CHAPITRE XV
DoDgolah-el-Agouz. — Histoire des roîs de Nubie. — lie de Tangos». — Esclaves Schelouks. — Chasse du crocodrtew — Onyx. — Debbeb. — Histoire du Kordofiil. -- Conquête par les Egyptiens. — Produits du Kordofal.
Le a 7 avril nous atteignîmes Dongolah-el- Agouz. Cette ville, bâtie sur un rocher d'environ cinq cents pas de long, qui s'élève à pic sur le fleuve, est à demi enterrée sous les sables du désert qui l'entoure des trois autres côtés. On y arrive par les extrémités sud-est et nordouest du rocher , en suivant un long chemin sablonneux et escarpé. Capitale d'un royaume chrétien puissant dans le moyen-âge , Dongolah, surnommé maintenant El-Agouz (fe vieux) , n'est presque plus qu'un amas de ruines.
L'origine du royaume de Dongolah parait remonter à l'époque de l'introduction du christianisme en Nubie, puisque, dès les premières années de l'hégire , on le voit soutenir des
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guerres contre les Musulmanaétablisen Egypte. On ignore quelles étaient , à cette époque y les limites du Dongolah;on sait seulement que son gouvernement était théocratique, et que treize vice-rois y qui étaient en même temps prêtres, administraient ses provinces sous Tau* torité d'un souverain qui prenait le titrede Kiria" kous. Il parait que le caractère sacré dont les vice: rois nubiens étaient revêtus ne les empêchait pas de prendre part aux guerres dans lesquelles le pays se trouvait engagé; seulement, lorsque Tun d'eux avait tué un homme de sa propre main , il était déchu du droit de célébrer la messe, et l'exercice du service divin était suspendu dans la province tout le temps qu'il en conservait le gouvernement.
La lithurgie des Nubiens était grecque, et, comme les Abyssins, ils reconnaissaient la suprématie ecclésiastique du patriarche d'Alexandrie. C'est à l'observation de cette hiérarchie que doit être attribuée leur adhésion à l'hérésie des Jacobites; hérésie introduite par Dioscorus, vingt-cinquième patriarche d'Alexandrie, et qui se répandit en Nubie vers l'époque de la conquête de l'Egypte par les Arabes.
La premièreexpédition des Musulmans contre le Dongolah fut entreprise sous le khalifat d'Omar, par Abdallah, lieutenant d'Amrou,
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gouverneur de l'Egypte. Cette campagne fut sans résultat; mais^ quelques années après, les Nubiens ayant fait des incursions dans le Said j Abdallah, alors Émir d'Egypte, assiégea Dongqlah et conclut, en 65 1 , avec le roi Kalidourot, un traité par lequel ce prince s'engagea à payer tribut au Khalife. Ce tribut, appelé ba/ct^ consistait en quatre cents esclaves, que le roi de Nubie devait livrer chaque année au bourg d'EI-Rasr, près d'Assouan. Il fut converti dans la suite en trojs cent soixante eslaves et une giraffe. Abdallah obtint, de plus, pour les Musulmans, le libre exercice de leur religion , et bâtit dans le faubourg de Dongolah une mosquée dont le roi garantit la conservation. Le général égyptien promit aux Nubiens de leur envoyer en échange du bakt des grains dont ils manquaient, et il y joignit de riches présens. Cet usage d'échanges annuels entre les khalifes et les rois de Nubie se maintint, et la magnificence des souverains musulmans ajoutant chaque année quelque chose aux présens qu'ils envoyaient en retour du bakt, ils égalèrent bientôt la 'valeur de ce tribut.
Sous le règne du roi Zacharie, les Nubiens s'étant trouvés dans l'impossibilité d'acquitter le bakt, ce prince envoya à Bagdad son fils Kirky réclamer du khalife Molasem une réduc-
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tion du tribut qui lui était imposé. Kirky fut reçu avec les plus grands honneurs et obtint de ne plus acquitter le bakt que tous les trois ans.
Un motif religieux troubla la bonne intelligence qui régnait entre l'Egypte et la Nubie. AbdrEl-Mélik ayant fait emprisonner Khaïl j patriarche d'Alexandrie , le roi de Dongolah envoya près de ce gouverneur un ambassadeur chargé de requérir la mise en liberté du patriarche. Abd-EI-Mélik ayant , pour toute réponse , fait également jeter Tambassadeur en prison y le roi de Nubie entra en Egypte à la tête de cent mille hommes et y commit d'horribles ravages ; il s'avança jusqu'aux portes du Caire ^ et ne consentit à se retirer chargé de butin que lorsque Khaïl , remis en liberté , l'y eut lui-même engagé.
En 95 1, en 966, en 963, on retrouve les rois de Nubie en hostilité avec l'Egypte et dirigeant contre elle des expéditions tantôt infructueuses, tantôt couronnées de succès. A la suite de la dernière, Djewar , Émir d'Egypte pour le khalife Moëz, ayant envoyé une ambassade au roi Kirky pour réclamer le paiement du bakt et l'inviter à embrasser l'islamisme, il s'engagea , entre les prêtres chrétiens de Dongolah et les docteurs musulmans, une longue dispute tliéo-
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logique dans laquelle, tout en protestant de son dévouement à rÉmir, Kirky lui adressa une lettre pour l'engager à se faire chrétien. Cette hurlesque controverse n'eut pas d'autre suite.
Après une assez longue lacune occupée, sans "doute, par des évènemens de peu d'importance, les historiens musulmans nous montrent les Nubiens faisant de nouveau, en iiyS, une incursion dans le Saïd. Schems-ed-Doulan , frère du sultan Salah-ed-din , envoyé contre eux , les met en déroute et s'empare de la forteresse d'Ibrym. Deux ans après, en 1 1 76, le gouverneur d'Âssouan s'étant révolté, appela les Nubiens à son secours. Le mauvais succès de cette expédition, repoussée comme la précédente, ne suffit pas encore pour les décourager, et dès l'année suivante David , roi de Dongolah, vint mettre le siège devant Assouan.
Irrité de ces attaques continuelles , Bibbars , sultan d'Egypte , résolut enfin d'y mettre un terme. Il envoya contre David une armée formidable qui ravagea tout le pays jusqu'aux environs de Dongolah , et porta ainsi le premier coup à la puissance des rois de Nubie, puissance que leurs dissensions de famille devaient bientôt achever d'anéantir.
En 1276, Schékendah, neveu de David , vint implorer contre son oncle l'assistance du Sultan.
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Celui-ci s'empressa de profiter de cette circonstance et des divisions qui régnaient en Nubie , où Schékendah avait de nombreux partisans, pour établir son autorité sur le pays. Par ses ordres, des troupes nombreuses marchèrent contre les Nubiens. A leur approche le gouverneur du Maris prêta serment de fidélité à Schëkendah, et se soumit aux Musulmans, qui prirent dès-lors possession définitive de cette province. Poursuivant ensuite jusqu'à Dongolah leur marche victorieuse, ils s'emparèrent de la ville, détruisirent l'église de Sous (Jésus), et enlevèrent un immense butin. Schékendah, établi sur le trône de son oncle^ concéda au Sultan la moitié des revenus du royaume, et des bureaux furent installés partout pour la perception des droits attribués aux Musulmans. Les résultats de cette expédition furent immenses pour les Sultans d'Egypte. Maîtres absolus de la Nubie- Inférieure et suzerains du reste du pays , ils exercèrent dès-lors sur le Dongolah une suprér malie qu'ils réussirent à maintenir malgré lesî eiforts des Nubiens pour secouer le joug.
La premiène de ces tentatives eut lieu en ia88, sous le régne du sultan Kélaoun. Le roi Schémamoun ayant voulu se soustraire au paiement du tribut, les troupes égyptiennes marchèrent contre lui , le batûrent sous les.
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murs de Dongolah et le poursuivirent quinze journées au-delà sans réussir à s'emparer de sa personne. David, neveu de Schémamoun , fut installé à sa place. Mais , après le départ des Égyptiens , le prince déchu ressaisit l'autorité qu'une secondecampagneluienlevadenouveau.
Toujours appelés par le parti le plus faible lorsque quelque dissension éclatait en Nubie, les Musulmans firent bientôt de fréquentes expéditions dont ils profitaient chaque fois pour asseoir plus solidement leur suzeraineté sur le pays(i).
Cet état de choses se prolongea avec des chances diverses jusques vers iSaS. Lesenfans de Kenz établis dans la Basse - Nubie parurent alors sur la scène et commencèrent à prendre une part active aux affaires du Dongolah. Favorisés par un parti de mécontens^ils s'emparèrent de la ville et résolurent de s'y maintenir.
Les Nubiens sentirent bientôt la faute qu'ils avaient commise en appelant à leur aide ces dangereux auxiliaires. Ils eurent recours à la trahison pour s'en délivrer , et les chefs des Arabes , brûlés vifs au milieu d'un festin^ payèrent leur conquête de leur vie, comme le fils de
(i) Les principales de ces expéditions eurent lieu dans les années i3o6,i 3 16 et x 334*
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Méhëmed - Ali devait , cinq siècles plus tard ^ payer de la sienne celle des mêmes contrées.
Cet assas^nat ne suffit pas pour décider' la retraite des Arabes.. Déjà ils étaient trop soli-^ dément établis dans le pays pour pouvoir en être expulsés , et Tincendie de Dongolah n'eut d'autre résultat que de ruiner à jamais l'importance de cette ville. Les rebelles nubiens, réduits à reculer devant l'ennemi qu'ils avaient eux-mêmes appelé, vinrent se réunir à leur roi, réfugié àDaw, ville forte située entre Dongolah et Assouan.
Bientôt les Arabes accoururent assiéger les misérables restes del'armée nubienne renfermée dans les murs de Daw. Le secours des troupes du Sultan d'Egypte sauva la place; mais cette expédition n'eut pas d'autre résultat. La des-> truction de la ville de Dongolah désormais trop exposée aux entreprises des Arabes , fit regarder comme impossible le rétablissement du roi sur le trône de ses ancêtres, et Daw devint la capitale du nouvel État, fondé sur les débris du royaume de Nubie.
