‹ L'Égypte et la Nubie (volume 3)Chapitre 16 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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Coptes d'Egypte j coihtneiicèrent à devenir ptui^ rares en 14769 époque à laquelle les Abyssitls ^ par suite du mépris que leur causait le honteux dérèglement des mœurs du patriarche Gabriel, cessèrent d'acquitter le tribut volontaire qu'ils avaient jusques-là payé aux patriarches coptes d'Alexandrie. Ces communications ne cessèrent cependant pas entièrement, et les traces, quoique bien affaiblies , s'en sont conservées jusqu'à nos jours.

Le Defterdar Méhémet*Bey , apprenant que nous étions membres delà Société de géc^raphiie de Paris, avait témoigné à un de nos amis le désir de nous voir, et nous nous gardâmes bien de laisser échapper cette occasion de faire la connaissance d'un personnage auquel son caractère féroce avait acquis depuis long*tem(>s une si triste célébrité. Au jour convenu , noiis' nous rendîmes donc à son palais situé sur la {4ace de l'Ëzbékieh.

Après avoir franchi un large portail gardé par une vingtaine de khawass , nous entrâmes dans un vaste et magnifique jardin à l'européenne, parfaitement bien entretenu. C'est dans ce jardin que s'est passé un des faits qui ont eu le plus d'influence sur le malheureux résultat de l'expédition française; c'est là que fut assassiné Kleber^ dont la mort livra le commandement de nos

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troupes et le gouvernement de l'Égyjite à la présomptueuse incapacité du génial Menou.

L'occupation dé l'Égyptfe par les Français , avait, jusqu'à la bataille d'Héliopolis, porté lé caractère incertain dé toute occupation militaire. Après cette dernière et décisive victoire , les espérances des Musulmans s'étaient évanouies ; la masse du peuple égyptien, reconnaissant le doigt de Dieu dans le succès inespéré de nos armes commençait à se soumettre sans résistance à son sort, enfin l'exceUente administration de Kleber ' qui avait le premier réussi à gagner les indigènes, achevait de consolider une colonisation contre laquelle de ténébreuses machinations luttaient seules désormais dans l'onlbre.

A la tête des moteurs de ces menées , s'étaient toujours fait remarquer les ministres de la mosquée d'El-Ahzar. La fortune vint mettre à leur disposition l'homme capable de frapper le coup décisif.

Suleyman El-Halèbi ( i), Màlem de profession, était parti de sa ville natale pour se rendre en pèlerinage à Jérusalem où il allait en ménfe temps solliciter la protection d'un certain Ahmed- Aga, en. faveur dé son père retenu en prison par le pacha d'Alep. Ahmed-Aga disgracié par le

(i) Suleyman VAlépin.

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gfaiid^yisir et cherchant à tout prix un moyen de rentrer en faveur , eut bientôt reconnu dans Suleyman l'instrument qui pouvait le conduire à «on but. Le fanatisme et la piété filiale se partageaient le cœur du malheureux jeune homme ; Ahmed- Aga acheva d'enflammer son zèle religieux) lui promit la grâce de son père comme prix du succès , et l'adressa au Caire à quatre dès Imams d'El- Ahzar chargés d'affermir sa résolution et de lui fournir les moyens d'exécution. Excité et favorisé par eux, Suleyman réussit à s'introduire à la suite de quelques ouvriers dans le jardin de la maison de Kleber. Un architecte, M. Protain , était seul avec le général en chef au moment où il fut frappé, et cet ingénieur eut lui-même à soutenir une lutte avec l'assassin. Ses cris firent bientôt accourir nombre de personnes qui s'empressèrent de prodiguer d'inutiles secoiu*s à Kleber, pendant que d'autres s'occupaient de chercher le meurtrier. Après de longues et inutiles perquisitions, on commençait à craindre qu'il ne se fut évadé en franchissant le mur d'enceinte du jardin et on désespérait de le découvrir, lorsque une esclave noire qui se trouvait à une 'petite fenêtre d'une maison voisine que notre guide nous fit remarquer , indiqua sa retraite. Il fut retiré d'une sakie au fond de laquelle il s'était

