prétendants; il savait déjouer les intrigues du sultan, d'Ismaïl, de Halim et de leurs émissaires. Enfin les égyptiens n'étaient nullement disposés à céder à la première menace ou à renoncer à toute résistance en cas de débarquement de troupes turques ou européennes.
L'auteur ignorait ces choses étonnantes que M. Gladstone eût pu connaître s'il s'était servi des moyens d'in- • formation dont il disposait, et dont il aurait dû se servir après avoir été averti par M. Blunt.
Enfin l'auteur n'a nullement recommandé une expédi-
. tion européenne semblable à l'expédition anglaise qui eut
lieu peu après — même abstraction faite du bombarde-
i) Bien entendu, comme partout et toujours, dans les couches supérieures et «représentatives", que la multitude est disposée à suivre. Les sympathies des fellahs étaient nécessairement acquises à Arahi et à son armée à mesure qu'ils comprenaient que le mouvement était dirigé contre les pachas turcs et contre les européens; et l'espoir d'être délivrés des usuriers se reliait naturellement pour eux à Tidée d'une lutte contre les étrangers, môme indépendamment d'une promesse formelle d'Arahi dans ce sens.
l'avibnir de l'bgypts. ** 398
ment introductif. Cette dernière expédition devait abattre le mouvement et le ministère national ; elle était hostile au peuple égyptien. L'auteur a dit au contraire qu'au besoin une intervention européenne par Tenvoi de quelques troupes et de quelques cuirassés (non de cuirassés sans troupes) serait une démonstration facile. Il a dit que cette démonstration suffirait pour faire accepter le quintuple protectorat, lequel s'annoncerait comme un protectorat ami , ayant la mission de travailler au salut de l'égypte ^) et de protéger les égyptiens^ et dont le premier soin serait d'amener 1° une diminution de la dette publique et des traitements payés aux étrangers , 2** la soumission de tous les européens et autres étrangers au droit commun quant aux impôts.
Sauf les réserves ci-dessus exprimées , l'auteur maintient la justesse des vues exposées dans l'article précité.
0 Vol I. p. 263.
Malgré la minorité copte, le peuple égyptien est essentiellement musulman. L'égypte est un des grands centres de l'islamisme, et le Caire avec sa mosquée de TAzliar est aujourd'hui la première de ses capitales. Les égyptiens sont des musulmans de première qualité; iL y en a d'aussi bons, mais il n'y en a pas de meilleurs dans les autres domaines de l'islam. Ils sont aussi religieux et ils sont moins fanatiques, ou plutôt plus tolérants et plus doux, que les habitants malékites du nord de l'afrique, depuis la tripolitaine jusqu'au maroc. Ils se distinguent par leur religiosité sincère et fervente, des turcs portés au relâchement, des arabes bédouins portés au scepticisme et à l'indififérence , et des persans chiites portés aux mollesses du mysticisme. Nulle part, en orient, l'islamisme n'est plus vivant et plus pur qu'en égypte; nulle part il ne semble plus capable de rénovation, de réforme et d'adaptation aux conditions de la vie internationale moderne. Ainsi, pour apprécier pleinement la » valeur des égyptiens"^), et en même temps pour savoir ce qu'on peut espérer de ce peuple, et quel est le respect que l'europe
») Vol. 1, Chap. 3.