CHAPITRE XX
Arrangeo^ens pour djescendre» le NU.— Armianeh.— Récep* tioD &ite à nos domestiques l^arabrahs, à £I-Kalabcbeh. — Menaces de notre ^quipa{;e. — Assassinat de Mahmoud. — Phils. — Cataractes. — Khawadja. — Matelots bâtonnés.
— Singulière réclamation du Yékîl. — Douane de Dé > raoueb. — Koum-Ombou. — pjebel - Selseleh. — Fellahs pendus à Edfou. — Elljthya. — Esneh. — Manière de battre le grain. — Erment. — Thèbes. — Koft. — Chrétien lapidé. — Emprunt à Se!d Hussein. — Dispute des Tentyrite^ e( des Coptites. — Santon qui enlève la férocité aux Crocodiles. — El-Ackhmym. — Doul-Noun.
— Fabrique de coton incendiée à Syout. — Voleurs. — M. Hay. — Oxyriochus. — Nazir bâtonné devant Ibrahim.— Couvent de Saint-Antoine. — Sakkara — Arrivée au Caire. — Ibrahim- Pacha. — Le docteur Dussap. — Ambassade abyssinienne ^ Visite an Defterdar • Bey.
Le vent du nord , qui règne presque exclusivement pendant Tété , rend l'emploi des voiles inutile pour descendre le fleuve; ce vent souffle en général avec violence pendant tout le temps que le soleil reste élevé au-dessus de l'horizon , et tombe pendant la nuit, de sorte que les bar-
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ques sont le plus souvent forcées de demeurer amarrées à terre , durant la plus grande partie de la journée pour ne marcher que le matin et le soir. Elles ne peuvent alors naviguer qu'à la lame, et on est forcé d'abattre les mâts , aûh de donner au vent contraire le moins de prise possible et surtout afin de ne pas gêner les mouvemens des rameurs , auxquels le courant prête seul son secours. Nos matelots employèrent près d'une journée à démonter leurs vergues et à disposer Id cange pour le retour. Enfiny toutes ces opérations terminées, nous pafdmes de Ouady Halfah le 218 mai.
La fièvre, qui avait quitté M. de Cadalvene à son arrivée à la cange , reparut le lendemain ; mais combattue avec succès par de fortes doses de sulfscte de quinine , eHe cessa bientôt , et la convalescence fut plus rapide que nous n'au^ rions osé l'espérer. On dirait que la santé ne peut vous quitter sous ce beau climat avec cet aii^ si doux , cette atmosphère si pure et si transparente. Les bords du Nil se trouvent en effet sous ce rapport dans une position toute particulière. Au contraire des grands fleuves situés sous les mêmes latitudes et dont les bords sont couverts de végétation et de marécages , le Nil , pendant un cours de quinze cents milles depuis sa jonc* tion avec l'Atbara jusqu'à son embouchure dans^
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la Méditerranée 9 ne reçoit aucun affluent. Jamais le beau ciel dont il réfléchit l'azur n'est voilé de nuages; jamais Thuroidité des pluies ne vient déterminer sur ses borda la fermentation de matières végétales ou animales , et le climat qu il traverse se trouve placé dans les conditions sanitaires les plus favorables.
Nous avions déjà vu fuir derrière nous Paras dont le sable du désert a presque entièrement envahi les sépulcres, et Djebel*Âddeh que Ton découvre de si loin avec ses intéressans hypogées ; Ebsamboul avait encore une fois dé*roulé devant nous sa sombre architecture et ses gigantesques colosses , quand le besoin de renouveler nos provisions nous força de nous ar*réter au village d'Arminneh. Les habitans, nous prenant pour des Turcs, se refusèrent à nous vendre jusqu'à du lait et des œufs, protestant qu'ils n'avaient même pas de vivres pour eux. Malgré nos menaces, malgré les cris de notre Mahmoud, malgré même nos offres d'argent, que ces pauvres gens prenaient pour un leurre, il nous était impossible de rien obtenir : bien qu'accoutumés dès long- temps à cette défiance constante, et obligés chaque jour d'arracher presque par force les provisions qui nous étaient indispensables, nous allions nous rembarquer, lorsque, pendant la contestation, un loup mieux
avisé que nous et arrivé du désert , s^ans être aperçu , trouva moyen de s'introduire dans une hutte de paille et de saisir un mouton qu'on
venait d'y cacher pour le soustraire à notre vue. Les cris des femmes qui appelaient leurs maris à la poursuite du ravisseur nous mirent sur sa trace y et quelques coups de fusil suffirent pour lui faire abandonner sa lourde proie; mais le mouton avait été' étranglé ^ et, grâce à cet accident , nous pûmes l'obtenir sans difficulté. Le Nazir d'Assouan, Méhémet-Âga, était à Derr quand nous y arrivâmes ; nous nous empressâmes de lui renvoyer la tente qu'il nous avait prêtée et qui nous avait été d'un si précieux secours ; et nous l'accompagnâmes d'une belle tabatière à musique , en échange de laquelle il chargea notre intendant de provisions de toute espèce.
Nos deux domestiques Barbarins nous demandèrent à prendre les devanspour aller voir leurs familles^ 4 quelques lieues d'£l-Kalabcheh , où nous devions les retrouver le lendemain. Ils étaient à peine débarqués , que le premier qui les reconnut , courut à eux en poussant une sorte de glapissement aigu et prolongé. Ce cri particulier aux naturels subit des inflexions difiFérentes, suivant qu'il doit exprimer la crainte ou le plaisir, En peu d'instans le rivage fut couvert d'hommes,
de femmes et d'enfans qui faisaient retentir raif de cris de joie , et bientôt nos deux serviteurs disparurent au milieu de toute la poprulation j qui les emmeïia comme en triomphe.
Nous profitâmes de ce retard pour chasser parmi les palmiers des bords du fleuve des vols de tourterelles et de ramiers , si communs dans toute cette contrée que le pays des Barabrahs^ qui s'étend dans le désert à Touest du Mil , a pris son nom de ces oiseaux ( i ). Pendant cette chasse nonchalante , où toute la peine consiste à abattre sans le chercher le gibier qui vient de lui-même s'offrir à vos coupis, nous jouis^ sions à notre aise du spectacle curieux et fécond en contrastes qu'offrent les paysages de la basse Nubie. A droite et à gauche, sous un ciel d'un bleu partout uniforme , un désert de sable rouge , semé de rochers noirs ou bruns jetés au hasard, étincelle sous un soleil de feu. Au milieu de cette doublé aridité, le Nil, bordé d'une double ligne de verdure et large de ^uei-^ ques centaines de toises, roule avec majesté ses eaux tantôt briséeis contre des rocs gra-* nitiques, tantôt calmes et découvrant çà et là de larges bancs de sable sur lesquels repose endormi quelque hideu3^ crocodile.- Quelquefois
f^i) Dar*Kourkottr, pays des tourlereHes.*
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capricieux dans son cours , le vieux fleuve en* caisse entre deux hautes murailles de rochers , glisse avec la rapidité du trait ; puis bientôt ses rives s'élargissent, il apparaît au loin comme un ruban d'argent, courant sur une bande étroite de verdure, qui semble lui servir de frange, et parait se complaire à ralentir sa marche pour embrasser de ses eaux les îles nombreuses qui divisent son lit.
Deux Barabrahs , qui , sans aucune invitation de notre part, nous avaient accompagnes dans notre excursion , curieux qu'ils étaient de voir nos armes , nous demandèrent au retour un bakhchich. — Pourquoi ? — Pour vous avoir regardé chasser; — et cette demande leur semblait toute naturelle. Dans tout l'Orient, mais surtout en Egypte, on ne saurait suffire aux demandes de Ratifications qui vous sont adressées , non pas seulement pour les services que vous recevez des naturels , mais même souvent pour ceux que vous leur rendez. Approcher à quelque titre que ce soit, d'un homme d'un rang supérieur , c'est acquérir une espèce de droit à ses largesses.
Un Nubien se présente un jour chez un médecin qui l'avait successivement guéri de deux maladies. — Eh bien! que veux-tu? es-tu encore malade? lui demande le docteur en le ir. a5
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voyant paraître. — Non , je me porte au contraire à merveille, depuis que j'ai pris vos remèdes ; mais je viens chercher le bakhchich et j'espère qu'il sera bon ; car j'ai eu affaire avons pendant bien long-temps.
Un ami de notre pilote vint nous proposer de lui acheter une boîte qui lui avait été donnée au Caire. Elle renfermait du vaccin conservé de différentes manières^que le docteur Pariset avait donné à cet homme, dans l'espoir qu'il pourrait l'utiliser sur ses compatriotes : mais eût-il connu l'art de s'en servir, il se serait bien gardé d'en faire usage; mieux valait le con* server pour le vendre. Nous le lui achetâmes en effet et nous fûmes assez heureux pour vacciner les jours suivans quelques enfans, aiix parens desquels il fallut bien en même temps donner une gratification, pour les décider à consentir à cette opération. Ainsi par l'effet du hasard les philantropiques intentions du docteur Pariset ont été d'autant mieux remplies que nous eûmes quelque temps après l'occasion d'envoyer le reste de ce vaccin k Dongolah, au docteur Germain qui en attendait en vain du Caire depuis long-temps.
Arrivés à El-Kalabcheh, nous avions à peine eu le temps de visiter de nouveau les ruines , lorsque de grands cris nous annoncèrent le retour de
nos deux BarbariQS,qne tous leurs parens avaient accompagnés. Chacun d'eux arriva monté sunun chameau et entouré de ses amis, les unsfmppant à coups redoublés sur de mauvais tambours., les autres armés de longs bâtons et prenant mille poses burl^sques^
Quand le moment de la. séparation fut an-* rivé, les cris redoublèrent; mais. cette fois avec un vif accent de douleur. Les femmes com^a^nr cèrent alors à exprimer leur dése^pQir par d^(^ contorsions, et quand noui^ peiinlimes 1^ riyage de vue , la mère d'Édris y restait encore entour rée de ses çopipagnes, frappant sApoitriine^ts^rrachant les cheveux ; lui-même revint tri$te€t Içs larmes aux yeux,, et toute la journée,, noua n'eu tirâmes que de^ monosyllabes; mais sa douleur s'affaiblit à mesure qu'il s'éloignait de son village, et l'espoir de réaliser avantageusement une petite quantité de henneh qu'on lui avait donn^ lut Tantidole le plus efficace contre soq chagrin.. Le henneh n'a pas échappé au monopole dont tout est frappé en Egypte ; mais notre Barbarinespérait avoir réalisé toute sa pacotille avant d'arriver au Caiipe; il se flattait d'ailleurs que , prot^ée par notre pavillon, sa marchandise échapperait jusque là aux iavestigations des douaniers.
