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Les remèdes le plus communément employés par les naturels, sont, comme nous ravoos dit) l'application du feu et les scarifications sur foutes les parties du corps et principalement au creux de l'estomac. C'est presque là 7 avec la diète ^ l'eau et quelques pratiques superstitieuses, leurs seuls moyens de guérison. Du reste, nul n'exerçant en titre la médecine ni la chirurgie, c'est dans l'expérience d'un pa-^ rent ou d'un ami que les Nubiens placent leur confiance en cas de besoin.
On fait en général, dans le Dongolah, deux récoltes par an. Les premières semailles se font att mois de septembre j après que l'inondation a commencé à baisser, et la moisson a lieu dans le mois de janvier. Elle est suivie immédiatement de iKMivelles semailles ^ et la seconde moisson arrive à maturité au mois de mai. Un grand nombre de productions nouvelles sont venues , depuis la conquête des Égyptiens , augmenter la richesse du pays. On y recueille du coton, du safranum, de l'opium et de l'indigo ; on a fait quelques essais malheureux en cannes à sucre, mais avec du soin cette culture devra réussir comme les autres. Le long du ri-
qtti s'y trouve actueUsuent. Il est éTident qu'elle a été arrosée, postérieurement à sa formalion, par des eaux chargées dea sels de soude «fue raoalyse a fait reconnakre.
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vage on plante des haricots qui n'oat pas besoin d'arrosement artificiel ^ et auprès de chaque sakie, une portion de terrain est destinée à une plantation de coton , de bamiés, d'oignons et de taba<:. Les produits les plus importans sont les grains et les dattes , dont une pai'tie est maintenant employée à fabriquer de reauHle-vie; plusieurs habitans font de cette liqueur un abus incroyable , sans en paraître incommodés^ Nous avons vu quelques-uns d'entre eux en boire environ deux bouteilles ^ presque coup sur coup, sans tomber pour cela dans un état d'ivresse. Lear boisson de prédilection est le bilbil^ espèce de bière épaisse et acide, préparée avecdudoura qu'ils enfouissent ^ pendant quelques jours, dans le sable humide, sur les bords du fleuve; dès que les germes ont atteint cinq ou six pouces de longueur, ils le font fern^eiiter dans l'eau , après l'avoir broyé. Le goût aigrelet de cette boisson nous parut fort peu agréable, mais les naturels en sont extrême* ment avides ,» aussi bien que de la méryse (i), autre liqueur fermentée, qui diffère peu du bilbil, mais qui ne peut se conserver long-temps.
(i) Cette boisâon est celle qu'on appelle en Egypte bouza. Abod-Selah Tappelle marisi^ et dît quVIle est ainsi nommée des Mari», peuple^ de là Nubie- Inférieure , qai en faisaient usage.
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Pendant les premières années de Toccupa^ tion égyptienne, la province de Dongolah conserva quelque prospérité , ce qu'il n'est guère permis d'attribuer qu'à la crainte qu'éprouvait le Vice-roi de voir lui échapper une conquête nouvelle et encore mal affermie ; mais des impôts onéreu* n'ont pas tardé à écraser le pays, et la misère y est extrême. Faute de fourrages les laboureurs ne peuvent nourrir ni moutons ni chevaux. Ils n'ont d'autres bêtes de somme que des bœufs et des ânes d'une chétive apparence, et le petit nombre de chameaux que l'on voit dans le pays sont d'une espèce très inférieure; mais du moins la nature semble garantir à jamais aux peuples de cette contrée une nourriture abondante, par les obstacles qu'offrent aux communications les déserts et les cataractes, obstacles tels que les denrées de cette province rendues au Caire, reviendraient à un prix trop élevé pourpouvoir jamais y devenir un objet de commerce. Malgré leur condition malheureuse les Dongolaouy conservent un grand fond de gaieté, et ils oublient facilement leurs misères, pourvu qu'ils aient de l'eau-de-vie de dattes ou du bilbil. On les dit légers, perfides et paresseux, mais au moins ils ne sont ni fanatiques, ni vindicatifs, ni enclins au vol.
Le furdy-el-rass {impôt personnel) est en-
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core inconnu en Nubie, et les habitans ont été jusqu'ici exempts du service militaire. Les gou-« verneurs exigent bien de temps à autre des subventions extraordinaires, mais en principe Timpôt ne porte que sur les sakies et les dat^ tiers; il est fixé à ai piastres fortes ( 1 15 fr. ) pour les premiers ( i ), et déquin^e paras à une piastre ( de la à 35 c. ) pour les seconds, suivant leur âge, c'est^^à-dire suivant leur rapport, qui est, en général , très-considérable; car, sous cette latitude, ces arbres commencent à donner des fruits dès la seconde année, tandis qu'en Egypte ils sont entièrement improduc-^ tifs pendant six ou sept ans.