On ignore quelle fut la fin de ce royaume chré* tien , dont l'existence chancelante se soutenait encore en iSag, car on voit à cette époque Nasser-adrdin , roi de Nubie , venir implorer du Sultan d'Egypte un secours que celui-ci donna
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ordre au gouverneur d'Assouan de lui fournir.
Un siècle plus tard les kacbefs bosniaques , envoyés par Suitan-Sélim, conquérant de l'Egypte, prirent possession de la Nubie-Inférieure pendant que les rois du Sennâr étendaient leur domination sur la partie méridionale du pays.
I^ province de Dongolah fut dès-lors divisée en plusieurs fiefs tributaires du Sennâr, et c'est des Foungis, souverains de ce pays, que les Méleks recevaient l'investiture. Vers la fin du dix-huitièmesiècle les Arabes Chaykyés, qui faisaient de fréquentes invasions dans le Dongolah , détruisirent l'influence de la dynastie des Foungis et finirent par déposer et nommer les Méleks selon leur caprice; ils les choisissaient parmi eux et rançonnaient le pays sans que personne fût assez fort pour s'y opposer.
Lorsque les Mamlouks, chassés d'Egypte, se retirèrent dans le Dongolah, les habitans les accueillirent avec empressement, et conduits par ces nouveaux chefs contre les Chaykyés , ils réussirent à délivrer le pays de ces dominateurs turbulens.Pour prix de ce service les Mamlouks, se bornant à prélever des impôts modérés, laissèrent les anciens Méleks en possession de leurs fiefs, et leur domination ne fut point à charge aux indigènes.L'approche de l'armée égyptienne
fit, en i8îio, émigrer dans le Dar-Four les faibles restes des Mamiouks, et le Dongolah est ,. depuis cette époque, soumis à l'autorité oppressive et aux déprédations systématiques des lieutenans de Méhémed-Âli.
La position de la ville de Dongolah sur uiv roc élevé entouré de sables stériles, la rend le point le plus susceptible de défense de toute la contrée. Des murs de terre , hauts de plus de vingt-cinq pieds, irrégulièrement flanqués de petites tours carrées, et assez bien entretenus il y a encore peu d'années, faisaient de cette ville une place importante, et offraient aux habitaus un abri assuré contre les incursions de leurs voisins, les Arabes Chaykyés, qui, chaque fois qu'ils en trouvaient l'occasion , ne manquaient pas de venir mettre le pays à contribution. Fatigués de cet état prest}ue continuel d'hostilités qui s'accommodait mal avec leurs mœurs douces et agricoles, les Dongolaouy n'ont pas cessé depuis soixante ans d'émigrer peu à peu soit vers le nord, soit vers les provinces de Berber ou de Chendy, et même jusques dans le Kordofal et dans le Dar-Four. On compte aujourd'hui , parmi les débris de Dongolah , environ cent cinquante ou .deux cents habitans misérables, et retirant à peine de la terre ce qui est nécessaire à leur subsistance.
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L'enceinte de la ville est remplie de maisonsy abandonnées pour la plupart , et dont queU ques-unes étaient bâties avec une solidité bien rare dans les constructions du pays. Celle qui fut le palais des derniers souverains se distingue au milieu de ce groupe de ruines par sa grandeur et sa forme semblable à celle des pylônes des temples égyptiens. Un ancien couvent^ depuis converti en mosquée, est le 3eul endroit où l'on retrouve quelques fragmens antiques.
Vis-à-vis de Dongolah-el- Agouz, la culture est beaucoup plus soignée et le sol paraît plus fertile : on découvre au loin , dans la plaine, de petits bois d'acacias qui s'étendent au-delà des champs cultivés, et de nombreux bouquets de doums et de dattiers.
Après avoir dépassé l'île populeuse d'Amraour, nous arrivâmes à celle de Tangoss , où une voie d'eau survenue à notre barque nous força de nous arrêter quelques heures. Cette île j qui a plus de trois lieues de long , passe pour une des plus riches de la Nubie ; elle est couverte de nombreux hameaux entourés de jardins, et la campagne y est admirable de fertilité et cultivée avec un soin extrême. Les tiges de doura y parviennent à une hauteur de douze pieds, et leurs épis, longs d'un pied, contiennent jusqu'à trois cents grains.
EGYPTE HT NDiBIE. igS
Eh général les naturels préfèf*ent à rhabita" tion des bords du Nil celle des îles , dans lesquelles ils se trouvent plus à l'abri des incursions d'un eiinemi^ en tnéme temps qu'ils y sont moins exposés à voir les sables du désert envahir leurs champs et détruire Tespoir de leur récolte. Aussi nous remarquâmes à Tangoss un nombre d'esclaves plus considérable qu'ailleurs, signe certain d une plus grande aisance. Ces esclaves ^ achetés fort jeunes , sont traités avec autant de douceur que s'ils appartenaient à la famille parles liens du sang. Devenus grands, ils aident leurs maîtres dans la culture des champs.. Quelquefois ils partagent la succession de leur pati*on avec lés enfans ; et à défaut d'enfans ils sont souvent reconnus comme héritiers du défunt, quoique celui-^ci ait laissé de nombreux collatéraux. Ce sont^ pour la plupart, des nègres Schelouks que l'on reconnaît aisément au manque de deux dents incisives, qu'ils sont, par principe religieux, dans l'usage de s'arracher àla mâchoire supérieure ( i ). Cette pratique remplace pour eux la circoncision.
(i) Makmy dit, en'parUnt des Bedjahs arabes'qni occupaient le désert «ilué entre le Nil la mer Rouge , au nord de TAb}» sinie : « Il y a parmi eux une race d'hommes qui s'arrachent « 1e$ dents de devant, ne voulant pas, diseut-ils, ressembler à « doa ânek. ^
lî. I i
Au moment où nous allions nous rembarquer > nous eûmes le curieux spectacle de la chasse d'un crocodile de plus de dix pieds de long y qui venait de se prendre à Thameçon. Pour cette chasse , qu'ils pratiquent fréquemment^ les naturels emploient un petit bâton de sept ou huit pouces de longueur , termine des deux côtés en pointe acérée , et fixé, par le milieu, au bout d'une longue corde^ à l'autre extrémité de laquelle ils attachent quelques calebasses vicies pour servir de bouée. La saison la plus favorable pour cette chasse est l'hiver, époque où les crocodiles s'endorment au soleil surla plage, ou bien le printemps, lorsque la femelle vient surveiller ses œufs enfouis dans le sable du rivage.
On dispose sur le bord du Nil, tout près de leau, dans les endroits fréquentés par ces amphibies, plusieurs bâtons amorcés avec de la viande. Le crocodile avale gloutonnement l'appât et fuit dans le fleuve , em|K)rtant la corde et la bouée qui permet de suivre sa trace. Lorsque les chasseurs commencent à tirer la corde, le bâton attaché par le milieu se met en travers dans les entrailles de l'animal , s'y enfonce et sert à l'entraîner sur le riv.ige, où on l'amène après l'avoir long-temps fatigué, et où on l'achève à coups de lance. Cette fois nous rendîmes
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plus prompte l'issue du couibat , en envoyant au monstre, chaque fois qu'il paraissait à la sur- « face de l'eau, quelques balles qui contribuèrent à l'affaiblir.
Quelquefois, au lieu d'employer un appât pour attirer le crocodile ^ un des chail« seurs , après avoir observé l'endroit ou Tanimal a l'habitude de venir se reposer sur le rivage , se cache derrière un amas de sohl^. placé sous le vent; dès qu'il le voit endormi il lui lance de toutes ses forces un harpon que le crocodile emporte dans le fleuve , entraînant après lui une longue corde et une bouée. Cette chasse s'achève de la mém« manière que la première.
La peau du crocodile sert à faire des boucliers et des sandales. Sa chair, dont nous voulûmes goûter, est coriace et a un goût nauséabond d'huile et de poisson. Les Noubahs , comme les Barabrahs , mangent volontiers cette chair aussi bien que celle des serpens, des caméléons, des sauterelles, des lézards terrestres, et des tupinambis, grands lézards amphibies qui ne sont pas malfaisans, et auxquels ils donnent le nom de ouaran-el-bahr. Le principal but des naturels, en chassant les crocodiles, est de se procurer une substance analogue au musc qui se trouve dans quatre glandes de la
mâchoire inférieure de l'aninial, et dont ils se servent pour se parfumer« Us recueillent aussi avec beaucoup de soin , pour les faire sécher , les parties naturelles du crocodile , qui possèdent , assure*t-on , de puissantes propriétés aphrodisiaques.
La direction du Nil change un peu avant rtle de Tangoss; et le fleuve court de Test à l'ouest pendant plusieurs lieues ; la rive gauche continue dans cet espace à être la mieux cultivée et la pins riche. Quelques heures avant Debbeh , le lit du fleuve est creusé dans une espèce de poudingue composé presque en entier d'onyx roulésréunispar un ciment calcaire. Des groupes de ces singulières agglomérations, dont quelques-uns ont jusqu'à deux ou trois mètres de hauteur, bordent les deux rives pendant plusieurs lieues, et affectent les formes les plus bizarres et les plus variées. Au surplus, les onyx sont extrêmement communs dans tout le pays, surtout depuis Marakah, et forment la plus grande partie des cailloux roulés qu'on rencontre sur les bords du Nil. Nous avions eu occasion d'en recueillir plusieurs échantillons précieux que nos chameliers oublièrent ensuite à dessein en retournant à Ouady Halfah, pour soulager d'autant leurs dromadaires.
Il était à peine jour quand nous arrivâmes
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à Debbeli , bourg situé sur la rive gauche, à quelques pas du fleuve , et dont là population peut être évaluée à deux mille aoies. Debbeh doit son importancM^ à sa position à Tangle du grand coude que le Nil fait vers Test , ce qui- la rendu le lieu- de rassembljenient pour les caravanes du Kordofial.