Nous avons déjà dit que de tous les Nubiens^
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les habitans d'El-Kalabcheh passent pour les plus inhospitaliers. Le court séjour que nous fîmes cette fois parmi eux faillit nous devenir funeste. Quelques-uns vinrent dire en secret à nos bateliers que la cange de nos amis était passée depuis un mois, mais qu'à la suite d'une rixe entre le reïss et M. Bradford, ce dernier avait été tué^ et que ses compagnons, forcés d'en passer par les conditions qui leur avaient été imposées , avaient dû prendre une autre barque. Ce bruit alarmant ne tarda pas à nous revenir ^ et il ne nous fut pas difficile de reconnaître avec quelle satisfaction il avait été accueilli par notre équipage , que les Nubiens n'avaient pas manqué d'engager à suivre im aussi bel exemple. L'altercation vive qui avait eu lieu en remontant le Nil prétait quelque vraisemblance à cette nouvelle; aussi, sans y ajouter une foi entière , n'étions-nous pas éloignés de penser qu'une nouvelle dispute avait pu s'élever entre notre ami et son équipage. Cependant nous déclarâmes à nos gens que la nouvelle que la malveillance se plaisait à répandre, n'avait pas le moindre fondement; qu'ils ne devaient pas ignorer d'ailleurs que si jamais pareille chose pouvait arriver, il tomberait autant de têtes qu'on aurait arraché de cheveux à celle d'un Européen, Ensuite nous
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eontinuâmes à affecter la plus . parfaite tranquillité ; mais nous demeurâmes sur nos gardes et nous eûmes soin de tenir nos armes, toujours prêtes.
Nos précautions, étaient d'autant plus fondées que , depuis quelque temps , la mésintelligence la plus prononcée régnait entre Mahmoud et le reïss, qu'il devenait chaque jour plus difficile de faire obéir, et que notre intervention avait à peine suffi pour empêcher que la dispute allât au-delà des injures. Fatigués des efforts qu'ils avaient dû faire pour dépasser les ilôts et les rochers de granit qui obstruent le Nil au-dessous d'Ël-Kalabcheh j nos matelots nous demandèrent à passer la nuit à Gartaiss ; nous y consentîmes, et pour les encourager, nous fîmes tuer un mouton , dont, suivant notre coutume, nous leur abandonnâmes la moitié.
La soirée s'était écoulée tranquillement et rien n'annonçait que nous eussions pour le moment aucune crainte sérieuse à concevoir. Déjà depuis quelques heures, enfermés dans notre petite chambre , nous étions livrés à un profond sommeil, lorsque tout à. coup les cris étouffés de Mahmoud^ qui appelait du secoui*s^ nous réveillèrent en sursaut. Nous nous jetâmes sur nos armes , et au moment où notre
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porte s'ouvrait^ nous aperçûmes à la clarté de la lune 9 notre malheureux interprète que le reïss avait saisi à la gorge, pendant que deux mariniers l'assommaient à coups de bâton. Les autres, également armés de bâtons, restaient spectateurs du combat et se contentaient de tenir en respect nos deux Barbarins. I^ Yue de nos fusils qui les couchaient en joue eut bientôt fait lâcher prise aux assaillans , qui allèrent rejoindre leurs compagnons à l'avant de la cange. Là , ils tinrent un instant conseil avec eux, puis tous ensemble se retirèrent à terre , et bientôt un rassemblement nombreux et dont les intentions hostiles n'étaient pas équivoques, se forma sur le rivage. Heureusement notre contenance ferme et surtout la vue de nos armes à feu que nous venions d'étaler autour de nous, imposèrent aux naturels qui se retirèrent peu à peu ; et après une heure d'une délibération tumultueuse, nos hommes se décidèrent à revenir à bord, en nous assurant que ce n'était point à nous qu'ils en voulaient, mais qu'insultés par notre Mahmoud ils avaient voulu le punir.
Dans cette contrée sauvage , éloignés des autorités don t nous aurions pu invoquer l'intervention^ nous ne crûmes pas devoir pour le moment contester la validité de cette excuse , nous ré-
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servant de Texaminer plus à loisir à Âssouan ; nous nous bornâmes donc à donner itnmé* diatement l'ordre du départ , et poussés par le courant, qui depuis quelques jours commençait à devenir plus sei>sible, nous arrivâmes le 6 juin en face de Philae.
Ce ne fut pas sans un vif plaisir que nous nous retrouvâmes une seconde fois sur . les bords de cette île endhantée ! Certes il existe au monde peu d'aspects ^ussi gracieux que celui de Philae , auquel le contrastée dq désert qui l'entoure ajoute encojTe un charme nouveau. Kien ne peut rendre la sensation délicieuse que fait éprouver au voyageui; fatigué d'un désert de granit et d'un ciel de feu, la verdure de cette végétation vigoureuse arrosée par le$ flots tranquilles du fleuve sacré , la fraîcheur de ces sanctuaires que la main des Égyptiens éleva pour l'éternité, et tout cet ensemble magique où 9 pour mieux captiver l'imagination , la nature a voulu joindre ses merveilles aux merveilles de l'art Sites sauvages et mélancoliques, votre souvenir nous a suivis parmi les agitations des hommes et les plaisirs du monde et souvent encore dans les heures secrètes de la vie, notre pensée, traversant les mers, vient errer au milieu de vous avec un indicible désir de vous revoir !
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Une activité inaccoutumée régnait sur le rivage en face de Philae. Une caravane assez nombreuse venait d'y déposer des marchandises dont on s'occupait à charger quatre grands bateaux, sur lesquels allaient en même temps s'embarquer une vingtaine d'hommes bien armés.
Cette expédition , car c'est une véritable expédition que ce genre de commerce , était celle d'un khawadja (marchand) qui se rendait dans le Soudan. Ces courses aventureuses de hardis marchands au travers des déserts de l'Afrique , sont une des phases de l.':- vie commerciale les moins connues des Européens. Tour à tour, négociant et guerriers, les hommes qui se livrent à cette existence périlleuse , réalisent des bénéfices énormes ou courent la chance de tout perdre. Tantôt plus forts que les peuplades chez lesquelles ils portent leurs marchandises , ils répandent la terreur devant eux, dictent la loi, et fixent le taux des échanges ou enlèvent des prisonniers : tantôt plus faibles , ils sont obligés de plier, de subir les spoliations les plus iniques et d'en passer par tous les caprices des petits tyrans, aux mains desquels ils sont livrée. La plupart , après quelques voyages plus ou moins heureux, finissent par demeurer esclaves ou par périr misérablement. Il en est cependant
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qui parviennent à une haute fortune , et se retirent dans quelque ville maritime pour jouir de leurs richesses dues^ en partie au commerce, et mieux encore aux violences qu'ils négligent rarement d'exercer quand ils trouvent l'occasion de le faire sans risques.
Pendant notre séjour à Philae, nous avions dépêché un exprès au reïss des cataractes ; il arriva bientôt avec une centaine des siens pour nous conduire jusqu'à Assouan. Après avoir expédié par terre, dans la crainte d'accidens, nos effets les plus précieux , nous commençâmes à descendre le fleuve. Nous venions de franchir quelques rochers qui barrent le Nil en face du village d'El-Chellal , auprès duquel les barques qui ne doivent pas descendre la cata* racte attendent leur chargement, lorsque nous nous engeàmes au milieu des brisans. Aucune habitation ne se montrait plus ni sur l'une ni sur l'autre rive. A peine apercevions-nous de temps en temps sur les masses granitiques, dont le fleuve est semé, quelques huttes de paille, séjour temporaire des pêcheurs qui , munis d'un filet, portent à la ceinture un petit sac dans lequel ils déposent le produit de leur pèche. On les voit nager avec une adresse et une audace incroyables au? milieu des remous et des tourbillons , pour venir prendre sous les anfractuosités des
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rochers les poissons que la crainte d'être entrai* nés par la violence du fleuve oblige à s'y réfugier. Devant nous, à notre droite, à notre gauche, partout s'élevaient au-dessus des eaux des rochers noircis par le temps et laissant à peine «ntre eux des passes de quelques mètres de largeur. Nos guides nouveaux , car notre équipage avait cédé la place aux pilotes, sautant d'écueil en écueil , ou passant à la nage de l'un à l'autre, maintenaient notre cange à l'aide de forts cordages au ^milieu de ces canaux tortueux, et l'empêchaient d'être entraînée par l'impétuosité du courant. Nous avions déjà franchi trois des principales chutes sans autre accident que les violentes secousses que nous éprouvions à chaque fois. Circulant péniblement à travers ce dédale périlleux^ nous arrivions à la quatrième quand un des câbles cassa. Ce furent à l'instant des cris et une confusion générale. Emportée avec la rapidité de la flèche,];iotre goabarcation semblait devoir inévitablement se briser contre un rocher, lorsque le reïss , gouvernant avec autant d'adresse que de célérité, parvint à nous tirer de ce danger, et nous en fûmes quittes pour quelques bordages endommagés. Une cinquième chute, bien que la plus considérable de toutes, put être franchie avec moins de risques, parce que son canal n'offre pas de sinuosités.
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Enfin après trois heures de la plus pénible navigation, nous atteignîmes l'extrémité du banc de récifs qui encombre le lit du fleuve sur un espace de près d'une lieue d'étendue ; et au-delà duquel, rendu à la tranquillité , il permet aux barques de circuler sans péril entre les écueils qu'on rencontre encore çà et là jusqu'à Assouan.
Un tombeau de santon, soigneusement blanchi à la chaux et construit à la cime d'une montagne qui s'élève sur la rive gauche, signale de loin la ville d' Assouan , éloignée d'tme demilieue environ des dernières chutes de la cataracte. Quelques portes pratiquées dans le rocher au-dessus de ce santon donnent accès^ dans des hypogées de peu d'importance.
Un Arabe vint, dès notre arrivée, nous apporter une lettre de M. Bradford qui ne nous disait pas un mot de sa prétendue rixe avec son reïss. Nous apprîmes seulement par le porteur de cette lettre, que, fatigués de la marche trop lente de leur cange, nos amis l'avaient quittée pour en prendre une plus l^ère. Le désappointement de notre équipage fut extrême en apprenant cette nouvelle ; mais nous ne pouvions nous en contenter. Nous devions un exemple, moins à notre sûreté personnelle, pour laquelle nous n'avions désormais plus rien à
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craindre, qu'à celle des voyageurs qui pourront après nous parcourir la Nubie. Nous nous venr dîmes donc chez le Vékil du Nazir auquel nous * portâmes nos plaintes contre notre reîss et les deux vauriens qui l'avaient aidé à assommer Mahmoud, et nous demandâmes prompte et sévère justice, en exhibant nos firmans. Les délinquans furent mandés, et condamnés à rece* voir incontinent, chacun deux cents coups de courbach. Sur nos instances la grâce du reïss fut accordée , et la peine des deux matelots réduite à cinquante coups qui leur furerit appliqués en notre présence. Après quoi nous exigeâmes qu'ils fussent remplacés sur-le-champ. Cette opération terminée, nous nous occu^ pâmes de faire réparer les avaries qu'avait éprouvées notre cange et nous pûmes continuer notre voyage.
Nous allions quitter Assouan quand le Yékil du Nazir , en récompense du bon office qu'il nous avait rendu , vint nous consulter sur le délabrement de sa santé. Cet homme adonné à tous les excès, n'ayant besoin pour guérir que d'une conduite moins désordonnée, nous n'eûmes autre chose à lui prescrire que le régime et une vie plus régulière; et malgré son désappointement visible, nous. ne voulûmes pas lui donner d'autre remède. Il se sépara de nous
fort mécontent, et quand il se fut éloigné de quelques centaines de pas, il nous dépêcha un de sçs gens pour nous exprimer combien il était étonné qu'après les bons procédés dont il avait usé à notre égard , nous n'eussions pas même eu l'honnêteté de lui donner une bonne purge; nous n'eûmes garde de nous faire, pour si peu de chose , un ennemi d'un homme qui s'était si bien conduit avec nous , et nous lui envoyâmes par le retour de son messager une dose de jalap telle que nous avons tout lieu d'espérer qu'il aura obtenu les résultats les plus satisfaisans.