Les impôts ont été de tout temps calculés et répartis, dans les provinces au-dessus de la pre* mière cataracte , d'après le nombre de sakies (a). On ne considérait pas plus la fortune du propriétaire que la quantité de terrain ar-» rosé par ces machines ; mais depuis l'invasion
(i) Cet impôt était autrefois de a5 fr.
(a) Pour maintenir en activité une sakie il faut trois paires de bœufs. Chaque paire travaille cinq heures par jour. Le travail du labourage consiste à remuer un peu le sol avec une houe, à diviser le terrain en carrés plus ou moins réguliers, que Ton entoure d*un petit rebord de terre, et à y faire arriver Teau au moyen de rigoles. Avant les semailles II est d'usage de couvrir les champs d'une légère couche de terre grasse qu'on tii*^ des parties basses du désert.
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égyptienne, ce système a été sensiblement modifié : on a bien conservé la répartition par sakies, mais toutes ces terres ont été d'abord mesurées, et on a assigné à chaque roue une por^ tioa de terrain déterminée. L'excédant a servi à former de nouvelles portions sur lesquelles on a forcé les habitans à construire de nouvelles machines hydrauliques , et afin que le petit nombre des habitans ne pût devenir un pré^ texte pour éluder Texécution de cette mesure ^ leGouvernementaordonnéqu'àl'avenirçhaque sakie ne serait servie que par quatre hommes adultes : le surplus a été enlevé de force et réparti dans les portions où il manquait des cultivateurs. Ce nouveau système a augmenté d'un cinquième le nombre des sakies dans la pro-^ vince de Dongolah. U est inutile de dire qu'on n'a tenu compte ni de la (Ufférence de fertilité du sol ni de cette circonstance, que, dans plusieurs districts , les plaines cultivables sont beaucoup trop élevées pour pouvoir être arrosées par une seule sakie , en sorte qu'il en faut deux correspondantes placées Tune au<|essus de l'autre pour faire arriver l'eau à la hauteur nécessaire. On peut évaluer à sept mille le nombre de sakies établies depuis Ouady Halfab jusqu'à Méraouy, et la population à cent cinquante mille âmes. Dans les provinces de Ma-
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hass et de Sokkoti qui n'ont pa9 besoin d'arro* sèment artificiel , chaque étendue de terrain cx>n tenant deux cents dattiers ^ a été taxée comme si elle était arroaée par une salue.
Outre la contribution en argent, chaque sakie est imposée pour une certaine quantité de moutons , de poules , de beurre » de tabac» de coton, de charbon « d'outrés de cuir, de foiuj etc. Ces mesures sont trop oppressives pour qu'il soît raisonnable de promettre une longue durée à un pareil régiine, et la domination actuelle des égyptiens doit d'autant plus être considérée comme une occupation temporaire , que les revenus de oea provinces sont presque nuls pour le tré&or.
Les contributions sont perçues en nature ^ partie en fruits de la terre et partie en toiles de coton grossières qui se fabriquentdanslepays^ où elles servent à l'habillement des troupes; on en expédie en Egypte (i) pour le même usage, une assez grande quantité. Ces toiles sont de plus pour le Gouvernement un objet de trafic; il les reçoit à raison de huit piastrcts la pièce et
(x) Les étoffes ont depuis plusieurs siècles été employées par les Nubiens comme signe monétaire. « Ils se senrent, en • guise de monnaie^ dit Makrizja d'une élofle qui se (kbrique •« chez eux, et qui porte le nom de Wendy, Chaque pièce est de « dix coudées ; mais, pour la facilité dea achats, on la partage « en morceaux d'un quart de coudée, et au-desans. »
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paie ses employés avec la même monnaie, mais au prix de dix piastres. Outre la perte réelle que cette espèce d'agiotage fait éprouver aux naturels, dont il augmente de fait les impositions d'un cinquième , il a l'inconvénient plus grave de rendre presque nulle la circulation de l'argent, dont la rareté est un des principaux obstacles à la prospérité du pays.
