‹ L'Égypte et la Nubie (volume 3)Chapitre 4 sur 30 · II. IX · texte numérisé non relu

II. IX

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tite somme, ils se hâtent de revenir au milieu de leur famille , consumer doucement le fruit de leur travail et de leur économie, puis partent pour gagner de nouveau quelque argent , et on les voit renouveler leurs voyages jusqu'à ce que l'âge et les infirmités les retiennent dans leur patrie.

Les moyens d'existence de ceux qui ne quittent pas leur pays sont assez bornés, et consistent, en grande partie, dans la culture des terrains fertiles qui s'étendent le long du fleuve. Us tirent en outre , du pays de Rourkour , du sel, du henné (i) et une assez grande quantité de charbon de bois d'acacia qu'ils expédient au Caire et qu'ils échangent contre des céréales. La lisière du désert leur fournit aussi deux variétés de séné très communes dans ces parages; mais l'exportation de ce dernier produit a beaucoup diminué depuis quelques années.

La langue des Barabrabs est douce et n'a aucun des sons gutturaux de l'arabe. Leur littérature est d'une pauvreté extrême , et ne se compose que de quelques chansons. Leurs nombres ne vont que jusqu'à vingt, et pour

(i) HeDDé (Jtawsonia inermii). Les femmes emploieat les feuilles de cet arbuste séchées et réduites eo poudre fine, pour se teindre en rouge orangé, les ongles des pieds et des mains, et quelqucft>ift lea cheveux.

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compter au-delà ih sont obligé» d'avoir recours à l'âtabe.

Left Banrbrabd ne sont tii afnssi féroces ni aussi ohètinés qtie Font prëtendtr quelques voy ageuTÉ , et leurs vices parate^enf être moîm , chez eux , l'effet de leur caractère que cefui de rétat de guerf e et d'anarchie dans laquelle leur pays fut long-temps plongé. Ceux qui viennent servir en Egypte sout en général dociles , maniables et faciles à dresser à tous les arts de fa civiKsatioTi. Leur fidélité, leur attachement , leur légèreté, la douceur de leur caractère sont proverbiales et indiquent chez eux les dispositions les plus favorables; mais ces qualités sont altérées par TescTavage , chez la masse de la nation ; et la craitïte est encore le seirt sentiment auquel on doive de pouvoir aujourd'htii parcourir leur pays en sûreté.

Nous avons dit que les Barabrahs étaient un mélange dit sang de tous les petrplés conquerai» qui se sont suiccédé dans ces contrées, nous allons maintenant essayer de tracer en peu de mots Thistoire de leur pays et d'indiquer leur origine.

En remontant seulement jasqu'â Pépoque de Toccupation de TÉgypte pai' les Romains , nous trouvons là Basse-Nubie divisée en deux parties dont l'une seulement reconnaissait leiïrs

ao egy;>te et htubie.

lois. Cette partie , qui s'étendait de Syène à Hiëra Sycaminos (dAssouan à Méharrakah) y était un pays mixte , peuplé de Grecs et d*Égyptiens; elle dépendait du Nome d'Ombos, et était défendue par des garnisons romaines. La partie supérieure appartenait aux souverains de l'Ethiopie. Cet état de choses dura jusqu'au IV' siècle, époque à laquelle l'histoire fait, pour là première fois , mention des Blémyes , peuple nomade et farouche, le même que les Bedjah des historiens musulmans. Ces Blémyes^ habitans du désert situé au sud d'Assouati , entre le Nil et la mer Rouge, commencèrent dèslors à menacer les Égyptiens et les Grecs , établis dans la Nubie-Inférieure. Bientôt, supérieurs en force aux garnisons romaines , ils les obligèrent , sous le règne de Dioclétien , à évacuer la Basse-Nubie, et réduisirent les gouverneurs de l'Egypte à acheter leur inaction par le paiement d'un tribut. Maîtres des bords du fleuve , depuis Talmis jusqu'à Primis (dUEUKa^ labcheh à Ibrym) ^ les Blémyes se rendirent long-temps redoutables en inquiétant, par des incursions continuelles, leurs voisins que le paiement d'un tribut ne mettait pas toujours à l'abri de leurs audacieuses entreprises. L'abais^ àement de leur puissance parait dater de la fin du VI* siècle, époque à laquelle Silco, roi de

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Nubie, s'empara de Talmis , leur principal étabiissement y qu'il détruisit après les avoir chassés des bords du fleuve.