Le peu de profondeur de l'eau dans le canal qui sépare Assouan de l'île d'Eléphantine nous obligea de remonter vers le sud et de faire le tour de cette île pour aller gagner le bras principal du fleuve. Nous avions à peine achevé ce trajet, lorsque la violence du vent nous força de nous arrêter pendant quelques heures un peu au-dessous d'Assouan près du priais de l'ancien ministre de la guerre Mébémed-Bey. Cette habitation d'une architecture assez élégante est entourée d'un vaste jardin planté avec plus ;de soin qu'on ne le voit d'ordinaire en Orient y et dans lequel étaient cultivés avec succès beaucoup d'arbres fruitiers d'Europe. Mais tout cela est déjà presque détruit : la maison elle-même,
bien que bâtie depuis moins de vingt ans, tombe en ruine, et le jardin n'est plus entretenu. Un soldat turc chargé de la garde ^e^ette propriété en vend les produits pour le compte du Gouvernement, héritier, suivant l'usage, des biens de tous les fonctionnaires publics et entre les mains duquel périssent en peu d'années des valeurs qui auraient suffi pour foire vivre nombre de familles. Le gardien nous vendit pour quelques paras une bonne provision d'excellens raisins arrivés à parfaite maturité , bien que nous fussions seulement au commencement de juin.
Déraouy ou Daraoueh où nous arrivâmes vers le soir est la première station des douanes en Egypte. Les Djellabs y paient à un agent de la compagnie concessionnaire de la ferme des douanes un droit de trente-quatre piastres par tête d'esclave. Les droits sur les marchandises qui vont dans le sud sont tellement considérables qu'un ballot de draps paie près de quatre fois sa valeur avant d'être rendu au Dar*Four (1).
(i) Indépendamment des droits établis pour les marchandises d'Europe, à leur entrée en Egypte , elles paient pour le Saîd des taxes nouvelles.
Du vieux Caire, pour rembarquement, 38 piastres, la charge de chameau que Ton peut évaluer à six quintaux.
A Dongolah, P. 17 i/s la charge de trois quintaux.
liGYPTE KT NUBIE, 899
Le lendemain nous étions arriviçs devant Koum-Ombou (Ombos) dont les ruines majes* tueusiil «'élèvent sur la rive droite au sommet d*une colline qui domine le fleuve. Ses deux temples sont entourés d'une vaste enceinte de murs de briques dont la couleur sombre et noirâtre ne permet d'attribuer la destruction de la ville qu'à un incendie. C'est en vain que le voyageur essaierait de retrouver dans cette enceinte les décombres qui furent jadis une cité ; tout est enseveli sous les sables ^ et quelques monceaux de pierres épars çà et là annoncent à peine que des édifices ont existé dans ces lieux. Les temples eux-mêmes menacent d'une ruine prochaine. Le Nil mine chaque jour la base de la colline , et bientôt l'emplacement du phis petit de ces monumens aura entièrement disparu.
Le grand temple, dont les débris attestent l'antique magnificence, a beaucoup moins souffert de sa position rapprochée du fleuve, qui en
De Dongolah au Kordofal , P. x5o.
Au Sennâr P. 60 , plus VOchourf c'est-à-dire le dixième en sus sur la valeur.
Le riz paie exceptionuellement P. s 5 la couffe , de Dongolah au Kordoial.
Les dattes , pour être portées de Dongolah an Kordofal, sont soumises à un droit de P. 16 x/4 la charge de deux ardebs. Elles paient en outre à leur entrée à TÉbeyedune taxe de P. aS.
OXFORD
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a cependant déjà englouti tous les ouvrages avancés, à l'exception d'une partie d'un pylône qui ne tardera pas , suivant toute apparence, à avoir le même sort. La construction de cet édifice remonte au règne de Ptolémée Philométor. Le pronaos, encore parfaitement conservé, était soutenu par quinze énormes colonnes aujourd'hui enfouies dans le sable jusqu'à moitié de leur hauteur, mais qui ne devaient pas avoir moins de dix mètres d'élévation. Presque toutes sont debout ainsi que la plus grande partie des frises et des plafonds ornés de peintures inachevées dans quelques endroits. On distingue les cartouches des Ptolémées Épiphane, Philométor et Évergète II, fondateurs de ce temple élevé sur les ruines d'un plus ancien, construit sous le règne de ïhothmosis III {Mœris)^ et détruit pendant l'invasion persane. La partie droite de ce temple était dédiée à Sevek^Ra (le Saturne Égyptien) , à Athyr et au jeune dieu Khons;et la partie gauche aune seconde triade : Aroèris , la déesse Tsonénofré et leur fils PnevthjO,
Bientôt les hautes montagnes de Djebel-Selséleh se dressèrent devant nous abruptes et déchirées ; cette chaîne , dernière barrière que le Nil ait eu à franchir pour pénétrer dans la vallée de l'Egypte, s'opposa long-temps à son passage, et le força de porter ses ondes au sein de l'an-
EGYPTE FT NUBIE. 4<>t
cienne Libye dont il fit dilrânt bien des siècles un empire florissant , et où de nombreuses populations , après s'être débattues dans les angoisses de la faim, disparurent sans doute sous tes sables du désert dès qu'il les eut abandonnés. L'imagination s'effraie à la pensée des épouvantables désastres qui durent changer la face de ces contrées lors de cette grande catastrophe; mais depuis l'époque où, secondé parles flots de la mer qui minaient de leur coté la base de ces rochers amoncelés , le fleuve renversa l'obstacle quHls opposaient à son passage, quelle longue succession de siècles n'a-t-il pas dû employer pour changer en plaines fertiles le limon mêlé à ses eaux, pour créer un sol nouveau sur l'espace qu'il venait de conquérir , pour forcer enfin la mer à reculer devant lui, et à céder la place à cette terre d'Egypte qu'il ne fait chaque année rentrer dans son sein que pour l'accroître encore en la fécondant (i)! Lorsque Hérodote
(i) Les Oasis et le Bahr-bela-Ma {fleuve tans eau ) , celles-lè toujours fécondes et peuplées et celui-ci fleuve TÎde et désert ^ sont visiblement les derniers vestiges de la rlcbe contrée formée par le Nil, quand il traversait Tancienne Libye pour aller porter ses eaux à la Méditerranée.
Cette action des eaux contre le roc granitique a dû être lente, mais continue. Les obstacles ont été snnnontés peu à
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arriva en Egypte, quatre sièdes environ avant rère chrétienne I le souvenir de \A dernière pé^ riode de cette grafide révolution de la nature existait enoore dans les traditions des Égyptiens « et les prêtres deMempbis assurèrent à l'historien grec que l'Egypte était un pi*ésent du fleuve, et que sous Menés , leur premier roi, tout ie pays, à l'exception du nomeThébaïque, était un marais. Ibrahim*Àga était à Edfou quand nous y arri^
pea et le fond de l'encaissement du fleuve s'est montré dans un moment quelconque, tellement élevé, qu'il a fallu que le m\ passât par-dcssas nn haut barrage pour tomber en cascades magnifiques.
Depuis lors » sa tendance à minâr le rocher a obtenu des résultats successifs. Pour les rendre plus saisissables à l'imagination, dit M. Geoffroy Saint- Hilaire» il faut se âgurer trois époques et trois niveaux.
« La première époque , selon ce savant géologue ,. correspondant à l'âge d'Hérodote, trouve le lit du fleuve déjà surbaissé, et ses eaux tombent d'une hauteur moindre dans le sinus maritime.
4 Mille ans après flférodotë, seèonde époque, et nouvelle dépression de nivedu.
« Après mille autres années ou dans l'âge actuel, l'action des> tructive du choc des eaux n'a plus laissé que des pics très surbaissés entre les flancs desquels le Nil s'épanche. (Test là son troisième niveau. Encore quatre à ctoq siècles, àjonte H. Geof* froy Saint-Hilarre, et je ne d<mte pas que les pica èvt milieu du fleuve qui ne sont plus aujourd'hui que de forts ferons , né soient tout à fait usés ; et la cataràlite d*Asé<>uàn te réduirait à n'être plus qu'une nappe d'eau doiit lès cascades d^Teinsailles peuvent au besoin donner nnë idée. »
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vàmes. Nous trouvâmes ce Mémour faisant tdu* jours quarantaine à bord de sa barque comme . à Esiïeh y car le typhus meurtrier qui désolait le pays régnait encore à Edfou dans toute sa force. Cependant malgré l'épidémie quidécimait cette population réduite à i ^Soo âmes environ, le fisc n'entendait pas perdre ses droits^ et Chériff- Bey était venu quelques jours auparavant avec une centaine de ses soldats pour presser la rentrée de Timpôt. Dans l'impossibilité de Tac* quitter, tes Fellahs poussés à bout par les mauvais traitemens avaient osé menacer de i^epousseï^ la force parla force, et deux malheureux dont les cadavres , agités parle vent, pendaient attachés au gibet élevé à côté de leur misérable cabane , étaient encore là^quand nous arrivâmes à Edfou, pour rappeler aux habitans ce qu'ils avaient à attendre de pitié de leurs inexorables dominateurs. Plusieurs autres Fellahs avaient eu le nez et les oreilles coupés , et lâ stupeur la plus pro^ fonde était venue chez ces infortunés se joindre au fléau terrible qui les moissonnait
Notre projet avait été d'abord de partir d'Ëdfou pour visiter, sur la route suivie jadis par le commerce entre l'Egypte et l'Inde , les mines d'émeraudes et les listes de ces Villes autrefois si florissantes dotit les ruines mutilées gisent éparses au milieu des sables dé-
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serts et dont le nom même est oublié; mais M. de Cadalvene, trop faible encore, était hors d'état d'entreprendre un voyage par terre , et d'ailleurs la crainte de l'épidémie avait éloigné les Arabes ) et il nous aurait été impossible de nous procurer des dromadaires pour cette excursion à laquelle nous ne renonçâmes qù^ re^et. La protection d'Ibrahim-Aga put seule nous permettre de renouveler nosprovi«ons; aprèsc[uoi nous nous hâtâmes de nous arracher au triste spectacle qui frappait nos regards , et au bout de quelques heures nous étions arrivés à EUKaby (^ouen-K ah des VhaLTSions et Elithja des Grecs). De toutes les villes antiques de l'Egypte, Élithya est celle dont Tenceiute est la mieux conservée. Cette enceinte carrée et dont les côtés peuvent avoir un demi-mille de longueur est fermée de m urs de briques crues, dont la hau« teur a dû étrede plus de dix mètres sur une épaisseur à peu près égale; au milieu d'une énorme quantité de débris qui occupent le sol de la ville, ceux d'un vaste temple presque entièrement détruit méritent de fixer l'attention parla quantité de fragmens richement sculptés quony rencontre. Prés de ce temple est un vaste bassia de forme elliptique dans lequel l'eau du Nil est encore amenée chaque année par un canal souterrain. La plaine qui s'étend entre £l-Kab
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et le pied de la montagne voisine est occupée presque entièrement par une immense quantité de puits sépulcraux dont la plupart ont été fouillés; cependant toute la plaine retentit sous les pas, et il est permis de croire que de nombreux hypogées ont échappé jusqu'à ce jour à la curiosité sacrilège qui bouleverse dispuis tant de siècles les antiques sépultures de TÉgypte.