Cette rareté excessive de numéraire a fait descendre au prix le plus bas les objets de première nécessité. A Dongolah on achète, pour quatre paras ( environ 3 centimes ), une quantité d'excellent pain suffisante pour rassasier cinq personnes pendant une journée. Un autre grand obstacle au commerce est le peu d'habitude qu'ont encore les habitans des diverses monnaies en circulation ; ce qui les rend fort défiaus et les empêche d'accepter toutes celles dont le type ne leur est pas bien connu. Les vieilles piastres turques sont préférées par eux aux nouvelles piastres égyptiennes, qu'ils refusent le plus souvent. Parmi les monnaies eu-^ ropéeunes , les piastres fortes d'Espagne à l'effigie de Charles IV, avec quatre I , ont cours presque à l'exclusion de toutes les autres (i). Quant aux monnaies d'or, ils ne les prennent
(i) On les appelle abou-arba, père IIII {quain )y à cause du chilTre qui s'y trouve représenlé.
qu*après s'être assurés qu'elles sont de bonaloi, en les faisant rougir au feu. Si la couleur de Tor n'est pas altérée par cette opération, ils ne font aucune difficulté pour les recevoir. Du reste les monnaies de ce métal sont fort rares dans le pays, et c'est à peine si on y rencontre par hasafd, dans la circulation, quelques doublons d'Espagne ou quelques sequins de Venise ou de Hollande. Les khairiésj monnaie égyptienne, n'ont cours à aucun prix (i).
Une autre raison de la rareté du numéraire est l'inexactitude du Gouvernement à payer les troupes, dont le séjour devient ainsi, pour le pays, une charge accablante. Il y avait, lors de notre passage à Dongolah , plus de deux ans que le bataillon n'avait reçu de solde. Les soldats murmuraient hautement et les habitans menaçaient de s'insurger si cet état de choses se prolongeait davantage. Le Bey, réduit à pro-
(i) n parait qae l'usage des monnaies était, à une époque encore peu ancienne, entièrement ignoré des Nubiens. « Passé «le Maks {Mahass\ dit l'historien de Nubie, Abdallah-Ben- « Ahmed, les habitans ne connaissent ni vente, ni achat, mais « se procurent ce dont ils ont besoin , eU douDant en échange « des troupeaux, des étoffes, etc. »
Dans ces dernières années encore, Belzoni, lorsqu'il voulut faire ouvrir le temple d'Ebsamboul, fut long-temps avant de pouvoir décider les habitans à recevoir, en paiement, de l'argent, dont ils paraissaient ignorer entièrement la valeur.
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mettra sans cesse en vain, venait d'être obligé de prendre des mesures pour prévenir im mou* vement. Plusieurs officiers, qui avaient con* tracté des dQtte$^ avaient été mis sous le bâton, et pour oter en même temps aux créanciers l'envie de réclamer davantage, le même chàti* ment leur avait été infligé. Grâce à l'emploi de ce moyen de conciliation, on n^en tendait plus aucune plainte 9 et Mahmoud- Bey qou$ faisait, avec une complaisance toute naïve, l'élqge de Tordre et de la bonne conduite de ses officiers.
C'est dans le bataillon de DongoUh que sont incorporés la plupart des esclaves mâles . faits ou achetés pour le compte du Pacha, et desti* nés à l'armée. Ils ne sont dirigés sur l'Egypte qu'après avoir reçu un certaii^ di*gré d'instruction, et seulement quand ils sont devenus ca^ pables de faire utilement partie des divers ré* gimens.
Ce mélange continuel d'esclaves à demi sauvages, et plus encore peut-être l'isolement où ils se trouvent du reste de l'armée, ont contribué à enlever aux soldats tout le sentiment de leur dignité, et nous avions souvent peine à nous empêcher de sourire en voyant les deux factionnaires placés dans le divan du Bey, déposer leurs fusils dans le coin de la salle, pour nous servir le café ou pour aller faire une com-
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mission et venir, avant de le reprendre , baiser respectueusement le bas du vêtement de leur
maître.