Cette province est éloignée de Debbeh de quatorze journées de chameau. Quatre jours de marche conduisent à la source deSemryeh,< et après quatre nouvelles journées, pendant lesquelles on ne rencontre pas d*eau, on arriye à des montagnes habitées et pkintKÎes d'arbres. Dans la saison des phiies, c'est-à-dire depuis juin jusqu'à la fin de septembre, l'eaur est beaucoup moins rare dans ce désert; on y trouve même alors fréquemment de petits lacs et de la végétation; mais la facilité qu'on a de le traverser pendant cette partie de l'année, expose les voyageurs à d'autres dangers de la part des nègres du Dar- Four, qui se réunissent quelquefois en troupes pour venir dépoi^iller les caravanes.
Placé entre deux puissans royaumes, le Dar- Four et le Sennâr, et ttop faible pour soutenir son indépendance contre d'aussi redoutables voisins, le Kordofal subit presque toujours un joug étranger. Tbutes les traditions s'accordent à représenter cette province comme le théâtre
r()8 iOYPJE ET filDBie.
et le prix de sanglantes querelles entre les souverains des États limitrophes (i).
Les plus anciens documens sur l'histoire du Kordofal remontent à un peu plus de quatre siècles. Le pays était alars soumis depuis longtemps aux princes qui gouvernaient le Dar- Four, et appartenaient à une secte appelée Da^ gou, Tungur et Kachifor furent les deux derniers souverains idolâtres de cette contrée^ et les seuls dont le nom se soit conservé. Ils régnaient vers l'an de l'hégire 85o ( i446 )• A cette époque, Ahmed-eMVIaagour, Arabe Rhoreïsch, et descendant eu ligne directe d'Abdallah-ebn-Abbas {%\ oncle ilu prophète, réussit, à la tête de quelques tribus nomades, à s'emparer du Dar-Four(3) et du Kordofal, et y établit l'isla-
(i) Nous devons la plupart de ces reoseignemens sur le Kordofal à roblîgeancede M. Kœnîg, auquel nous sommes heureux d^exprimer ici toute notre reconnaîssaoce.
(3) Ce»t de Fodel, frère d^AIxlallah-EbD-Abbas, que prétendent descendre les tribus d'Arabes nomades Refâuy Oulad-Fodeîy KaouaUlés et GuiadUn.
(3) Voici la liste chronologique des souverains qui ont régné au Dar- Four depuis rétablissement de Fislamisme. 85» de rhégyre- -^ Ahkbd-sl-Maagovr.
877 — Refaa, son fils.
897 "^ ChaÔ-Dohchtd, son fils.
91 3 — * Ibrahik-ei^Dxlii. , son frère. Ce prince
laissa deux fils: Bahar, chef de la dynastie des Mçssabba^tes ; Saboun ,
lâGTPTE ET NUBIE. I99
iDistne, après avoir mis en fuite les che& des idolâtres.
Suivant d'autres traditions, le KordofaI aurait
chef de la dynastie des Ko ndjaras,
La division da Dar-Foar existe encore aujourd'hui tel le que
ravaît établie ce SultaOy en cinq grandes provinces : Dar-Kehir-
el'FacIier f — Ikir-el'Takagnaoui ^ — Dar'Abadima ^ — Dtw-
Ahaouma, — Dar-jâbou-Cheikh.
967 — SABGfUH, son fils,
987 •-* Iddhis-Gx^ial, SQnfiU,
looo — KouBOU, son fils.
10 II — Tebrisdâm, ^o/i^rère.
loao — Sàlboutk, Jo/i frère,
io3i — Abdbrrabmah-Sarap, jo/i/î^r^.
1064 -^ ROUV SAM, JO/3 //^rr.
J096 — Di ATOME, sonfils^
iioo — Soi.ôsSxjisV.lvikV^ son neveu.
II i3 «— . MovasAj son fi/s.
iiifi — BloBAMMBD- Boulât, son frère.
1 1 19 -^ Bestauration de Moussa*
iiaS — Ahmbd-Bokhour,/^ de Moussa.
ï « 4 ' — IsMAÎL - Abou - Har Airir A , son frère.
If 54 — Mohammed-Harahna, «0/1 Tzefeu.
Moussa, son fils, s*étant révolté, il It fit venir sous prétexte de lui proposer la paix, et le tuadesa propre main.
iiSg — Omar.
Il 67 — Aboul-Kassrw, son onele.
1176 — TxÏRAB-ADBtrCHAM, «m>7ir/v.
laoo — El-Hadji-Ishas, foR^?/^.
1 104 — Abdbrrahmav, son oncle.
1214 — M0HAMMBD-F0DEL , jonyS/j. Ce prince
règne encore aujourd'hui aa Dar^Four.
aOO JÉGYPTK ET NUBIE.
été plus anciennement enlevé aux souverains du Dar-Four , et à l'époque de l'invasion d'Ahimedrel-Maagour, cette province, déjà soumise aux lois de l'islamisme, aurait fait partie des possessions d'Aguib-el-K,afouli , qui gouvernait toute l'étendue du pays comprise entre Dongolah-el-Agonz,Saouâkin, habité par les Arabes Hadorbar, et les montagnes des idolâtres, au sud.
En 1 474> à la mort d' Aguib-el-Kafcmli , dont on voit encore le tombeau à Djebel-Garré (i), Amara-Donkis-Abou-Naïl , premier sultan du Sennâr / dç la race des Foungis , profita des querelles qui s'étaient élevées entre les tribus arabes nomades répandus dans les plaines, et les hordes montagnardes, qui formaient la plus grande partie de la population du Kordofal , pour s'emparer de cette province , qu'il réunit a son royaume.
Les souverains du Dar-Four que des discordes intérieures avaient momentanément forcés de renoncer à leurs prétentions sur le Kordofal , . ne manquèrent pas de profiter de la mort du sultan Amara, arrivée en i5io , pour faire valoir de nouveau leurs droits. Ibrahim-el-Delil , secondé par les tribus arabes Ghédéiates et
(i) Non loin d'Haifay, dans le district de Guémeyç.
EGYPTE ET NUBIE. ao 1
Touoaâiuy partit de Kobé à la tête de quelques troupes et entra presque sans coup férir dans l'Ëbeyedy capitale du Kordofal. Ce triomphe fut de courte durée; bientôt les deux puissantes tribus,qui avaient aidé le sultan du Dar-Four à s'emparer de leur pays, se disputèrent elles-mêmes lautorité. A la faveur de ces dissensions, Bâdi, sultan du Sennâr, réussit à intéresser les Ghédéiates aux droits des Foungis, et parvint avec leur secours à se rendre maître du Rordofal en iSSg. Les Ghédéiates furent solennellement investis par lui de titre de Cheïkhs des montagnes, et le pouvoir absolu fut confié , par Bady^à El-Ueissé, un de leurs cheïkhs qu'il établit à Kazgueil.
Les divisions qui régnaient alors au Dar-Four empêchèrent pendant long-temps les souverains de ce pays de songer à étendre leur domination; Deux familles puissantes , les Kondjaras et les Messabbaates (i) se disputaient l'autorité. Sou* tenues toutes deux par de nombreux partisans, elles s'étaient livré de sanglans combats et le Dar-Four était depuis plusde vingt ans en proie aux horreurs de la guerre civile, lorsqu'en.i 578 Iddri$-Guial*Ibn-Saboun remporta une victoire signalée sur les Messabbaates , qui de ce roo-
( I ) Piui'iel de Messabbaoui.
IàO^ ÉGTPTE et NUBIE.
ment cessèrent de pouvoir prétendre à la couronne.
Dekkin-el-Fougnaoui venait de succéder au Cheïkh £l-Ileissé dans le gouvernement duKordofal, au nom des Foungis, rois de Sennâr^ lorsquen i6o3, Guiongol , prince de la dynastie des Messabbaates , ayant été chassé du Dar-Four, tenta de s'emparer au Kordofal d'une autorité qui lui échappait dans sa pa« trie. Aidé par les Arabes Bédéryès (i), chez lesquels il avait su se faire de nombreux partisans, il marcha sur TEbeyed. Mais il fut battu et Dekkin-el-Fougnaoui , après l'avoir tué de sa propre main , envoya sa tête au sultan du Sennâr. Cet événement affermit pour un siècle environ l'autorité des Foimgis dans le Kordofal. Mais vers 1700, Moussa, roi du Dar^Four, détrôné par son frère Mohammed Boulât , pénétra dans celte province à la tête de quelques tribus. Des mécontens se joignirent à lui et peu de joui'S suffirent pour le rendre maître du pays.
