‹ L'Égypte et la Nubie (volume 3)Chapitre 8 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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de trouver ces cailloux pour s'en servir^ en guise de grains de chapelet , dans les prières qu'elle adresse au Créateur.

Deux vases remplis, l'un d'eau , l'autre d'un peu de grain ^ sont placés au-dessus de la tête du défunt) afin de forcer jusqu'aux oiseaux du ciel à bénir sa mémoire. Les parens viennent de temps en temps renouveler ces provisions ainsi que des branches de palmiers qu'ils plantent en terre autour dé la fosse , comme pour l'abriter. S'ils trouvent les vases vides, la famille n'a aucun danger à redouter ; mais si au contraire le grain est intact , ou si le vase qui le

contient se trouve renversé, malheur car

quelque funeste événement menace un des parens.

Dans une de nos excursions de chasse auprès de Fakir-Bint, au milieu d'épais buissons d'ochar, nous nous trouvâmes inopinément en face d'une once occupée à dévorer une gazelle qu'elle venait de surprendre. A notre aspect , le farouche animal fit un bond vers nous , comme s'il avait voulu noUs attaquer ; puis il prit la fuite et disparut rapidement. C'est le seul individu de cette espèce que nous ayons eu occasion de voir d'aussi près, durant le cours de notre voyage. Pourtant, à en juger parles pas empreints sur le sable, ces rencontres doivent être

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fréquentes dans cette partie <lu pays; mais la sécurité des babitans prouve qu'elles sont rare<> ment dangereuses.

Le i8 nous commençâmes à traverser des cantons où les terres cultivables^ s'élaipssant peu à peu , annonçaient rapproché des plaines du Dongokh. Au-delà de ces terres le désert lui-même était moins stérile : des acacias clairsemés formaient de place en place de petites oasis de verdure, peuplées d'innombrables tour^ terelles et dont l'ombttige ofi'rait un asile aux gazelles^ aux pasans et à plusieurs Autres variétés d'antilopes( i ) que nous voyions fuir par troupes devant nous. Les villages devenaient phis nom* breux; enfin partout une nature plus riante commençait à succéder aux rochei^ arides et aux sabler brûlans que nous venions de traverser.

L'île de Beiineh, s'élève riche de végétation et de culture, en face du village du même nom, qu'entourent des bosquets de palmiers et d'acacias. C'est là que nous Vînmes dresseir notre tente près de quelques tisserands qui ^ sans autre métier que des pieuic plantés en terre, travaillaient à fabriquer des toiles de coton grossières , seul produit de l'industrie du pays. Des souy-

(i) Les espèces les plas communes sont les antilopes Dorcas, Bubalis ( Bubal ) , Gasella ( d-Gkazel ) , Dorix ( Pasan ).

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mangas nuancés d'or et d'azur ^ des cardinaux incarnats y des bengalis et des guêpiers à face bleue voltigeaient sans crainte autour de nous parmi les cabanes éparses des habitans.

Des femmes portant leurs enfans sur la banche venaient nous offrir du lait dans des corbeilles (gada), tandis que les bommes , groupés autour de nous, s'empressaient de nous rendre tous les petits services dont nous pouvions avoir besoin. Ces femmes presque entièrement nues avaient la figure couverte d'un morceau de toile ; car la pudeur d'une fille nubienne consiste surtout à cacher ses traits , qui seuls la distin* guent des autres femmes.

Cette réception contrastait d'une manière trop sensible avec celle dont nous avions déjà été l'objet dans quelques autres villages pour ne pas nous frapper vivement, et cependant les habitans étaient partout aussi hospitaliers; mais là on nous avait pris pour des Turcs et la terreur nous y avait précédés, tandis que, à Benneh, nous avions pu nous faire reconnaître pour Européens. Eu butte à des avanies continuelles, les Nubiens évitent l'approche des voyageurs à peau blanche , par la crainte des mauvais traitemens, car il est bien rare qu'un Turc, après s'être emparé, sans les payer, de toutes les provisions qui peuvent lui convenir, ne mal-

traite pas encore ceux qui les lui ont fournies.

La chaleur avait été accablante pendant toute la journée : le thermomètre de Réaumur s'était élevé à 38° sous notre tente placée près du fleiive, à l'ombre des arbres. Cependant vers le soir, il s'éleva un vent de nord si frais que nous éprouvions un véritable froid, quand nous nous remîmes en route : nous arrivâmes , au milieu de la nuit y à un campement de quelques familles d'Arabes Kababych, que signalaient de loin des feux allumés de distance en distance, sous un bois d'acacias , habité par cette petite tribu demi «nomade. Paisibles et hospitaliers, ces Arabes accueillent à toute heure du jour ou de la nuit, l'étranger qui se présente à leur foyer , sans lui demander ni d'où il vient, ni où il va> et ils sont toujours prêts à partager avec lui leur modeste repas.