De Dongoiah , nous avions d'abord eu Tintention de poursuivre notre voyage en nous dirigeant sur Djebel-Barkal , par le désert de la rive droite ^ mais deux courriers du Bey qui avaient pris cette voie, ayant disparu et une caravane assez nombreuse ayant été quelques jours auparavant , obligée d'abandonner plusieurs chameaux à des lions , nous renonçâmes à ce projet dont le Bey nous avait d'ailleurs rendu l'exécution impossible. « Recommandés a comme vous l'êtes par mon glorieux maître ^ Mohammed-* Aly, dont le ciel veuille conserver ce les jours y mon devoir , nous dit-il, est de «c vous protéger autant que je le puis; je vous « ferai donc donner une barque pour que votre c voyage ne soit pas arrêté , mais les accidens (c qui viennent d'arriver m'imposent l'obliga- <c tion de vous refuser des guides pour la « voie de terre. »
Il n'y avait pas à choisir ; nous nous occu* pâmes donc de nous procurer une barque qui nous fut louée par le capitaine du port, Âchmet Douchy; car, de la seconde à la quatrième cataracte, et sans doute au*delâ, il n'existe point sur le Nil d'embarcations particulières; toutes
appartiennent au Vice-roi , et sur cet espace de plus de cent cinquante lieues , leur nombre s*élèveau plus à une soixantaine. Ces barques n'en sont pas moins à la disposition du commerce ; les gouverneurs de province les louent souvent à des particuliers pour le transport des marchandises. C'est à l'aide de troncs d'arbres que lesNubiens passent ordinairement d'une rive à l'autre ; souvent aussi ils se tiennent attachés à la queue d'une vache , d'un buffle ou d'un chameau qu'ils forcent à nager devant eux, ou bien ils s'aident d'une botte de joncs, d'une outre à demi gonflée d'air^ ou de deux ou trois calebasses vides jointes ensemble par quelques djerids; ils embrassent avec les jambes cette espèce de flotteur dont ils maintiennent d'une main l'extrémité contre la poitrine^ tandis qu'ils nagent de l'autre.
Le 23 avril nous quitt âmes Dongolah, et notre barque, montée de cinq hommes d'équipage, mit à la voile sous la direction du reïs Sélim.
Les barques nubiennes sont construites sans membrure et. formées seulement d'un assemblage de planches épaisses de quatre ou cinq pouces, de forme irrégulière et jointes grossièrement à l'aide de clous. Des filamensde pal* mier enfoncés de force dans les jointures servent à les calfater sans le secours du goudron.
Ces embarcations ne sont pas pontées; elles ont seulement à Tavant et à l'arrière une espèce de retraite formée par une claie de branches de palmier. Une seule voile carrée fort élevée qui vire d'elle-même et se Irouve ainsi sur le mât dans une des bordées , compose toute leur voilure ; aussi est-il impossible avec ces barques de serrer le vent d'un peu près; elles sont lourdes et d'une mauvaise marche ; mais en revanche elles ne courent jamais le risque de chavirer. Tous nos hommes étaient Barabrahs et trois d'entre eux naviguaient pour la première fois. Engagés au service de Mahmoud Bey pour tous les travaux indistinctement y ils recevaient dix piastres ( 3 fr. ) de solde mensuelle , plus un I taïm de doura , sorte de salaire qui permet au Gouvernement de tirer parti de l'impôt que la rareté du numéraire le force à percevoir en nature. L'emploi que recherchent de préférence ces Barabrahs est celui de batelier ; car alors ^ éloignés de l'œil et du bâton du maître, ils trouvent moyen d'augmenter leur misérable solde en passant d'une rive à l'autre les naturels qui ont quelque bagage à porter avec eux et qui paient ce service en grains ou en provisions. C'était afin de jouir de cette condition que nos hommes s'étaient enfuis de leurs villages situés au-dessous de la seconde cata-
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racte, pour venir se fixer dans le Doogoiah^ et malgré leurs plaintes , nous avons pu nous convaincre que leur sort y était infiniment plus heureux que dans leur pays.
Les nombreuses sakies qui s'élèvent de toutes parts sur les deux rives du Nil, annoncent combien la culture est soignée aux environs de Dongolah : plusieurs de ces machines sont en-^ tourées de nattes destinées à les garantir du vent qui répand Teau des jarres en agitant les cordes. Il arrive souvent aussi qu'on est obligé de garnir également de nattes la partie du terrain sur laquelle l'eau peut retomber, pour éviter les éboulemens qui^ sur ce soi de sable , sont presque partout le plus grand obstacle à leur établissement.
Nous arrivâmes bientôt en vue d'Hannak et du bois de palmiers qui Tentoure; la chaleur était étouffante et d'autant plus insupportable, que nous ne pouvions nous garantir des ardeurs du soleil qu'à l'aide d'une tente très basse que nous avions installée dans notre barque et sous laquelle nous nous trouvions privés d'air et comme dans une étuve. Heureusement ncms étions déjà habitués à supporter les privations et la fatigue et à partager la vie dure et la nourriture des naturels, et cest saos aucun doute à cette habitude, aussi bien qu'à l'observation
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d'un régime sévère ^ que nous devons d'avoir échappé à i'at*dêur de ce climat qui a moissotitié tant de voyageurs.