Cependant cinq années s'étaient à peine écoulées, lorsque Moussa rappelé auDar-Four par ses partisans, réussit à remonter sur le
(i) Les Arabes Bédéryès occupaient la montage de Séroug, à Toiiest du Kordofal^ sur la route du Dar-l''our.
iOYRTE ET MUBIE. ao3
troue dont il renversa son frère qu'il fit massacrer. Aidé par les Gbédéiates qui leur étaient demeurés fidèles , les Foungis surent habilement profiter du départ de Moussa pour se rendre de nouveau maîtres du Kordofalen 1706. Ahmed-Bokhour, qui avait succédé à Moussa, ne laissant que des fils en bas âge, son frère IsmaïKAboU'-Haranna monta après lui sur le trône du Dar-Four. A la mort d'Ismaïl , arrivée en 1 745 , son fils Omar se saisit de l'autorité au détriment des enfans d'Ahmed -Bokhour. Trop faibles pour lutter contre Omar, ceux-ci quittèrent le Dar-Four avec leur cousin Aissaoui-AbouHachem et marchèrent à la tête de quelques tribus arabes contre Abdallah-Rasel-Teïr qui gouvernait alors le Kordofat. Celui-ci, prévenu de leurs mouvemens, s'avança secrètement à leur rencontre et les attendit à Gueheif pour les attaquer avant qu'ils eussent le temps de se reposer des fatigues de la route ; grâce à cette habile manœuvre , les Kondjaras, surpris au moment de leur arrivée, furent d'abord repoussés; mais une terreur panique s'étant toutà-coup répandue dans les rangs dç'^ Foungis,. ils prirent la fuite abandonnant à leurs ennemis une victoire déjà presque certaine : Abdallah- Ras-el-Teïr périt dans l'action, et les vaincus se réfugièrent à Cbamakata. Aïssaoui leur laissa
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à peine le temps de s'y reposer, il les poursuivit avec acharnement y tua Ayaté-el-Ghadaouy , petit*fils du fondateur de la redoutable tribu desGhédéiates( I ), et contraignit ses frères Ali-Kerrar et Nour-Chîmmé à rentrer dans le Sennâr avec les Foungis. Au retour de cette expédition, il rétablit la tranquillité dans le Kordôfal et s'établit à Ourel , où il partagea le pouvoir avec Suleyman-el-Abiad , fils d*Ahmed-Bokhoùr. \
Après un règne de quatre années, Suleymanel-Abiad, impatient de renverser Omar du trône du Dar-Four auquel il croyait seul avoir des droits , engagea Aïssaoui à s'unir à lui pour venir attaquer l'usurpateur; celui-ci, saisissant avec empressement l'occasion de demeurer seul maître du Kordôfal , fit des préparatifs considérables pour assurer le succès de l'inva-
(i) Malgré le rôle important qu*a joué, dans l'histoire du Kordôfal Ja tribu des Ghédéiales (pluriel de Gliadaoui), les naturels ne sont pas d'accord sur l'époque de son établissement dans les montagnes auxquelles elle a donné son nom» cl qui sont situées à une journée environ au sud-est de TEbeyed. On sait seulement que le premier cheîkb et le fondateur de cette tribu, était un nommé Saîd-el-Ghadaoui, qui vint fixer son séjour à Djebel-Kordofal. Son fils Omar eut trois enfans : Ayaté, Ali-Kerrar et Nour-Chimmé. Le premier succéda à son père; après lui vint Mohammed-Abou-Zoumra ; il laissa un fils nommé Mohammed-Oualad-Bechâra.
EGYPTE BT HIUBIE. Qo5
sion. Omar, instruit de leurs projets, résolut de les prévenir. £n conséquence; il entra iui-méme en campagne à la tête d'une nombreuse armée et se porta sur les frontières du K^ordoÊil. Il avait à peine planté ses tentes aux bords du fleuve el-Nileh, formé par les eaux des pluies, lorsque Aïssaoui^qui dirigeait aussi sa marche àe ce côté , reçut l'avis de son arrivée. Il changea aussitôt de direction pour 1 éviter^ et prit avec Suleyman-el-A.biad .sa roule vers Fouest en marchant sur le Dar^Four. Arrivé à Kélagué, Aïssaoui voulut , par un dernier sacrifice, s'assurer la possession tranquille et sans partage de la province qu'il avait conquise; il abandonna donc à Suleyman une grande partie de ses troupes et retourna à Ourel.
Averti de la ruse de ses ennemis , Omar jugea qu'il valait mieux renoncer à la poursuite d'Aïssaoui, que dedonneràSuleyman-el-Abiad le temps de pénétrer dans le Dar-Four. Il se hâta donc de revenir sur ses pas ; mais son compé- . titeur était déjà à Djebel-Marra lorsqu'il arriva lui-même à Guedid. Cependant il était urgent d'arrêter la marche victorieuse de Suleynian ; Omar se décida à envoyer à sa poursuite son grand eunuque Abou-Cheïkh-Baraka , tandis qu'il parcourait hû-même le pays pour soulever les habitans. Les deux armées se joignirent à
ao6 EGYPTE ET «DBfE.
Barga près deDjebel-Séîoua : le combat fut long et acharné; enfin la mort d*Abou-Cheïkh-Baraka décida du sort de la journée et du triom^ phe de Suleyman-eUAbiad. Cependant le pays tout entier se prononçait en faveur d'Omar; effrayé du peu de sympathie qu'il rencontrait dans la population , Suleyman n'osa pas profiter de sa victoire, et il se retira vers le sud en attendant l'arrivée des renforts qui lui étaient promis par Guiamé-ebn-Yacoub-Arouss, sultan de Bargou.
La nouvelle du désastre d'Abou-Cheîkh-Baraka n'abattit point le courage d'Omar; impatient de profiter du moment où Suleyman affaibli par la bataille de Barga, n'avait pas encore reçu les secours qu'il attendait , il leva quelques troupes à la hâte , marcha à sa rencontre et l'atteignit à Kalanibo dans le Dar-Birguit. Les soldats d'Omar combattirent avec fureur; Suleyman fut tué, et son armée mise dans une déroute complète. I^ vainqueur se retira à Magaila, son ancienne résidence d'hiver (i).
L'année suivante (1752), Omar porta ses armes dans le Dar-Bargou, pour se venger du sultan Guiamé qui avait ouvertement favorisé
, (i) Magalla, situé à peu de distance de Kohé, est devenu, depuis le règne d*Omar» un des domaines de la couronne.
£GYPT£ ET NITBIC. 20J
les projets de Suleyman. La campagne dura plusieurs mois ; mais cette fois la fortune se déclara contre lui ^ il fut tué après un combat sanglant , et ses troupes vaincues se reti*' rèrent en désordre à Dar-Kebir-el- Fâcher, en traversant Onady Sounoud*
Prévenu qn'Aboul-Kassem venait de suc* céder k Omar, Âîssaoui, demeuré depuis l'ex^ pédition de Suleymau-el-Abiad , seul maître de sa conquête , se crut assez fort pour pou* voir prétendre au trône du Dar*Four. Il partit du Kordofal à la tête d'une expédition formidable, pour tenter de s'en rendre maître. Pendant ce temps, Ali-Kerrar-el-Ghadâoui qui, depuis la défaite des Foungis à Chamakata, était demenré à Sennârr, parvint à se faire investir pîir le Sultan de la dignité de Cheikh du Kordofal et marcha sur l'Ëbeyed ; apprenant en route qu'Aïssaoui se dirigeait sur le Dar-Four, et pensant qu'il aurait moins d'avan« tage à demeurer fidèle au sultan du Sennâr qu a traiter avec Moustapha, oncle d'Aïssaoui , que celui-ci avait, en son absence , chargé du gouvernement , il ralentit sa marche et envoya secrètement faire dés propositions à Moustapha. Dès que toutes les conditions furent réglées, Moustapha suivit les instructions que lui donna le Ghadaoui; il fondit sur les Foungis
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à Météoua , les défit complètement et se déclara indépendant. Ali^Kerrar, qui avait abandonné son armée dès. le commencement de raciion, vint ensuite rej oindre Moustapha et recevoir de lui le prix de sa traliison.
Cependant Aboul-Kassem, informé des roouvemens d'Aïssaoui^ marcha contre lui^ le rencontraàBil, lebattit, et le força à se réfugier chez Omgoutô, sultan de Beigô-Tamrô qui^ touché de son malheur, lui donna des chameaux pour retourner au Kordofal; mais il avait à peine pénétré dans cette province qu'il fut assassiné par ordre de son oncle.
Moustapha ne jouit pas long-temps du fruit de son crime; en 1765, Bâdy-Abou-Chelouk , sultan du Sennâr, envoya un de ses officiers, Mohammed-Abou-Cbeilik, pour renverser l'usurpateur et venger le désastre de Météoua. Les excès de tout genre auxquels Moustapha s'était livré lui avaient aliéné la population, aussi les Foungis purent-ils pénétrer jusqu'à l'Ebeyed sans trouver de résistance. Abandonné par ses propres troupes et hors d'état de se défendre, Moustapha quitta le pays et se retira à Sodari.
L'autorité des Foungis était de nouveau rétablie dans le Kordofal, lorsqu'en 1779, Bady- Oualad-Regheb , gouverneur de cette province, futappelé au trône du Sennâr. Son neveu DekJiin
iGYPTE ET NUBIE. ^OÇf
lui succéda au Kordofal sous la tutèle de Mohammed-Oualad-Kaniieir. Informé de cet événement, Hachem, fils d'Aïssaoui, envoya un de ses partisans demander au Dar-Four des secours pour chasser les Foungis du Kordofal. L'envoyé ne tarda pas à revenir à la tête de hordes nom* breuscs d'Arabes qu'il avait revêtus de cuirasses de nattes pour servir d'épouvantail. Cette ruseobtint tout le succès qu'il s'en était promis. Les troupes de Dekkin prirent la fuite à i'ap* proche de l'ennemi et abandonnèrent leur chef qui fut massacré. Le régent Mohammed-Oualad-Kanneir fut assez heureux pour se sauver dans la maison duFaky Bédaouy. Hachem, informé de sa retraite, enjoignit au Faky de livrer son hôte; mais celui-ci s'y refusa courageusement et représenta au vainqueur que lasile d'un ministre de la religion devait demeurer inviolable , qu'il était d'ailleurs de son intérêt à lui-même de le respecter. Cédant aux représentations du Faky, Hachem se contenta de. s'emparer des biens de Mohammed et lui donna un chameau pour retourner au Sennàr.
L'autorité d'Hachem commençait à peine à, s'établir, lorsqu'au commencement de Tannée 1780, Regheb, fils de Bàdy, entra dans le Kordofal pour s'emparer de cette province au nom d'Adlan-Abou-Guédéri, sultan du Sennàr. Ha- II. i4
aïO EGYPTE FT NCBIE.
chem s'étant retiré à Abou-Salaay Regheb l'y poursuirit : là ^ malgré les instances de ses partisans, Hachem comprenant son infériorité refusa formellement d'en venir aux mains avec les Foungis. Traité de tâche par ses amis et honteusement chassé par eux, il se vit préférer son frère Abdallah-Diksô qui, jaloux de se montrer digne du commandement qu'on venait de lui confier , attendit Regheb de pied ferme ; mais il fut battu et vint rejoindre Hachem à Djebel-Ru gué.