La montagne est elle-même percée, sur plus d'une lieue de développement, de grottes innombrable&dans lesquelles on rencontre encore des débris de momies d'hommes et de crocodites ^ quelques-unes de ces grottes méritent d'être signalées, celle surtout où sont peints des scènes de la vie familière et les travaux agricoles des Égyptiens. On les voit, suivant la méthode encore adoptée en Nubie, faire la moisson en coupant seulement les épis, puis emplir de ces épis un filet que deux hommes portent sur leurs épaules suspendu à un long bâton, et vaner enfin le grain après l'avoir battu , en le répandant d'une corbeille qu'ils tiennent élevée au-dessus de leur tête.
A un quart d'heure environ au nord d'Élithya, on rencontre encore quelques débris d'un temple entièrement écroulé. Les traces des monumens antiques sont du reste le seul motif qui puisse attirer le voyageur sur la plage désolée
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OÙ gisent les ruines de la ville de Liicine. Une affreuse solitude où les hyènes et les chakals viennent hurler surles débris des teikiples , règne dans les lieux où fleurit jadis cette cité puissante ; et les habitans des campagnes voisines^ dont la misérable existence s'écoule parmi les tombeaux y arrachent avec peine à ces champs que le sable envahit chaque jour un peu de grain et de doura.
La pyramide de Mohamméryeh était déjà loin de nous. Esneh nous montra bientôt ses élégantes maisons de brique , et son rivage bordé de barques. Le typhus y avait presque entièrement cessé, et nous pûmes avec moins de crainte parcourir ses rues larges , mais tortueuses , et admirer le seul monument remarquable qui reste debout de l'antique Latopolis ou plutôt à'Esné, car ce nom qu'elle porta sous les Pharaons et même sous les Ptolémées se lit en hiéroglyphes sur toutes les colonnes et sur tous les bas-reliefs de l'édifice. Ce temple ou plutôt ce portique d'une belle architecture f mais dpnt les sculptures annoncent le point extrême de la décadence de l'art , mérite cependant, par sa parfaite conservation , d'être classé parmi les monumens remarquables qui nous restent de la vieille Egypte.
Le temple d'Esneh honteusement métamor-'
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phosé en magasin de coton est comme enfoui au milieu des maisons modernes qui l'entourent. Des murs de terre élevés dans les entre-colonnemens ne laissent plus pénétrer dans Tiiitérieur qu'une lumière douteuse, et ce ne fut qu^à l'aide de torches et d'échelles qu'il nous fut possible d'en examiner les bas-reliefs. On ne saurait pourtaiit se plaindre de. la nouvelle destination qu'a reçue ce monument , car tout humble qu'elle est , elle lui vaudra sans doute d'échapper encore quelque temps à' la destruction ; et c'est chose rare enJÉgypte qu'une pareille garantie. Vingt-quatre colonnes disposées sur quatre rangs, surmontées dé dés et réunies par des architraves, supportent le plafond couvert comme tout le reste d'une inconcevable profusion de sculptures hiéroglyphiques. Dans ce plafond, on remarque un zodiaque presque semblable à celui de Dendérah ; mais ce- planisphère ne remonte pas au-delà de l'empereur Garacalla. La partie la plus ancî^ane du traiple d'Esneh paraît être le mur du fond bâti p^r Ptolémée Épiphane. Tout le reste est couvert de légendes impfèriales de Claude ( dont la porte ofire la dédicace en grands caractères hiéroglyphiques) , de Véspasien, de Titus., de Domitien, d'Antonin, de Maro*Aurèle et de Commode; enfin de Septime Sévère et de Géta. Ce prince périt, comme on
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sait, assflis&iné par son frère Caracalla qui proscrivit jusqu'à sa mémoire. Aussi n'esMl pas sans intérêt d'observer que les cartouches de l'empereur Géta ont été presque partout à Esneh, martelés avec le même soin qu on a mis à effacer son nom sur plusieurs des monumens de l'Italie.
Une inscription hiéroglyphique qui se lit sur une des colonnes du pronaos nous apprend que ce portique servait de vestibule à un temple consacré à Cnouphis par Thothmosis III, le MoBrisdes Grecs. Mais les fouilles exécutées par Champollion ne permettent plus de douter que ce monument pharaonique n'ait été rasé jusqu'aux fondemens.
Mieux bâtie que la plupart des villes de rÉgypte, Esneh, dont la population peut à peine être aujourd'hui évaluée à 3,ooo amies, jouissait de quelque importance du temps des Mamlouks. Durant les guerres continuelles que se livraient les gouverneurs de l'Egypte, elle accordait toujours le droit d'asile au vaincu; comptant sur ce privilège antique, plusieurs des Mamlouks échappés au massacre du Caire vinrent en i8ia se mettre à la discrétion dii gouverneur Ibrahim-Bey ; mais, à l'exemple de son maître, celui-ci les fit tous massacrer sans pitié. .
Les habitans d'Esneh furent peut-être, lors de l'expédition française, ceux de tous les Égyp-
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tiens qui vécurent en meilleur accord avec nos soldats. Aussi le séjour des Français fut-il pour cette ville une époque de prospérité ; mais les établissemens industriels qui s'y étaient formés, sous la protection de nos armes, ont entièrement disparu. La fabrication de l'huile de Kass (laitue) a cessé également , et c'est à peine si cette ville fournit encore aujourd'hui quelques toiles de coton et quelques schalls {Malayeh)^ son commerce est tellement diminué que bien souvent les caravanes du Sennâr ne daignent pas même s'y arrêter.
Le couvent tristement célèbre par le massacre de chrétiens qui y fut exécuté sous Dioclétien , est inhabité et tombe en ruines, et une dégi'adation non moins complète a atteint les restes du petit temple égyptien qu'on voyait, il y a encore quelques années, à une lieue d'Esneh. Ce monument fut détruit par les ordres d'Ismaîl- Bey, qui en employa les pierres à réparer les quais delavill^. Sur une colonne qui a échappé à la destruction , aussi bien que sur quelques bas-reliefs à demi ensevelis sous le sable , on distingue les légendes de Ptolémée Philopator, d'ÉvergèteP^, et de sa femme Bérénice, et sur quelques autres débris les noms des empereurs Antonin et L. Verus.
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tions que par de brefs monosyllabes accompagnés de profonds soupirs. Il nous fit cependant donner , dès que nous entrâmes ^ la pipe et le cafèy et au moment où nous le quittions pour aller visiter les ruines , il donna ordre à son Mâlem d'envoyer à notre bord deux moutons et du pain frais.
Des deux temples dont on trouve encore les restes àErment, l'un fut en partie détruit dès les premiers temps du christianisme, et converti en église probablement à l'époque où Hermonthis devint le siège d'un évêché. Mai& cette église est elle-même en ruines aujourd'hui. Son plan et l'exécution annoncent une époque où l'art n'était pas encore parvenu au dernier point de décadence , et les colonnes de granit rose qui la décorent sont du plus beau style. Sans doute ces colonnes ont précédemment appartenu à quelque monument ptolémaïque ou romain auquel elles auront été arrachées, car il est impossible d'en attribuer la création aux chrétiens Coptes ou aux Grecs du Bas-Empire. On trouve encore sur les murs de l'église d'Erment quelques restes de peintures chrétiennes que le temps n'a pas entièrement effacées.
Le second temple était un Mammisi ou Ei-- Misi^ c'est-à-dire lieu consacré à Taccouchement. Six colonnes seulement restent debout,
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des douze qui soutenaient le pronaos , mais le sanctuaire , que les Fellahs ont surmonté d'un colombiep, est presque intact. Il fut construit sous le règne de la dernière Cléopâtre, fille de Ptolémée Aulétès, en commémoration de son heureuse délivrance de Ptolémée Cœsarion/le fruit de ses amours avec Jules César. On remarque dans le sanctuaire y où une étroite fenêtre ne laisse pénîétrer qu'un jour mystérieux , en harmonie avec les cérémonies qu'on y célébrait, un bas-relief représentant la déesse Ritho, femme du dieu Mandou, accouchant du dieu Harphré. Pendant que l'accoucheuse divine tire l'enfant du sein de la mère , la nourrice divine tend les mains pour le recevoir , assistée d'une berceuse; et le père de tous les dieux , Amon^Ra^ préside au travail accompagné de la déesse Soven , la Lucine égyptienne. I^a reine Geopâtre est censée' présente à ces couches célestes dont les siennes ne furent qu'une imitation.
A peu de distance et du coté du fleuve^ on aperçoit les restes d'un beau et vaste bassin carré dans lequel on descend par des escaliers situés aux quatre angles; quelques savans ont voulu y voir les restes d'un nilomètrè qu'ils prétendent avoir existé à Hermonthis. Sans vouloir contester ici l'existence de ce nilomètrè , regardée comme douteuse par beaucoup d'au*
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tr^ , et auquel Téloignement du fleuve permet diffîdletn^it de croire^ disons que oe bâssiti paraît construit à un niveau trop élevé pour avoir jamais pu servir à cet usage , si ce n'est lors de la plus haute période de la crue ; il est maintenant presque à sec pendant la plus gt^ànde partie de Tannée , et la mare infecté qui eïi occupé le milieu ^ sert de lavoir aux fèmnteé d'Erment , et d'abreuvoir à leurs bestiaux.
Deux Européens que nous avions connus à notre premier passage à Thébes ^ M^ fidnomi ^ dessinateur anglais , et M. Triandafilo , Grec ^ chargé de diriger des fouilles^ accoururent à Luxor dès qu'on leur eut annoncé notre arrivée* Nous apprîmes par eux des nouvelles d'Europe dont nous étions |n*ivé8 depuis plusieurs mois^ et nous fumes rassurés sur le bruit que fa î saien t cou* rir les naturels, de révoltes sérieuses qui auraient éclaté au Caire , où le Grand Pacha et plusieurs autres hauts personnages auraient été massacres, avec la plus grande partie des Francs. La facilité avec laquelle ces bruits de révolte se répandent en Nubie et dans la haute Egypte j et la faveur avec laquelle ils y sont accueillis, permettent de penser que le règne de la race turque en Egypte tend à sa fin« Cette race doit inévitablement disparaître devant le|lot envahissant d'une civi* lisation incomplète, fausse, mêlée de plus de
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maux que d'avantages , mais qui nW^ il faut Teâpérer, qu'im état dé transition pour arriver à une civilisation meilleure. Jusqu'ici l'escla'» vage et l'abrutissement des Fellahs n^otit pa^ cessé d'être^ en pratique, la base de l'administra* tion de Méhémed-Ali. Mats, toute vetâtoire qu'elle est, cette administration a été un pas fait vers l'établissement d'un ordre légal. Hégulièrement opprimés, les Fellahs ont commencé à cornprendre la possibilité d'une résistance légale et régulière. Quelques faits, bien que rares encoi'e et isolés, signalent en Egypte la naissance d'un esprit public i esprit incertain , il est vrai, mais dont la formation, en donnant aux indigènes là conscience de leur force, doit tôt ou tard amener la fin du règne des étrangers. Une autre cause naturelle et plus puissante encore , achèvera de ruiner en Egypte la puissance de la rade turque , c'est la diminution progressive de cette race.
