‹ L'Égypte et la Nubie (volume 3)Chapitre 6 sur 30 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Aspect général de la Nubie-Inférieure. — Sakies nubiennes. ~~ Abou- Hor. Dandour.— Nous sommes menacés parles natureb.—&ircheh, ou Kercb-Hussein. — Tombeaux de Santons. — Dekkeh. — Kobban. — Allaki. — Hinei d'or du désert. — Leur exploitation à diverses époques. — Kortoum. — Mébarrakah. — Séboua.— Arabes^ el-Légat.— Révolte d'un Reïs. — Coude du Nil. — Navigation. — Amada. — Derr.— Un sortilège. — Produits de la contrée. — Fécondation des dattiers femelles. — Château d'Ibrym— Son histoire.~Iofluence desSantons. — £bsamboul.~Ses temples. — Djebel Addeh. -- Paras. -r Arrivée à Ouady Halfah.

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Le Nil, une plaine étroite et le désert, et quelquefois seulement le Nil et le désert, de misérables villages de terre clair-semés , et çà et là de riches vestiges des temps antiques , tel est l'aspect constant de la contrée qui s'étend entre la première et la seconde cataracte. Des; ruines, voilà presque le seul objet susceptible de description qui s'offre au voyageur, dans ces lieux où une population chétive et dispersée trouve à peine aujourd'hui sa subsistance ;

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et le journal d'un voyage dans la Nubie- Inférieure , se réduit presque à la fastidieuse énumération des monum^ns dont le^ Pharaons ont décoré Je pays.

Après £l*Kalabcheh, la lisière de terre cultivabje, qui s'étend sur les bords du Nil, est tou* jours fort rétrécie jusqu'à la cataracte d'Abou- Hor, qui n'est guère plus considérable que celle que Dousavions franchie quelques ligues aupa* rayant. En cet endroit, le fleuve extrérnement resserré et semé de rescifs, ne laisse de praticable, dans la saison des basses eaux, qu'un étroit passage où les canges peuvent naviguer sans danger en longeant la rive arabique Ce passage était autrefois commandé par un château dé construction arabe, maintenant en ruines.

Un peu au-dessous d'Abou-Hor, le grès feit de nouveau place au granit, qui forme toute la masse des montagnes , et le pays présente l'aspect le plus triste et le plus, désolé. D'énormes blocs de rochers interrompent fréquemment l'étroite ligne de culture qui s'étend sur chaque rive , et de place en place on aperçoit les restes de jetées antiques, formées de grandes pierres brutes et destinées à rompre la force du courant et à empêcher que les hautes eaux n'enlèvent le peu de terre qui fournit aux na^^^

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turels le doura nécessaire à leur subsistance.

Au-delà d'Abou-Hor, la vallée s'élargit, et les habitans, plus industrieux que leurs voisins , réussissent à fertiliser une assez vaste étendue de terrain, au moyen de sakies, en forme de tours , solidement construites en pierres , et qui reçoivent Teau par de petits canaux souterrains. Les huttes de terre qu'on aperçoit éparses au milieu des doums et des dattiers , dont la plaine est semée ^ sont aussi bâties avec plus d'élégance que celles que nous avions jusque-là rencontrées en Nubie.

Deux heures environ après avoir dépassé les ruines d'Abou-Hor, nous vîmes s'élever, sur la rive gauche, le petit temple de Dandour, construit sur un sol incliné , à environ trois cents pas du fleuve et adossé aux rochers de la montagne. L'architecte a su profiter habilement de cette disposition du terrain pour ajouter à l'élégance de l'édifice. Un mur d'appui , construit de grands blocs et présentant une ligne un peu concave , de cent vingt pieds de développement , soutient le terre-plein sur lequel sont assis , dans la position la plus pittoresque , le temple et le propylone qui le précède.

Mieux conservé que celui de Déboud, auquel il est un peu inférieur sous le rapport des dimensions, le temple de Dandour le rappelle à

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h fois par sa disposition générale , par le style de son architecture et par le fini de ses hiërogly* phes. Ce joli monument, dont la fondation ne panait pas remonter au-delà du siède d'Auguste, offre un des plus graôeux exemples de l'architecture égyptienne de cette époque ; malbeureusement il n'a pas reçu la dernière main , et une partie des riches sculptures dont ses murs devaient être partout rerétus est demeurée inachevée. Une particularité assez remarquable de sa construction , c'est qu'au fond de la troisième salle et derrière le mur adossé au rocher, est pratiqué un petit cabinet sans autre entrée apparente qu'une espèce de soupirail trop étroit pour qu'il soit possible d'y pénétrer. C'est, sans aucun doute , par ce soupirail que les prêtres firent parler l'oracle d^Osiris auquel le temple de Dandour était consacré ; mais la siipercherie au moyen de laquelle ils y parrenaient était si adix>ite, qu'il est encore aujourd'hui impossible de la découvrir. Daas le rocher de ia montagne et au-dessus du temple, est une petite excavation, dont les parois sont revêtues de stuc. Cette excavaftion, autrefois précédée d'un vestibule d'une construction assez élégante, a été restaurée à plusieurs époques : elle parait plus ancienne que le temple , et peut-être faudrait-il voir en elle

un sanctuaire 9 dont la célébrité aurait déterminé , par la suite , sa construction. Cette conjecture parait d'autant plus probable que ce spéo^ ne ressemble en rien aux nombreuses excavations sépulcrales , dont on retrouve les restes aux environs.

Une inscription grecque, qu'on lisait encore il y a quelques années sur le temple de Dandour, indiquait qu'il avait été restauré par les ' Bomains et consacré à Hermès.

 quelque distance du monument , sont groupées quelques misérables huttes en face desquelles le village de Dandour s'étend sur la rive opposée. Attirés sur cette rive par l'espoir de découvrir des ruines, nous allâmes, après une assez longue excursion , prendre quelques instans de repos dans une cabane où nos gens nous avaient préparé le café. Bientôt un groupe nombreux se réunit autour de nous ; mais les visiteurs s'étant aperçus que nous étions occupés à faire leurs portraits, une terreur superstitieuse l'emporta sur leur curiosité , et nous les vîmes s'écarter peu à peu. Deux ou trois, plus hardis que les autres j demeurèrent cependant , et la promesse d'un bakhchich finit par les déterminer à se laisser croquer.

Le docteur Holt Yates désirait vivement pouvoir mesurer avec exactitude la tête de queN

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ques Barabrahs, pour déterminer à quelle race d'hommes ce petit peuple i^pit être rattaché par ses caractères physiologiques. Encouragé par le succès que nous venions d'obtenir, il crut Je ÎQioment favorsâ)le et proposa à nos modèles de prêter leur tête à ses observations. Leur première réponse fut un refus formel, mais après de longs pourparlers , le docteur, ayant élevé ses offres de bakhchich jusqu'à la somme énorme d'une piastre forte (5.fr.), finit par triompher de la répugnance d'un jeune homme. Séduit par la perspective d'un pareil trésor, inais fort peu rassuré sur les conséquences de cette opération magique , le pauvre diable enleva son turban, et, marmotant dévotement quelque prière, il livra sa tête à l'observateur. L'étrangeté de cette scène avait ramené bon nombre de curieux, qui, accroupis autour de nous , attendaient , dans un silence inquiet , le rés9ihat des mesures du docteur. Il était temps qu'elles fussent terminées, car les forces du jeune homme étaient à bout, et depuis quelques instans il était pris d'une sorte de tremblement convulsif. Honteux de sa faiblesse et se soutenant à peine , il se levait sans mot dire et cherchait à échapper aux regards fixés sur lui, lorsqu'un vieillard à barbe blanche, qui se

trouvait parmi les spectateurs 9 vint encore augmenter ses alarmes. « Chien de mécréant , lui dit-il 9 penses-tu que nous te laisserons maintenant venir dans nos maisons , souillé comme tu l'es par le contact impur de ces démons? Ne comprends>tu pas que , par la force du sort qu'ils viennent de jeter sur toi , tu es maintenant sous le pouvoir de ces chrétiens ? Arrière Tinfidèle ! — Arrière l'infidèle , reprirent tous les assistans en se levant en tumulte. — Malédiction sur les magiciens, reprit le vieillard. Nous eûmes à peine le temps de tirer nos sabres et de nous mettre en défense contre des assaillans sans armes, il est vrai, mais que l'exaltation de leur fanatisme pouvait rendre dangereux.

Nous accédâmes d'abord à la demande, faite par le vieillard, du cordon qui avait servi à mesurer la tête du jeune homme et qu'il mit en pièces d'un air de triomphe ; mais cette concession n'avait eu pour résultat que d'accroître son insolence , quand l'arrivée d'un sergent et de deux soldats égyptiens, cantonnés dans le village, vint changer la face des choses. Les coups de courbach commencèrent à pleuvoir sur les épaules des assaillans , et en quelques minutes ils avaient disparu , à l'exception du

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vieillard, cause de la bagarre , qae les soldats n'avaient pas osé frapper et qui continuait à nous charger d'imprécations.

a Vous le voyez, nous dit le sergent, c'est avec peine quç je puis maintenir ici l'autorité de notre maître le 6rand*Pacha , mais grâce à Dieu, je sais faire respecter les Francs qu'il protège, et j'espère que vous ne négligerez pas de le reconnaître. » Nous glissâmes quelques piastres dans la main du sergent et de ses kommes , pour payer le service qu'ils nous avaient rendu , et nous nous bâtâmes de partir, car malgré les bienveillantes intentions de nos protecteurs, les naturels s'étaient de nouveau réunis en assez grand nombre, et leurs murmures , accompagnés de quelques pierres , nous escortèrent jusqu'à notre cange.

Trois heures au-delà de Dandour, sur les limites de la plaine de Kircbeh (i), dont la largeur est à peine d'un demi-mille , on rencontre un temple du plua haut intérêt.

