FATALISME
On accuse à tort l'islam ^d'un fatalisme qui a causé la décadence des peuples musulmans.
Le fatalisme est la croyance primitive que l'avenir — au moins en ce qu'il a d'important — quoique inconnu , est certain d'avance par suite d'une fixation impersonnelle. Le pol5^théisme limite la fatalité par l'action incidente ou par la .destination" des dieux. Le mono-
théisme populaire accueille plutôt Taction incidente de la providence que la prédestination, et n^applique pas cette dernière k la rétribution future. La théologie monothéiste a appliqué au contraire la prédestination universelle à la rétribution future, et elle a réagi contre cette application par la doctrine opposée du libre arbitre. — Il n'est plus possible aujourd'hui de se sousstraire à la doctrine moderne de la ^^nécessité immanente", qui n'est pas inconciliable avec le monothéisme , et qui, tout en excluant l'ancienne idée de la providence et les lois divines, n'exclut pas l'action incidente de Dieu, le miracle, la prière. La nécessité immanente n'exclut pas davantage la rétribution future. H fout observer à cet égard que l'intelligence de l'homme est bornée; elle ne peut résoudre deux antinomies fondamentales, l'une théorique, l'autre pratique. Cette dernière antinomie découle du fait que d'un côté l'avenir — y compris les actions humaines et les résolutions qui les précèdent — bien qu'inconnu , est certain, et qne d'autre part l'homme , agissant , ne peut se représenter l'avenir que comme incertain par rapport à la résolution incertaine qu'il va prendre. La philosophie ne peut qu'accepter cette antinomie; et la théologie, suivant son exemple, doit l'appliquer à la rétribution future, en admettant à. la fois la certitude de l'avenir et l'incertitude de la rétribution future , la nécessité qui régit l'activité humaine , et l'indépendance de la volonté humaine par rapport au péché et à. la foi.
L'islam n'est pas fataliste, pas plus que le koran. A la différence du koran l'islam orthodoxe a généralisé la prédestination; mais la croyance ^prédestinatienne"
n'est pas la cause de la décadence actuelle des peuples musulmans. — Avec le retour au koran , la prédestination dont il parle , pourra être considérée comme une image de la nécessité immanente.
PLACB DE l'islam DANS l'hISTOIRE RELIGIEUSE.
L'islam n'est pas une religion arabe réformée. Ce n'est pas davantage un mélange d'éléments arabes , juifs et chrétiens. — Il n'y a pas eu de prémusulmans appelés hanyfes. — Allah n'est pas un dieu arabe. Du temps de Mohammed l'ancienne religion des arabes était tombée en décadence et en décomposition, et le monothéisme contemporain — celui des juifs et des chrétiens — avait pénétré y non encore dans les coeurs , mais dans les cerveaux des arabes , au moins de ceux du Hedjaz. Les arabes reconnaissaient l'existence d'un dieu suprême — Allah — sans lui rendre un culte; mais ils. rejetaient la résurrection et la vie future (tout comme les sadducéens). L'inspiration religieuse de Mohammed fut l'étincelle qui changea en religion l'idée monothéiste nouvelle.
L'islam primitif est essentiellement un judaïsme rénové et dénationalisé; c'est la foi judaïque sans la loi, le judaïsme détaché de sa base nationale , ayant contracté des rapports historiques avec l'arabie, mais n'ayant au fond aucun caractère arabe national. L'islam n'a de spécifiquement chrétien que la haute dignité attribuée à Jésus et à, Sa Mère. Il n'a d'arabe, outre le livre et la langue du koran, et l'annexe sans importance des djinns , que le temple de la kaaba , le pèlerinage de la Mecque, la kibla de la Mecque et w«jO(?a de droit primitif.
L'islam primitif est fort peu original. L'originalité de l'islam s'est développée plus tard et peu à peu. On peut
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dire la même chose du bouddhisme et du christianisme. C'est donc à, tort qu'on reproche à. l'islam un défaut d'originalité.
C'est encore à tort qu'on reproche à l'islam de ne pas être une religion universelle. Il a même un caractère plus a universel" que le bouddhisme et que le christianisme (non considéré comme la seule vraie religion , révélée par Dieu). Du reste il vaut mieux supprimer toute la division des religioto en nationales et universelles.
L'islam a une haute valeur parmi les religions, et cette valeur sera grandement augmentée par le retour au koran.
Le monde chrétien n'a plus rien à redouter de l'islam. Le russo-grécisme est autrement dangereux pour le christianisme latin — protestant ou catholique — que l'islamisme.
Au point de vue chrétien l'islam a succédé à la religion du peuple élu comme gardien du monothéisme et comme précurseur du christianisme. Le judaïsme est mort et s'éteindra complètement avec l'absorption de la nattion juive ; l'islamisme est une religion cosmopolite et pleine de vie. Aux chrétiens incombe le devoir de le respecter et de gagner la confiance et Vestime des musulmans.