Depuis que les Mamiouks qui renouvelaient la caste gouvernante , puisés qu'ils étaient à là source d'où cette caste tirait son origine, ont cessé d'être importés en Egypte, le nombre des Turcs tend chaque jour à s'y réduire , et il est permis de prévoir l'instant où leur aristocratie écrasante s'éteindra d'elle-même. Méhémed-Ali, qui semble l'instrument aveugle et providentiel
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appelé à régénérer la race arabe^ a, par sa rupture avec la Porte, hâté Tins tant de la catastrophe; aussi, malgré tous ses efforts pour conserver aux Osmanlis leur suprématie sur les indigènes , il semble avoir lui*méme Tinstinct de cette position difficile et doutetise , et quelques symptô* mes de réaction turque viennent parfois attester qu'il voit le péril j en même temps qu'ils témoi*gnent de son impuissance à lutter contre la force irrésistible qui l'entraîne.
La stupeur la plus profonde régnait à Thèbes quand nous y arrivâmes. Des agens du fisc étaient venus du Caire , pour faire transporter sur une aire, à Gournah, toutes les moissons du district ; elles devaient y être battues en leur présence , et ils avaient à surveiller l'expédition à Alexandrie de la totalité des céréales ; le ré-^ sultat de cette mesure était, comme on peut le penser, d'amener, après des vexations sans nom-^ bre, une consommation plus considérable qu'elle ne l'eût été naturellement. Quelque sévère que fût la peine dont les délinquans étaient menacés , les Fellahs n'en cachaient pas moins en terre ou dans les tombeaux tous les grains qu'ils pouvaient soustraire, et leur prévoyance inquiète, éveillée par la crainte que le fisc ne leur laissât même pas l'indispensable , eu faisait disparaître une quantité supérieure àieurs besoins, et des-
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tinée à dépérir inutilement dans quelque catacombe ignorée.
Nous ne voulûmes pas quitter Thèbes sans visiter encore une fois ses ruines , et nous nous arrêtâmes surtout au magnifique palais de Médinet-AboUy bâti par Ramsès-Maï-Amoun qui y fit sculpter et peindre toutes ses campagnes et les cérémonies de son triomphe. M. Bonomi nous y fit remarquer l'allocution fastueuse adressée par ce Pharaon à ses guerriers, et tracée audessus d'un tableau représentant le retour de ce roi en Egypte, après ses nombreuses conquêtes : <c Livrez-vous à la joie, dit-il à ses soldats; qu'elle « s'élève j iisqu'au ciel. Les étrangers sont ren- « versés; La terreur de mon nom est venue, leurs a cœurs en ont été remplis; Je me suis présenté a devant eux comme un lion ; je les ai poursuivis <c semblable à un épervier. J'ai anéanti leurs (c âmes criminelles. J'ai A*anchi leurs fleuves , j'ai « incendié leurs forteresses. Je suis pour l'Egypte <K une barrière d'airain. » Puis s'adressant à son père Amon Ra : et Tu me l'as ordonné , j'ai pour- «( suivi les Barbares, j'ai combattu toutes les a parties de la terre. Le monde s'est arrêté dece vant moi Mon bras a forcé les chefs de la
a terre, et mes pieds ont foulé les nations. y>
Quand nous quittâmes le rivage de Thèbes , le soleil à son déclin entourait d'une u. 27
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auréole de lumière les colosses de Memnon, debout au milieu de la plaine^ comme les génies protecteurs des débris de la métropole égyptienne. Enfin y Tobscurité de la nuit vint dérober à nos derniers regards ces ruines imposantes dont notre cange^ favorisée par le calme^ et poussée par le courant , nous éloignait rapidement. Nous étions arrivés au bourg de Kous ( J!pollonopolis-parva ).
Les antiques monumens de Kous ont dis-* paru, et l'on y chercherait vainement aujourd'hui l'admirable portique dont l'ouvrage, d'Egypte nous a conservé le modèle. Ce débris de la splendeur d'ApoUonopolis-Parva, dont le caractère avait frappé nos savans d'admiration, a suivi dans le four à chaux les merveille^ que fait disparaître chaque jour du sol de l'Egypte la barbare ignorance des agens chargés de là construction des magasins ou des fabriques du Vice-roi. Les démolitions se succèdent maintenant avec une telle rapidité que souvent \m voyageur n'aperçoit pas le moindre vestige des édifices qu'un autre voyageur a admirés peu de mois avant lui.
Quelques débris dW propylon à moitié enfoui et consacré à Aroëris (l'Apollon grec), sont à peu près les seuls vestiges des monumens d'ApoUonopolis. On y remarque les car-
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touches de la reine Cléopâtre Cocce et de son fils Ptolémée SoterII,etsur la face qui regardait le temple, le& légendes royales de Ptolémée Alexandre P^
Kous avait été peu de temps avant notre arrivée le théâtre d'une exécution d'une barbarie révoltante. Un chrétien de cetteville qui, depuis longues années , vivait avec une femme musulmane, avait été, à la suite d'une scène de jalousie, accusé par elle et traîné devant la justice; ni la conduite scandaleuse de son accusatrice, ni l'infamie même de l'accusation ne purent lui servir d'excuse. En vain le malheureux offrit de se faire musulman et soldat , rien ne put désarmer le fanatisme de ses juges ; il fut condamné à être enterré vif jusqu'à la ceinture et achevé à coups de pierres.
En peu d'heures nous arrivâmes à Kbft ou Kopt, ville moderne, entourée d'un mur de briques crues, dont la misérable population né s'élève pas au-delà de douze cents âmes. Kopt est bâtie sur les ruines de l'antique CoptoSj si turbulente, si redoutable sous la domination romaine, et l'entrepôt du commerce de l'Arabie et dé l'Ethiopie. Les tristes vestiges de Coptos conservent lés marques de la vengeance de Dioctétien sous le règne duquel elle fut prise d'assaut et mise à feu et à sang. A quelques pieds
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seulement au-dessus du sol s'élèvent les débris d'une église chrétienne ruinée comme les deux temples antiques auprès desquels elle fut construite et qui avaient servi à Tembellir.
On distingue sur quelques fragmens des basreliefs de ces temples y les légendes royales de Nectanèbe , Pharaon de la xxx' dynastie ^ d'Auguste, de Claude et de Trajan, et un peu plus loin quelques restes d'un petit édifice bâti sous les Ptolémées.
Les anciens Coptites étaient fameux par leur dévotion pour le crocodile ^ dévotion si grande que, lorsquQ des enfains étaient enlevés par ces amphibies, les mères en étaient ravies de joie et célébraient des fêtes. Elles regardaient comme le comble de la gloire et du bonheur d'avoir mis au monde ce qui servait de pâture à leur dieu.
Nos finances se trouvaient épuisées quand nous arrivâmes à Kéneh et il nous fallut recourir aux lettres de crédit dont nous avions eu la prudence de nous munir. Seïd-Husseïn , auquel nous nous adressâmes, nous assura qu'il s'empresserait de faire honneur aux ordres du chef des négocians du Caire, Cheïkh-el-Mohdi, et en effet son fils Méhémed vint vers le soir nous apporter, à notre barque , les quatre bourses (2,000 piastres)que nous lui avions demandées. La lettre de recommandation dont notre crédit
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était accompagné, se trouvait conçue en termes tellement pressans que notre Arabe n\>sa pas réclamer les 20 p. 100 d'intérêt qu'il avait l'habitude d'exiger des voyageurs auxquels il prétait de l'argent de Kéneh au Caire , c'est-àdire pour environ quinze jours. Cependant il répugnait singulièrement à nous le donner gratuitement : — Annonce à tes maîtres, dit Méhémed à notre intendant, qu'à cause du vénérable Cheïkh-el-Mohdi , mon père ne veut exiger d'eux aucun intérêt, mais j'espère bien qu'ils me feront un bon cadeau , et assure-les que je le recevrai avec le plus grand plaisir. Sa physionomie rubiconde nous faisant présumer qu'il partageait les goûts de son père, nous lui donnâmes une caisse de vin qu'il reçut avec une joie inexprimable.
En quittant Réneh , nous allâmes visiter de nouveau les ruines de Tentjris , si célèbre par le culte que ses habitans rendaient à l'épervier qu'ils adoraient comme symbole du feu, tandis que les Coptites leurs voisins révéraient dans le crocodile le symbole de l'eau. La haine que les Tentyrites portaient au crocodile était telle, qu'au dire d'Élien, ils avaient établi des filets dans le Nil pour prendre ces amphibies : ils les suspendaient ensuite à des arbres, et après quel-
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ques l^iaenta^ons ^ ils les fustigeaient , les coup^^ient en iporceaux et les dévoraient.
Nous devons à Juvénal, que l'exil avait conduit en Egypte, la connaissance d'une scène horrible qui atteste la haine vouée par ce motif aux Tenty rites par les habitans de Coptos.
Les Tenty rites célébraient une fête en l'honneur de leur divinité chérie. Les nobles et les chefs de Coptos résolurent d'en troubler la joie et de surprendre leurs ennemis au niilieu des festins. Répandus dans la ville , ils excitèrent par des injures grossières le fanatispie des Tentyrites , et bientôt; les deux partis n'ayant point d'armes , l'action s'engagea à coups de pierres. Cependant les Tentyrites, d'abord épars dans les temples^et dans les places publiques^ sont renforcés par leurs concitoyens. La troupe qui survient tire le glaive , décoche des flèches, et les Coptites prennent la fuite. Dans cette fuite , un habitant de Coptos dont la peur précipitait les pas, glisse et tombe. On le prend , on le coupe en mille pièces afin que chacun des vainqueurs puisse en avoir sa part. La troupe triomphante le dévore et ronge jusqu'à ses os.
Le vent violent qui règne presque constamment à la hauteur de Djebel-Moneh retar^da notre marche pendant quelques heures , et la
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journée était déjà bien avancée quand nous arrivâmes à Baleyne. Chacune des maisons de cette misérable bourgade est surmontée d'un colombier qui en double au moins la hauteur et lui <lonne de loin l'aspect le plus singulier. Un colombier est du reste pour les Fells^hs une véritable richesse : celui qui a un colombier, dit un vieux proverbe arabe , n'est pas embarrassé pour marier ses filles; aussi il n'est pas de moyens qu'on n'emploie pour faire prospérer les pigeons.
Le lendemain nous dépassâmes Djirgeh dont les minarets écla tans de blanchçiir se dessinent de fort loin au-*dessus des palmiers qui entourent la ville. A quelques heures de Djirgeh, la chaîne arabique se rapproche du fleuve, sur le bord duquel s'élève un tombeau de santon pittoresquement situé au sommet d'une petite élévation. C'est à ce saint personnage que les habitans se croient redevables de ne pas éprouver d'accidens de la part des crocodiles. Lorsque ces amphibies passent devant le santon , ils ne manquent pas , disent les Fellahs, de saluer le saint Abou-Omar qui leur enlève toute leur férocité.
La force du vent nous obligea de nous arrêter quelques heures à £l-Âkhmym, ville qui, malgré sa misère , conserve encore ^aujourd'hui plus de six mille âmes de population ; nos gens , après
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avoir renouvelé leurs provisions , allèrent faire leur prière dans une petite chapelle consacrée à Doul-Noun y un des hommes les plus illustres qu'ait produits la moderne Panopolis. Les ennuis de la route furent charmés par les récits que faisait à nos gens un habitant d'Ël-Akhmym au* quel nous venions d'accorder passage jusqu'à Syout. Chacun des assis tans écoutait le narrateur avec une religieuse curiosité , et le récit était souvent interrompu par des Allahl H Allah ! il n'y a pas d'autre dieu que Dieu.