* Ge monument, de l'espèce de ceux que les Grecs désignaient sous le nom d^Hémi^Spéds , est en partie construit en avant des rocher».

Quoique peu éloigné du fleuve , le temple de Kircbeh est élevé de plusieurs mètres au-dessus

(x) On donae aussi à ce lieu le nom de Kerch-Hussein.

du niveau des hautes eaux. On y arrivait par un large escalier^ décoré de statues et de sphinx de grès , dont on ne retrouve plus aujourd'hui que les fragroens épars^ Cet escalier condui* sait à une plate-forme sur laquelle sont les ruines des galeries qui entouraient trois des faces du pronaos ; le rocher de la montagne ^ taillé à pic, formait le quatrième côté. Une large porte f taillée dans le roc , donne entrée dans la salle principale du temple. Six colosses d'environ vingt-cinq pieds de proportion , adossés à des pilastres carrés et reposant sur des dés^ sup-^ portent le plafond de cette salle ; sur ses paroi» latérales sont creusés quatre grands cadres contenant chacun trois figures en relief. Une seconde salle sans ornemens conduit dans une troisième plus petite , qui formait le sanctuaire et au fond de laquelle sont sculptées quatre divinités assises , de grandeur naturelle» Enfin , quatre petites chambres latérales, peu inté^ ressantes, complètent l'ensemble de ce monument consacré au dieu Phta, par Ramsès^le- Grand , dont les cartouches s'y retrouvent partout répétés. Le style des colosses de la première salle est lourd et massif, tandis que les hiéroglyphes, et surtout les sculptures des huit cadres latéraux, sont de Texécution la plus remarquable. Cependant aucun autre signe

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n'indique que le travail des diverses parties du temple doive être rapporté «\ des époques différentes.

Les dégradations commises parles Perses qui ont ruiné le monument de Kircheh ^ comme la plupart de ceux qui existaient alors entre la première et la seconde cataracte y et la fumée ilont il est souillé, ont rendu indéchiffrable une partie des hiéroglyphes dont ses murs sont couverts; cependant, malgré Cet état de délabrement, malgré les mutilations qu'il a souffertes, ce temple mérite encore uil rang distingué parmi les productions si majestueuses de Târt égyptien , et peut-être serait-il vrai de dire qu'il l'emporte sur toutes, parla sévérité de son style et le caractère. imposant et sombre de son architecture.

ïNon loin du temple s'élèvent quelques tombeaux de santons, surmontés de dômes ^ dont l'aspect rappelle les tombeaux des Mamlouks à Syout. Chaque dôme est précédé d'une petite salle ornée de nattes, qui sett de lieu de prière.

Dans une de ces sépultures où nous pénétrâmes , la tombe du saint , élevée de deux ou trois pieds au-dessus du sol, était recouverte d'une étoffe de damas cramoisi , ornée de galons jaunes. Au-dessus du cénotaphe, quatre cor-

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cioDS attachés à la voûte, soutenaient une espèce de dais fait d'une légère étoffe de soie brodée en rouge , et dans un des coins était suspendu Tétendard vert des hadjis (pèlerins) , surmonté de deux boules de fer-blanc. De nombreux versets du Coran , tracés en couleur rouge sur les murs blanchis à la chaux, et la peinture des briques des arceaux du dôme en assises , alternativement rouges et noires, achevaient la décoration de ce petit édifice pour lequel les naturels paraissaient avoir un respect particulier.

Plusieurs lieux où reposent ainsi les restes de quelques santons révérés, jouissent, en Nubie , d'une grande réputation de sainteté , et il est rare que les caravanes les traversent sans y déposer quelques offrandes que recueille un Faky chargé de l'entretien de ces chapelles.

Sur la croupe de la montagne qui domine le temple de Kircheh , sont les ruines d'une forteresse de terre , et en face , sur la rive arabique, dans un lieu appelé Semagora, celles d'un autre fort plus vaste, construit de pierres. Autour de ces ruines s'étendent les restes peu remarquables de Contra-Tzutzis , si toutefois on doit, comme le supposent quelques auteurs, voir dans Kircheh l'antique Tzutzis que d'autres croient retrouver à Dandour.

Cette division des villes anciennes en deux

parties séparées par le fleuve , est générale dans la Basse-Nubie, où l'exiguité des ressources agricoles obligeait sans doute les habitans à se diviser pour subsister, et il est bien rare qu'en face des ruines d'un monument antique on ne rencontre pas d'autres ruines sur ie bord opposé.

A peu de distance au-dessus de Kircheh sont quelques écueils , dangereux seulement pendant la saison des basses eaux. La contrée qu'on traverse est aujourd'hui presque entièrement déserte: Elle fut dévastée en i8ia par les Mamlouks qui cherchaient , au-delà des cataractes , un asile contre les vengeances de Méhémed-Ali, et par les troupes envoyées à leur poursuite. Les habitans qui échappèrent à cette double invasion furent obligés de se soustraire, par l'émigration, à la famine qui les menaçait. Ils se retirèrent en Egypte, dans les villages entre Assouan et Esné , où la petite-vérole , qui ravage de temps en temps le pays , les décima cruellement. C'est seulement depuis quelques années qu'un petit nombre de familles ont, après tant de vicissitudes , revu leur terre natale où elles commepcant à cultiver de nouveau une partie des champs que le Nil féconde annuellement.

Nous aperçûmes bientôt les ruines d'une II. /|

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ville nubienne du moyen-âge, construite en terre et en petites pierres. Les naturels assurent qu elle fut autrefois la résidence d'un roi puissant auquel ils donnent le nom de Dabagora.

I>esol est, dans ces parages , peu élevé audessus du niveau du fleuve , et l'inondation qui l'atteint rend quelques plaines assez étendues susceptibles de culture. De nombreuses sakies, construites le long de la berge, et pour la plupart couvertes de nattes destinées à garantir des ardeurs du soleil les bœufs et leurs conducteurs^ attestent que les habitans savent tirer parti de cette disposition favorable du terrain.

Le district de Ouady Koustamné suit celui de Ouady Kircheh. Là , vous ne trouvez presque plus de terrains fertiles que sur la rive orientale. Sur le bord opposé, bien que les montagnes soient assez éloignées, le sol de la plaine s'élève au-dessus du niveau des inondations, et le rivage est seulement bordé de quelques palmiers. Un mille environ à l'ouest du Nil, le terrain s'abaisse de nouveau et forme une vallée où de nombreuses sakies de peu de profondeur entretiennent une belle végétation. Cette vallée, dont la ligne verdoyante se dessine avec grâce au milieu des sables dorés qui l'environnent , a plusieurs lieues de longueur

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et parait être un ancien Ht du fleuve. Sur la ligne de stérilité qui l'en sépara s'élère, entouré de débris 9 le temple de Dékkeh, la Pselcisàxa Grecs ^ l'antique PseUc des Pharaons.

La façade du monument regarde le nord ; il est , aussi bien que les propylonea qui le pré^ cèdent, remarquable par son élégance , et tire un intérêt particulier de son état de conservation presque intact.

L'enceinte sacrée où l'on pénétrait par une porte placée entre les propyloues et an nii« lien de laquelle le temple s'élevait, est la seule partie que le temps, ou plutôt que la main des hommes n'ait pas épargnée.

Le temple de Dekkeh rappelle , par sa grandeur et par sa dîspositioti , ceux de Débood et de Dandour* La seule particularité remarquable dans sa construction , est l'isolement du pronaos séparé du reste de l'édifice par une espèce de couloir étroit , percé de deux portes laté« raies. Cette première salle a , par la sut te ^ servi d'église, et des figures de saints se trouvent sur ses murs, étrangement confondue» avec des inscriptions et des symboles paieos.

Le cartouche le plus ancien du temple de Dekkeh , est celui d'Erkamen ^ roi d'Ethiopie , qui le consacra au dieu Toth. Les Ptolémées, Évergète I", Philopator et Évergète II, y tra-

vaillèrent successivement, ainsi qu*Augusley sans qu'il ait jamais été achevé; plusieurs parties ont attendu vainement les hiéroglyphes qui devaient les décorer. En revanche, nombre d'inscriptions grecques et égyptiennes , tracées par les visiteurs, figurent sur le temple et sur les propylones.

La destruction de Pselcis ne paraît pas remonter à une époque très ancienne , et quelques tombeaux recouverts d'inscriptions coufiques et semblables à ceux d'Âssouan , qu'on rencontre au milieu des décombres , semblent indiquer que cette ville était encore habitée dans les premiers siècles de l'islamisme.

Vis-à-vis Dekkeh, les Nubiens ont construit le village de Kobban, auprès duquel nous reconnûmes les ruines de l'antique Contra-Pselcis ( i \ encore entourées d'un mur de briques crues. Parmi quelques cabanes qui s'élèvent dans cette enceinte, nous trouvâmes plusieurs joli» chapiteaux et les débris d'un petit sanctuaire d'un style assez médiocre, dans les fondations duquel gisent , dispersés , quelques fragment couverts de caractères hiéroglyphiques.

Une heure au-delà de Kobban est le village d'Allaki , ainsi nommé à cause de sa position k

(i) Ptolémée appelle cette ville Tachompso,

rextrémité de la chaîne de montagnes du même nom y qui court à l'est , à travers le désert , jusqu'à la mer Rouge.

C'est dans cette chaîne que furent exploitées les principales mines d'or qui donnèrent, jusque vers le douzième siècle , une si grande importance au désert situé entre le Nil et la mer Rouge, depuis Assouan jusqu'au grand coude du Nil à Âl)ou-Hammed , vers le 19* degré. Ce pays, dit Makrîzy, offre des mines d'améthyste, d'asbeste, d'amiante, d'argent, de cuivre , de plomb , d'émeraudes , d'aimant , de marcassite et d'or. Ce dernier métal est le seul exploité, et il est plus pur à mesure que le terrain dans lequel on le trouve est plus élevé.