Regheb resta seul paisible possesseur de la province jusqu'à l'an 1786; ayant alors appris que le sultan Adlan avait tué son oncle Ibrahim, il partit pour le Sennàr, abandonnant ainsi le Kordofal sans défense aux entreprises de Hachem. Celui-ci se garda bien de laisser échapper l'occasion qu^il guettait depuis si longtemps; aussi Regheb n'était pas encore arrivé aux frontières qu'il était déjà lui-même à L'Ebeyed; maisTeîrab, sultan duDar-Four, instruit du départ de Regheb et de l'usurpation du Messabbâoui, et trouvant anisi l'instant favorable pour réunir le Rordofal à ses posses« sions, confia les rênes du gouvernement à son fils £1-Hadji-Ishak et vint ep personne attaquer Hachem, qui eut à peine le temps de se sauver à Dongolah.
EGYPTE KT ^UBIS. a I I
A la mort de Teirab, Âbdeirakinan , son frère, disputa le trône à Uadji-Istiaky et les sanglantes divisions anxquelles xxss prétentions donnèrent lieu >y permirent à Hachem de quitter sa retraite etde revenir à L'Ebey éd. Devenu, par la mort de son compétiteur, maître tranquille et sans partage duDar-Four, Abderriahman^ qui redmitait le caractère remuant de Hacbem^ envoya contre lui son grand eunuque Abou- Cheïkh-Mohammed-Rourra. Cet o£ficier , à la tête de deux cents cavaliers cuirassés, et montés sur des jumens caparaçonnées de drap rouge, attaqua le Messabbaoui près de sa capi* taie. Dans les premiers engagemens l'avantage demeura à Hachem ; mais bientôt le sort lui fut contraire, et il tomba dans une embuscade. Battu sur t^us les points et poursuivi avec acharnement, il réussit ii grand'peine à regagner k Dongolaii. Après cette victoire, Abou-Oieikh- Mohammed-Rourra et Mélek-lbrahim-Oualad- Roummad se' réunirent pour soumettre les Arabes Beni-Guerrar, qui avaient embrassé le parti du Messabbaoui. Cette expédition ayant été couronnée du succès le plus décisif, les deux vainqueurs retournèrent ensemble à L'Ebeyed où ils se partagèrent le gouvernement. La partie Sud du pays échut à Abou-Cheikh-Mohammed-
ÛI2 EGYPTE SPT NUBIB.
Kourra, et Ibrahi m-Oualàd^Rou m mad^f uf cb argé de celle du Nbrd.
Malgré la rivalité qui régnait entre ces deux chefs, le Kordofal jouissait d'une profonde tranquillité, Jorsqu'en 1796, Mélék-Ibrahim fut rappelé au Dar-Four. L'infatigable Hachem, toujours prêt à profiter des ocCa^ons favorables , reparut aussitôt à la tête de quelques amis dévoués; mais le Magdoum (eunuque) Mossallem, fut presque en niênie-tempsenvoyé par lesultan Abderrahman , avec ordre de s'emparer du Messabbaouiet de le poursuivre] usqu'en Egypte s'il le fallait. Après plusieurs engagemens peu importans, Hacbem, abandonné par ses partisans, vit encore une fois la fortune trahir ses espérances; il se sauva à Chendy et de là encore à Dongolah. Le Magdoum, fatigué de le •poursuivre, écrivit au sultan Abderrahman que le Messabbaoui s'étant réfugié chez les Foungis du Sennâr ses -amis, il avait cru , par respect pour la bonne intelligence qui régnait entre les souverains des deux pays, devoir suspendre ses poursuites; après quoi il revint au Kordofal, où il partagea le gouvernement avec Abou-Cheïkb.
Des motifs d'intérêt ne tardèrent pas à rompre la bonne harmonie qui régnait entre les
KGTPTE ET NUBIE. 21 3
deux gouverneurs : en 1 799 le visir Dokoumé vint leur porter l'ordre de venir tous deux au Dar-Four rendre compte de leur conduite ; au bout de quelques mois le Ma^doum Mossallem^ ayant réassi' à se justifier, revint occuper son poste accompagné d'un prince Messabbaoui, le sultaa Teïma. Dokou«ié fut investi du gouvernement de la partie Sud en remplacement d'Abou-Cheïkh.
Abderrahman mourut en »8oo. Itiformé de l?avénement de Mohammed-Fodel au trône du Dar-Four , Ha^bern fatigué de l'exil envoya le plus jeune de ses fils demander aux gouverneurs du Kordofal leur intervention auprès du nouveau souverain. En même temps il partit pour le Bahr-el-Abiad, et après avoir enlevé aux Arabes des troupeaux considérables de bœufs, il alla s'établir avec sa famille sur ht rive droite du fleuve. LeMagdoum Mossallem et Dokoumé, redoutant quelque trahison de sa part , marchèrent contre lui. Hachem fit un appel à tous les^ partisans des Messabbaales qui , réunis bientôt au nombre de plus de douze mille, jurèrent d'exterminer les Kondjaras ; mais l'effet ne répondit pas à cette terrible menace. En 1801 les troupes de Hachem furent battues, et luimême perdit la vie dans le combat.
AboU'Cbeïkh, vi$ir du jeune sultan Moham-
dj4 ÉGYFTK ET NUBIE.
med-Fodel^ ayant ^en i8o3, tenté de le renverser du trône pour y faire monter Bàki-Taher, frère d'Abderrahman ^ fut tué dans une sédition, etDokounié fut appelé à le remplacer; le Magdoum Mossallem demeura ainsi maître sans partage du gouvernement du Kordofal.
Pendant le8dix«*buit années suivantes, la tran* quillité fut à peine troublée par quelques chefs de tribus qui voulaient s'affranchir de l'impôt qu'ils payaient au sultan du Dar-Four..LesMéleks Mohammed - Doud et Imam^-Oualad-Tergna venaient de sojumettre les Arabes Maharyés et Mahamydés à l'autorité du sultan Fodel , qui semblait mieux affermie que jamais dans le Kordofal , lorsqu'à la fin de chaban 1^36 (mai 1821) les djellabs qui arrivaient de la Basse-Nubie ^ annoncèrent la prochaine invasion des Turcs. I^e Magdoum apprit par eux que le Sennâr allait être envahi par un certain Ismaïl-Pacha , fils du vice-roi d'Egypte, et qu'un nommé Méhémet-Bey, son Defterdar, venait d'arriver à Dongolah , d'où il devait marcher sur leKordofal.Mossallem refusa de croire àcettc nouvelle; il ne pouvait s'îmaginet* que les Turcs eussent des vues sur un pays aussi éloigné du leur ; d'ailleurs il lui paraissait impossible qu'une armée nombreuse réussît à traverser le désert qui sépare le Dongolah du Kordofal.
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Aussi ne prit-il aucune mesure poqr s'opposier à l'invasion. S'apercevant seulement que ces bruits donnaient lieu à quelqMes émigrations^ il fit publier un édit qui prononçait la peine de mort contre les éraigrans et contre tous ceux qui parleraient des Turcs.
Cependant un mois s'était à peine écoulé depuis les premiers avis lorsqu'un courrier, venu de Dougolah en huit jours, apporta au Magdoum une lettre de Mébémet-Bey : « Je ne suis point venu cbez >{ous pour faire la guerre, disait le Defterdar. Mébémed -Ali - Pacha mon maître m'envoie pour vous demander,, au nom du S{i\tan de l'islamisme, le tribut que lui doivent tau$ les princes musulmans. Si vous accédez à cette juste demande 9 je me retirerai après avoir reçu ce tribut; sinon je serai forcé de venir le prendre les armes à la main..*. Choisissez! »
A la réception de cette lettre le Magdoum consterné réunit les Méleks pour les consulter sur le parti qu'il fallait prendre dans cette circonstance difficile. Les délibérations furent longues et tumultueuses. Les uns proposaient de refuser l'impôt et d'attendre l'ennemi de pied ferme; d'autres, mieux avisés, pensaient que, sans répoudre au Defterdar, il fallait se mettre de suite en marche pour att£|quer les Turcs $ur
Îll6 EGYPTE ET NVBIE.
les confins du désert, lorsqu'ils se présenteraient accablés par la fatigue et les privations de la traversée. La demande du tribut n*est qu'un prétexte pour pénétrer plus facilement dans notre pays, dit leMélek Ibrahim-Oualad-Ouïr, il faut donc se préparer à résister aux Turcs; mais auparavant je propose d'envoyer un courrier au Dar-Four pour prendre les ordres du Sultan.
Cette opinion prévalut , et le Magdoum envoya un de ses officiers à Mohammed-Fodel pour l'avertir du danger qui menaçait le Kor^ dofal; la réponse ne se fit pas attendre: il fallait vaincre ou mourir.
L'envoyé du Defterdar fut introduit dans le conseil : là après l'avoir accablé d'injures :« Retourne vers ton maître, lui dit le Magdoum, et engage-le à préparer ses armes : quant à nous , nos lances sont prêtes.-»
Le général égyptien s'attendait à cette réponse. Mais le Vice-roi lui ayant expressément recommandé de ne recourir à la voie des armes qu'après avoir épuisé tous les moyens de négociation , il se décida à envoyer un second messager au Magdoum pour lui renouveler ses propositions et l'engager à venir le trouver pour prendre des arrangemens; mkis en même
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temps , afin de se tenir prêt à tout événement y il s'avança jusqu'à Debbeh, où il célébra les fêtes (lu Baïram.