Doul-Noun est célèbre dans l'Orient par ses connaissances en alchimie et dans l'art de déchiffrer ks anciennes écritures ; il suivit les pratiques de la vie monastique; ses mœurs étaient irréprochables et sa pénétration extraordinaire. Cependant la plupart des Égyptiens le taxaient d'athéisme 9 et ce ne fut qu'après sa mort qu*il fut bien apprécié. Un jour qu'il était sur un vaisseau , un marchand perdit une pierre précieuse. Tous les passagers s'accordèrent a accuser Douï- INoundu vol et commencèrent à le traiter durement et avec mépris. Tout à coup ils virent mille poissons qui levaient leur tête au-dessus de la mer, tenant chacun une pierre précieuse entre ses dents. Doul-Noun en prit une et la donna au marchand ; les passagers voyant ce prodige, se jetèrent à ses pieds et lui demandèrent pardon.
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La nuit de la mort de Doul-Noun y soixantedix personnes virent en songe le Prophète qui disait : Doul-JSoun arrivera celte nuit ^ je viens à sa rencontre. Lorscju'on portait son cercueil en terre^ des oiseaux d'une espèce inconnue entrelacèrent leurs aileSyCn sorte que les personnes qui suivaient le convoi marchaient à l'ombre. Sur la route un Muezzin qui appelait à la prière, étant arrivé à ce mot le martyre , Doul-Noun éleva un doigt : comme on crut qu'il était encore vivant on posa le corps à terre , mais il ne donna aucun autre signe de vie , et quelque effort que l*on fit , il fut impossible d'abaisser le doigt qu'il avait élevé. Quand il fut mort on trouva ces mots écrits sur son front en lettres vertes : Cest ici Vami de Dieu^ qui est mort par Vépée de Dieu , pour V amour de Dieu.
Le ao juin , le calme permit à nos matelots d'avancer plus rapidement qu'ils ne le faisaient depuis quelques jours, et le lendemain nous atteignîmes Tahta, où réside un Père de la propagande romaine. C'est à Tahta qu'étaient établis il y a quelques années des Coptes qui,moyennant un droit assez considérable, avaient en Egypte le privilège exclusif de faire des eunuques.
Un peu au-dessous de ce bourg, la chaîne arabique est percée d'un grand nombre d'hy-
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pogées dont quelques-uns sont assez remarquables.
Un incendie avait entièrement dévoré, quelques jours avant notre arrivée à Syout, la fabrique de cotons élevée dans cette ville, et la perte était évaluée à près de deux millions de piastres. La véritable cause de cet accident était ignorée, et on l'attribuait à tout hasard à la maladresse de quelques ouvriers qu'on avait eu Timprudence de faire travailler de nuit. Dans l'impossibilité de connaître Fauteur du désastre, Chériff-Bey avait fait préalablement bàtonner tous les employés de la filature , qui , convertis en maçons , allaient, par son ordre, procéder à la reconstruction de l'édifice. Épargnés, jusque là, les derniers hypogées de la nécropole antique s'écroulaient sous le marteau des ouvriers chargés de préparer les matériaux de la nouvelle bâtisse ; car il ne faut pas croire qu'éclairé par l'expérience et par des conseils sages, Méhémed-Ali renonce a réédifier les établissemens industriels que le temps ou les accidens peuvent détruire. Son système gouvernemental, basé sur une existence factice imposée à un peuple que ses instincts naturels tournaient vers l'agriculture , continue à lutter obstinément contre le bien-être de ce peuple. Lorsque le Viceroi s'empare d'une province, il commence par
en sucer le sang ; puis quand il n'a plus sous la main qu'un corps palpitant, il s'efforce, non pas de rappeler en lui le principe de la vie, mais de le remplacer par le mouvement artificiel que la mécanique peut donner à un cadavre .
La crue du fleuve était encore peu sensible à Syout, quoique la saison fût déjà avancée, et la chaleur était étouffante. Le thermomètre de Réaumur s'élevait dans les appartemens les plus frais à 3']*. Jje docteur Massari nous présenta à son patron Chériff-Bey , qui nous accueillit de la manière la plus affectueuse. Inexorable pour les malheureux Fellahs soumis à son autorité, et qu'il traite souvent avec une barbarie révoltante, Chériff-Bey sait quand il le veut, revêtir les formes de la plus aimable urbanité en faveur des Européens dont il aime la société, et dont il affecte de copier les manières. Prévenu de notre arrivée, il avait attendu que nous fussions introduits dans son divan, pour décacheter le journal du Caire qu'on venait de lui apporter. Rien d'amusant comme la gravité et l'importance avec lesquelles le Moudir parcourait cette gazette qui , rédigée par les ordres et sous la surveillance de Méhémed">Ali^ ne manque pas de proclamer les bienfaits de l'administration toute paternelle du Vice-roi.
Nous cherchâmes vainement à £l-TeU les traces de l'antique Psinaula. Presque tout a disparu , et il ne reste plus maintenant aucun vestige du portique qu'on y admirait encore, il y a peu d'années. Quelques fragmens de colonnes ornées de scupltures indiquent seuls aujourd'hui la place de cette ville célèbre.
En face de Mélaouy, la chaîne arabique se rapproche du fleuve et diminue la largeur du terrain cultivable , que l'on peut évaluer à une moyenne de trois lieues environ , depuis le Caire jusqu'à Assouan. On trouve dans cet endroit de la montagne de belles mines de sel gemme bien cristallisé, qui n'ont pas, comme on pense, échappé au monopole du Vice-roi, mais qui, grâce à la difficulté d'une surveillance rigoureuse , fournissent aux habilans la matière d'une contrebande assez active.
Les deux rives du Nil et surtout k rive orientale $ont en tous temps infestées de voleurs, depuis Syout jusqu'aux approches du Caire; mais ce sont particulièrement les environs de Manfalout, de Cheïkh-Abadé et de Beny-Hassan, qui sont le théâtre habituel de leurs exploits. Ces voleurs enlèvent souvent des grains et des bestiaux , mais leurs attaques sont surtout dirigées contre les barques , à bord desquelles ils viennent à la nage, pendant la nuit, saisir ce
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dont ils peuvent s'emparer sans bruit, car il est presque sans exemple qu'ils aient rien enlevé de force et à main armée. Les Fellahs , victimes de ces rapines, ont établi à Raramoun une espèce de garde de nuit qui, au dire même du Nazir, ne mérite pas une confiance excessive ; et Topinion générale est que les chefs de ces voleurs sont d'accord avec le Gouvernement, auquel ils paient une rétribution annuelle.
Les Fellahs citent à l'appui de cette opinion l'histoire assez plaisante d'un Kachef qui passait dans le pays pour se rendre à son poste. Inquiet de tout ce qu'il entendait raconter des voleurs , ce Kachef demanda à un chef de village des gardes pour ses chevaux et ses effets. Celui-ci s'empressa de les lui fournir, mais en lui recommandant toutefois de veiller lui-même avec soin, tant était grande, disait-il, l'adresse des voleurs, qu'il ne pouvait se rendre garant de rien.
Rassuré par ces démonstrations de bonne foi, le Kachef et ses gens s'abandonnèrent au sommeil. Aussitôt les gardes délièrent les chevaux et aidèrent leurs camarades à enlever les bagages. Puis , jetant de grands cris , ils s'élancèrent à la poursuite des voleurs avec une ardeur telle, que le lendemain le Kachef fut obligé de partir sans les avoir revus ; il quitta le village fort désap-
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pointé de la perte de tout son avoir, mais pénétré de reconnaissance pour le zèle que le Cheïkh-el-beled et ses gardes avaient déployé pour son service.
Après nous être arrêtés quelques heures à Raramoun, afin de laisser à notre Mahmoud le temps de revoir ses compatriotes, nous partîmes pour Cheïkh-Abadè {Antinoê\ où malgré la violence du vent nous arrivâmes au lever du soleil.
De beaux groupes de paln|lers ombragent le village de Cheïkh-Abadè , parmi les huttes du*quel s'élèvent encore douze énormes colonnes de granit rose , reste le plus remarquable qui nous soit conservé de la ville antique; car là aussi , les monumens ont disparu et la plus belle porte triomphale d'Antinoë n'existe plus que dans les planches du grand ouvrage d'Egypte. Ce n'est pourtant point pour une méchante fabrique de salpêtre ou de coton qu'ont été enle* vés ou détruits les magnifiques débris de la ville élevée par Adrien à la mémoire de son favori; la plupart ont été employés au Caire à décorer le palais du Defterdar-Bey ; ce qui, pour le dire en passant , est un progrès à signaler de la part d'un ministre renommé pour son opposition à toute espèce de réformes.
Aux pieds de la chaîne arabique, qui termine vers le sud la plaine d'An tinoë, s'ouvrent de vastes carrières et d'immenses hypogées où les ibis gisent à fleur de terre, ainsi que dans une partie de la plaine elle-même. Il ne faut pour les trouver, qu'écarter un peu la couche de sable sous laquelle ces oiseaux sont entassés par millions.
M. Hay, riche voyageur anglais , et admirateur enthousiaste de l'architecture égyptienne , était à Beny-Hassan, quand nous y arrivâmes, occupé de faire dçssiner avec soin les peintures hiéroglyphiques qui décorent les spéos de la montagne. Deux belles canges où quelques artistes britanniques avaient réuni tout ce qu'on peut désirer pour les commodités de la vie, servaient d'asile à M. Hay et à tout son monde. Sa jeune épouse. Grecque Candiote, l'accompagnait dans ses explorations scientifiques , qu'il se proposait de pousser pour la seconde fois jusqu'au Sennâr ; car M. Hay parcourt déjà depuis plusieurs années la terre des Pharaons dont il est un des plus constans et des plus infatigables explorateurs.
M. Hay se trouvait au Caire en i8a i , occupé des préparatifs de sa première incursion, au moment où l'on vendait une jeune Grecque âgée de neuf ans , que l'on avait transportée de Candie. Poussé par un sentiment de pitié, il acheta cette
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enfant, et , s'intéressant à son malheureux sort, il l'envoya en Angleterre pour lui faire donner une éducation qui pût former la base de son bonheur futur. La jeune Grecque répondit si bien en grandissant aux soins de son bienfaiteur, que M. Hay se décida à en faire sa compagne et Tépousa aussitôt qu'elle eut atteint l'âge de quinze ans. Il résolut alors de faire les recherches nécessaires pour découvrir les parens de sa femme, afin de leur faire partager le bonheur de leur fille , et dans cette intention il se transporta en Candie. Ses recherches furent couronnées de succès, et en arrivant dans le village où elle avait pris naissance ^ madame Hay retrouva son père et sa mère. Qu'on se figure leur surprise en revoyant après neuf années de séparation, leur fille qu'ils croyaient encore esclave, revenir heureuse, riche et entourée de nombreux domestiques ; cependant, malgré les avantages qui leur furent offerts, ces bonnes gens, par un exemple bien rare de philosophie, aimèrent mieux demeurer dans leur village que de suivre leur fille devenue trop grande dame pour eux; et comblés de ses bienfaits, ils lui dirent pour la seconde fois im éternel adieu.