Dés les temps antiques^ le besoin d'exploiter ces mines détermina souvent les Pharaons à traiter avec les Bedjahs (Blémyes), habitants de ce désert.

Les Grecs, devenus maîtres de l'Egypte, furent forcés d'adopter la même politique. On voit encore à la mine, dit toujours Makrizy, des traces de leur séjour , et plusieurs s'y trouvaient lors de la conquête de l'Egypte par les Musulmans. Le désir de pénétrer jusqu'aux mines d'or engagea également ceux-ci à faire alliance avec les Bedjahs, dont une partie embrassa l'islamisme. Malgré cette communauté

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de croyances religieuses , la boone iotcUigeuce cessa bientôt de régner entre les deux peuples. Les Bedjahs firent des incursions en Egypte ^ sous te règne du khalife Mamoun , qui les battit et conclut la paix avec eux. Vers l'an 859 ' ^^^^^ ^^ kalifat de Moutawakel , de nouvelles déprédations des Bedjahs donnèrent lieu à une autre expédition , dont le résultat, pour les Égyptiens , fut de soumettre leurs adversaires à un tribut et d'obtenir d'eux la liberté d'exploiter les mines.

Quelques années plus tard, sous le khalife Ahmed-Ben^-Toloun, un Arabe, né à Médine et qui avait long*temps professé les sciences à Fôstat, AbourAbd*ei>Rahuian-al^Omary,attiré par la facilité qu'avaient les Égyptiens d'arriver aux mines, vînt habiter Assouan. Ayant réussi à acqui^ir de l'ioflueiice sur quelques tribus, voisines , Al-Omary alla , en 865 y se fixer au désert, où il exploita successivement plusieurs mines d'or; la phis méridionale est celle de Schaukah., à quelques heures seulement d'Abou-Hammed.

Le succès des opérations d'Al-Omary , attira^ près de lui un grand nombre de compagnons ,. et le mit à la tête de nombreuses tribus. £n. peu de temps sa puissance devint si redoutable qu'il se t]:ouvaen état de lutter, à force égale y

ccmtre les rois de Nubie qui l'avaient injustement attaqué. Battu ensuite et conduit, parles chances de la guerre, à Ârtalma (probablement 2Vz//72i.f El'Kalabcbeh), à une joui:née seulement <V Assouan , Al-Omary inspira des craintes sé*rieuses à Abaied-Ben-^Tolouii, qui fit uiarcher contre lui le gouverneur de cette ville. Après^ avoir inutilement protesté contre cette injuste agression en se proclamant le plus humble et le plus fidèle des sujets du Khalife , Al*Omary, forcé au combat , battit les troupes égyptiennes ,. pénétra en vainqueur jusqu'à Edfou et retourna ensuite exploiter ses mines sans être inquiété dans sa retraite. Le déserf était alors, tellement peuplé , que soixante mille bétes de somme étaient employées à y transporter , d'As* souan , les provisions nécessaires , sans compter celles que les barques de ^olzoun apportaient d'Arabie au port d'Aidab.

Des rivalités de tribus mirent fin à cet emr pire éphémère des mineurs du désert de la mer Rouge y ainsi fondé par le génie d'un seul homme. Al-Omary périt dans uae embuscade que lui dressa un cheikh ennemi , et sa tête fut portée , par deux esclaves y aux pieds d'Ahmed- Ben-Toloun.

Peu de temps après sa mort , les enfans de {ienz (Kenous) s'allièrent aux Bedjahs et s'eni-

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parèrent , avec eux , des mines d'or d'Allaky ; mais elles ne tardèrent pas sans doute à être abandonnées, puisque aucun historien n'en fait mention depuis celte époque.

Méhémed-Ali, devenu, par la conquête de la Nubie et du Sennâr, maître du désert où sont situées ces mines, fit quelques tentatives, en i83i , pour les découvrir de nouveau. Un Français, M. Linant (i), chargé par lui de diriger ces recherches, rapporta de Ouady Allaki quelques échantillons qui donnèrent à l'analyse

Quartz. ....... 884

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Mica et or 4

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La quantité d'or dépassait à peine un cent millième du poids total. Découragé par le peu de succès de ce premier essai, le Pacha donna ordre de suspendre des explorations qui, suivies avec persévérance , eussent peut-être fini par donner des résultats avantageux.

Plusieurs îles divisent le cours du fleuve au-

(i) £n récompense des services émiiaens qu'il a rendus au vice-roi pendant plusieurs années , M. Linant vient d*étre nommé Hey.

dessus d'Allaki ; celle de Derar est la plus remarquable par son étendue , aussi bien que par la manière dont elle est cultivée. Sur la rive orientale^ vis-à-vis dé l'ile et non loin du village de Rortoum j on rencontre les ruines d'un petit temple fort dégradé qui n'a vieu de remarquable que l'exiguité de ses proportions.

Nous étions à peine entrés dans le district appelé OuadyMéharrakah^ lorsque les débris que nous apercevions à l'est du fleuve fixèrent notre attention. Ces débris étaient ceux d'un temple presque entièrement ruiné , dont la construction parait remonter à une époque fort reculée. Il serait aujourd'hui difficile , dans l'état de dégradation où se trouve le monument , de pouvoir en apprécier le plan ni les dimensions, qui paraissent cependant avoir été considérables. A quelques pas de là, est un autre temple, dont l'ensemble présente un carré de douze mètres environ de façade , sur quinze de profondeur. Ija porte principale est tournée vers le fleuve, et ses quatre côtés offrent tous , extérieurement, un mur plein sans ornemens. A l'intérieur, des galeries de style différent régnaient sur trois des faces de l'édifice, dont le milieu a toujours été découvert. Un des angles de la façade est occupé par la cage d'un bel escalier en spirale de vingt-cinq marches , qui

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conduit $ur les terrasses des galeries : aujourd'hui cette façade et le mur qui regarde le sud , sont presque entièrement écroulés ; les autres sont à peu près intacts; mais sapés ppr leur base 9 ils menacent d'une ruine prochaine.

Bien différent de la plupart des temples de rÉgypte qui disparaissent engloutis sous le sable ou sous les décombres , celui de Méharrakah périt parce que ses fondations se déchaussent à tel point qu'elles sont aujourd'hui , dans certaines parties, isolées du sol de plus de deux mètres. Le travail non achevé des chapiteaux de ce monument et l'absence totale d'hiéroglyphes, attestent qu'il n'a jamais reçu la dernière main. Quelques sculptures qu'on aperçoit sur les parties qui se sont écroulées, ont évidemment été comprises entre les assises , et indiquent que les matériaux employés à sa construction ont appartenu à des édifices plus anciens , et sans doute à celui dont les débris sont voisins.

Tout le style du temple et surtout son escalier en spirale , ( le seul exemple de ce genre qu'offrent les monumens égyptiens) , prouvent suffisamment, à défaut d'hiéroglyphes, que sa fondation ne peut remonter au-delà du règne des derniers Ptolémées, et doit même, suivant toute probabilité, être attribuée aux Romains.

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Nombre d'inscriptions, en partie recouvertes d'images grossières des saints du christianisme, ont été, soit gravées, soit tracées en couleur rouge sur les murs du temple de Mëharrakah. Ces inscriptions, qui coïncident toutes avec Tépoque de l'occupation romaine, sont, pour la plupart, relatives à des actes d'adoration adressés à Isis etàSérapis , divinités auxquelles il paraît avoir été consacré. Les adorans sont en majeure partie des Romains , parmi lesquels on voit figurer des officiers et des soldats des cohortes qui occupaient le pays au-dessus de Syène.

Méharrakah ( l'antique Uiéra - Sycaminos ) est Ja dernière ville dont fassent mention les itinéraires romains. Elle parait aussi être la dernière que les légions du peuple-roi aient occupée d'une manière fixe, ou du moins où elles aient laissé des traces de leur passage , car si ce n'est peut-être le soubassement d'un temple à Ibrym, on ne rencontre plus, au*delà de JVIéharrakah, de monumens qui portent le cachet de l'architecture romaine.

Avant d'arriver au village de Barédah et d'entrer dans leOuady Narrallab, nous trouvâmes, sur la rive gauche, les ruines d'une bourgade arabe , et au-delà , sur des rochers , des restes, de constructions assez soignées, parmi lesquels

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nous remarquâmes ceux de plusieurs églises , tristes et muets témoignages d'une religion éteinte et d'une population anéantie. Bientôt après , la partie fertile du rivage commence à se rétrécir. Les montagnes couvertes de sable , qu'on aperçoit sur la rive occidentale, s'abaissent peu à peu en se rapprochant du fleuve, dont elles ne sont souvent séparées que par un espace de quelques toises, sur lequel croissent de nombreux acacias et quelques dattiers.

Entre Ouady Narrallab et Ouady Médyk, le Nil baigne sur les deux rives le pied des montagnes. Un sable aride et des rochers d'un grès rougeâtre sont presque les seuls objets que découvre l'œil attristé du voyageur. Nulle trace de verdure , nulle trace d'êtres vivans n'apparaissent dans cette région désolée; seulement de loin, sur les îles de sables que le Nil laisse à découvert, d'immenses troupes de grues et de cigognes s'enlevaient à notre approche et tournoyaient long-temps dans les airs.