Au bruit de nos dromadaires un des anciens de la tribu vint nous donner, suivant l'usage nubien , ce salut de bienveillance et d'amitié qui consiste à se toucher plusieurs fois la main droite et à la ramener autant de fois sur sa poitrine , en disant : Étes-^vous bien , Dieu vous garde î et autres complimens semblables qu'on^ répète jusqu'à satiété. Pendant que nous étions occupés à descendre de nos montures, on alluma

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pour nous un grand feu autour duquel dous nous hâtâmes d'allernous reposer. Bientôt on uQus supporta , avec quelques herbages y du lait , des| dattes et uu grand plat Sassida, espèce de p^te la^te de pois ohiçhes , de bamiés (i) et. de fliriae de doura assaisonnés d'oignons et de poivrons; et cuite dans Ucau mise ep ^uUition, au oipyen dç cailloux rougis au feu et projetés Tqn après Vautre dî^ns le vase de bois qui la contiept. Cçtte ^ingutièire préparation qui par rai^St^it faire; 1^ ba^e ordiQS^ire de 1^ nourriture de nos hôtes , nousi parut si mauvaise quQ nous y renonçâmes , après en ^voir goûté quelques bouchées; mais nos gens et deux Arabes, que l'espoir d'avoir part à nos provisions avait décidés à nous accompagner depuis Fakir-rBint , se chargèrent volontiers d'achever l'énorme quantité de ce ragoût qui nous avait été of^ ferte.

Après nous avoir vu terminer notre souper auquel il r^^ftisa de prendre part, ;^ï\xi de nous le laisser tout entier, le cheïHh alla rejoindre les siens , établis sons un arbre à quelques^ pa^ de nous. Nous distinguions à la lueur de la flamme , ses cheveux hérissés, sa barbe blanche et le manteau de peau de chèvre dont il venait

(x) Hibiscus csculentuj.

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de se couvrir, pour se garantir de la rosée qui tombait en abondance. La famille , accroupie autour du feu. écoutait avec curiosité les récits du vieillard , qui leur répétait les nouvelles de Ouady Halfah, qu'il venait d apprendre de nos gens , car Ouddy HaUah était déjà , pour eux , un pays lointain* Quelques têtes de chameaux et de vaches qui s'avançaient au milieu des branches et se dessinaient dans l'ombre, achevaient de donner à ce groupe le caractère le plus original et le plus pittoresque.

Il y avait le sujet d'un curieux tableau dans cette scène d'intérieur à demi éclairée par la flamme vacillante du foyer. Des lueurs blanehe& et fugitives inondaient, par intervalles, ce groupe de figures; puis, passant à un ton rouge plus prononcé , s'éteignaient par degrés et les replongeaint peu à peu dans l'obscurité.

Un énorme acacia,sur lequel étaient perchées quelques douzaines de poules, formait le cen«« tre de la demeure de nos hôtes. A ses brancbéa étaient suspendus , péle^méle , des outres con* tenant les provisions de grains et de dattes, de longs sabres à deux trancbans, des bou-^ cliers, des lances, des pièces d'étoffe, des paniers de jonc et mille autres petits objets* Des selles de chameaux et des branches épineuses

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accumulées , formaient 9 autour de l'arbre, une espèce de clôture, et entouraient l'habitation , en la Réparant d'une autre enceinte de branchages, dans laquelle était renfermé un troupean de chèvres.

Nous témoignâmes le désir d'examiner de près l'intérieur de cette demeure patriarcale ; les femmes s'enfuirent à notre approche ; les vieilles seules consentirent peu à peu à reparaître , mais malgré toutes les protestations de notre Mahmoud , les jeunes refusèrent obstinément de se montrer.

Les Arabes chez lesquels nous nous trouvions, habitent, pendant la plus grande partie de Tannée, les bords du Nil qu'ils quittent seulement quelques semaines pour aller faire la récolte des dattes, dans l'oasis d'El-Gab.

Nous fumes tenus éveillés presque toute la nuit par les chiens dont les aboiemens continuels écartaient les bêtes féroces, fort communes dans la contrée. Mais ce n'est pas sans plaisir que nous entendions ces cris auxquels nos oreilles n'étaient plus habituées, car depuis Assouan et surtout depuis la seconde cataracte , les chiens, comme les chats, sont extrêmement rares en Nubie,

Nous n'étions plus qu'à deux heures de Dongolah. Le 19 avril, au point du jour, après

avoir laissé à nos hôtes des témoignages de rereconnaissance pour leur hospitalité, nous montâmes sur nos dromadaires.

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