Plusieurs barques chargées d*esc!aves qui venaient du Sennâr et qu'on amenait à Dongolah, pour y être incorporés dans les troupes, passèrent près de nous. Ces malheureux presque nus et entassés les uns sur les autres , semblaient près d'expirer de fatigue et de misère , tandis que chargés de l'escorte de ce lugubre conYoiy quelque soldats albanais fumaient, accroupis à l'avant et k l'arrière de chaque barque, avec l'air de la plus complète indififérence.
A peu de distance , nous rencontrâmes plusieurs cadavres flottans auxquels nous fîmes donner la sépulture, concluant de cette triste rencontre que les crocodiles doivent être peu Communs dans ces parages, ainsi que déjà nous avions pu le soupçonner en voyant la hardiesse avec laquelle les naturels traversaient le fleuve à kl nage«
Dès que la brise faiblissait ou devenait contraire , nos Barabrabs, peu jaloux de se fatiguer, ne manquaient pas d'aller relancer les habitans pour les forcer à venir remorquer notre barque.
Rkn n'égale la paresse et l'arrogance de ces bateliers qui, sûrs d^étre appuyés par l'autorité dai^i toutes les vexations qu'il leur platt dlm-
poser au nom du service, sont un véritable fléau pour les riverains qu'ils maltraitent et auxquels ils prennent la plupart du temps leur pain sans le payer. Toute la journée les nôtres n'avaient d'autre occupation que de se promener sur le bord du fleuve pendant que les habitans tiraient la cordelle, et souvenl la nuit même ils ne craignaient pas d'aller, le courbach à la main , chercher jusque dans leurs chaumières ces malheureux, dont toute la résistance se bornait à se tenir cachés un instant; mais quand nos matelots menaçaient d'emmener les femmes à leur place, ils se hâtaient de se montrer; souvent même alors ils apportaient avec eux quelques provisions qu'ils venaient nous offrir, demandant pour toute grâce de n'être pas battus.
Nous venions de dépasser l'île de Guertot. A partir du coude que le Nil forme dans cet endroit , vers l'est , les villages deviennent plus rares pendant un assez long espace de temps : nos mariniers se voyaient, à leur grand regret, obligés de ramer pour avancer, lorsque, au détour d'une pointe , nous aperçûmes près de nous une embarcation montée par une douzaine de naturels qui se disposaient à traverser le fleuve. Ces pirogues, destinées à passer d'une rive à l'autre dans les parages où le nombre
des crocodiles ne permet pas de traverser le Nil à la nage, ont la forme d'une ellipse alon* gée; elles sont sans voiles comme sansgouver^nail. Leur fond est composé de trois épaisseurs d'écorce de palmier, dépouillée de ses filamens pour qu'elle soit moins spongieuse ^ et les bordages sont formés de planches réunies à Taide de liens de peaux. Chaque extrémité de ces ba*teaux est terminée par une espèce de manche ou de poignée qui sert à les tirer dans les bas fonds et à les échouer sur le rivage* Le timonier, assis sur la poignée de derrière, emploie^ en guise de gouvernail/anaviron, dont la forme se rapproche de celle d'une large bêche ou d'une spatule. Un autre aviron semblable , et à la pelle duquel est attachée une corde, sert à faire avancer l'embarcation. Un homme l'enfonce dans l'eau, qu'il bêche pour ainsi dire, et à chaque fois deux ou trois autres tirent la corde et rament. Quelques-unes de ces pirogues sont d'une forme plus alougée et faites d'un seul tronc d'acacia creusé.
En nous apercevant, les Nubiens cherchèrent à nous éviter et à regagner le rivage pour fuir ; mais plus prompt que l'éclair , notre reïs , se jetant à la nage, alla aborder leur bateau et leur enjoignit insolemment de venir tirer la ir. J2
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corde, ajoutant, pour justifier cet ordre tyrannique, que notre barque portait deux courriers du Gouvernement. Cette assertion , confirmée par notre couleur blanche, qui nous fit prendre pour des Turcs, triompha de l'indécision de ces pauvres gens, qui abandonnèrent leur bagage et leur embarcation pour nous remorquer jusqu'au hameau le plus voisin.
