L'Egypte et La France
lE CONFLIT TURCO-ÉGYPTIEN. — SON ORIGINE ET SES CAUSES. INTÉRÊT DE LA FRANCE DANS CETTE QUESTION.
En contraignant, il y a quelques mois, le pacha d'Egypte à reconnaître sur tous les points l'autorité souveraine du Sultan, le gouvernement ottoman a remporté une victoire pacifique qui lui procurera certainement plus d'avantages et une gloire plus solide qu'une bataille gagnée sur les bords du Danube ou dans les plaines d'Erzeroum. Par la force du droit et de la raison, par la fermeté et la dignité de son attitude, il a vaincu le mauvais vouloir et la résistance d'un pacha qui se croyait à la veille de réaliser des projets d'indépendance longuement médités et soigneusement préparés.
Les préoccupations et les inquiétudes excitées pen-
dant six mois, parmi les hommes politiques et dans lemonde des affaires, par le conflit que les prétentions d'Ismaïl-Pacha avaient soulevé, ont cessé.
Mais, précisément parce que l'apaisement est fait, au moins en apparence, il y a lieu d'examiner de près la situation d'où avait surgi le conflit turco-égyptien. Cet examen est, à cette heure , d'autant plus intéressant et plus opportun que certains intérêts privés , actifs et puissants, ont cherché, dans cette occasion, à se parer du nom et du prestige des intérêts de la France pour jeter de la confusion et de l'obscurité sur une situation très-claire et très-simple en elle-même.
Les mêmes causes pouvant toujours produire les mêmes effets, il importe que la politique de la France, dans cette partie de nos relations extérieures, suive et garde la ligne qui convient aux intérêts bien compris de notre pays, comme elle est la seule conforme à la lettre et à l'esprit des traités et au principe , vital pour nous , de l'intégrité de l'empire ottoman.
Le différend qui a éclaté si vivement, il y a quelques mois, entre le gouvernement ottoman et Ismaïl-Pacha, était à prévoir depuis plusieurs années, pour quiconque suivait avec quelque attention les allures et les prétentions croissantes de l'administration égyptienne.
Il devenait de plus en plus évident que le khédive, tout en feignant d'éviter une violation littérale des traités qui eût amené une rupture éclatante et immédiate avec la Porte, tendait à l'indépendance absolue de la province d'Egypte. Son armée était portée de 30,000 hommes, chiffre fixé par les firmans, à celui de
50,000 hommes; la construction d'une flotte cuirassée était commencée sur les chantiers de France et sur ceux de Trieste pour le compte de l'Egypte; l'achat de 200,000 fusils perfectionnés était réalisé aux États-Unis et ailleurs, pendant que des enrôlements à l'intérieur et à l'étranger, en Suisse notamment, avaient lieu pour l'armée et la marine. L'Egypte étant placée sous la sauvegarde des traités qui garantissent l'intégrité de l'empire ottoman, dont elle est une province, contre quel mystérieux ennemi le khédive pouvait-il armer à si grands frais, et avec une persévérance si difficile à expliquer?
Ces coûteux préparatifs pouvaient-ils avoir d'autre objet que d'assurer son indépendance le jour où il se croirait en mesure de la proclamer?
Ce fut alors que l'ouverture imminente du canal de Suez parut à Ismaïl-Pacha une occasion favorable à ses projets, s'il parvenait à y intéresser les différentes cours de l'Europe. En conséquence, il entreprit son voyage à Corfou, à Florence, à Vienne, à Berlin, à Paris et à Londres , sous le prétexte apparent d'inviter les souverains à assister à l'inauguration du canal de Suez. Son but immédiat était de sonder le terrain en proposant à l'assentimentdespuissanceslaneutralisation de l'isthme, dans la pensée que le canal de Suez neutralisé formerait une barrière qui empêcherait le Sultan d'envoyer des troupes pour l'attaquer de ce côté, où la défense était impossible. Réduite à une attaque par mer, exigeant un armement maritime considérable, et ne pouvant aborder qu'un seul point de la côte, l'armée ottomane aurait
rencontré sur le sol égyptien une armée plus aisément égale.