Une heure au-delà de Ouady Médyk , commence Ouady Séboua (la uallée des lions) , ainsi nommée sans doute des figures de sphynx qu'on aperçoit au-devant du temple antique et que les naturels auront pris pour des lions. Une avenue bordée de statues et de sphynx en parlie enfouis ou mutilés , précède l'édifice qui est

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adossé à la montagne. La porte s'ouvre entre deux pylônes et donne entrée dans le pronaos qui fut entouré de galeries soutenues, comme le plafond de la salle suivante , par des piliers cariatides. L'entrée d'une troisième salle, creusée dans le roc j est tellement obstruée par )e sable, qu'il serait aujourd'hui impossible d'y pénétrer sans des déblais considérables. Tout l'édifice est construit de pierres assez grandes , mais taillées grossièrement. Sur la surface inégale des murs et des pylônes , sont gravés des hiéroglyphes d'un style détestable. Çà et là on retrouve quelques restes d'un stuc grossier , mais aucune trace de peintures.

A la vue de cette construction si imparfaite, de ces sculptures barbares , on serait tenté de faire remonter la fondation du temple de Séboua à l'enfance de l'art , et cependant c'est à répoque où l'Egypte était parvenue au plus haut point de gloire, c'est au règqe de Sésostris qu'il faut rapporter ce monument. L'inspection des quatre colosses de l'avenue, qui représentent ce prince, et les légendes royales gravées en divers endroits, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard; mais on peut s'ëtonner qu'un siècle, dans lequel ont été élevés tant d'admirables édifices, ait légué à la postérité une œuvre aussi médiocre.

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Le temple de Séboua était, comme la plupart des grands temples situés entre la première et la seconde cataracte , consacré aux dieux Phré et Phta. La quantité de fragmens de briques et de poteries qu'on rencontre principalement sur le bord du fleuve, annonce qu'une ville de quelque importance exista autrefois aux environs. On compfe aujourd'hui peu d'habitations modernes parmi ces débris , mais sur la rive opposée s'élève un village assez considérable qui porte aussi le nom de Séboua.

Ce village, point de réunion habituel des caravanes qui arrivent de Berber ou qui s'y rendent en traversant le désert des Chaykyés , doit son importance à l'activité que ce passage y entretient.

Les habitans du district de Séboua , aussi bien que ceux du district voisin de Ouady el- Arab, sont des Arabes El-Légat, originaires du Hedjaz et descendans d'une tribu dont les principaux établissemens sont aujourd'hui aux environs du mont Sinaï. Ces deux vallées forment, vers le sud, la limite du pays des Barabrahs proprement dit , et le pays qui s'étend ensuite jusqu'à Ouady Halfah est habité par un mélange de Barabrahs et de IN'oubas.

A quelque distance de Séboua , un incident, dont les suites pouvaient être des plus graves ,

EGYPTE ET HUBIE. 6.i

arréîa notre marche pendant quelques heures. M. Bradfordy né sur les bords de l'Orénoque , avait sucé; avec le lait , cette idée de supériorité impérieuse que nourrissent les blancs américains contre les noirs et les hommes de cou* leur. Le reïs de sa cange ayant insolemment refusé de lui obéir, M. Bradford employa ^ pour vaincre sa résistance , le moyen auquel tout cède ordinairement en Egypte , et se jeta sur lui le bâton à la main.

Le Barabrah frappé pousse un cri de rage et appelle à son aide ses matelots qui se saisissent aussitôt de notre compagnon de voyage , envers lequel ils se disposaient à exercer de cruelles représailles. La sage prudence du docteur Yates et l'approche de notre cisinge qui naviguait de conserve j suffirent heureusement pour imposer à l'équipage mutiné et pour ramener le calme. M. Bradford promit de ne pas porter ses plaintes aux autorités, à son retour à Assouan, et k cette condition tout rentra dans l'ordre.

Le plus grave inconvénient de cette imprudence fut de montrer à nos matelots que la supériorité , qui , dans leur esprit , était l'apanage des Européens, pouvait disparaître devant le nombre. Elle leur fit comprendre combien nous étions à leur merci , dans ces contrées sau*

64 lÈGYPTE ET NUBIE.

vages; nussi^ depuis ce moment, nous éprouvâmes sans cesse, de leur part, une résistance, triste avant-coureur de la révolte dont nous faillîmes, par la suite, devenir les victimes.

Malgré le retard occasion é par cette rixe , qui avait un instant menacé de devenir sanglante, nous pûme; arriver avant la fin du jour à Korosko, bourg où viennent aboutir les caravanes qui arrivent directement du Sennâr. Ces caravanes emploient, à traverser le désert de sable qui s'étend entre Abou-Hammed et Korosko , neuf journées d'une marche citée comme une des plus pénibles que puissent offrir ces contrées, tant à cause du manque d eau qu'à cause de la nature du sol.

A partir de Korosko , le fleuve fait un coude considérable, et court au nord-ouest et à l'ouest pendant un espace de dix ou quinze milles, après quoi il reprend sa direction vers le sudouest jusqu'à Ouady Halfab. Ce coude du Nil est un malheur pour les habitans de cette partie de ses rives; les barques se trouvant dans l'impossibilité de profiter des vents du nord et du nord-ouest , presque les seuls qui soufflent dans ces parages , les riverains sont assujettis à quitter leurs travaux à leur approche et à venir, gratuitement, tirer la cordelle pour les renior quer.

lÊGTPTE £T rrUBIE. 65

Ils se relayent ainsi de sakie en sakie jusqu'à Derr, où l'on commence de nouveau à pouvoir naviguer à la voile.

Après Korosko , on dépasse quelques bancs de sable et plusieurs rochers granitiques à fleur d'eau; on voit ensuite la plaine s'élargir, principalement sur la rive droite , et la culture y devient beaucoup plus soignée. Dès que le Nïl se retire, les hahitans se hâtent d'utiliser la terre qu'il a laissée à découvert, en y semant des pastèques , des haricots et plusieurs autres espèces de plantes auxquelles lè court espace de quelques semaines suffît pour arriver à maturité. A mesure qu'on avance, les villages deviennent plus multipliés, et un grand nombre de sakies ajoute beaucoup à la facilité de la navigation , en fournissant aux barques des relais fréquens. Les dattiers et les acacias forment , sur les bords du fleuve , de gracieux bouquets de verdure, plus nombreux à mesure qu'on approche du bourg d'Amada , où les sables libyques couvrent un riche terrain d'alluvion , dont la surface est aujourd'hui au-dessus du niveau des plus hautes crues.

Nous avons eu plus d'une fois l'occasion

d'observer ainsi , en Nubie , des terrains dont

la formation doit évidemment être attribuée

aux dépôts du limon du Nil , et qui sont main-

66 EGYPTE ET J?rUBIE.

tenant placés au-dessus du plus haut point des inondations. C'est sans doute à la longue et constante action des eaux du fleuve contre l'obstacle que les rochers des cataractes opposent à son cours 9 que doit être attribué cet abaissement de niveau , dont nous n'avons pas remarqué de traces au-dessus d'Assouan.

A quelque distance d' Amada , et à trois cents pas environ du Nil, s'élève, sur la rive gauche, un temple antique à demi englouti sous le sable. L'édifice peut avoir dix mètres de façade , sur vingt-quatre de profondeur. Le pronaos, espèce (le porche ouvert , est , comme le temple luimême, recouvert de grandes dalles; il est supporté par douze piliers carrés et par quatre autres taillés à vingt faces , qui forment le dernier rang vers le fond.

Tout porte à reconnaître, dans la forme de ces quatre piliers , le type imité par les Grecs dans leur colonne dorique primitive ; et ce qui donne plus de poids encore à cette conjecture , c'est que les piliers de cette forme ne se rencontrent jamais en Egypte que dans les monuroens les plus anciens, dans ceux qui appartiennent à l'époque classique de l'art. Un des hypogées de Beny-Hassan et le temple d'Amada en offrent les deux exemples les plus remarquables. Sous un vestibule étroit qui suit le

proïiaos^ s'ouvrent les portes du sanctuaire et de deux salles latérales , suivies chacune d'une salle plus petite. Cette disposition, différente de celle des monumens que nous avions jusque-là rencontrés en Nubie , est commune au temple d'Amada av^c plusieurs de ceux que nous aurons occasion de décrire par la suite. D'étroites meurtrières, pratiquées entre les dalles du plafond > sont les seules ouinertures par les* quelles Tair et la lumière pénètrent dans l'in* térieur. Ces dalles et toutes les parois étaient chargées d'une profusion d'hiér(^ljphes d u style le plus remarquable, et d'une grande finesse d'exéeution. Une %ure de Christ, qui occupe le fond de h salle principale, et qudques images de saints, les ont en partie remplacées. Les chréti^ms oot aussi brisé quelques'^unes des dalles qui recouvraient, le milieu du pronaos , pour élever au-dessus une sorte 4^ clocher en briques crues , de forme conique et assez sem* blable aux dômes des tombeaux de santon.

Le temple d'Amada est dans un état de con* servation presque intact, et il est du petit nombre de ceux qui ont échappé aux ravages de l'armée dévastatrice de Cambyse. C'est aux Pharaons Thotmosis III (MoBris) et Amonotphll, son suceesseUiT » que doit être attribuée sa fondation et sa dédicace au dieu Phré. Tbotmo*

sis IV, successeur (rAmonotph , dont le cartouche est plus fréquemment répété que les autres sur les pilastres du pronaos, paraît avoir achevé la construction de cette partie de l'édifice.

Il étÊ^it nuit quand nous arrivâmes à la hauteur de Derr. Le Nil semble avoir changé de cours devant ce bourg, dont il est, pendant la saison des basses eaux , éloigné de quelques minutes de chemin; il tend chaque jour à se rapprocher davantage du bord des montagnes de la chaîne Libyque.

Une bourgade étroite, composée de huttes de terre éparses au milieu de bouquets de dattiers , et dont la population ne s'élève pas à plus de douze cents âmes ; dans cette bourgade ^ une maison de briques crues , servant d'habitation au kachef , et une mosquée, la première que nous eussions rencontrée depuis Assouan ; voilà quel est Derr , voilà quelle est la capitale moderne de la Nubie-Inférieure.