bloti SOUS des branches d'arbres , et condamné suivant l'usage du pays à avoir le poignet droit brûlé et à être empalé vif pour mourir sur le pal. Suleyman montra avant son suppliée et pendant sa durée, un courage et un^ sang-froid que pouvaient seuls lui donper la conscience d'avoir fait l'action la plus louable et la plus, glorieuse , et l'assurance d'avoir mérité la palme promise aux martyrs. Il vécut quatre heures sur le pal et n'articula pas là moindre plainte au> milieu des douleurs les plus aiguëB. Trois de& Imams d^El-Âhzar furent décapités aa pied dupal, le quatrième réussit à s'échapper.

Après avoir examiné avec autant d'intérêt que d'émotion ces lieux si pleins de souvenirs , nou& nous dirigeâmes vers un kiosque construit au milieu du jardin qu'habitait le Defterdar. A mesure que nous approchions , des cris aigus se faisaient entendre. C'était un esclave que le Bey avait condanmé à recevoir la bastonnade pour avoir mangé les premiers fruits de quelques arbres qu'il avait fait venir d'Europe. — Qu'il meure sous le bâton^cet infâme gourmand ! s'était écrié le Defterdar en apprenant le vol qui lui avait été fait. Je renonce moi-même à manger jamais de ces fruits , mais malheur à qui osera y toucher désormais ! que la malédiction de Dieu et de son prophète soit sur quiconque pourr^^

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contrevenir à mes ordres ! Scrupuleux observateur des. volontés de son gendre^ Méhémed-Ali, quia depuis hiérité des biens du Defterdar (i), s'est empressé, en prenant possession du jardin^ d'en faire arracher tous les arbres fruitiers, qu'il a fait remplacer par de nouvelles plantations.

Un bel escalier de marbre nous conduisit dans la salle du divan. Au centre de cette salle se trouvaient debout une trentaine de domestiques et de khawass , armés de pistolets , de yatagans, de sabres et de cannes avec leurs pommes d'argent ; des irréguliers avec leur brillant costume albanais, des mamiouks, des tchiboukchis , et toute cette troupe d'esdaves toujours prête à exécuter les ordres des grands. Le Bey jouait aux échecs avec son Khaznadar au moment où nous entrâmes ; il laissa aussitôt le jeu et nous fit signe de nous asseoir près de lui. Des :pipes et du café nous furent offerts après l'échange des premières politesses.

Cependant les cris de l'esclave bâtonné aug« mentaient , et nous ne pouvions nous défendre d'une émotion visible ; nous alUons prendre la parole pour demander sa grâce, lorsque le Defterdar, faisant signe à un de ses officiers: — Qu'on

(0 Le Defterdar est mort en x833, laissant une fûrtaoe que Ton n'évalue pas à moins de vio(;t inillions de piastres.

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l'achève donc ce chien !.... Ne y oyez- vous pas que les cris de cet apima} fatiguent mes visiteurs? £n vérité Je veux perdre mon titre de pèlerin si cette bétç ne fait pas plus de bruit qu'un chameau lorsqu'on lui met une çhairge trop lourde. — U dit, et nous n'entendîmes plus que quelques cris étoufSés , le rate de la victime. C'était un beau Turc que le Defterdar avec son vêtement rouge brodé d'or , et son kéfyeh négligemment roulé autour du tarbouche. Cependanty après Fa voir vu, on se demandait si on. avait vu un homme. U y avait dans l'impassibilité de son maintien, dans son nez légèrement épaté , dans sa moustache Ipngue et hérissée , dans la base élargie de son visage, et plus encore dans son œil gris et dans son regard mobile et incertain, quelque chose de si singuiièren^eot sauvage, que la pensée concevait en lui l'idéal de la férocité. C'était le tigr^ sous une forme hiuxiaine. — i^t de nouveau , soyez les bien-venus, reprit le Bey en souriant. Je suis bien ajse de vous voir, étes-vous satisfaits de votre santé? — Nous répondîmes à sa courtoisie par d'égales politesses. -— Quelle est la latitude de Paris? ajouta-tril. — Puis quand nous lui ç^mes dit 48^ 60' , il se hâta de vérifier notre réponse dans un gros livre qu'i) avait près de lui^ et nous adressa un sourire approbateur.