Mais la Porte, émue de ces démarches que le khédive ne prenait pas la peine de dissimuler, se prononça avec d'autant plus de raison contre les projets d'Ismaïl-Pacha, qu'à elle seule appartient le droit de négocier toute question internationale relative à l'isthme, dont un firman impérial avait pu seul autoriser le percement. La défense de ses droits de souveraineté à cet égard imposait au Sultan une attitude vigilante en présence des démarches réitérées du khédive. En même temps les ambassadeurs de Turquie près des cours européennes reçurent l'ordre d'assister aux visites de présentation du khédive dans chaque cour, afin de constater par leur présence la subordination légale du prince égyptien visà-vis du Sultan. C'était une affirmation officielle des droits de souveraineté du Sultan. Aucune chancellerie en Europe ne se méprit sur le but et la signification de cette attitude. Ce fut le premier temps d'arrêt apporté aux espérances ambitieuses du khédive.
Bientôt après , la lettre du grand vézir au khédive , suivie de la réponse de celui-ci et de la réplique d'Aali- Pacha, révéla le mécontentement de la Porte, la résistance tentée avec embarras par le khédive, et la résolution du Sultan de maintenir l'intégrité de ses droits sur la province d'Egypte. Le conflit était devenu flagrant.
En droit strict, et à la lettre, la difficulté était une question purement intérieure à l'empire ottoman, puisqu'elle n'existait qu'entre l'autorité du Sultan et les prétentions d'un gouverneur nommé par lui. La Porte n'a
jamais permis qu'elle revêtit un autre caractère, et elle a eu parfaitement raison.
Mais l'intérêt qu'ont les grandes puissances, et particulièrement l'Angleterre, la France et l'Autriche, à ce que la paix ne soit pas troublée en Orient, devait susciter, et amena en effet, l'intervention des ambassadeurs auprès de la Porte pour apaiser le conflit.
Nous n'avons pas à raconter ici comment ni dans quels termes cette intervention s'est produite, ni à rechercher jusqu'à quel point elle était justifiée. En l'absence des pièces diplomatiques, qui ne seront publiées que plus tard, tout jugement serait prématuré. Ce que nous pouvons affirmer cependant, c'est que cette intervention n'a jamais été au delà de conseils amicaux tendant à recommander à Constantinople la modération et l'indulgence. Au fond , du côté des puissances, la question fut tranchée aussitôt que posée; aucune d'elles ne songea jamais sérieusement à appuyer les prétentions du khédive, et la Porte, de son côté, garda résolument la ligne qu'elle s'était tracée dès le début.
Le premier résultat de cette intervention, sur laquelle évidemment on avait trop compté au Caire, fut de dessiller les yeux d'Israaïl-Pacha et de le rendre au sentiment de sa situation vraie. Ses conseillers eurent bientôt compris qu'il était moins facile d'entraîner les cabinets européens que d'obtenir l'adhésion ou le silence de quelques journaux.
On avait d'autant plus espéré au Caire l'appui de
'Angleterre, secondant la bienveillance traditionnelle
de la France, que la Grande-Bretagne a un besoin absolu
— iode la paix en Egypte, afin de faciliter le passage de ses troupes et de ses produits manufacturiers pour l'Inde et le haut Orient, et réciproquement pour les retours de l'Inde et de l'Australie en Europe.
Mais l'Angleterre voit clairement que la Turquie a un intérêt de premier ordre à ce que la province d'Egypte soit ouverte au transit commercial de manière à offrir toute sécurité; et les hommes d'État du Foreign-Office savent très-bien que la garantie de la Turquie vaut mieux que celle d'un simple pacha, fût-il héréditaire. Voilà comment la Grande-Bretagne, tout en se montrant bien disposée pour le khédive, s'est refusée à l'appuyer, et a soutenu la Porte.
La leçon aurait dû être entendue au Caire , même au milieu des splendeurs de l'inauguration du canal maritime. Elle ne le fut pas, et il fallut un langage énergique pour faire céder Ismaïl-Pacha.