Notre premier soin , en débarquant , fut d'aller faire notre visite au kachef. Quand nous arrivâmes chez ce fonctionnaire , il achevait de faire administrer des coups de bâton à une demi -douzaine de pauvres diables que nous reconnûmes ensuite pour ses domestiques. Mahmoud, qui nous avait précédés , nous apprit la cause de cette exécution.

EGYPTE El NUBIE. 69

Le kachef avait rançonné la veille quelques Arabes, conducteurs d une petite caravane chargée de tamarin y qui se rendait en Egypte, et un coffre de bois mal fermé avait reçu les soixante piastres environ ( j 8 fr. ) qu'il avait trouvé moyen d'extorquer à ces pauvres gens. Malheureusement pour lui 9 quelqu'un, à qui sa position ne permettait sans doute pas de s'appraprier le tien d'autrui aussi ouvertement que le faisait le kachef , avait jugé convenable d'ouvrir le coffre pendant la nuit et d'en enlever les soixante piastres. Furieux de se voir dérober le fruit de son exaction, le kachef avait fait bétonner ses domestiques, mais sans réussir à découvrir le coupable. Fort mécontent du mauvais succès de sou opération, il prit place à jiotre arrivée dans son divan où il nous fit asseoir près de lui stir une cage de branches de dattier recouverte des restes d'un tapis.

cf Vous savez sans doute mon malheur, nous dit-il après une échange de quelques complimens sur notre bonne venue, une somme considérable m'a été volée la nuit dernière. Elle ne peut avoir été soustraite que par un homme de ma maison , et cependant, malgré la correction à laquelle je viens d'avoir recours, je n'ai pu trouver le coupable. Vous autres Francs , reprit-il après quelques instans de réflexion.

7Q ^YPTE FT NC](BiE.

VOUS connaissez la magie; ne poumeo^^vous pas m'indiquer un moyen ?. . . »

Le sourire par lequel nous répondîmes à sa question lui prouva qu'il n'avait rien à attendre de nous. «Je sais bien, reprit^ii, que vous n'employez vos sortilèges que pour vous emparer des trésors cachés dans les vieilles ruines ; mais heureusement j'ai lait appeler des Cheikhs aussi habiles que vous, et qui pourront me satisfaire... Âh! pourquoi 9 ajouta^il entre ses dents y pourquoi ai-jfe oubUé de ipettre , dansi mon icofFre , des plumes ou des grains de corail pour écarter l'œil de l'envieux ? »

Maligré son affîction, le àachef nous avait fait servir dii café et des pipes que nous fumions tranquilleniient tandis que , le regard in« çessamment tourné vers l'entrée de la maison , il épisôt l'arrivée des cheïkhs qu'il avait mandés.

Ces deux graves personnages arrivèrent enfin et s'accroupirent, sans mot dire, dans un coin de la salle. L'un , vieillard à barbe blanche , était coiffé d'un bonnet de derviche : il était vêtu de quelques haillons que recouvrait une peau de lion jetée sur ses épaules^ et portait une demi-pique à la main; l'autre j^ encore dans la force de l'âge, était entièrement nu; sa, longue chevelure , en désordre , retombait sui^ ses épaules et tout son mobilier se çompo^

sait d'un chapelet à gros grains et de la moitié d'un coco à laquelle une anse de ficelle était adaptée et qu'il portait à la main en guise de panier, pour recueillir les aumônes des croyans.

Après quelques minutes d'attente , le vieux cheikh se décida à articuler, d'une voix solennelle, le sélam-aieiAoum, que le kachef lui rendit avec la même emphase. -— « Mon père ! un chien ( que la malédiction de Dieu soit sur sa tête ! ^ m'a dérobé , cette nuit , une somme que j'avftis dans mon coffre : vous qui save2 les choses cachées , dites-moi sur-le-chatnp quel est l'aitteur de ce vol; que j'aie le plaisir de le faire mourir sous le bâton. — Mon fils , le sage ne précipite rien et il invoque le nom de Diéu avant toute chose. Laissez- moi me recueillir un instant et faites apporter le coffre. »

Cette pièce de conviction fut présentée surle-champ ; c'était une grande caisse de bois blanc , fermée , comme les portes le sont le plus souvent en Egypte , par une serrure égâile* ment de bois (i).

(i) Ces serrures, dont l'emploi remonte à une haute antiquité, sont composées d'an pêne grossier percé de plusieurs trous et glissant sous une pièce de bois dans l'épaisseur de laquelle sont plusieurs cfaeiriHes mobileâ, qui retombent dans ces trous, et maiotiçnnent le pêne en place quand la porte ifist ferniée. La vief consiste dans un moroean debonarmédecbélriHef saflfantei

Le cheïkh avait fini ses fattha (prières). Il e](amina long-temps le coffre avec une atten* tien grave et recueillie , sans y remarquer aucune trace d'effraction. Il promena ensuite, sur les assistans , des regards investigateurs , et après les avoir reportés sur nous , avec une sorte de curiosité dédaigneuse, pour connaître sans doute quelle impression produiraient sur nous ces préparatifs : — <t Qu'on apporte, dit-il, un grand plat rempli d'eau, w

Une foule assez nombreuse s'était peu à peu introduite dans la salle, pour connaître Tissue de cette espèce de jugement de Dieu. Les domestiques surtout suivaient avec anxiété les mpuvemens du cheïkh, qui, après avoir prononcé quelques paroles inintelligibles , ordonna à chacun des individus soupçonnés de venir se mirer dans l'eau. Soit que le coupable ne se trouvât pas parmi eux, soit qu'il n'ajoutât pas foi à cette jonglerie, tous se mirèrent paisiblement et aucun ne laissa percer la plus légère émotion , signe délateur sur lequel le pauvre magicien avait compté.

Rien de grotesque comme le désappointement du vieux cheïkh , qui semblait accuser le ciel

et correspoudant également aux trous du péoe, de telle sorte qu'appliquéesau-flessous^elles soulèvent les chevillessupérieures et rendent au pêne la facilité de glisser-

EGYPTE ET nXJBIC. ^3

du peu de succès de son opération , et murmurait avec véhémence quelques prières qu'il accompagnait des gestes et des contorsions les plus bizarres.

Cependant le mécontentement des spectateurs était visible 7 et chacun commençait à regarder d'un mauvais œil le magicien malencontreux ; il ne se déconcerta pas encore. Tous les prévenus avaient siibi, sans résultat , l'épreuve fatale. Il leur fallut la subir encore j mais cette fois leur contenance , rassurée par le premier succès j n'indiqua rien qui pût faire espérer davantage d'arriver à la découverte de la vérité. Le kachef, que la solennité des apprêts du cbeîkh avait convaincu que ses piastres allaient lui revenir, interrogeait du regard son regardun peu décontenancé. L'indignation des assistans commença à éclater en murmures : <t Dieu soit loué! s'écria une voix du milieu de la foule , il ne sera pas dit que nous aurons commencé la journée par voir réussir la magie. — Qu'on saisisse cet animal, s'écria le kacbef furieux, et qu'on lui administre vingt coups de courbach.

— Arrêtez , dit alors en se levant le second cheïkh, jusque-là spectateur impassible de toute cette scène , mais qiii vit que le moment de jouer 5on rôle de compère était arrivé ; arrêtez ! les paroles de cet homme viennent de m'éclairer...

Frère, vous l'avez entendu, ajouta-t-il en se tournant vers son compagnon; Dieu est puissant! en refusant de vous manifester la vérité, il a voulu vous punir de vous occuper d'intérêts humains dans une heure consacrée à la prière; venez à la mosquée, allons prier, et nous pourrons une autre fois invoquer les lumières du ciel , pour découvrir l'impie qui a dérobé le bien du kachef. — Dieu est grand, et ses décrets sont impénétrables, reprit le premier cheïkh, mais sa justice est terrible et elle sait toujours atteindre le coupable. » Puis se levant gravement, il traversa la foule qui s'ouvrit pour le laisser passer, et sortit, suivi de son compagnon, en marmottant, à demi- voix, quelques prières.

« Eh bien ! que pensez-vous de tout ceci ? nous demanda le kachef après un moment de silence. — Mais vous l'avez entendu : les décrets de Dieu sont impénétrables. — Oui, je le sais, reprit-il; mais ces bons cheikhs ne sont que des maladroits, avec leur plat rempU d'eau; moi, j'ai un moyen qui, j'en suis sûr, aura plus de succès; je vais faire remettre mes domestiques en prison, je les ferai bâtonner tous les jours , et je suis sûr que je retrouverai mon argent. » Nous essayâmes en vain de décider le kachef à renoncer à ce système de justice distributive ,

EGYPTE ET NU1IIE. 'jS

en lui remontrant combien ce procédé, pour découvrir le coupable, allait feire torturer d'ianocens. « Vous autres Francs , nous dit*il , vous ne connaissez pas les bonnes méthodes ; vous ne découvriries pas un voleur en dix ans, et dans deux jours je suis sûr d'avoir le mien. »

Nous primes congé du kachef , en le laissant si bien persuadé de Tefficacité de son procédé, que nous chargeâmes Mahmoud de distribuer aux pauvres domestiques une soixantaine de piastres, pour qu'ils pussent, en se cotisant , satisfaire leur mditre.

Derr est le premier point de la Nubie où on rencontre, sur la rive droite du fleuve^ un monument antique de quelque importance, singularité d'autant plus difiBcile à expliquer, que cette rive est beaucoup plus favorable à la culture , par l'étendue de ses plaines ^ et , par conséquent, beaucoup plus peuplée que la rive gauche. De ce côté, le pied des montagnes est, dans beaucoup d'endroits, baigné par le fleuve, et les vents de nord et de nord^oœst qui souf*. fient constamment 9 pendant l'hiver, couvrent de sable le peu de terr^ cultivables qui s'y trouvent.