Le pays compris entre la première et la seconde cataracte, devint alors, sous le nom de province de Maris, une dépendance du royaume de Nubie.

Après l'établissement de l'islamisme en Egypte, la différence de religion s'opposa long-temps à ce que les musulmans pussent pénétrer dans la Nubie alors chrétienne ; mais la province de Maris demeura une sorte de pays neutre que les sectateurs du prophète pouvaient librement parcourir pour y commercer sous la protection des rois nubiens. Cependant, bien que relégués au désert, les Blémy es étaient encore à craindre , et les premiers souverains musulmans de l'Egypte eurent à soutenir contre eux de longues et sanglantes luttes auxquelles donnèrent lieu, d'une part, d'interminables brigandages, et de l'autre, le désir d'exploiter librement les mines d'or du désert.

Enfin, l'an 859, le khalife Moutawakel parvint à réduire les Bedjahs ( Blémyes ) et à les soumettre à un tribut.

Presque à la même époque , parurent sur la scène de nouveaux occupans. Les enfans de Kenz (Kenz'Oulad on kenoas), tribu belli-

queuse de l'Yéiweii , passèrent sur les terres des Bedjabç au^uels Us firent la guerre pendant quelque temps, puis s'allièrent avec eux et réussirent un siècle après à s'emparer de nouvieau des rivée du fleuve, et à faire d'EI-Kalabcheh (TalmU) le point central d'établissemens qu'ils étendirent sur la rive gauche du NU jusque dans le pays de K.ourkour.

La pnissancp des Kenous était parvenue à son plus haut poipt vers l'an 1 38 1 . Cessant alors de se borner à des excursions sur le territoire égyptien, ils osèrent attaquer et prirent Assouan qui, dans l'espace de quarante ans, fut cinq fois ravagé par eux, et finit par demeurer ruiné pendant plusi<aurs années , laissant ainsi tout lô Saïd exposé sans défense à leurs dévastations.

L'ordre qui succéda à Tétat d'anarchie dans lequel l'extinction de la dynastie des Fathimites avait, pendant quelques années, laissé l'Egypte, rendit au gouvernement une force suffisante pour lui permettre de relever les débris d'Assouan et d'Q repousser les K.enous. Leur voisinage n'exposait plus les Égyptiens qu'à quelques excursions de brigandages , lorsque Sultan SéUm I9 en enlevant l'Egypte aux Mamlouks Qahariles > vint changer encore une fois la face des choses .

Jaloux d'étendre sa puissance , le conquérant ottoman en trouva bientôt l'occasion dans une lutte survenue entre les Arabes £l-Gbarbyeh et Djowabere. Trop faibles pour résister à leurs ennemis, les premiers implorèrent l'assistance des Turcs. Sultan Sélim envoya à leur secours un corps d'Albanais et de Bosniaques , sous la conduite d'un certain Hassan - Cousy ; mais comme il arrive le plus souvent en pareil cas , le résultat de l'expédition fut l'expulsion des deux parties contestantes , et l'occupation des bords du fleuve par les auxiliaires qu'ils avaient eu l'imprudence de mêler à leur querelle.

Les principaux établissemens de ces nouveaux venus étaient Derr, Ibrym et l'ile de Says d'où leurs chefs gouvernaient tout le pays avec le titre de Kachefs. Ces kachefs d'abord exempts de tout impôt , furent laissés , par Sultan Sélim , maîtres absolus du pays pour lequel ils furent seulement ensuite assujettis au paiement d'un tribut. L'autorité de ces étrangers devint héréditaire , et se perpétua avec des chances diverses jusqu'à nos jours.

Tel était Tétat de la Nubie-Inférieure lorsqu'en 18 1 a l'occupation passagère des Mamlouks , et bientôt après l'invasion de Méhémed- Ali, vinrent accabler les habitans décharges nouvelles , et leur faire regretter l'administra-

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tion de leurs kachefs, dont la tyrannie leur paraît douce, quand ils la comparent aux vexations systématiques auxquelles ils sont exposes aujourd'hui. Toutefois les Barabrahs ont enco?*e conservé, surtout pour le paiement des impôts (i), quelques privilèges dont les besoins sans cesse croissant du vice-roi ne leiu' permettront pas sans doute de jouir long-temps. Déjà la résidence au Caire qui était libre pour tous autrefois, ne leur est permise qu'autant qu'ils peuvent justifier d'un maître au service duquel ils sont employés, et on commence à exigerd'eux un impôt personnel de dix piastres. Les Barabrahs se sont jusqu'à présent refusés avec persévérance à entrer dans l'armée, et le gouvernement n'a encore pris aucune mesure révère pour les y contraindre, ce qui ne peut ms^nquer d'arriver prochainement si l'exécution du système de recrutenaent est toujours poussée avec la même vigueur.