A son retour , le courrier remit au Bey une lettre du Magdoum qui n'entendait traiter j disaitnl, que les armes à la main. Cette nouvelle fut accueillie avec la joie la plus vive par le Defterdar^ qui brûlait du désir de voir ses propositions repoussées. Il fit aussitôt ses dis» positions et envoya un exprès monté sur un dromadaire pour reconnaître la route du désert jusqu'à Djebel-el-Haraza. Au bout de quelques jours y celui-ci arriva à la tombée de la nuit au terme de sa course, et repartit après avoir attentivement observé les lieux, sans pénétrer dans le village : des habitans , qui l'avaient aperça, coururent avertir Abd-el-Hadi Cheikh de la montagne. Ce chef pensa d'abord que ce pouvait être un djellab qui se dirigeait vers le Dar-Four ; mais étonné qu'il n'eûtpas suivi la route ordinaire qui de I^ongolah passe à louest du Kordofal, il envoya des gens sur ses traces. Quand on lui eut rapporté que les pas du dromadaire se dirigeaient sur Semryeh , il ne douta plus que ce fut un agent du Defterdar, et il partit sur-le-champ pour L'Ebeyed afin d'en informer le Magdoum.
Cependant Méhémet-Bey attendait avec impatience, pour se mettre en marche , le retour
2l8 éGYPT£ ET RUBIE.
de son envoyé. Dès qu'il fut informé par lui que le désert était praticable et qu'il y avait à Semryeh une quantité d'eau suffisante ,11 fît ses préparatifs de départ. L'arrivée d'Ibrahim- Pacha à Dongolah lui faisant craindre que ce prince ne vînt prendre le commandement de l'armée , il se hâta d'entrer dans le désert et arriva ii Semryeh après quatre jours de marche. De là , après avoir fait ses provisions d'eau , il se dirigea vers Djebel-el-Haraza. À moitié chemin^ le manque d'eau et la fatigue ayant altéré sa santé 9 il se fit porter dans une litière suspendue entre deux chameaux, et prit les devans avec une vingtaine de personnes.
Abd-el-Hadi, de retour à Ël-Haraza, envoya des hommes à la découverte ; mais comme ils venaient de partir, le Defterdar arriva avec sa suite et s'installa chez lui. Aussitôt le cheikh dépêcha en toute hâte un courrier au Magdoum , pour l'informer que le Bey venait d'arriver dans un état déplorable ; il ajoutait que les troupes privées d'eau étaient encore en arrière et que le moment était favorable pour surprendre le général turc avant qu'il eût eu le temps d'être rejoint par son armée.
Le Defterdar auquel Abd-el-Hadi avait , dès Finstaut de son arrivée , témoigné le plus entier dévouement , était loin de soupçonner sa
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trahison 9 aussi , dans l'intention d'obtenir du cheikh les renseignemens dont il avait besoin , il le comblait de faveurs et de présens. Le courrier d'Abd-el-Hadi rapporta à son maître une lettre du Magiloum ; l'eunuque répondait qu'il n'avait pas besoin de conseils et qu'il attendait les Turcs.
Méhémet-Bey était déjà à El-Haraza depuis quatre jours lorsque ses troupes arrivèrent. Le cheïkh Abd-el-Hadi envoya aussitôt à Mossallem un nouvel émissaire pour len informer. Si le Magdoum se fût mis en marche sur-lcchamp, et qu'il fut v^enu foudre sur les Turcs , exténués par les fatigues d'un long et pénible voyage y il les eût infailliblement exterminés; mais plein de Qonfîance dans ses ressources , il fit au message du cheïkh la méipe réponse que la première fois, s'en remettant, pour le reste des évènemens, aux décrets de la providence.
Abd-el-Hadi espérant toujours que le Magdoum se déciderait enfin à avancer , n avait rien oiégligé pour retenir le Defterdar à £l-Ha« raza; mais à l'arrivée des troupes turques, à l'aspect des armes à feu et des munitions de guerre de toute sorte, il jugea sans peine que les Koodjaras ne pourraient arrêter l'invasion.. Réfléchissant alors sur le sort qui l'attendait si le Defterdar venait à être instruit de sa trahison,.
aaO EGYPTE ET NUME.
il se décida à chercher son salut dans la fuite y et se sauva dans les montagnes. Informé de son évasion, et persuadé qu'il était allé prévenir le Magdoum de son arrivée, Méhémet-Bey envoya à sa poursuite un détachement de dromadaires, et partit en même temps à la tête de toutes ses troupes. Arrivé à Kaguemar sans avoir pu obtenir de nouvelles du cheïkh , il s'y reposa quelques jours, puis s*avança jusqu'à Guernayé.
Le Magdoum, instruit de l'approche du Defterdar, comprit enfin qu'il était temps de se préparer à combattre. ïl réunit tous les Méleks, les cheïkhs des principaux villages et ceux des tribus, avec tous les Dongolaouy résidant à L'Ebeyed , qui étaient montés , cuirassés et armés, et il partit à leur tête le i6 zilkaadè (i5 août 1821), vers le soir. Le même jour, Méhémet-Bey , renonçant à découvrir la retraite d' Abd-el'Hadi, quitta la halte de Djebel-el-Guernayé.
Le lendemain matin Mossallem arriva à Bara, et plaça son camp dans un bas fond , au pied de ce village. LeDefterdar, qui avait planté ses tentes à un quart d'heure au nord de Bara, envoya à la découverte quelques Mogrebbins, qui l'instruisirent de l'approche des Rondjaras et du désavantage de la position qu'ils occupaient. Montant aussitôt à cheval, il mit en ordre de ba-
EGYPTE ET NCBIE. 2 21
taille ses 4)000 horomes d'infanterie et de cavalerie, et dix pièces de canon. Dès que les Kondjaras aperçurent les Égyptiens sur les hauteurs y ils coururent l'annoncer à Mossallem , qui, dans ce moment, était occupé à prendre son repas et à distribuer des dattes aux Mélelss. — Le moment est venu,leurdit l'eu nuque; puisje compter sur vous ? — Nous avons mangé le sucre avec vous, répondit Oualad-Ouïr : maintenant nous saurons boire Tamertume.
Au moment d'en venir aux mains, quelques habitans de Bara , qui avaient vu le Defterdar au moment de son arrivée à Guernayé, vinrent prévenir le Magdoum que le Bey avait l'habi* tude de se faire porter en litière, et ils lui conseillèrent de diriger son attaque principale sur le point où il l'apercevrait.
Les Mogrebbins engagèrent l'action, pendant que le Bey^ demeuré lui-même sur les derrières avec l'infanterie et une partie de la cavalerie turque,faisaitavancer quelques pièces de canon. Les Kondjaras répondirent à cette première attaque par une charge très-vive sur les Mogrebbins, qui, bientôt accablés par le nombre, furent forcés de battre en retraite. Une pièce de canon , qu'on ne pouvait plus servir faute de munitions, fut prise par l'ennemi, qui mas-
222 iSgYPTH et NUBIE.
sacra les canonniérs et quelques détachemens qui accouraient pour les défendre.
Le désordre commençait à se mettre dans les rangs des Turcs , lorsque le Defterdar fu* rieux se porta en avant avec l'infanterie , corn* posée de Duramanli. Il excitait lui-même ses soldats au combat , frappant sans pitié de sa hache d'armes ceux qui paraissaient hésiter; la cavalerie le suivait avec deux pièces de canon. Enhardis par leur premier succès , les Kondjaras marchèrent fièrement à sa rencontre, en brandissant leurs javelots et en se couvrant de leurs boucliers. Des hurlemens affreux furent le signal de leur attaque. Loin d'abattre leur courage, le bruit terrible de l'artillerie qu'ils entendaient pour la première fois, ne fit que l'enflammer davantage; les femmes elles-mêmes prirent part k Faction en excitant les leurs par des cris épouvantables. Lorsque les ennemis se furent approchés à portée de fusil , le feu bien nourri de l'infanterie turque couvrit bientôt le champ de bataille de leurs cadavres. La pièce de canon, immédiatement reprise, fut de nouveau dirigée contre eux ; on la trouva profondément entaillée des coups de sabre des Kondjaras , qui avaient essayé de la détruire.
Ignorant les effets de l'artillerie, et frappés
par des armes invisibles , ces malheureux portaient le doigt dans leurs blessui^es, et mouraient sans savoir comment ils étaient atteints. Enfin, reconnaissant que leurs cottes de mailles, leurs boucliers et leurs casques^ étaient aussi impuissans contre les balles et les boulets que leurs talismans qu'ils avaient cru infailliblesy ils abandonnèrent le champ de bataille^ et la déroute devint complète. Le Magdoum , abandonné, battit lui-même en retraite pour aller rejoindre quelques Mëleks qui cherchaient à faire une trouée sur la cavalerie. L'un d'eux, Ibrahim-Oualad-Ouïr , se rappelant l'avis donné au Magdoum par des Arabes de Bara, se porta, avec quelques-uns des siens, sur une litière qu'il aperçut suspendue entre deux chameaux. Onze de ses fils venaient d'être tués; la soif de la vengeance et l'espoir d'exterminer le chef des ennemis, lui font tenter un dernier effort; il s'élance et frappe; mais, au lieu du Bey qu'il croit avoir tué, il voit rouler à ses pieds la tête d'une jeune femme arabe qui , suivant l'usage , était occupée à battre des timbales pour exciter au combat les soldats mogrebbins , parmi lesquels était son époux. Oualad-Ouïr , reconnaissant son erreur, veut, mais trop tard , fiiîr pour rejoindre les siens , dont la plus grande partie avait disparu. Cerné de toutes parts^
2a4 EGYPTE ET NUIUE.
voy^l qu'il ne lui reste plus qu'à mourir , il se précipite en désespéré sur un gros de cavalerie commandé par Hassan-Bey-Kouprously.