Le temple de Derr est, comme celui d'Afaada, consacré à Anon - Ra et à Pfaré. Il date. 4u règne de Sésestris et n'ofilre rien d'intéres-

sant que les figures des .fils et des filles de ce prince , gravées sur des piliers taillés dans le roc. Du reste , ni ses sculptures ni son travail ne sont dignes du temps où il fut creusé, et après le monument de Séboua , celui de Derr est le plus mauvais ouvrage de cette époque.

Quelques fi^agmens de piliers carrés , taillés dans le roc y auxquels étaient adossées des cariatides et des représentations de batailles, gravées sur les flancs du rocher, sont tout ce qui reste des parties antérieures du temple. Une salle, soutenue par huit piliers, du travaille plus grossier , est aujourd'hui la seule qui , par l'état de sa conservation , puisse permettre d'apprécier les médiocres sculptures dont ses parois sont couvertes, et d'apercevoir quelques restes de couleur qui ont résisté au temps. Sur le revers de la montagne , à peu de distance du temple , on rencontre , vers le sud , quelques tombeaux d'époque chrétienne.

Bien que le nom de Derr (œus^ent) semble indiquer une origine chrétienne , le spéos que nous venons de décrire atteste que jadis il exista, dans ces lieux, une ville dans laquelle M. Letronne pense qu'on pourrait peut-être reconnaître Phœnicoriy l'un des quatres principaux établissemens des Blémyes. Le manque d'itinéraires antiques au-dessus de Méharrakah

EGYPTE ET ntJBIE. ^^

(Hiera-Sycaminos) , ne permet pas de se fixer (l'une manière précise sur la valeur de cette conjecture.

Les habitans actuels de Derr descendent, en grande partie , des Bosniaques y qui , après la conquête du Sultan Sélim , furent envoyés en Nubie et finirent par demeurer maîtres du pays.

Le doura , le dokn (espèce de millet) ^ l'orge , le henné , le tabac , le coton , le séné , le ricin et plusieurs variétés de pois et de haricots , sont , avec les dattes , les produits principaux du district de Derr, comme de tout le pays qui s'étend entre les deux premières cataractes. Les naturels élèvent quelques chameaux et beaucoup de bœufs, de moutons, de chèvres et de volailles. Le doura , le dokn , le lait aigre et les haricots forment la base de leur nourriture. Ils mangent en général peu de viande , si ce n'est quelquefois de la viande de chameau. Les sauterelles grillées sont aussi de leur goût, quand ils peuvent s'en procurer. L'usage de fiimer du tabac n'est pas général chez eux; ils substituent le plus souvent à la pipe, le tabac mâché, qu'ils enveloppent d'un linge , et auquel ils ajoutent , d'ordinaire , un petit morceau de natron. La principale exportation de Derr est celle de ses dattes, qui, comme celles d'Ibrym,

78 BGTPTE OT IriTBie.

jouissent, en Egypte, de quelque réparation.

Le seul soin qu'entraîne la culture des dattiers est la fécondation qu'on opère chaque année dans ces parages , pendant les mois de féTrier et de mars, quand la fleur de l'arbre est bien développée.

Un homme monte sur les dattiers femelles , au moyen d'une corde lâche passée autour de l'arbre et sur laquelle il appuie ses reins, tandis que ses pieds reposent sur les écailles du tix>nc. Ayant, de cette manière, le libre usage de ses deux mains , il attache qudques fleurs mâles à chaque régime de fleurs femelles épanouies, el ne cesse ce travail que lorsque tous les régi* mes femelles ont été fécondés à mesure de leur floraison. Par cette méthode , un dattier mâle suffit à la fécondation de plus de cinquante arbres femelles, et l'ooi obtient, sur la même étendue de terrain , une récolte plus que double de celle qu'on obtiendrait par l'action seule de la nature.

C'est à Derr que le voyagemr N(»'den fut obligé de retourner sur ses pas, après avoir été l'objet de mille vexations de la part dun certain Ba^ ram , kachef qui y commandait à cetle époque. Plus heureux que lui , nous pûmes continuer tranquillement notre route, et bientôt nous vîmes se dérouler devant nous les plaines du

EGYPTE BT KUBIE. 7c)

Ouady Ibrym, canton populeux , dont les habi*tans recueillent une assez grande quantité de coton f fort estimé avant l'introduction , en Egypte, du coton Maho.

Le besoin de renouveler nos provisions nous obligea de prendre terre auprès du village de Guetteby près duquel nous visitâmes quelques hypogées d'assez petites dimensions, creusés dans un rocber isolé, et dont les couleurs ont conservé une fraîcheur et un éclat admirables. Bientôt après j nous aperçûmes de très loin le château d'Ibrym, construit au haut d'une mon* tagne de grès, qui s'élève à pic à plus de deux cents pieds. au-dessus du fleuve.

Deux sentiers tracés suk' les versans nord et sud, et en partie taillés dans le roc, conduisent à cette forteresse, dont la position a cessé d'être redoutable depuis la découverte de la poudre ; il serait facile de placer du canon sur quelques sommets voisins qui dominent le fort.

Ibrym, l'antique Primis ou Premnùy figure ponr la première fois dans l'histoire, sous le règne d'Auguste. Les Ethiopiens ayant profité, pour faire une incursion dans la Thébaîde, de l'absence d'iElius-GaUus , qui était allé porter la guerre en Arabie , Petronius marcha avec dix mille hommes contre leur armée trais fois plus nombreuse et les força, après une pre-

8o SGTPTE ET IVDBIE.

mière bataille, à reculer] usqu'à Pselcis {Dékkek)j où ils se retranchèrent. Chassés de cette ville et mis dans un état de déroute complète , les Éthiopiens se réfugièrent à Premnis , ville dans une situation for te , dit Strabon , ce qui n'empêcha pas Petronius de remporter d'emblée. Ayant ensuite poursuivi sa marche jusqu'à Napata , qu'il détruisit de fond en comble , ce gé^ néral revint à Premnis, dont il augmenta les fortifications et où il laissa quatre cents hommes de garnison avec des vivres pour deux ans. Petronius victorieux retournait à Alexandrie , lorsque Candace, reine d'Ethiopie, ayant rassemblé de nouveau des forces considérables, s'avança contre la garnison de Premnis ; mais le général romain , prévenu à temps , accourut au secours de la place et pourvut à sa sûreté par de nouveaux moyens de défense.

On retrouve ensuite , au moyen-âge , Ibrym tenant, soit comme siège d'un évêché, soit comme position militaire , le premier rang parmi les villes de la Nubie-Inférieure et servant de place frontière aux rois de Dongolah , dont elle protégeait les possessions contre les entreprises des Blémyes. Ibrym fut pris par les musulmans, et ses habitans furent réduits en esclavage, à la suite d'une incursion que les Nubiens avaient faite sur le territoire d'Assouan,

EGYPTE ET IfUBlE. 8l

en 957. Malgré ce désastre , cette ville ne tarda pas à acquérir une importance nouvelle, entre les mains des rois de Nubie , qui y préparaient alors leurs expéditions contre l'Egypte. Deux siècles après, en 1 174^ ^ ]^ suite d'une de ses expéditions dirigées contre le Sald , Sultan Salahed"Din , fit marcher , contre Ibrym , son frère Schems-ed-Doulan , qui s'en rendit maître en trois jours, et la livra au pillage. On voyait alors à Ibrym , dit l'historien de Nubie , une église sous l'invocation de la Vierge Marie. Cette église était couverte d'un dôme, surmonté d'une croix. Schems-ed-Doulan brûla la croix, mit l'évéque à la torture et fit appeler , du haut du dôme^ les musulmans à la prière; après quoi il concéda la ville à Ibrahim le Kurde, qui l'occupa avec ses compagnons, faisant la course contre les Nubiens. Deux ans après, Ibrahim se noya en traversant le Nil , et ses compagnons évacuèrent la place , dont les Nubiens reprirent possession. Ibrym partagea, dèslors , le sort du royaume de Nubie jusqu'au moment de la conquête du Sultan Sélim , 011 elle fiit prise par un parti de Bosniaques. Ceuxci , ne reconnaissant d'autre autorité que celle d'un Agaet d'un Cadi héréditaires, s'y maintinrent, jusqu'à nos jours, indépendans des u. 6

kachefs qui gouvernèrent, pendant trois siècles, la Nubie-Inférieure.

Depuis 1 8 r a , le château dlbrym est abandonné. Les Mamlouks, chassés d'Egypte, y soutinrent , à cette époque, un siège contre les troupes de Méhéined-Ali , et vinrent , bientôt après, y assiéger à son tour Ibrahim- Bey, qui les en avait débusqués. Pendant ces sièges , les murs de la forteresse et les habitations qu'elle renfermait furent en grande partie détruits. Pour comble de malheur , les Mamlouks , obligés de battre en retraite , égorgèrent TAga et frappèrent sur le district une contribution de douze cents bœufs, d'un plus grand nombre de moutons et de chèvres, et de plus de cent mille piastres. Épuisés par ces réquisitions , les derniers habitans d'Ibrym abandonnèrent les tombeaux de leurs pères et se réfugièrent à Derr , pour se soustraire à la famine , dont ils seraient inévitablement devenus les victimes.

L'aspect de cette ville déserte n'est aujourd'hui que trop en harmonie avec ces tristes souvenirs de l'histoire ; des ossemens blanchis et quelques débris d'armures rongées par la rouille,sont les seules traces d'habitation récente qu'on rencontre parmi ces ruines ; et le lugubre silence de la solitude n'est interrompu que par

les cris du chakal qui vient y chercher une re> traite au milieu des décombres^

Une seule porte située vers le nord-est^ don^ nait entrée dans le château que défendait un sys. terne de tours carrées^ liëes entre elles pat* des murs en pierres seiches et divisées dans leur hauteur par plusieurs assises formées de pièces de bois ou de fûts de colonnes disposés horizon ta «> lement. Les restes d'une église d'une archltec* ture assez remarquable, occupent à peu près le milieu d'Ibrym.