De vastes plaines désertes s'étendaient à l'Ouest, et sur quelques îles basses que nous dépassâmes se montraient peu de traces de culture. Des troupes nombreuses de pélicans , d'oies, de canards et de grues, qui s'envolaient à notre approche en faisant retentir l'air de leurs cris d'effroi, animaient seules ce paysage désolé. La chaleur était accablante pendant la journée, tandis que le soir nous avions peine à nous garantir de la fraîcheur. Le thermomètre de Béaumur, qui, de midi à trois heures, s'élevait jusqu'à 36 et 38^ à l'ombre, ne marquait plus que i6^à huit heures du soir, et baissait beaucoup plus dans la nuit.
Un grand châteait en briques crues, ouvrage des musulmans, domine le bourg dTIandak, qui s'élève en amphithéâtre sur le fleuve. Dans les environs nous apercevions parfois au loin de petits tombeaux de santons , construits le
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plus souvent sur quelque rocher isolé. Bientôt nous arrivâmes sur Ift rive gauche, à Chabatoût, où Ton voit encore un assez gratid édifice b&tl eu terre, et habité au trefoispar Mélek Chaouich, l'un des trois princes Chaykyé, qui, lors de l'invasion d'Ismaïl-Pachâ, se soumirent à cfe nouveau maître. Son fils, Mélek Achmet, reçut, en récompense de cette soumission , Un emploi subalterne, qu'il occupe encore au Sennâr.
Nous vîmes, pour la première fois, à Châbatout, des chevets de bois absolument pareils à ceux qu'on trouve fréquemment sous la tête des momies dans les tombeaux égyptiens (i). Ces meubles, si simples, que la mollesse européenne n'envisagerait qu'avec dédain , semblent, au SE habitans de ce pays, d'un usage conimode pour reposer leur tête pendant leur sommeil. Leurs lits sont semblables à ceux dont sé servent les Barabrahs dans la Basse- Nubie ; seulement ils y ajoutent une peau de mouton bieti graissée, isur laquelle ils s'étendent pour dor* mir ; ils se couvrent ensuite de leut-s vêtemens de toile, qui ne sont jamais plus estimés que lorsque la graisst* les a rendus parfaitement soUpIes.
(x)Ces chevets se composent d'un petit socle dur lequel s'élève une tige haute de quatre ou cinq pouces, à l'extrémité de la* quelle est fixée, par le milieu, une troisième pièce de bois taillée en forme de croissant, qui supporte la tête de la molnie.
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Bien que les eaux fussent extrêmement basses, nous franchîmes sans accident la cataracte, ou plutôt les rapides qu'on rencontre à peu de distance de Basleyn^ bourg dontles environs sont assez bien cultivés. Vis-à-vis de Basleyn est une île du même nom. Les montagnes d'Abd-Abah, qu'on aperçoit ensuite ^ disparurent à leur tour pour faire place au territoire inculte d'El-Keleh, désert de pierres d'une affreuse stérilité. On commence à retrouver des terrains cultivés à quelque distance des bourgs assez importans de Kodokol et d'Olok. M. Caillaud nomme ce dernier El-l'Eau, nom qui, pour le dire en passant, n'est guère dans l'euphonie arabe ou nubienne. Nous ne sau*rions cependant, à ce propos, nous dispenser de rendre hommage à l'exactitude minutieuse des documens pleins d'intérêt qu'est parvenu à recueillir ce voyageur sur un pays où il est si difficile d'en obtenir de satisfaisans, et où il est souvent impossible, parmi les cabanes de paille éparses partout où le sol est cultivé, de dire où finit un village et où commence le suivant : <c Je n'ai pas assez de tête pour suffire à tant de demandes, » répondait notre reïs, que nous pressions de questions. Pour faire apprécier toute la difficulté qu'on éprouve à apprendre quelque chose de fixe sur les petites distances»
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il suffit de dire que les naturels n'ont aucune idée de nos moyens de diviser le temps , en heures y minutes , etc. ; de même que les Arabes , ils mesurent approximativement la durée du jour à la hauteur du soleil (i).
(i) Le commencement de Faurore se nomme ûI Jedtjêr; le lever du soleil , el toubhh ; leur repas du malin , qu'ils font d*ordinaire vers neuf heures, se nomme elghadda; le midi , §1 duhr; les trois heures après midi, d atr; le moment où le soleil se couche , el maggni ; deux heures plus tard environ, eiaseha; deux heures après, el marfa;9lf enfin, minuit, nousf-el'leil ( milieu de la nuit ). ^
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