On peut évaluer à quarante mille piastres, les revenus annuels que le vice-roi retire de toute la contrée située entre Assouan et Ouady Halfah; mais les frais d'entretien des troupes et des kachefs absorbent plus des deux tiers de cette somme.

(i) La presque totalité de l'impôt porte sur les Sakies dont on compte environ 800 entre les deux premières calarncles.

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Après une courte navigation nous arrivâmes au teiQple de Déboud ( Téhot\ situé sur la rive occidentale du Nil , à peu de distance du village de ce nom. La façade de l'édifice regarde le fleuve à. cinq ou six cents pas duquel il est placé. II est précédé par trois portes isolées et éloignées de cinquante pas environ l'une de l'autre, qui rappellent sur de moindres dimensions les portiques de Karnak. La première de ces portes donnait entrée dans une v£|ste enceinte dont on retrouve encore dçs.traceç. Trois salles successives et quelques petites salles latérales fort obscures composent le temple auquel a été annexée, vers le sud , une autre construction.

L'origine du monument de Déboud est fort ancienne, et Remonte au règne de l'Ethiopien Âtharramon, qui le dédia à la déçsse Hathôr, mais la cella est la seule partie de l'édifice qui appartienne à cette époque reculée 9 tX c'est aux règnes d'Auguste et de Tibère que doit être rapportée l'érection des autres salles du temple et sa dédicace^ ain^i que celles des portes, à ][sis et à Osiris.

L'état de dégradation de quelques parties de l'intérieur permet aujourd'hui d'apercevoir l'entrée des passages secrets qui régnent dans l'épaisseur des niurs et qui furent sans doute destinés à dérober aux regarda, des profanes ,

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les fraudes pieuses des prêtres chargés de rendre les oracles. L'effet général de l'édifice est gracieux, mais les décorations de la partie moderne n'ont jamais été entièrement achevées.

Le cartouche de Tibère , gravé plusieurs fois sur les murs de ce temple, y offre cette singularité que les signes phonétiques synonymes sont indifféremment employés l'un pour l'autre, de sorte que le nom de ce prince y présente un grand nombre de variétés.

Nous avions à peine quitté Déboud depuis cinq heures quand nous aperçûmes les ruines de Gartass. A peu de distance du fleuve, sur une colline de grès s'élève un petit temple de la plus gracieuse architecture, et presque entièrement semblable au petit temple de Philae. Il est sur de moindres dimensions et moins bien conservé que ce dernier sur lequel il l'emporte par le goût de ses chapiteaux et le fini de son travail. Des douze colonnes qui soutenaient ce petit édifice carré, six seulement sont encore debout. A partir de ce point tout le rocher de grès de la colline qu'on suit en remontant le fleuve , porte des traces de vastes exploitations , et c'est sans doute de ces carrières que sont sortis les monumens de Philae et de Déboud.

A un quart d'heure environ du petit temple , au milieu de travaux confus et de rochers tail-

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les à pic par la maiu de J'homme, on remarque, dans un endroit écarté , une porte profilée sur le flanc du rocher. Cette porte , d'époque romaine comme le temple , est décorée de deux colonnes et surmontée d'une console d'un ^oùt remarquable qui décore l'entrée d'une petite excavation en forme de nidie. Les parois de cette niche sont encore revêtues d'un beau stuc jauoe, mais on n'y distingue point d'hiéro* glypfaes* Sans pouvoir préciser à quel culte fut consacré dans l'origine ce petit sanctuaire, il est permis de présumer qu il devint célèbre par la suite , car tout le rocher voisin est couvert d'inscriptions grecques ou latines y entourées, pour la plupart, d'un cadre à cM-eillous. Elles font connaître que tous les visiteurs qui ont inscrit leurs noms sont venus faire leurs dévotions et déposer des offrandes pour eux, leurs femmes , leurs enfans ou leurs amis (i ).

