‹ L'Égypte et la Nubie (volume 2)Chapitre 15 sur 40 · JO ÉGYPTE ET «IIIUE · texte numérisé non relu

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fui donc arrêté et condamné à être empalé. Cependant, sur la prière de son ami Hadji-Ambar, sa peine fut commuée en une détention de six années dans les écuries du Defterdar. Condamné à partager le sort des chevaux et attaché à la mangeoire par un licou, il ne reçut pendant les deux premiers jours d’autre nourriture que la ration d’orge et de paille de ses commensaux. Ses enfans obtinrent ensuite de lui porter d’autres alirnens, mais le reste de la sentence continua de recevoir son exécution.

Pendant que ces évènemens se passaient au iVordofal, le Messabbaoui Teïma et les vingtdeux Méleks étaient arrivés au Dar-Four. Là le Sultan furieux leur reprocha leur lâcheté, et les jeta en prison; puis après s’être emparé de leurs biens, il les fit massacrer. Teïma trouva seul le moyen de séduire ses gardiens et de s’évader. Après avoir erré quelque temps, il se décida à venir implorer la clémence du Defterdar, qui lui permit de demeurer au Kordofal. Méhémed- Ali, qui se propose de mettre à profit l'influence de ce Messabbaoui sur les naturels pour parvenir à pénétrer jusqu’aux mines d’or de Chaboun, a donné des ordres pour qu’il fût bien traité. Les graves évènemens qui se sont succédé en Egypte, n’ont pas jusqu’ici permis au Vice-roi de donner suite à cette importante expédition

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à laquelle ou assure cependant qu’il n’a pas entièrement renoncé. En attendant quelle vienne le lancer de nouveau sur la scène politique, le prince déchu charme ses loisirs par un petit commerce d’eunuques qu’il fait de sa propre main et qu’il envoie vendre en Égypte.

Quelque temps après la conquête du Vice-roi, Mohammed-Fodel voulut tenter de faire rentrer le Kordofal sous sa domination : il rassembla en conséquence des troupes nombreuses sous le commandement d’une soixantaine de Méleks; un autre corps d’armée fut confié par lui à l’Emir Ahmed, son visir et son neveu, sous les ordres duquel marchaient Saïd-Bournou , Abadima, Abaouma et Takagnaoui , quatre des grands personnages du royaume. Arrivés à Abou-Arad , les Méleks formèrent le complot de trahir leurs chefs et de les livrer aux Turcs ; mais le Sultan Fodel, instruit à temps de leurs intentions, donna ordre à l’armée de s’arrêter.

Averti de ces mouvemens , le Defterdar s’avança contre les Kondjaras dont l’avant-garde prit la fuite à son approche, et depuis ce moment les Égyptiens sont demeurés maîtres paisibles de cette province.

Le Kordofal n’a pas tardé à éprouver le sort de tous les pays soumis au joug de Méhémed- Vli. Non content d’écraser les habitans par les

impôts les plus arbitraires’, le Vice- roi s'est réservé le droit exclusif de faire le commerce avec les nègres libres, et la misère ne se fait pas moins sentir au Kordofal qu’en Égypte. Pour triompher des résistances que la tyrannie du gouvernement pourrait faire naître, les Turcs ont échelonné de petits corps sur plusieurs points principaux et établi un camp retranché à El-Orta, sur l’emplacement de l’ancienne ville de L’Ébeyed, détruite lors de la conquête du Defterdar : on donne pourtant encore aujourd’hui ce nom à la réunion des trois établissemens de Ouady-Naghel, gros bourg habité par desDongolaouy ; El-Orta et Ouady-Safié, , village occupé presque exclusivement par des nègres, transplantés dans ce pays par le Magdoum Mossallem. On peut évaluer à quatre mille aines environ la population de ces trois établissemens.