Mais ce qui doit attirer l'attention des publicistes et des esprits politiques dans cette question, c'est que les causes qui ont amené le conflit pourront fort bien persister à l'état latent, même après l'apaisement d'aujourd'hui. Les effets probables qui résulteraient de l'état de choses actuel, si la question n'était pas réglée et tranchée définitivement, méritent donc d'être pris en considération, puisque le monde des affaires s'en est ému autant que le monde diplomatique.
Ce qui nous touche particulièrement, nous autres Français , dans ce qu'on pourrait appeler la question turco-égyptienne, c'est l'intérêt qu'a la France de voir cette question absolument vidée, et vidée en conformité
avec le grand principe de l'intégrité de l'empire ottoman.
La France a fait pour l'Egypte, depuis le commencement du siècle , plus qu'aucune autre puissance européenne. Ce sont des ingénieurs français qui ont conçu et exécuté la plupart des grands travaux publics dont le résultat a été de changer la face du pays; et le canal maritime de Suez, dû à l'initiative et à la persévérance d'un Français, a été exécuté à l'aide de capitaux fournis en grande partie par la France.
Il y a donc d'excellentes raisons pour que la France porte ses regards vers cette grande province de l'empire ottoman. Par tous ces motifs, la question turcoégyptienne mérite que nous l'examinions avec d'autant plus de soin que des publicistes irréfléchis ont cherché à tirer de cette situation des conséquences excessives et, à nos yeux , périlleuses pour notre politique.
LE FIRMAN DE 1841. — PRESCRIPTIONS RELATIVES AU RANG DU PACHA D 'EGYPTE ET A SES RAPPORTS AVEC LES PUISSANCES ÉTRAN- GÈRES, A LA LEVÉE DES IMPOTS, A L 'ARMÉE ET A LA MARINE.
COMMENT LE KHÉDIVE N'EST RIEN DE PLUS QUE LE GOUVERNEUR HÉRÉ- DITAIRE d'une PROVINCE DE L'eMPIRE.
Pour se rendre compte de la situation et l'apprécier avec exactitude, il faut constater, avant tout, la nature précise des rapports de l'administration égyptienne avec le gouvernement du Sultan.
Ces rapports ont été réglés à la suite des événements de 1840, et en conséquence de la soumission de Méhémet-Ali, par le firman du 13 février 1841, modifié en mai 1841, qu'on perd souvent de vue à propos des affaires égyptiennes, et qui est en quelque sorte la charte de concession du gouvernement de l'Egypte à Méhémet-Ali et à ses descendants. Aux termes de cet acte, l'administration de l'Egypte lui est accordée, à litre héréditaire pour lui et ses descendants, aux conditions et avec les réserves suivantes, énoncées textuellement dans le firman, et qu'il est opportun de rappeler:
« Bien que les pachas d'Egypte aient obtenu le privilège de l'hérédité, ils doivent cependant être considérés, quant à la préséance, comme étant sur un pied d'égalité avec les autre vézirs; ils seront traités comme les autres véùrs de la Porte^ et recevront les mêmes titres que l'on donne aux vézirs quand on leur écrit. »
Ainsi, rien de plus net que ce point de départ. Le pacha d'Egypte est un vézir comme celui qui réside à Constantinople. L'un et l'autre prennent le titre d'altesse. Le titre de khédive, accordé il y a deux ans à Ismaïl- Pacha par le sultan, et qui veut dire Seigneur, est une expression de courtoisie pouvant être employée également envers d'autres fonctionnaires ayant rang de vézir, et qui n'a point de signification spéciale dans la langue officielle et diplomatique. Voilà pour le rang.
« Tous les traités conclus et à conclure entre la Porte et les puissances amies seront complètement mis à exécution dans la province de VEgijpte, et tous les règlements faits et à faire par la Porte seront mis en pratique en Egypte, en les conciliant le mieux possible avec les circonstances locales et les principes de la justice et de l'équité. »
Rien encore de plus simple ni de plus logique. L'Egypte fait partie intégrante de l'empire ottoman, dont elle est uneprovince^ soumisecomme toutes les autres à la souveraineté du sultan et aux lois de l'empire. Les traités conclus à Constantinople sont donc exécutés de plein droit en Egypte, comme ils le seraient en toute autre province. Cette situation ressemble si peu à l'autonomie, qu'on peut dire qu'elle en est le contraire.