La fondation de cet édifi^te^ qui fut ^ans doute la cathédrale détruite par Schems«-ed^Doulan , parait remonter à la fin du sixièdie siècle du christianisme ou au commencetnent du sep* tième. Quelques uns de ces arceaux encore debout sont d'uû beau cintre , et son plan général est bien ordonné. La pierre employée à sa construction est tin grès couleur de rose, dont la nuance éclatàtite contraste vivement avec celle des ruines de terre qui l'entourent

On remarque aussi vers les extrémités nord et sud de la ville, les traces de deux moliumeus antiques. Il ne reste du premier qu'un pylône à demi écroulé qui décorait l'entrée d'une enceinte presque rasée au liiveau du sol, et de l'autre, qu'un mur soutenant un tento^pldn semblable à celui qui supporte le temple de

84 teYPTE ET NUBIE.

Dandour.Ces deux vestiges anciens, sur lesquels nous ne pûmes découvrir aucune trace d'hiéroglyphes j paraissent appartenir tous deux à la dernière période de l'art égyptien, et probablement à l'époque romaine.

Sur les sommets voisins d'Ibrym , on n'aperçoit que quelques ruines chrétiennes et de petits tombeaux de santon de peu d'intérêt. On jouit, du haut du château , de la vue la plus étendue sur le désert et sur le fleuve. La double ligne de verdure qui règne tout le long du Nil , forme le contraste le plus pittoresque avec les plaines de sable qui s'étendent sur la rive gauche , et les rochers arides qui occupent à l'est tout l'espace que l'œil peut embrasser.

Quatre petits sanctuaires sont creusés dans la base du rocher sur lequel Ibrym est construit. ChampoUion rapporte l'origine du plus ancien au règne de Thotmosis P"", et celle du plus récent à celui de Ramsès le Grand.

Nous mesurâmes, sur la base du rocher, la hauteur des crues du Nil, qui s'élève en cet endroit, de huit à neuf mètres au-dessus du niveau des basses eaux.

Poussés par un vent favorable , nous vîmes rapidement disparaître Ouady Ermineh, district duquel dépend l'île d^Hogos , qui s'élève au milieu du fleuve, couronnée des restes d'une tour

EGYPTE ET NCniE. 85

antique ; Ouady Forkondy , où l'on rencontre des ruines chrétiennes peu remarquables; et Ouady Terek , où sont plusieurs hypogées d'une admirable conservation.

En passant près d'une cabane de ce dernier canton , nos mariniers s'emparèrent de quelques bois qui y avaient été amassés, et qu'ils emportèrent dans la barque, malgré les cris des propriétaires, familiarisés d'ailleurs avec ces sortes d'accidens.

Malgré ce méfait, nous avions continué à voguer doucement, quand tout à coup, en passant à la hauteur du tombeau du cheikh Abd-er- Rahim, un grain du sud vint, sans que la séré^ nité du ciel fut troublée, déchirer notre grande voile, et sans la promptitude que mit le fteîs à serrer là seconde, nous eussions inévitablement chaviré. Pendant que nous nous occupions à réparer de notre mieux le désordre des manœuvres^ un de nos matelots s'avisa de dire que ce coup de vent ne pouvait être qu'une punition du santon , pour le vol de bois commis quelques heures auparavant. A ces mots , dont chacun admira la justesse, il fallut les voir se jeter avec une sorte de fureur sur les morceauit de bois qu'ils lançaient dans le fleuve en les accablant d'imprécations^ et en invoquant l'intervention du bienheureux Abd-rer-Rahim etleurpar-

doo, de Dieu et de son prophète. Après cette espèce de transaction avec leur conscience qui^ sans rendre au pauvre Nubien le bois dont ils l'avaient dépouillé , ne les laissait plus eux* mêmes possesseurs de l'objet volé; nos hommes parfaitement tranquilles j nous assurèrent que le mauvais temps allait cesser; en effets les plus fortes rafales du grain étaient déjà passées j et nous pûmes poursuivre sans accident, jusqu'à Ëbsamboul, notre voyage, charmés par le récit des nombreux miracles opérés chaque jour par la sainteté des santons.

L'absence de végétation sur la rive gauche, et le rapprochement des montagnes dont le pied est souvent baigné par les eaux, semblaient nous interdire l'espoif de rencontrer sur cette rive stérile et désolée, aucun vestige de l'habitation des hommes , quand tout à coup ^ au milieu des rochers qui s'élevaient sourcilleux au-dessus du Nil, les merveilles de l'antique architecture égyptienne vinrent s'offrir à nos regards avec toute la magie de grandeur et de magnificence qui leur est propre.

Deux temples sont creusés dans le roo de la montagne d'Ëbsamboul; le premier, dédié à la déesse Hathôr par la reine, épouse de Sésostris^ est tourné vers le fleuve. Six colosses d'environ trente-cinq pieds de proportion , représentant

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Sésostris et sa femme Nofré-Ari ayant leurs enfans à leurs pieds ^ ornent la façade de ce monument qui tire un intérêt particulier de la représentation de cette princesse qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Six piliers couronnés de chapiteaux à tête dlsis , offrant quelque ressemblance avec ceux du pronaos du temple de Dendérahy soutiennent la première salle du petit temple d'Ebsamboul; toutes ses parois, aussi bien que celles du sanctuaire et des petites salles adjacentes, sont ornées de sculptures peintes du plus beau style. Malheureusement, ces hiéroglyphes ont subi de graves détériorations, et leurs couleurs ont entièrement disparu sous une épaisse couche de suie; chaque année , en effet, des feux y étaient allumés par les habitans de Balyane et des autres villages voisins, obligés d'y chercher un refuge contre les incursions périodiques des Bédouins qui occupaient le désert au sud de Syout et de la grande Oasis. C'est également aux incursions de ces Bédouins, qu'il faut attribuer l'état d'abandon et de stérilité dans lequel les naturels ont le plus souvent laissé le peu de terre cultivable qu'offre la rive gauche du Nil, depuis Dekkeh jusqu'à l'île d'Argo. Cliaque année, ces enfans du désert arrivaient à l'improviste, parcouraient les bords du fleuve avec environ cent cinquante

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chevaux et autant de dromadaires; ils pillaient les provinces de Maris, de Batn-el-Hadjar, de Sokkot et de Mahass, et fuyaient avec leur butin. Il parait au surplus qu'en tous temps les tribus nomades du désert libyque sont venues inquiéter les cultivateurs de la rive occidentale du Nil ; car on lit sur un tableau hiéroglyphique gravé dans le roc, à peu de distance du temple r tf Le royal fils d'Ethiopie a dit : Ton père <( Amon-Ba t'a doté, ô Ramsés, d'une vie stable et « pure; qu'il t'accorde de longs jours pour gou-* a verner le monde, et pour contenir les Lybiens « à toujours. »

A quelques pas au sud du spéos que nous venons de décrire, est situé l'un des monumens les plus remarquables que Tart égyptien nous ait légués, le grand temple d'Ebsamboul auquel les rives du Nil n'offrent rien de comparable dans son genre. Burckhardt est le premier des voya^ geurs modernes qui ait signalé l'existence de ce monument , mais il ne réussit pas à y pénétrer. Plus heureux que lui, Belzoni, sans se laisser décourager par le peu de succès d'une première tentative, parvint enfin à y entrer le i^août 1817.

Qu'on se représente , sur le flanc d'une montagne taillée à pic, une façade de quarante mètres ^e longueur sur trente d'élévation , décorée de

quatre colosses assis, taillés dans le rocher même et hauts de plus de vingt mètres, et l'on aura une bien faible idée de l'imposant aspect du temple d'Ebsamboul. Une ligne horizontale d'hiéroglyphes d'une exécution parfaite, surmontée d'uiie corniche composée dé vingt-deux figures dé singes accroupis, d'environ trois mètres de proportion, et une figure symbolique de Phré, gravée au-dessus de là porté, complètent ce magnifique frontispice, encore aujourd'hui presque intact. Quelques-unes des figures de singe de la corniche et la partie supérieure d'un dès colosses ont seuls été mutilés par J'éboulement d un rocher. La parfaite conservation dès autres permet d apprécier encore maintenant toute la pureté et toute la simplicité de leur travail. < La physioùomie de ces colosses exprime la jeunesse ; tealgré Fabsence de mouvement, systématiqueiinerit imposée aux artistes égyptiens, elle se l'apptoche beaucoup de la grâce des modèles grecs, et tout dans ces immenses statues, jusqu'à leur pose droite et symétrique, est empreint d'un cahne et cfune majesité indicir blés. Les quatre colosses, pai'faitement semblables entre eux , représentent le même personiiag:e, Sésostris, dont les traits sont encore reproduits par les cariatides de l'intérieur. '• Les sables du désert, poussés peu à peu pai!

les vents, ont formé, sur le flanc de la montagne d'£bsamboul , un large éboulement qui, en enveloppant la partie inférieure de trois des colosses, a entièrement obstrué la porte du temple. Nous fûmes forcés de donner nous-mêmes l'exemple , et de travailler les premiers à la déblayer, pour encourager notre équipage à qui la peur des serpens servait de motif ou du moins de. prétexte, pour refuser de se mettre à l'ouvrage.

Après quelques heures péniblement employées à écarter le sable, nous commençâmes à découvrir la corniche qui surmonte la porte , et bientôt l'ouverture fut assez large pour nous permettre de nous glisser , armés de torches , dans ce séjour ténébreux.