Après nous avoir entretenus de son mépris pour tous ceux qui ne connaissent pas la géographie , il entama une grave dissertation sur l'astronomie y en exprimant ses regrets que le Vice-roi n'eut pas fait traduire quelque bon ouvrage français sur cette matière. — Je sais, nous dit-il y que vous êtes membres de la Société de géographie de Paris. Et moi aussi je fais partie de cette illustre société , ajouta-t-il avec un certain orgueil. J'ai reçu mon diplôme y et afin de témoigner ma reconnaissance pour cette gracieuse attention y je veux envoyer à Paris la carte que j'ai dressée , d'une province inconnue d'Afrique dont j'ai fait la conquête pour mon seigneur et père Méhémed-Ali. — Il fit en même temps un signe pour qu'on la lui apportât.

Pendant notre entretien, une jeune panthère que nous n'avions pas d'abord aperçue endormie sur un coin du divan , s'avança lentement, vint se coucher auprès de son maître et posa une de ses pattes sur l'un de nous. A cette familiarité inattendue, nous ne pûmes nous défendre d'un premier mouvement de surprise. Le Defterdar, qui semblait jouir de notre embarras, nous regardait avec malice : — Vous avez peur? nous dit-il. — Non. Pourquoi aurionsnous peur? ne sommes-nou$ pas chez un ami?

— Ne craignez rien. L'animal est privé , et en disant ces mots , il tirait la moustache de la panthère qui^ montrant ses dents longues et aiguës y prouvait par un rugissement demau^ vaise humeur que cette plaisanterie n'était pas de son goût. — Je regrette de ne pouvoir vous montrer le lion que j'avais amené de Cheiuly ; mais il y a quelques jours, j'ai voulu le faire jouer devant moi avec un de mes mamlouks , et le maladroit a mis le pied sur la patte du lion 9 qui l'a dévoré sous mes yeux. J'ai été forcé pour ma sûreté de lui tirer aussitôt deux coups de pistolet dans la tête , à bout portant. Pauvre béte !... elle m'était si attachée !.<•

Nous demandâmes au Bey de vouloir bien faire éloigner la panthère , s'il tenait à ce que notre visite se prolongeât, et un de ses khawass nous débarrassa de ce désagréable interlocuteur.

On apporta enfin la carte, et elle fut déployée devant nous. C'était une pièce de toile de coton de quelques pieds carrés, sur laquelle étaient tracées avec assez d'intelligence, quoique grossièrement , des lignes qui indiquaient le 'cours du Nil, les frontières du Kordofal et le nom des principaux bourgs de cette province. Nous fîmes complim^ent au Bey sur son travail intéressant et nousi offrîmes de noos charger de

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t'ensemble et pour éclairer les fêtes de nuit que le Pacha donne quelquefois à ses femmes dans ce lieu, des tuyaux disposés à côté de ceux qui amènent Teau au bassin, y apportent les produits d'un gazomètre construit exprès pour le service du palais , et les jets de feu se croisent en tous sens , au milieu des cascades.

Nous rencontrâmes , en retournant au Caire, le cortège du Pacha qui se rendait à Choubra, Six kbawass, montés sur des dromadaires, ouvraient la marche ; derrière eux venait le Viceroi dans une voiture attelée de quatre ch,evaux et suivie de chevaux de selle richement caparaçonnés et tenus en laisse par des palefreniers barbarins qui les conduisaient en courant. D'autres khawass à dromadaire et un piquet de cavalerie régulière achevaient cette pompe barbare, mélange confus des coutumes de l'Europe et de celles de l'Orient , vrai type de l'état actuel de l'Egypte et de la civilisation que lui impose son maître.

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