La production la plus importante du Rordo* fal est la gomme arabique. On l’extrait par incision de plusieurs variétés d’acacia qu’on ne commence à rencontrer que dans les plaines du Dongolah. Nous remarquâmes surtout deux de ces acacias. Le premier aux rameaux rougeâtres et aux fleurs rouges , est appelé par les naturalistes mimosa habbas ; les naturels lui donnent le nom de sagaret-el-fas. Cette espèce , moins odorante que celle à fleurs jaunes, mais eu-

rieuse par les longs poils dont ses légumes sont couverts, est fort commune en Nubie, mais surtout dans le Dar-Sokkot. L’autre variété, plus rare que celle-ci , a les fleurs d’une couleur violette foncée ; ses légumes sont également velus, et elle est surtout remarquable par la propriété sensitive qu’elle possède à un haut degré. Les habitans, qui ne manquent pas d’attribuer à la magie cette propriété singulière, ne touchent jamais l’arbre sans prononcer quelques paroles de conjuration.

Ces arbres 11e donnent, dans le Dongolah, qu’une petite quantité de gomme très brune et d’une qualité trop inférieure pour qu’on s’occupe de la recueillir, ce qui tient probablement à la sécheresse du sol. Au Kordofal , au contraire, où les pluies sont fréquentes, la gomme est de très belle qualité et on en recueille, dans cette province > près de cinq mille quintaux (1). Tl est presque superflu de dire que le Vice-roi s’est emparé du monopole de ce produit comme de tous les autres. Cependant , par une faveur spéciale , il avait consenti à céder , pour quelques années, une partie de ce privilège à un Français, M. Vaissieres, pour le récompenser des services signalés que lui avait rendus cet officier dans la

(t) De i5o rôties le quintal. Le rolle vaut à peu près la livr< île Marseille. to3 rôties lonî no livres.

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guerre contre les Wehabites; mais le terme fixé est arrivé et Méhémed-Alise trouve aujourd’hui maître de ce commerce dontM. Vaissieres a vainement offert de conserver l’exploitation moyennant une redevance annuelle d’un million de piastres, somme supérieure peut-être à celle que le Vice-roi en retire lui-même, par suite du désordre de l’administration (i).

On récolte aussi de l’encens au Kordofal, mais les Arabes, chargés de le recueillir pour le Gouvernement, ne recevant qu’une misé-

(i) Les agens du Pacha lui font payer 72 piastres ( a5 fr. ) le quintal, que l’on peut obtenir à 21 fr. 60.

Avant l’établissement du monopole, les marchands du pays ou djellabs payaient , pour frais dédouané, 67 piastres 1 1 a par charge de 5oo rôties, y compris la coufe. Ce droit avait été fixé par le Defterdar, à condition que les marchandises seraient exemptes de droits à Dongolah.

Les frais de transport pouvaient être évalués à io5 piastres de L’Ebeyed a Dongolah;

i5 — de Dongolah à Ouady-Halfah, par terre.

6 de Ouady-Halfah à Assouan, par eau.

10 d’ Assouan au Caire.

Pour passer la première cataracte les djellabs devaient payer un droit kharamani aux Agas d’ Assouan, auxquels il avait été accordé par leSultan Sélim en i5i8- Cedroit était de 2omeddins ou demi-piastre; et autant au peseur ( gabbani ).

A Déraouv il fallait encore payer un droit de 17 piastres par quintal.

An ivés au Caire, les marchands avaient encore à payer une demi-piastre, par charge, pour l’okel des d jellabs.

Pour les esclaves, les droits sont de 7'» piastres par tète, dont

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rable paye, attendent pour ie ramasser qu’il ait coulé par terre; aussi est-il peu estimé. Cette province produit encore quatre à cinq cents charges de tamarin (i), trente quintaux de dents d’éléphant (2) et une assez grande quantité de plumes d’autruche (3).

Le Kordofal fournit en outre au Vice-roi près de trois mille esclaves. Dans cette contrée, comme au Sennâr, les parens vendent leurs pro-

45 piastres doivent être payées par l'acquéreur, et 3o piastres par le vendeur.