Un Mogrebbin lui tira un coup de pistolet k bout portant, pendant que les troupes d'Hassan-Bey, qui voulaient s'attribuer l'honneur de la C2(pture de ce chef, faisaient , de leur côté , pleuvoir sur lui une grêle de balles. Oualad- Ouïr , frappé de plusieurs coups , tomba de cheval, et Hassan-Bey alla lui-même couper sa tête, qu'il vint déposer aux pieds du Defterdar. Le corps du Magdoum ne fut' pas retrouvé, mais le bruit de sa mort acheva la déroute. Pendant que les Turcs ramassaient les dépouilles des Kondjaras et coupaient les oreilles des morts et des blessés , les Mogrebbins poursuivaient les fuyards jusqu'au-delà de Méleh, et en tuaient encore un grand nombre. Enfin au coucher du soleil, le Defterdar étant entré à Bara , s'établit près d'un puits et fit tirer quelques coups de canon pour rappeler ceux que l'ardeur du butin avait entraînés trop loin du champ de bataille. Plus de trois mille paires d'oreilles furent apportées au Bey, qui paya pour chaque paire les 20 piastres ( 8 fr. ) promises. Environ quinze cents Kondjaras, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre de Méleks , perdirent la vie dans ce combat; un de ces Méleks, qui avait été blessé
à la jambe étant resté parmi les morts , eut le courage de se laisser couper les oreilles sans donner signe de vie , dans la crainte d'être tué si les Turcs s'apercevaient qu'il existait encore , et le lendemain, lorsque le Defterdar eut levé son camp y il parvint à se sauver.
Teïma-Oualad-el-Sultan, Messabbaoui^Yisir de Mossallem, prit la fuite en apprenant sa mort, et se réfugia au Dar-Four avec vingt-deux Méleks échappés comme lui au massacre.
Dès que la nouvelle de la défaite du Magdoum fut parvenue à L'Ébeyed, où on avait entendu le bruit du canon , les Ghédéiates et les Dongolaouy, qui résidaient dans cette capitale , se mirent à piller les habitations des Kondjaras, sous le prétexte qu'il valait mieux profiter euxmêmes de ces dépouilles que de les abandonner à l'ennemi.
C^endant malgré sa victoire, le Defterdar était loin de se croire maître du pays. Il craignait de rencontrer encore bien des obstacles , et ses alarmes étaient redoublées par le bruit que faisaient courir les naturels, du retour prochain des Méleks, suivis de toute la population armée. Mais après trois j ours d'attente, ne voyant pas paraître d'ennemis, il se décida à envoyer prendre des informations auprès d'un négociât mekkain Hadji-Ambar , qu'on lui désigna ji. i5
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oomme jouissant de la considération générale à L'Ébeyed , où il était établi depuis plusieurs années. Au bout de quelques heures , le messager était de retour; Hadji-Ambar annonçait au Bey y que depuis la bataille de Bara il n'existait plus d'armée de &ondjaras; il ajoutait que si le Defterdar désirait trouver qudque chose des biens du Magdoum et des Méleks, il n'avait qu'à se hâter, car les Dongolaouy et les Ghédéiates s'étaient déjà emparés de presque tout.
A cette nouvelle le Defterdar se mit en marche. Prévenus de son arrivée, quelques-uns des pillards se cachèrent, les autres plus hardis suivirent Hadji-Ambar pour aller au-devant du JBej. Les habitans de L'Ébeyed étaient loin d'aimer les Kondjaras; mais ils regardaient leur domination sur le pays comme un colosse qu'aucune force humaine ne pouvait renverser. Frappés de terreur en voyant cette puissance s'écrouler tout d'un coup, et craignant d'être massacrés par des vainqueurs étrangers, un grand iK)mbre d'entre eux abandonnèrent ia ville.
Une morne stupeur régnait dans L'Ébeyed, longue le ai de Zilhidjè (i^s^tembre), les Turcs se montrèrent à l'ancien camp des Kondjaras» C'était Hassan-Bey-Kouprously qui avait pris les devans avec ses irréguliers. Il traversa la ville qu'il entoura de soldats, puis il prit
possession du palais du Magdoum. Il s'y était à peine installé , lorsque le Defterdar arriva luimême. Lies Cheïkbs de la ville furent aussitôt mandés et reçu rent l'ordre de ras&urer }e peuple ; en même tepips Hadji^^Ambur fut çré^ Ch^^h el Kebir (grand cheïkh) et reçut un kaftan d^hoo* neur et un cachemire. Un prieur pubUe annonça sur tous les pointa que personne i|e serait inquiété, et les appréhensions deshabitans compiencèrent à se oalmer.
Les principaux cheïkhs furent convoqués le a4 zilhidjè (a i septembre) et le Bey leur enjoignit de faire la remise de tous les biens des Méleka. Sur leur r^onse que le pillage auquel L'I^beyed avait été livré depuis le jourde la bataille de Bara, les mettait dans l'impossibilité d'obtempéré à cette demanda, le Pefterdar fit aussitôt pu** bliar que tous oe^x qui avaient des objets ap^ partenant aux fLondjaras eussent à les déposer entre les piains de Hadji-Ambar, dans le délai de trois jours, soqs peine d'être regardés comme rebelles et punis avec la dernière rigueur.
Dès le lendemain Hadj L^Ambar, conformément aux ordres du Bey, alla Rétablir sou|i un arbre à l'entrée de la ville, pour recevoir ee qu^ les pillards jugeraient à propos de luj. apporter ; maïs la journée entière s'écoula ^ans qu'on lui eût remis autre 4sho6e que des objets d'une va-
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leur presque nulle. Au coucher du soleil il alla les déposer aux pieds du Bey, qui lui demanda si c'étaient là les richesses des Kondjaras. Le Cheikh répondit que les objets les plus précieuse manquaient , mais que les pillards paraissaient peu disposés à les rendre : — oc Je saurai bien les « y contraindre, reprit le Bey avec colère. Je sais (c que leMagdoum et ses Méleks prélevaient cha- (c que année d'énormes impôts sur le pays. Ik «possédaient d'immenses trésors... et je les dé- « couvrirai. »
Les cheikhs furent convoqués de nouveau le a6. Après leur avoir adressé de vifs reproches sur le peu de concours qu'ils prêtaient à Hadji- Ambar, pour la restitution de ce qui avait été pris aux Kondjaras, le Defterdar leur demanda en quoi consistaient les principales richesses des vaincus. Ceux-ci ayant répondu que c'était principalement en esclaves, le Bey leur ordonna de les faire saisir sur-le-champ. S'apercevant au bout de quelques heures que ses ordres ne s'exécutaient que lentement, il monta lui-même à cheval avec un détachement de Mogrebbins, et tandis que les uns pénétraient dans les ca- . banes pour en faire sortir les esclaves, les au-, très s'en emparaient pour les amener au quar* tier des Kondjaras. Les Turcs ne remarquant aucune différence dans la couleur noire de la
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peau des esclaves et de leurs maîtres , se saisirent indistinctement des uns et des autres. Plusieurs esclaves d'une couleur un peu cuivrée furent pris au contraire pour des hommes libres , et respectés. En peu d'instans la plus épouvantable confusion régna dans la ville. Le quartier des Kondjaras fut encombré d'esclaves de tout sexe et de tout âge /et peu s'en fallut que la ville entière ne fut réduite à l'esclavage. Tout ce que l'on trouva de précieux dans les maisons des Cheïkhs fut également saisi et apporté dans le palais du Bey.
Des réclamations s'élevèrent bientôt de toutes parts, mais personne ne fut écouté. Les' objets précieux furent déposés dans le khazné (trésor) et les esclaves vendus au profit du Gouvernement ou livrés aux soldats acompte sur leur paye. Des détachemens furent en même temps envoyés dans les villages de l'intérieur^ pour prélever une contribution df esclaves et d'argent. La ville de L'Ébeyed fut imposée à 10,000 tallaris (55yOoofr.).
Persuadé qu'au milieu de ces bouleversemens toutes les preuves de sa trahison avaient disparu , le Cheïkh Abd - el - Hadi ne tarda pas à se remontrer à L'Ébeyed; mais la lettre qu'il avait écrite au Magdoum pour l'informer dé l'arrivée des Turcs et pour le presser de venir les attaquer, avait été remise au Bey. U
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fut donc arrêté et coiidamiié à étt*e empalé. Ce^ pendant, sur la prière de son ami Hadji^-Ambar, sa peiw fut conkmuée en une détention de dis années dans les écuries du Defterdar. Condamné à partager lé sort des chevaux et attaché à la mangeoire par un Ucon; il ne reçut pendant les deux premiers jours d'autre nourriture que la ration d'orge et de paille de ses commensaux. Ses en^ fans obtinrent ensuite de lui porter d'autres alimetis , mais le reste de la sentence continua de recevoir «on exécution.
Pendant que ces étènemens se passaient au Kordofal ^ le Medsabbaoui Teîma et les vingtdeux Méléks étaient arrivés au Dar<-Four. Là le Sultsm furieux leur reprocha leur lâcheté, et les jeta en prison; puis tiprès s'être emparé de leurs biens , il les fit mas^crer. Tèïma trouva seul le moyen de séduire ses gardiens et de s'évader. Après avoir erré quelque temps, il se décida à Venir implorer la démence du Defterdar, qui lui permit de demeurer au Kordofal. Méhémed-^* Ali, qui se propose de mettre à profit l'influence dece MessabbMui sur les naturels pour parvenir à pénétrer ju^u'àtix tâines d^or de Chaboun, a donné des ordres pour qu'il fût bien traité. Les graves évènemeâs qui se sont succédé en Egypte, n'ont pas jusqu'ici permis au Vice^roi de ck>nner suite à celle importante expédition
à laquelle on assure cependant qu'il n'a pas entièrement renoncé. £n attendant qu'elle vienne le lancer de nouveau sur la scène politi* que f le prince déchu charme ses loisirs par un petit commerce d'eunuques qu'il fait de sa pro«pre main etqu'U envoie vendre en Egypte.