Gomme conséquence pratique et effective, le firman porte ensuite ceci :
« Tous les impôts, tous les revenus seront perçus et recueillis au nom du Sultan, seul souverain; et, attendu que les Égyptiens aussi sont les sujets de la Porte, et afin qu'un jour ils ne soient pas vexés, la dîme et les autres impôts seront perçus conformément au système équitable établi -par la Porte, et l'on prendra soin de payer sur ces revenus le tribut annuel dont le chiffre est fixé dans un autre firman. »
A ce sujet, deux choses sont à remarquer : premièrement, que le Sultan, en même temps qu'il autorise la perception des impôts sur ses sujets égyptiens, exige qu'elle soit faite en son nom, ce qui est une manière de constater que le droit du pacha n'est en cette matière qu'une délégation du souverain; et ensuite, comme si le firman avait prévu les abus incroyables auxquels allait donner lieu cette faculté d'imposer ses administrés accordée au pacha d'Egypte, il spécifie que les impôts seront perçus conformément au système équitable adopté par la Porte.
De même les monnaies frappées en Egypte seront semblables pour le titre, la valeur et la forme, aux monnaies de Constantinople et porteront le nom du Sultan. Voilà pour les finances. On voit, sur ce point capital, à quelles conditions et dans quelles limites peut se mouvoir l'administration égyptienne.
Pour l'armée et la marine, la question est résolue d'après le même principe, mais avec plus de précision encore :
« En temps de paix, 18,000 hommes suffiront pour le service intérieur de la province d'Egypte; il ne sera pas permis d'en augmenter le nombre. Mais, attendu que les troupes de terre et de mer de l'Egypte sont instituées pour le service du Sultan, il sera permis, en temps de guerre, de les porter au nombre qui aura été jugé convenable par la Porte. »
Ce chiffre de 18,000 hommes a été porté plus tard, par un firman ultérieur, à celui de 30;000. Mais Ismaïl- Pacha ne s'en est pas contenté, et son armée actuelle s'élevait, en septembre dernier, d'après tous les renseignements , à environ 50,000 hommes. C'est un des points qui ont motivé les remontrances de la Porte.
Le firman ajoute que les troupes employées en Egypte auront les mêmes insignes et les mêmes drapeaux que les autres troupes de la Porte. Les officiers de la marine emploieront les mêmes pavillons et les mêmes marques distinctives de grades que la marine ottomane.
De plus, le pacha d'Egypte ne pourra conférer de grades que jusqu'à celui de colonel inclusivement. Pour les grades supérieurs, c'est-à-dire ceux de général de brigade et de général de division, il devra prendre les ordres du Sultan.
11 ne pourra non plus faire construire de bâtiments de guerre sans avoir obtenu de la Porte nue autorisation claire et positive.
Pour corroborer ces prescriptions, qui s'appliquent aux conditions d'existence de tout gouvernement, les traités avec les nations étrangères, les finances, l'armée et la marine, et qui placent toutes, sans exception, le
pacha d'Egypte dans la situation explicitement dépendante d'un gouverneur de province, le firman recommande au gouverneur de l'Egypte de demander des ordres à Constantinople quand il s'agira d'affaires importantes. Il se termine par cette déclaration, qui est la sanction de toutes les autres :
- « Attendu que chacune des conditions arrêtées comme ci-dessus est adhérente au privilège de l'hérédité, si une seule cVelles 71'est pas exécutée^ ce privilège sera aussitôt aboli et annule'. »
Tels sont les termes formels du contrat qui lie les descendants de Méhémet-Ali, en qualité de gouverneurs héréditaires de la province turque d'Egypte, à l'autorité souveraine du Sultan.