Malgré le vent qui renforçait, nous quittâmes bientôt Beny-Hassan.
Un peu au-dessus de Minyeh, nous aper-
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çùmes une grande quantité de bateaux amarrés devant le village de Tahneh, et quelques soldats qui se trouvaient sur le rivage nous firent le signal d'arrêter. Us étaient chargés par le Gouvernement de mettre toutes les barques en réquisition pour le transport des grains et prétendaient aussi s'emparer de la nôtre. Nous ne tînmes aucun compte ni de leurs cris, ni de leurs menaces , et nous continuâmes notre route. La vue de notre pavillon que nous fîmes hisser surle-champ, les empêcha sans doute de nous poursuivre.
A chaque port devant lequel nous passions , un grand mouvement d'activité se faisait remarquer, et des barques nombreuses, chargées jusqu'au-dessus des bords qu'on exhausse avec des planches et de la terre, sillonnaient ce Nil où, comme dit le bon et naïf sénéchal du saint roi, on péchait des épices et toutes sortes de denrées ; les unes étaient chargées de marchandises pour le Pacha; d'autres peintes et dorées portaient quelques chefs de province. La plupart avaient des cordes faites de filamens de palmiers; et leurs voiles en lambeaux présentaient la triste image dé la misère. La crue commençait à devenir sensible, et partout on s'occupait à radouber les barques qui n'étaient pas encore à flot, pour les mettre en état de transporter à II. a8
Alexandrie toutes les récoltes dont les agens du Vice-roi étaient allés s'emparer sur tous les points. Pour éviter que des révoltes partielles viennent, comme il y a quelques années, arrêter les mesures fiscales du Gouvernement et afin d'assurer la tranquillité des provinces aussi bien que la navigation du fleuve , Méhémed-Ali a fait distribuer de distance en distance, dans les difFérens gouvernemens , des canges canonnières assez bien équipées , et dont quelquesunes sont percées pour dix pièces de petit calibre. La plupart ne portent cependant que six et même le plus souvent quatre caronades.
Quelques débris de colonnes et de vieilles fondations de briques où Ton chercherait vainement des traces de caractères hiéroglyphiques, signalent à peine la place de l'antique Oxyr inchus {Behnésé)\ mais de nombreux vestiges de monastères y rappellent les premiers temps du christianisme, et cette époque singulière où , tourmentés par un pieux enthousiasme, les philosophes chrétiens abandonnèrent le monde pour venir chercher Dieu dans le désert. Entraînés par l'exemple de la vie de saint Paul et de saint Antoine, et par la repommée de leurs miracles qui se répandait de cité en cité, des milliers de chrétiens vinrent peupler les solitudes habitées par ces anachorètes, et bientôt
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d'immenses colonies de moines couvrirent lé sol égyptien ^ où ils étaient venue chercher la vérité et la paix^ Au \y^ siècle dû christianisme on ne comptait pas k Oxytinchus moins dé !20yOoo vierges consacrées k Dieu et dé t o^oôd religieux. La réputation de piété de tous ces serviteurs dé Jésus-Christ était telle qu'une armée dé 5o,ooo Nubiens n'hésita pas à Venir à leur secours lorsque les Arabes envahirent l'Egypte. Behnésé est encore aujourd'hui habité par quelques centaines de cénobites qui appellent ce lieu la métropole des œui^tis.
Des fragmens d'architecture etquelques restes de colonnes degrés ou de granit indiquent seuls l'emplacement des monumens disparus de la ville antiqiie sur laquelle Tcharona a été élevée, et dont le nom même est ^aujourd'hui inconnu.
Ibrahim^Pachà venait de quitter Beny-Squef quâhd nous y arrivâmes. L'impôt se faisait attendre ^ et leprincé était venu de sa pca^sonne réveiUer le sièle des agens du pouvoir et redoubler là rigueur des mesures fiscales. Une asseipb}ée générale avait eu Keu pour cet objet , et Ibrahim y avait ^ pour tout expédient, signifié à quelle époque il exigeait; que l'impôt fôt rentré. Un Nakir du Fayoïnii avait eu l'tîiii» dncé de lui faire humblenient observer qu'il y avait impossibilité matérielle à ce que là
somme exigée pût être perçue dans le délaf fixé. D'autant plus irrité de ces représentations^ qu'il en sentait la justesse, et craignant en outreque s'il les accueillait, elles ne piussent devenir un précédent dangereux, le fils du Vice^oi avait fait donner en sa présence cent coups de bâton au Nazir pour lui apprendre à faire des représentations et l'avait fait exiler au château d'Aboukir. Quelques jours après , une circulaire du Grand Pacha était venue annoncer à tous les Nazirs que le même sort les attendait ^ s'ils osaient imiter X insolence deMéhémed-Aga,/7z/m pour servir d exemple aux autres.
Ainsi ^ parce que , parmi les chefs de l'administration ^ il s'était trouvé un homme assez sin* cère pour déclarer l'impossibilité, évidente d'ailleurs , de percevoir la somme esî^ke dans un temps donné, on le condamnait à languir dans une prison d'état pour le reste de ses jours. Son exemple a dû en effet être utile aux autres pour leur apprendre ce qu'ils auraient à attendre d'une conduite loyale et d'une tentative faite pour conserver au Vice-roi les débris d'une population épuisée et réduite aux abois. Reste maintenant à savoir où un pareil système peut conduire l'Egypte , livrée à une volonté opiniâtre fermement résolue à la jouer contre les chances d'une insurrection ou contre celles de l'épuisé-
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ment ; et si elle marche vers une organisation régulière, vers une régénération, comme on le dit en Europe, ou vers une ruine certaine et complète.
Nous passâmes de nuit devant le couvent presque abandonné , où saint Antoine avait , avant de mourir, réuni plus de cinq cents céno" bites. C'est là que retentit la parole de cet anachorète, devant laquelle les antiques croyances des Eg3rptiens tombèrent anéanties. Aux accens de cette voix puissante, les cérémonies funèbres cessèrent d'être célébrées, les corps ne furent plus embaumés, et les fables de FAmenti ou du Tartare de l'Elysée, cédèrent la place aux graves vérités du christianisme. Le seigneur d'Anglure, qui visita ce couvent à la âh du XIV® sièale, y trouva encore trente frères demourans , faisant le service de Dieu notre Seigneur, et qui semblaient être moult bonnes et dévotes personnes. Vansleb, curé de Fontainebleau, qui le visita environ trois siècles après, n'y trouva que dix-sept religieux, la plupart borgnes ou sourds^ ou estropiés^ ou boiteux^ ou cassés de vieillesse^ Ce couvent est habité iaujourd'hui par cinq moines, à peu près dans le même état que ceux que Vansleb y rencontra. Ces pauvres gens , qui savent à peine les prières nécessaires pour dire la messe, n'ont
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pour exister que les secours qu'ils peuvent ohn tenir dç la pitié des fidèles ou des voyageur^ qui remontent ou descendent le Nil.
Enfin y le i*' juillet , nous nous trouvâmes en face des pyramides de Sakkarah (i).
La foret de palmiers longue de plusieurs lieues qui s'étend au-delà de Bédréchein, paraît couvrir l'emplacement qu'occupait Memphis (a); on sait que cçtte ville, ruinée par G^ml^se, resta peuplée jusqu'en 649, où les Arabes la prirent d'assaut et la détruisireiit entièrement. On y rencontre y dans plusieurs endroits^ d^ grandesi buttes de décombres j recouvertes de terre et de végétation y et quelques fouilles tentées à diverses époques, y ont fait découvrir partout des fragmens d'architecti^re et même de sculpture, ei^tre lesquels on remarque- unie magnifique statue 4^ RamsèsJe^Grand, en pieFre calçsiire très dure, 4c trent-^'-qua^e pieds et demi de long. Ce colosse , d'un trava^ fort reinarq^usible , est encore gisant sur le sol d'où il a été tiré.
Au sortir de la forêt, nou$ ^Uàmtes prendre
(i) Les pyramides de Dàchour et de, Sakkarah furent baltes sous la troisième dynastie. Celles de Gizeh sont, au rapport de GhampoDion , les tombeaux des trois premiers rois cle la cinquième dynastie : Souphi I , Sensaqupht et Mankliéi^i*
(^) Les villages de nédréchein , Mît-Rahinch et Merjfsùjfit bâtis sur les ruines do Memphis.
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des guides à Sakkarah pour visiter les pyramides et les sépultures de la montagne. A moins d'un quart de lieue du village , le sol s'élève tout à coup , et sur le même banc de rocher sur lequel sont élevées les pyramides de Gizeh, commence le désert.
Quelques tombeaux sont creusés dans le flanc de ce rocher , mais c'est sur le plateau , c'est parmi les pyramides qui s'élèvent çà et là , que sont pratiquées en nombre infini les excavations sépulcrales qui furent la nécropole de Memphis.
Plus nombreuses que les : pyramides de Gizehy celles de Sakkarah leur sont de beaucoup inférieures en grandeur ^ et leur état de conservation est en général moins satisfaisant. Plusieurs d'entre elles ont été ouvertes, notamment la seconde dans laquelle Pietro délia* Valle pénétra en i6i 5, et la plus grande, visitée pour la première fois , il y a quelques années, par le général Minutoli. Cette pyramide diffère extérieurement de celles de Gizeh par sa division en six étages , qui lui donne l'aspect de six pyramides dé dimensions différentes, superposées les unes aux autres , au lieu d'une seule , d'une inclinaison régulière.
La disposition intérieure de la principale pyramide de Sakkarah n'est pas moins remarquable*, ^u contraire des grandes pyramides.
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dont l'intérieur offre une masse pleine, percée k peine de quelques petites salles , celle-ci est presque complètement vide. C'est par un puits, situé à quelques pas de distance , qu'on réussit à y pénétrer, en se glissant à plat ventre par un étroit couloir. On descend ensuite plusieurs es-' caliers dans différentes directions pour arriver enfin dans une salle qui occupe tout l'intérieur du monument, et dont on aperçoit à peine le sommet à la lueur des torches. Le sol de cette salle est formé de grandes dalles de granit rose, lancées comme des poutres sur l'ouverture d'un puits qui s'enfonce dans les entrailles de la terre.
A différentes hauteurs s'ouvrent sur les parois de la salle principale, les portes de plusieurs petites chambres latérales inaccessibles, dans lesquelles sont des sarcophages ; d'autres chambres, dont l'entrée fut soigneusement murée, sont cachées dans l'épaisseur même des parois de la pyramide, et peut-être des recherches plus exactes en feraient-elles encore découvrir de nouvelles.
Nous employâmes une grande partie de la journée à errer parmi les sépultures de Sakkarah, qui couvrent une surface dp plusieurs lieues. Sur toute cette étendue, le rocher est percé de puits, les uns comblés par le sablé ou
par les décombres, les autres ouverts à fleur de terre comme des abîmes; ceux-ci fouillés, ceuxlà renfermant encore les corps ou les monumens qui y furent déposés, mais tous dans un tel état de confusion, qu'il faut une longue expérience de ce genre de travail pour distinguer ceux dont la fouille peut être tentée avec quelque chance de succès. La plupart de ces puits paraisse! t n'avoir sei'vi à la sépulture que de quelques individus ou au moins d'une seule famille, mais quelques-uns donnent entrée dans d'immenses catacombes dont les galeries s'étendent au loin, et dans lesquelles sont entassées par milliers des momies moins richement ornées que celles des tombeaux particuliers. Ceux-ci paraissent avoir servi de sépulture communeaux classes inférieures de la société égyptienne. D'autres ont été spécialement consacrés à recevoir la déppuille des animaux sacrés , et parihi ces derniers , le puits où sont déposés les ibis embaumés dans des jarres, à peu près comme à Touneh-el- Djebel , est le plus remarquable.