Non loin de là on rencontre une vaste enceiiite formée de murs épais, construits de pierres peu volumineuses, mais revêtus de grands blocs; deux portes sans ornemens donnaient entrée dans cette enceinte qui se prolonge

(i) M. Miebuhr pense que ces inscriptioDS carieuses et de plusieurs époques, mais toutes coïncidant avec celle de Toccupation romaine, ne peuvent pas être rapportées au-delà 4u, règne de Philippe.

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depuis le bord du fleuve jusqu'à un assez grand espace dans le désert sur une étendue d'environ deux milles. L'une de ces portes est presque entièrement ruinée, mais l'autre est d'une conservation à peu près intacte.

A mesure qu'on s'éloigne de PJbilae , le granit qui formait d'abord toute la masse des montagnes devient insensiblement moins commun, et finit par céder entièrement la place au grès.

Deux heures après avoir quitté Gartass , nous arrivâmes à TefFah (Taphys)^ autrefois partagée en deux parties par le Nil , dont les rives n'offrent pas , en cet endroit , plus d'un quart de mille de largeur de terre cultivable de chaque côté. Le village de Teffah , s'élève sur la rive gauche au milieu de ruines coupées de la manière la plus pittoresque par des bouquets de dattiers et de doums. Les habitans « qui se donnent le nom de Oulad-eUN ast*a (fils du Nazaréen) , se disent descendans des chrétiens de Taphys, qui furent contraints de se convertir à l'islamisme lors de la conquête de leur pays, par les sectateurs du prophète.

Placée entre l'Egypte devenue chrétienne , et l'Abyssinie, convertie à la foi par saint Frumentius , dès le règne de Constantin , la Nubie ne reçut que tardivement les lumières du christianisme. Le paganisme refoulé vers le sud par

les chrétiens d'Egypte, et les guerres continuelles causées par la rivalité des rois de Nubie et d'Abyssiiiie, entourèrent la Nubie d'une barrière que les apôtres du culte nouveau furent long-temps à franchir.

Suivant le témoignage d'Ëutichès d'Aiexan* drie, c'est après l'envahissement de l'Egypte par les Arabes , que les habitans de la Nubie abjurèrent l'idolâtrie pour la religion du Christ. Mais s'il faut en croire la chronique J[)lus probable des jacobiles syriens, ce fut sous l'empereur Justinien , et par les soins d'un certain Julianus, que cette conversion eut lieu.

La religion chrétienne fut florissante dans la Basse-Nubie pendant trois siècles , mais elle dut bientôt faire place à celle des vainqueurs. Le dernier roi chrétien de Nubie dont il soit question dans les auteurs anciens, est Basile qui régnait vers l'an 1080; les chroniques musulmanes nous apprennent , il est vrai, que des rois chrétiens régnaient encore à Dongolah vers l'an iaSo, mais trois siècles avant cette époque, les invasions des enfans de Kenz avaient anéanti la rehgion chrétienne dans la plus grande partie de la Nubie-Inférieure ; et les expéditions continuelles des musulmans d'Egypte contre le Dongolah , y avaient tellement avili le christianisme que les évêques étaient obligés d'élever

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eux-mêmes des temples au culte mahométan. Peu à peu le christianisme s'éteignit chez les Nubiens sédentaires, et bientôt il ne subsista plus que parmi quelques tribus qui menaient une vie errante dans le désert, et qui, un peu plus tard, embrassèrent elles-mêmes Fislamisme.

Les principales antiquités de Teffah consistent en deux petits temples égyptiens d'époque romaine, presque de la même grandeur et du même modèle. L'un est situé sur le bord du fleuve et presque ruiné; l'autre, placé au milieu du village et surmonté de murs de terre , parait avoir autrefois servi de forteresse aux naturels : il est dans un bel état de conservation.

Aux deux extrémités de la plaine on rencontre les ruines d'un grand nombre de constructions de différentes dimensions et du style le plus bizarre. Elles sont formées de pierres qui ont appartenu à des monumens plus anciens, mais dans lesquels nous n'avons reconnu aucun débris qui parût remonter au-delà de l'époque des Ptolémées. L'architecte qui a élevé ces édifices , au lieu d'en placer les assises horizontalement comme à l'ordinaire, a imaginé de les disposer en creux , de telle sorte que les quatre angles du bâtiment sont plus élevés que les milieux de ses faces. Il est difficile de rien concevoir de moins gracieux que ces construc-

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lions dont la plupart ne s'élèvenl plus aujourd'hui que de quelques pieds au-dessus du sol.