Cette autorité du Sultan n'est donc point, d'après les textes que nous avons cités, une souveraineté purement nominale. Elle est au contraire reconnue et affirmée de la façon la plus catégorique dans le seul titre sur lequel reposent les privilèges et les obligations du pacha d'Egypte.
Le descendant de Méhémet-Ali est le gouverneur héréditaire d'une province; c'est beaucoup. Et ce seul privilège entraîne par lui-même une certaine latitude, pour tous les détails administratifs, qui lui donne une valeur considérable. Mais enfin, sur tous les points essentiels, en ce qui concerne les finances, l'armée, la marine et les relations avec les puissances étrangères, le pacha est soumis aux ordres du Sultan, dont il n'est que le délégué comme les autres vézirs.
Les modifications apportées dans l'ordre de succès-
sion à radministration de l'Egypte, par l'iradé du 27 mai 1866, qui autorise la transmission de père en fils, en ligne directe et par ordre de primogéniture, n'ont rien changé d'ailleurs aux autres prescriptions du firman de 1841.
Nous verrons plus loin qu'il en est de même du firman de 1867 qui, en qualifiant de khédive le gouverneur de l'Egypte, lui a confirmé une certaine extension de privilèges, relatifs à plusieurs détails de l'administration, et toujours subordonnés à des restrictions nettement définies. Ces nouveaux privilèges ont en vue les arrangements pour les douanes, la police des sujets européens, le transit des marchandises et des voyageurs, et la poste. Il s'agit là d'intérêts exclusivement locaux et dont la gestion n'affecte en rien les droits du souverain. Le firman a même la précaution de spécifier que ces arrangements relatifs aux douanes, à la police des étrangers, au transit et à la poste, n'auront jamais « la forme ni le caractère de traités internationaux ou de conventions politiques. >> Le Sultan, en sa qualité de souverain unique de toutes les parties de l'empire ottoman, se réserve à lui seul le droit d'entretenir des représentants auprès des nations étrangères et de traiter directement avec elles. Le khédive ne peut que faire des arrangements avec les consuls pour les intérêts locaux. Hors cela, il n'est que le gouverneur d'une province de l'empire : et c'est pour cette raison que, lorsque l'été dernier il est allé visiter officiellement les différentes cours de l'Europe, il a dû, pour faire ces visites régulièrement, avoir chaque fois à ses côtés
l'ambassadeur du Sultan accrédité près de chaque cour, et être présenté par lui.
Si maintenant, en dehors du firman de 1841, de l'acte constitutif de l'administration de l'Egypte, on se reporte aux autres pièces officielles qui ont précédé ou suivi ce firman, et qui en sont le commentaire ou le développement, depuis Vacte séparé annexé à la convention du 15 juillet 1840 jusqu'aux lettres de Rechid- Pacha, ministre des affaires étrangères de Turquie à cette époque, et aux autres documents diplomatiques, on reconnaîtra que la même pensée de sauvegarder dans leur intégrité les droits souverains du Sultan a constamment présidé à toutes les décisions de la Porte , comme elle avait inspiré toutes celles des puissances.
Il ne saurait donc y avoir de doute sur la question de droit. Elle est d'une clarté suprême et de la dernière évidence. Les textes sont d'une netteté et d'une précision qui ne laissent prise à aucune équivoque. A eux seuls ils résolvent la question de droit implicitement soulevée par quelques publicistes à l'occasion du conflit turcoégyptien.
Mais on est tellement accoutumé parmi nous à entendre parler de l'Egypte comme d'un pays à part, ayant son gouvernement propre et ses princes héréditaires, de même qu'il a son climat, son fleuve unique dans le monde et ses conditions spéciales d'existence et de production ; on s'est habitué si facilement à le considérer en lui-même, abstraction faite des liens positifs qui le rattachent à l'ensemble de l'empire ottoman, qu'on éprouve
presque de l'étonnement en présence du texte des actes qui ont constitué l'administration égyptienne, et qui donnent à cette administration un caractère si opposé à toute idée d'indépendance et d'autonomie.
ASPIRATIONS DU KHÉDIVE VERS l'iNDÉPENDANCE , ET TENTATIVES