Le soleil descendait à l'horizon quand nous quittâmes Sakkarah, et nous ne pûmes rejoindre notre cange qu'à une heure asse^ avan-^ cée de la nuit.
Le lendemain , avant le jour, nous étions rendus au faubourg de Boulak. Quatre mois se-
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talent à peine écoulés, rien n'était changé, et cependant nous revîmes ces lieux comme on i*evoit un ancien ami après une longue absence. Seulement le soleil de Tété brillait de tous ses feux f un voile de vapeurs brûlantes enveloppait la nature entière; et les eaux du Nil commençaient à se répandre dans les campagnes que nous avions laissées couvertes de sable.
On ne s'occupait au Caire, au moment de notre arrivée , que des armemens considérables qui se préparaient contre la Syrie. Quelques affidés du Vice-roi répandaient danSb le public le bruit que cette expédition était faite avec Tassentiment de la Porte, et on allait même jusqu'à prétendre que les pachaliks d'Acre et de Damas devaient être le prix de la soumission du rebelle Abdallah. En attendant, les ateliers de la citadelle et de Boulak étaient en pleine activité et occupaient tellement l'attention publique qu'on parlait à peine de quelques cas de choléra-morbus, de ce fléau apporté par les caravanes de la Mecque , et qui, quelques mois plus tard, devait décimer si cruellement la population de l'Egypte.
Ibrahim-Pacha était partout pour accélérer les préparatifs de cette expédition , dont le commandement devait lui être confié. Dans une de nos promenades au vieux Caire, nous rencontrâmes ce prince conduisant lui-même un clé-
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gant tilbury. Ibrahim est âgé d'environ 45 ans ; sa constitution est robuste, sa physionomie commune ; brusque , fantasque, un peu vain , brave jusqu'à la témérité , il a puisé dans ses relations jde chaque jour avec les Européens quelques inanières aisées. Quelquefois cruel , plus souvent généreux, mais toujours avide de gloire, Ibrahim est dominé par une idée , celle dç jouir en Europe d'une grande renommée ; ^t plus d'une fois la crainte de la publicité a réprimé la violence de son caractère. Ce n^ serait même pas se tromper, croyons-nous, que d'attribuer aux injustes exagérations des feuilles publiques , les traits nombreux de magnanimité qui ont signalé le commandement de ce prince dans )a Grèce. Il voulait avant tout forcer l'Europe à revenir de l'opinion qu'elle avait conçue sur son compte et à l'admirer. Pendant notre séjour au Caire, il se faisait traduire exactement tous les articles qui le concernaient dans les gazettes françaises, et nous fûmes témoins de la vive contrariété qu'il éprouva à la lecture de quelque mauvaise plaisanterie d'un de nos petits journaux.
La ms^ladie de M. de Cadalvene avait dégénéré en fièvre intermittente , et il eut recours , pour saguérison, au docteur Dussap, plus connu au Caire sous le nom XAbou-Dagn ( père de )a barbe), nom que lui avait valu sa longue barbe
qui descendait presque jusqu'à ses pieds (i). Venu en Egypte, en qualité d'infirmier à la suite de l'expédition française , M. Dussap était resté au Caire, lors du départ de nos troupes. Il s'était créé docteur de son autorité privée, et depuis cette époque il exerçait son nouvel état avec plus ou moins de bonheur, mais avec une réputation bien établie surtout parmi les gens du pays. Deux circonstances avaient contribué à fonder au Caire la réputation médicale de M. Dussap ; sa barbe extraordinaire d'abord, puis son antipathie pour le vin dont il ne buvait jamais. Avec sa figure patriarcale et sa vocation pour l'eau , il était regardé comme un sage et presque comme un saint par les Arabes , qui se le montraient entre eux en disant : — Vois cet homme , il est né Franc , et cependant il est meilleur Musulman que toi. Aussi, bien convaincus que le ciel lui avait
« Pooné par excellence « Autant de jugen^pnt que de barbe au menton , »
tous voulaient être traités par lui, et la clientelle d'Abou-Dagn était considérable. M. Dussap, en disciple soumis d'Hippocrate , avait successivement adopté les modifications introduites dans
(r} M. Dussap est mort de la peste eu i835.
Fart de guérir. Scrupuleux observateur du système des purgations, il avait suivi plus tard la méthode anti-phlogistique , et la lancette et les sangsues avaient remplacé la casse et le séné : le docteur se croyait parfaitement au courant des découvertes médicales , quand un charlatan allemand était venu lui proposer la méthode du docteur Hahnemann et lui vendre pour quelques centaines de tallaris, de grandes caisses de drogues qui devaient bien certainement l'enrichir et peut-être sauver self malades. M. Dussap était donc devenu homoeopate lorsque M. de Cadalvene alla réclamer ses soins. Malheureusement le bon dpcteur n'était pas encore entièrement au courant des doses de poudres qu'il fallait administrer à ses malades ; aussi M. de Cadalvene faillit-il demeurer victime de ses essais homoeopathiques, mais soupçonnant bientôt l'ignorance de son guérisseur^ il eut recours à un autre médecin , et dès que l'état de sa santé commença à s'améliorer, nous nous préparâmes à quitter la ville des Mille et une Nuits pour nous rendre au mont Sinaï et de là à Jérusalem. MM. Holt Yates et Bradford, pressés d'arriver dans la ville sainte, avaient pris les devans, et M, G. Robinson, que ses affaires appelaient à Alexandrie , partit pour cette ville avec la promesse de nous rejoindre à Jaffa.
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Le docteur Dussap, que des circonstances particulières avaient mis en rapport avec le souverain de Tigré, Sabagadis (i), avait toujours cherché à entretenir, dans Fintérêt des voyageurs, des relations avec 1' Abyssinie,pôur leur en faciliter l'entrée; et à notre retour au Caire, nous trouvâmes chez lui un ambassadeur abyssinien arrivé depuis quelques mois avec ime suite de cinquante personnes. Cet envoyé, muni dé lettres de créance du roi et du râs {Vice-roi^ de Tigré, avait apporté au Pacha de riches présens en or, en ivoire et en eunuques , sans autre mission que celle d'inviter Méhémed-Ali à soumettre à la décision du patriarche copte ou de tel synode, ou assemblée de prêtres qu'il lui plairait de convoquer, la question dé savoir si là Vierge Marie , mère de Dieu, doit ou non être elle-même regardée comme Dieu , et quelques autres points de discussion théologique de la même force. Le monarque abyssinien priait en outre le glorieux Pacha de désigner pour évêque d'Abyssinie celui qu'il croirait le plus digne. Il promettait de s'en rapporter sur ces articles de foi à tout ce que décideraient les personnes choisies par le Vice-roi , et s'engageait à reconnaître pour chef
(i) On sait que Tanarchie la plus complète désole TAbyssinie. A la fin de iSSo, Sabagadis, roi de Tîgré, fut pris et décapité par les Gallas.
EGYPTE ET KCBIE. 44?
de l'Église, celui qu'il daignerait désigner, pourvu que l'élude son choix fût muni d'un certificat révêtu du sceau royal de V éclairé Sultan d'Egypte,
Le Vice-roi, fort peu soucieux, comme on peut croire, de savoir si la Vierge Marie est ou n'est pas réellement Dieu , avait accepté les présens, mais ne donnait aucune réponse, et les pauvres Abyssins, après avoir épuisé leurs ressources , demeuraient au Caire dans une misère profonde , en attendant chaque jour une solution sans cesse différée. Le phis grand nombre d'entre eux avait cherché à se créer des moyens d'existence par l'exercice de quelque métier. Le docteur Dussap donnait asile aux autres dans son écurie , et c'est par une faveur particulière qu'il avait accordé à l'ambassadeur lui-même la jouissance d'une portion d'un cabinet obscur qui servait à ranger de vieux meubles, et dans lequel il restait juste assez de place au pauvre envoyé théologique pour étendre sa natte.
Cette ambassade était la seconde du même genre envoyée en Egypte depuis le règne de Méhémed-Ali. Déjà en 1 8 1 4 ^ le ras avait adressé la même demande au Pacha , auquel l'envoyé abyssinien avait offert de la part de son maître dix mille piastres fortes , quinze esclaves, vingtquatre pièces de drap , deux chevaux et deux mulets. Après plusieurs mois d'attente, Mé-
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hémed-Ali avait répondu aux envoyés que, pour les arracher à leur ignorance, ils avaient besoin de quelques Ulémas auxquels il allait donner ordre de se rendre en Abyssinie, et il avait ajouté à cette réponse le présent d'une mauvaise pendule qui ne valait pas dix ducats. L'ambassadeur abyssinien avait été si honteux de l'exiguité de ce cadeau , le seul dont Je Vice-roi l'eût chargé pour son souverain, qu'il n'avait pas osé l'emporter, et le docteur Dussap nous fit voir cette pendule dans un coin de son appartement.
L'éloignement des chrétiens Abyssins isolés de toutes parts au milieu des populations musulmanes ou idolâtres, a, dès les premiers siècles de l'islamisme, donné lieu à des relations du même genre entre les rois d'Abyssinie et les souverains de l'Égypte.Les patriarches d'Alexandrie, dont les Abyssiniens reconnaissaient la suprématie ecclésiastique , se trouvant dans la dépendance des princes musulmans , c'est nécessairement à ceux-ci qu'ils devaient s'adresser pour tout ce qui touchait aux matières religieuses.
La première de ces ambassades dont les historiens arabes fassent mention, remonte à l'an i3i4 , sous le règne de Sultan-Bibbars auquel leHaty roi d'Abyssinie demandait humblement de lui envoyer un métropolitain nommé
par le patriarche copte (i); ce qui lui fut accordé.
Le même motif et la demande du libre passage pour les présens que les chrétiens Abyssins envoyaient à Jérusalem j déterminèrent dans la suite des relations fréquentes entre eux et les diverses dynasties qui gouvernèrent successivement rÉgypte, Ces relations cependant ne furent pas' toujours d'une nature pacifique; et quelquefois irrités des mauvais traitemens que leurs coreligionaires éprouvaient en Egypte, les rois d'Abyssinie tournèrent leurs armes contre cette contrée. En iSôg, l'un d'eux somma le sultan Méhémet de bien traiter les chrétiens et de rebâtir leurs églises qu'il avait détruites, le menaçant, dans le cas où il se refuserait à obtempérer à cette demande, d'intercepter le cours du Nil; et en i4^8, une armée abyssinienne envoyée par le roi David pour le redressement des mêmes griefs, ravagea le territoire d'Assouan.
Les communications résultant de la communauté de religion entre l'Abyssinie et les
(f ) Les Abyssiniens, depuis saint Atbanase, recevaient leurs évéques de réglise grecque d'Alexandrie ; mais à la suite de longs désordres qui interrompirent les commuaiçationSy ils les reçurent de Téglise coipte.