C'est sans aucun doute aux premiers temps de rétablissement du christianisme à Taphjs qu'il faut rapporter l'érection de ces grossiers monumens, et c'est parmi eux qu'il faudrait chercher les ruines du monastère d*Ansoun, l'un des plus renommés de la Nubie-Inférieure.

En face de Teffah , sur la rive orientale , s'étendent les débris peu intéressans de Contra- Taphys, dans lesquels on ne retrouve nî colonnes ni fragmens de sculpture d^aucune espèce.

A peu de distance au-dessus de ces ruines, le grès est de nouveau remplacé par le granit , et les montagnes se resserrent des deux côtés du fleuve, au point de ne laisser aucun passage le long de ses rives. Des rochers semés dans le lit même du Nil , pendant l'espace de plus d'une liene, en rendent la navigation dangereuse et forment les rapides d'£l-Kalabcheh. La montagne prend dans cet endroit le nom de Djebel- Bahiti. Cette montagne abrupte, ces rochers de granit à la surface rude et brune , jetés par la nature au milieu du Nil dont ils coupent le cours, donnent à cette partie du pays, aujourd'hui à peu près déserte , une physionomie pittoresque et toute particulière. Cependant un

château de terre , construit sur la rive orientale , et les ruines d'un autre château entouré de quelques habitations, qui s'élève sur une petite île, attestent que cette contrée n'était pas autrefois sans quelque importance , au moins sous le rapport militaire.

Le village d'El-Kalabcheh , au-delà duquel la plaine commence à s'ouvrir, est composé d'une soixantaine de huttes de terre, construites autour des ruines d'un des temples les plus vastes de la Nubie. Cette bourgade , la plus importante que Ton rencontre entre Assouan et Derr, s'élève sur l'emplacement de l'antique ïalmis. Jusqu'en 1 8 1 6 , El-Ralabcheh se gouvernait par elle-même et n'était que tributaire du divan du Caire. Ses habitans, dont le nombre peut à peine être évalué à quatre cents, passent pour las plus méchans de la Nubie-Inférieure. « Vous ne vivriez pas une heure, et bien certainement nous ne vous laisserions pas emporter les trésors que vous venez prendre chez nous, si nous n'avions à redouter la colère du Grand- Pacha, nous disait l'un d'eux en nous servant de guide dans nos explorations, mais maintenant nous ne sommes libres de rien et nous ne pouvons pas nous faire justice. Dieu seul sait s'il viendra un temps meilleur. »

L'idée commune à tous les peuples de l'Orient

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que les voyageurs européens ne recherchent les ruines antiques^ que pour y ctéconfrir des rrésors , est encore fortifiée chez les halxtaM d'EUKalabcheh , par la décoaTerte feiteen 1 8 r€, dan» les ruines du grand f emfrfe , d'une lampe d'or à laquelle était attaché un fragment de chaîne du même métal. Ce précieux reste d*antiquite, dont Ibrahim -Pacha ^'empara, fut fondu au Caire et converti en monnaie.

Le grand temple d'£l-Kalabcfaefay s'élève snr la rive gauche à peu de distance du Nilv L'édi^ fice, construit sur de Tast^es dimensions, est assis sur un roc de grès, autrefois incliné, mais ni^ vébé aujonrd'hui par l'enlèvement d'une partie des pierres qui ont servi à sa construction et à celle des temples qui l'avaient précédé ; car ce monument, élevé sous Auguste, Néron et Caligula, l'a été sur les ruines d'un autre» fondé par les Ptolémées sur celles d'un troisième, dont la construction remontait au règne d'A* ménophis II. Une large terrasse et une jetée qui s'étend juscpi'au fleuve précèdent les pylônes derrière lesqiaiels s'étend le pronaos. Les murs de ce perislyk> se prolongent autour du temple qu'ib entourent comj^ement. Leur épaisseur a permis d'y pratiquer une suite de petitescellules séparées qui servirent sans doute tt'habitadon» aux prêtres.

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