Quelque temps après la conquête duVice-roi^ Mohammed-Fodel voulut tenter défaire rentrer le Kordofal sous sa domination : il rassembla en conséquence des troupes nombreuses sous le commandement d'une soixantaine de Méleks ; un autre corps d'armée fut confié par lui à FÉmir Ahmed ^ son visir et son neveu , sous les ordres duquel marchaient Saïd-Bournou , Aba* dima, Abaouma et Takagnaouî , quatre des grands personnages du royaume. Arrivés à Abou-Arad, les Méleks formèrent le complot de trahir leurs chefs et de les livrer aux Turcs ; mais k Sultan Fodel, instruit à temps de leurs intentions , donna ordre à l'armée de s'arrêter.
Averti de ces mouvemens y le Defterdar s'avança contre les Kondjaras dont Favant^garde prit la fuite à son approche, et depuis ce moment les Égyptiens sont demeurés maîtres pai* sibles de cette province.
Le Kordofsil n'a pas tardé à éprouver le sort de tous les pays soumis au jou^ de Méhémed* Ali. Non content d'écraser les habitans par les
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impots les plus arbitraires', le Vice-roi s^esf réservé le droit exclusif de faire le commerce avec les nègres libres, et la misère ne se fait pas moins sentir au Kordofal qu'en Egypte. Pour triompher des résistances que la tyrannie du gouvernement pourrait faire naître^ les Turcs ont échelonné de petits corps sur plusieurs points principaux et établi un camp retranché à El-Orta, sur l'emplacement de Fancienne ville de L'Ébeyed, détruite lors de la conquête du Defterdar : on donne pourtant encore aujourd'hui ce nom à la réunion des trois établissemens de Ouadj-IVaghel, gros bourg habité par desDongolaouy ; El-Orta et Ouady-Safié^ village occupé presque exclusivement par des nègres, transplantés dans ce pays par le Magdoum Mossallem. On peut évaluer à quatre mille âmes environ la population de ces trois établissemens. La production la plus importante du Kordo* fal est la gomme arabique. On l'extrait par incision de plusieurs variétés d'acacia qu'on ne commence à rencontrer que dans les plaines du Dongolah. Nous remarquâmes surtout deux de ces acacias. Le premier aux rameaux rougeâtres et aux fleurs rouges, est appelé par les naturalistes mimosa habbas; les naturels lui donnent le nom de sagareUel-fas. Cette espèce , moins odorante que celle à fleurs jaunes , mais eu-
rieuse par les longs poils dont ses légumes sont couverts 9 est fort commune en Nubie, mais surtout dans le Dar-Sokkpt. L'autre variété, plus rare que ceDe-ci , à les fleurs d'une couleur violette foncée ; ses légumes sont également velus, et elle est surtout remarquable par la propriété sensitive qu'elle possède à un haut degré. Les habitans , qui ne manquent pas d'attribuer à la magie cette propriété singulière , ne touchent jamais l'arbre sans prononcer quelques paroles de conjuration.
Ces arbres ne donnent, dans le Dongolah, qu'une petite quantité de.gomme très brune et d'une qualité trop inférieure pour qu'on s'occupe de la recueillir, ce qui tient probablement à la sécheresse du sol. Au Kordofal , au contraire, où les pluies sont fréquentes, la gomme est de très belle qualité et on en recueille , dans cette province, près de cinq mille quintaux (i). Il est presque superflu de dire que le Vice-roi s'est emparé du monopole de ce produit comme de tous les autres. Cependant , par une faveur spéciale, il avait consenti à céder, pour quelques années, une partie de ce privilège à un Français, M. Vaissieres, pour le récompenser des services signalés que lui avait rendus cet officier dans la
(x) De x5o rôties le quintal. Lerotle vaut à peu près la livre de Marseille. io3 rôties font xio libres.
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guerre contre les Wehabites ; mais le terme fixé est arrivé et M éhémed-Ali se trouve aujourdliui maître de ce commerce dontM. Vaissieres a vainement offert de conserver l'exploitation moyennant une redevance annuelle d'un million de piastres^ somme supérieure peut-être à celle que le Vice-roi en retire lui-même, par suite du désordre de l'administration (i).
On récolte aussi de l'encens au Kordofal , mais les Arabes, chargés de le recueillir pour le Gouvernement, ne recevant qu'une misé-
(i) Les agens du Pacha lui font payer 73 piastres ( i5 fr. ) le quintal, que l'od peut obteirir à ai fr. 60.
Avant rétablissement du monopole, les marchands du pays ou djellabs payaient , pour frais dédouane, 67 piastres \\% par charge de 5oo rôties, y compris la coufe. Ce droit avait été fixé par le Defterdar, à condition que les marchandises seraient exemptes de droits à Dongoiah.
Les frais de transport pouvaient être évalués à io5 piastres de L'Ebeyed à Dongoiah; x5 — de Dongoiah à Ouady-Halfah, par terre. 6 — deOuady-Halfahà Assouan, par eau. 10 ^ d'Assouan au Caire.
Pour passer la première cataracte les djellabs devaient payer un droit kharamani aux Agas d' Assouan, auxquels il avait été accordé par leSultan Sélim en i5i8. Cedroit était de ao meddins ou demi-piastre; et autant au peseur (gaèhani).
A Déraouy il fallait encore payer un droit de 17 piastres pur quintal.
Arrivés au Caire, les marchands avaient encore à payer une demi-piastre, par charge, pour Tokel des djellabs.
Pour les esclaves, les droits sont de 75 piastres par tête, dont
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rable paye^ attendent pour le ramasser qu'il ait coulé par terre; aussi est-il peu estimé. Cette province produit encore quatre à cinq cents charges de tamarin (i), trente quintaux de dents d'éléphant (a) et une assez grande quantité de plumes d'autruche (3).
Le Kordo&l fournit en outre au Vice-roi prèa de trois mille esclaves. Dans cette contrée, comme au Sennâri les parens vendent leurs pro-
45 piastres doivent être payées par Tacquéreor, et 3o piastres par le vendeur.
Il faut que led djellnbs paîem, eo outre, tS piastres par tête dfe kiè^inâ à Doûgolab, et 34 piastres è Déraoay. Arrivés au Caire, ils paient de plus xi piastres t|a. Ce droit n'était que de 3 piastres du temps de Toccupation française.
Ënfin^ lors de la vente, il faut encore payer 3 piastres par XêAt d'êsdatè, au profit de l'okel deJ^djfcDabs.
Ou préfère en général les esclaves dX)ocideBt» Q'tBSt'^à^ire du DarFour, du KordofaI, de Bornou» etc., à ceuK du Sennâr et de TAbyssinie. On prétend que ces derniers sont plus falnéans ^% plus endif)» au vol.
(i) Le tamarin, que soti peu dlmportaiice a dérobé au m^ nopole, se vend au £ordo£al 4^ piastres la charge de 336 rôties. Son prix ordinaire est, à Aleaandrie, de i3$ piastres. On peut évaluer les frais de douane à 3o p. 0(0.
<!>) Ile Yice-roi achète tes dents d'éléphant à 5oo piastres le qinotal, et les revend k.'OO piastres. On peut évaluer à €4900 quintaux Is quantité qui vient annneUeaieot du Dar-Four.
(3) Elles valent au KordofaI 45 piastres , i rotle de blanchessur 3 rôties de noires; et de aeo à aSo piastres, x roifede bluocbes choisies.
. Les pAaines de 1 autruche «aile sont beauceup fiiiie estimées
près enfans pour subsister , ou les donnent au Gouvernement en paiement des contributions. Dans les temps de famine , fléau qui n'est point rare dans ces montagnes, on les voit se vendre eux-mêmes pour obtenir un peu de nourriture. Le surplus des esclaves provient de battues faites par les troupes du Vice-roi dans les montagnes habitées par les nègresNoubah. Tous ceux qui ne réussissent pas à se sauver sont emmenés en esclavage et de là expédiés au Caire ; mais presque toujours plus des deux tiers de ces malheureux périssent avant d'arriver à leur destination. On calcule que sur près de cinquante mille esclaves que les Turcs ont arrachés à leur pays natal, dans l'espace de dix ans, il en existe à peine cinq mille.
Le Sultan du Dar-Four fait aussi lui-même , chaque année , cette chasse aux esclaves ( Gazouè) pour alimenter son commerce avec l'Egypte. C'est dans une de ces battues que le Sultan Teïma prétend être arrivé aux sources du Nil , après une campagne de près de trois mois, toujours dans la direction Sud.
Le Sultan Teïma que nous avons eu depuis occasion de connaître au Caire et auquel nous devons une partie des détails relatés plus haut
que celles de l'autruche femelle ; les Arabes les conservent dans la peau même de 1*aninia1. Chaque autruche donne environ trois livres de plumes noires et une demi-livre de plumes blanches»
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sur les dernières années de l'histoire du Rordofal, avait dressé pour M.Kœnig, habile orientaliste français^ un croquis curieux de la carte du Dar-Four et des sources du Nil.
Nous avons joint à notre ouvrage le/iic j«miiede ce croquis, et l'avons accompagné, pour en faciliter l'intelligence, d'une traduction à peu près littérale, s'il est permis de se servir de ce mot, en substituant seulement aux délinéations un peu na'wes du prince africain des formes graphiques plus familières à des yeux européens.
C'est la seule modification que nous nous soyons permise au travail du royal géographe, dont il faut avouer que le savoir géodésique ne se trouve point en parfaite concordance avec
les déterminations que nous devons à Browne , à Burckhardt , etc. Nous n'avons pas cru toutefois devoir nous livrer à un redressement de son œuvre , et nous avons laissé à d'autres le soin de tenter ultérieurement des essais de ce genre. C'est aux adeptes à aborder de front les diiBcultes assez nombreuses que nous avons aperçues, à mettre d'accord le Sultan Fourien avec les données fournies par nos voyageurs. Notre rôle s'est borné à recueillir et à mettre en lumière un document qui, tout imparfait qu'il soit^ offre un intérêt non-seulement de curiosité ^ mais peut-être aussi d'importance scientifique.
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