Il faut que les djellabs paient, en outre, i5 piastres par lête de nègre à Dongolah, et 34 piastres à Déraouy. Arrivés au Caire, ils paient de plus ir piastres r j 2 . Ce droit n’était que de 3 piastres du temps de l’occupation française.

Enfin, lors de la vente, il faut encore payer 3 piastres par tète d’esclave, au profit del’okel ries djellabs.

On préfère en général les esclaves d’Occident, c’est-à-dire du Uar-Four, du Kordofal, de Bornou, etc., à ceux du Sennâr et de 1 Abyssinie. Ou prétend que ces derniers sont plus fainéans et plus enclins au vol.

(1) Le tamarin, que son peu d’importance a dérobé au monopole, se vend au Kordofal 45 piastres la charge de 336 rôties. Son prix ordinaire est, à Alexandrie, de i35 piastres. On peut évaluer les frais de douane à 3o p. ojo.

(a) Le Vice-roi achète les dents d’éléphant à 5oo piastres le quintal, et les revend 1400 piastres. On peut évaluer à 1000 quintaux ia quantité qui vient annuellement du Dar-Four.

(3) Elles valentau Kordofal 45 piastres, 1 rôtie de blanchessur 3 t oiles de noires; et de >.00 à ?-5o piastres, 1 rôtie de blanches choisies.

Les plumes de I autruche mâle sont beaucoup plus estimées

près enfans pour subsister, ou les donnent au Gouvernement en paiement des contributions. Dans les temps de famine, fléau qui n’est point rare dans ces montagnes, on les voit se vendre eux-mêmes pour obtenir un peu de nourriture. Le surplus des esclaves provient de battues faites par les troupes du Vice-roi dans les montagnes habitées par les nègresNoubah. Tous ceux qui ne réussissent pas à se sauver sont emmenés en esclavage et de là expédiés au Caire ; mais presque toujours plus des deux tiers de ces malheureux périssent avant d’arriver à leur destination. On calcule que sur près de cinquante mille esclaves que les Turcs ont arrachés à leur pays natal, dans l’espace de dix ans, il en existe à peine cinq mille.

Le Sultan du Dar-Four fait aussi lui-même , chaque année, cette chasse aux esclaves ( Gazouè ) pour alimenter son commerce avec l’Egypte. C’est dans une de ces battues que le Sultan Teïma prétend être arrivé aux sources du Nil, après une campagne de près de trois mois, toujours dans la direction Sud.

Le Sultan Teïma que nous avons eu depuis occasion de connaître au Caire et auquel nous devons une partie des détails relatés plus haut

que celles de l’autruche femelle ; les Arabes les conservent dans la peau même de l’animal. Chaque autruche donne environ trois livres de plumes noires et une demi-livre de plumes blanches»

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sur les dernières armées de l’histoire du Kordofal, avait dressé pour M.Kœnig, habile orientaliste français, un croquis curieux de la carte du Dar-Four et des sources du Nil.

Nous avons joint à notre ouvrage \efac simile de ce croquis, et l’avons accompagné, pour en faciliter l’intelligence, d’une traduction à peu près littérale, s’il est permis de se servir de ce mot, en substituant seulement aux délinéations un peu naïves du prince africain des formes graphiques plus familières à des yeux européens.

C’est la seule modification que nous nous soyons permise au travail du royal géographe , dont il faut avouer que le savoir géodésique ne se trouve point en parfaite concordance avec les déterminations que nous devons à Browne, à Burckhardt , etc. Nous n’avons pas cru toutefois devoir nous livrer à un redressement de son oeuvre , et nous avons laissé à d’autres le soin de tenter ultérieurement des essais de ce genre. C’est aux adeptes à aborder de front les difficultés assez nombreuses que nous avons aperçues , à mettre d’accord le Sultan Fourien avec les données fournies par nos voyageurs. Notre rôle s’est borné à recueillir et à mettre en lumière un document qui, tout imparfait qu’il soit, offre un intérêt non-seulement de curiosité , mais peut-être aussi d’importance scientifique.

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