L'intérieur du temple répond admirablement au grandiose de sa façade. Quatre salles successives , offrant ensemble une profondeur de cinquante mètres, composent, avec dix chambres latérales moins remarquables, cette vaste excavation. La première salle, qui présente quelque analogie avec celle du temple de Kircheh, est soutenue par un double rang de huit pilastres, auxquels sont adossées des statues de dix mètres de proportion. Bien que familiarisés depuis long-temps avec la majesté des temples égyptiens, nous demeurâmes muets d'admiration à

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la vue de ce$ éuorines cariatides qui impriment au monument un caractère de grandeur indéfinissable, et semblent placées là^ gardiens éternels et silencieux , pour rappeler aux mortels le recueillement et le respect que l'on doit apporter en pénétrant dans les temples des dieux.

Toutes les parois sont revêtues d'un ^uc très fin et GOUTertes d'hiéroglyphes d'un travail comparable à celui des plus beaux monumens de Thèbes. L'éclat seul des peintures est un peu altéré ; mais ce qui en existe encore peut donner une idée de leur antique magnificence. Parmi les grapdes compositions figurent surtout des combats; on voit le monarque égyptien assiégeant une forteresse ou terrassant ses ennemis ; son armée, rangée en bataille , s'a* vaoce contre celle des Nègres et des Nubiens , et les deuic partis engagent Faction. Plus loin , le Pharaon vainqueur y monté sur un ehar de triomphe , conduit des prisonniers et les prés^ote aux dieux.

Ainsi t;out ce qu'ont de prestiges l'amour de la patrie et cehiide la gloire se réunissait à l'empire des idées religieuses, pour attacher les Egyptiens à un culte dans les sanctuaires duquel ils retrouvaient, à côté des images sacrées des dieux, celle des forts qu'ils avaient enlevés à l'ennemi , des nations qu'ils avaient

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subjuguées, des princes dont ils avaient partagé les travaux, les dangers et les victoires. Certes l'arcbitecture d'aucun peuple n'a de monumens plus capables de graver profondément dans l'esprit, de nationaliser davantage le souvenir des faits éclatahs que les temples de l'antique Egypte immortalisaient, en les associant à l'exiiitence des dieux eux-mêmes.

Au fond du sanctuaire sont quatre statues assises, plus grandes que nature , et représentant les dieux Amon-Ra, Phré et Phtah , et le roi Sésostris. Devant elles est une pierre cubique sans ornemens, qui fut probablement un autel.

C'est san$ doute du fond de ce sanctuaire

impénétrable aux regards du vulgaire, que, forts de l'empire que leur donnait la superstition, les prêtres se faisaient les interprètes du ciel, et rendaient de$ oracles, auxquels la mystérieuse obscurité du temple ajoutait encore une impression profonde de respect et de terreur. Oh ! si quelque puissance magique pouvait, après tant de siècles, rappeler à la vie un de ces vieux Égyptiens, et le ramener sous ces mêmes voûtes, où sa foi fut si entière, sa piété si naïve, combien ses souvenirs seraient confon- 4us en voyant ces parvis sacrés qu'il frappa t^int de fois de son front, foulés par des pieds

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profanes; ce sanctuaire , où sa pensée même n'eut jamais la témérité de pénétrer, souillé par la curiosité sacrilège de voyageurs , auxquels l'idée du culte sacré de Phtah n'arrache qu'un sourire de dédain. Ainsi, en traversant les siècles, les empires s'écroulent, les institutions s'effacent , tout périt , et les croyances religieuses elles-mêmes, dont la durée devait, aux yeux de leurà adeptes, égaler celle de l'éternité, disparaissent à leur tour inconnues au milieu même des sanctuaires qu'elles avaient élevés , ne laissant après elles d'autres traces de leurs dogmes que le principe sublime de l'existence d'un dieu , autour duquel les cultes nouveaux viennent tour à tour grouper quelques idées en harmonie avec le siècle où ils prennent naissance, et les hommes qu'ils doivent régir.

Fondés , ou plutôt creusés par Sésostris , les temples d'Ebsamboul sont au nombre des types les plus saillans de la dernière époque du style égyptien primitif, de celle où l'art, parvenu à son plus haut degré de perfection , ne pouvait plus que décroître. Les monumens pharaoniques anciens , produits de siècles où l'Egypte , jouissant en paix du bien&it de ses lois, n'avait pas encore cherché à s'agrandir par les armes, offrent les exemples d'un style de plus en plus gracieux , à mesure que leur

fondation remonte à une époque moins reculée. Cette première période de Fart égyptien dure jusqu'au temps où Sésostris, aspirant à la fois à tous les-genres de gloire^ étendit au loin, par la guerre, les limites de Tempire de ses pères. Du règne de ce prince date pouç l'Egypte une ère d'illustration militaire, pé^ndant laquelle les arts, devenus stationnaires, cessèrent de tendre vers la perfection. Bientôt les peuples humiliés par Sésostris vinrent à leur tour menacer l'Egypte. Obligés de pourvoir avant tout à la défense du pays, les Pharaons n'eurent, pendant cette période presque nulle pour les arts , qui , déjà, commençaient à déchoir, que peu de temps à consacrer à l'érection de nouveaux monumens. Alors vint Cambyse avec ses hordes dévastatrices, qui, portant le dernier coup à l'empire des Égyptiens , déjà affaibli par les conquêtes de Sabacon , roi d'Ethiopie, confondit dans une ruiner commune leurs institutions et les temples mutilés par sa main sacrilège. Alexandre arracha l'Egypte à la tyrannie brutale des Perses; mais si ce généreux conquérant ne porta pas comme eux une main impie sur les chefs-d'œuvre des arts, il continua cependant d'altérer le type égyptien primitif, et le génie des Grecs s'infiltrant insensiblement dans toutes les parties de l'ordre social, donna au pays une

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physionomie nouvelle. L'art reprît, il est vrai, un brillant essor sous Teropire des Ptolémées, mais déjà cet art n'était plus celui des Pharaons. Je ne sais quelle élégance étrangère, empruntée à l'art grec, en avait altéré le style sévère, qui, s'abâtardissant peu à peu, acheva enfin de disparaître entièrement sous l'empire des Césars,

Nous nous disposions à remettre à la voile, lorsque des habitans du village d'Ëbsamboul situé à environ un quart de lieue au sud du temple , vinrent , au nombre d'une vingtaine , pour exiger de nous un bakhchich, prétendant qu'ils avaient seuls le droit de déblayer le tem* pie des sables qui en obstruent l'entrée. Nous refusâmes de reconnaître la légalité de cette réclamation ; mais leur demande ayant bientôt pris le ton de la prière , et leur misère intercédant pour eux, nous leur donnâmes quelques piastres qui nous valurent mille bénédictions.

Nous arrivâmes bientôt au château d'Addeh , plus ruiné que celui d'Ibry m , avec lequel il offre quelque ressemblance par sa situation. Le rocher de Djebel-Addeh est percé de quelques hypogées d'une belle conservation. Un peu plus loin est une autre excavation plus considérable ; ce temple, car c'en est un, fut, dans l'origine, dédié au dieuThot par Horus, fils d'Aménophis- Memnon ; les murs ont ensuite été revêtus par

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les chrétiens d'une couche de stuc ; sur ce stucy des figures, parmi lesquelles on distingue le Christ et saint Georges , patron des braves, ont remplacé les dieux égyptiens ; des niches taillées dans plusieurs endroits et destinées sans doute à recevoir les objets nécessaires à l'exercice du culte chrétien, sont du reste les seules dégradations qu'ait subies ce monument ; les antiques hiéroglyphes existent intacts sous l'enduit dont on les a couverts.

A quelque distance au sud de Djebel- Addeh est un petit sanctuaire également creusé dans le roc, et dédié à la Vesta égyptienne, la déesse Anoukis, par un prince éthiopien du nom de Pohi; le lieu où ce sanctuaire est situé se nomme Maschakit.

Nous dépassâmes ce jour-là le village de Faras et l'île qui porte le même nom ; en passant , nous avions aperçu quelques colonnes de granit soutenant une mosquée en ruines et plusieurs tombeaux creusés dans la montagne.

La plaine s'élargissait de plus en plus, surtout sur la rive droite; au milieu de bouquets de dattiers, de doums et d'acacias ,'nous voyions s'élever de nombreuses cabanes entremêlées de champs de doura et de coton ; les sakies se succédaient à de très petites distances et indiquaient par leur rapprochement l'existence

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tl'iin territoire plus riche que les plaines que nous avions rencontrées depuis Assouan. Vers le soir^ quelques rochers de granit, avant-coureurs de ceux de la seconde cataracte, commencèrent à se montrer çà et là, dans le lit du fleuve, comme pour nous annoncer le voisinage de Ouady Halfah ; cependant , notre reïs s'étant refusé à naviguer de nuit, dans la crainte des écueils, ce ne fut que le lendemain, lo avril, que nous pûmes atteindre ce bourg , le dernier que rencontrent, avant la seconde cataracte, les voyageurs qui remontent le Nil.

Ouady Halfah (/a voilée des/oncs) doit son nom à la quantité de joncs qu'offrent les plaines qui ravoisinent,et qu'on y recueillait avant l'invasion égyptienne pour faire de belles nattes fort estimées , dont la fabrication donnait quelque activité au pays. Le monopole a étouffé cette pauvre industrie dont Méhémed-Ali n'a pas dédaigné de s'emparer, et le commerce de Ouady Halfah se borne aujourd'hui à quelques dattes et à un peu de nitre que les Arabes recueillent dans le désert de la rive gauche et qu'ils expédient à Assouan. Les caravanes d'esclaves qui arrivent du Kordofal y donnent également lieu à quelques échanges. JUne compagnie de cent hommes de troupes régulières , destinée à contenir les Bédouins qui viennent de temps en H. 7

temps exiger des habitans quelques contributionSy forme la garnison de cette bourgade, dont la population ne s'élève pas maintenant au dessus de cinq cents âmes.

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