CHAPITRE III
Départ de Damiette. — Productions du Delta. — Indigo.
— Vers-à-soie. — Lin. — Chanvre. — Coton. — ■ Misère des habitans du Delta. — Navigation du Nil. — Mansourah. — Semenhoud.— Tantan. — Foire. — Un fondé de pouvoirs. — Dattiers.. — Kélioub. — Exécution. — Bathnel-Baghar. — Barrage du Nil. — Boulak. — Télégraphe. Greniers de Joseph. — Place de l’Ezbekièh. — Fantaisie.
— Quartier franc.— Le Caire. — Quartiers — Police.
— Citadelle.
Le gouvernement avait mis les barques en réquisition , et nous eûmes besoin de l’assistance de M. d’Armandy pour obtenir une daa > bieh (1).
Bientôt une brise favorable nous entraîna loin de Damiette; notre barque, qui voguait paisiblement , nous permettait d’admirer ces belles plaines du Delta où la nature étale une végétation si puissante et si variée. Le blé, l’orge, le riz, le doura, le millet, le maïs, le chanvre, le lin, le coton, le carthame, l’indigo, la canne à sucre et une foule de plantes potagères croissent à l’envi de tous côtés. Le saule à la chevelure pendante, l’osier aux brandies
(i) Grosse barque pontée , qui porte deux voiles latines.
éGYrTE ET NUBIE.
flexibles, naissent au bord des eaux; le dattier, le gommier, le jujubier, l'oranger, le bananier, l’accacia, cent arbres divers, s’élèvent dans la campagne, où de grands sycomores déploient aussi leur magnifique ombrage.
La culture de l’indigo a pris depuis peu d’années, dans le Delta, une extension prodigieuse; on fait tous les ans, dans la plupart des terrains , jusqu’à sept coupes de cette plante, dont les feuilles sont bien développées et abondamment pourvues de principes colorans. Dix fabriques (1) viennent d’étre établies pour la préparation de l’indigo; elles sont dirigées par des Indiens appelés en Egypte pour instruire les Arabes. La récolte annuelle peut être évaluée à 100,000 oques, ( 1 25, 000 kil.) dont le sixième est réservé pour la consommation du pays. L’indigo est une des importations étrangères qui ont le mieux réussi ; la cochenille et le café ont échoué, et le vice-roi y a renoncé, aussi bien qu’aux arbres à racine pivotante, à la culture desquels le sol de l’Egypte paraît se refuser.
L’éducation des vers-à-soie n'a pas été né-
(1) A Choubra.
— Chehab.
— El-Agagdeh.
— Mit-Kamer.
— Mansourati.
A Achmoun-Ghiress.
— Ebiar.
— Menouf.
— Birket-el-Kassab.
— Mehallct-ul-Koubra.
gligée, elle a été confiée à plus de cinq cents Arabes venus de Syrie, et ce produit s’est élevé en 1 833 à 12,000 oques( 1 5, 000 kil.). On peut évaluer à trois millions le nombre de pieds de mûriers plantés en Égypte.
La culture du lin a été sacrifiée à celle du coton, et sa production annuelle, qui s’élevait naguère à 80,000 oques ( 100,000 kil.), se trouve réduite à 4?ooo, que le vice-roi garde pour les besoins de ses fabriques. Il en est de même du chanvre , dont toute la récolte est absorbée par le service de la marine.
C’est principalement sur le coton , dit Jumel ou Mali o , que s’est portée l’attention du viceroi , et ce riche produit est sans aucun doute la branche la plus importante de ses revenus. On sait que M. Jumel fut le premier qui, en 1821 , signala le parti qu’on pouvait tirer de cette plante, dont quelques pieds végétaient ignorés dans le jardin d’un Turc du Caire nommé Maho. Le Pacha s'empressa de profiter de cet avis, et les premières plantations, qui en 1821 avaient donné 947 quintaux, furent portées, en 182.3, jusqu’à près de i5o,ooo. Depuis cette époque, la récolte du coton a diminué d’une manière sensible, et en 1 833 elle ne s’est élevée qu’à 60,000 quintaux, ce que l’on peut attribuer à l’expédition de Syrie, et
plus encore à la dépopulation de l’Egypte. On a planté depuis, en 1826, une nouvelle espèce d-e coton longue soie i^Sea-islatid)^ mais cette espèce est moins recherchée que le Jumel sur les marchés d’Europe.
La Delta , par sa situation favorable au commerce d’exportation, se trouve plus qu’au- •cune autre province de l’Égypte, victime du monopole du vice-roi, qui, pour alimenter son commerce, y enlève souvent jusqu’aux denrées de première nécessité. Ainsi , par une étrange destinée , les habitans de cette partie la plus riche et la plus fertile du pays en sont peut-être les plus malheureux. Le pain dont se nourrissaient alors les fellahs était composé d’un cinquième de fèves, de deux cinauièmes de graine de lin dont on avait extrait l’huile , et de deux cinquièmes de graine de coton; cette nourriture, insuffisante et insalubre, décimait la population ; des enfaris nus, le corps enflé et couvert d’ulcères, le cou chargé d’amulettes, pâles, rachitiques, portant dans leurs traits et jusque dans leurs cris mal articulés, l’expression de la souffrance, se traînaient au bord du fleuve pour implorer notre pitié, pendant que leurs mères venaient remplir d’eau des cruches dont elles avaient peine à soutenir le poids.
La navigation du Nil est extrêmement dangereuse , tant à cause de la quantité et de la mobilité des bancs de sable dont son lit est semé, qu’à cause de i’énormité de la voilure hors de toute proportion avec la portée des barques, qui courent risque de chavirer au moindre coup de vent. Aussi, dans la crainte des accidens, qui, malgré les précautions , se renouvellent fréquemment, on n’amarre jamais les voiles d’une manière fixe , et un batelier se tient toujours à l’écoute, prêt à leur donner de l’air lors des raffales, qui se succèdent quelquefois d’une manière alarmante.
Les détours multipliés du fleuve font que le même vent n’y est pas long-temps favorable; aussi notre équipage était souvent obligé de tirer notre barque à la cordelle. Rien n’égale le courage et l’ardeur avec lesquels nos Arabes se jetaient dans l’eau, alors très froide, pour dégager notre daabieh, chaque fois qu’elle était arrêtée par les bancs de sable , et pour l’amariner sur l’autre rive, où ils recommençaient à
la tirer au cri cadencé < X Elessci , monotone et presque invariable cantilène des marins de tous les pays.
Toute la rive droite est semee de tombeaux de santons, espèce de chapelles miraculeuses où la plupart des infirmités humaines ne
manquent pas de trouver une guérison com-
Nous avions franchi Farescour , où périt le dernier sultan Aïoubite, immolé en présence de saint Louis et de ses barons, prisonniers des Sarrasins. Mansourah déroula bientôt à nos regards ses plaines couvertes de doura et d’indigo, et ses maisons agglomérées de la manière la plus pittoresque. Une fabrique de coton a été élevée non loin du Bazar-el-Kadim , où furent détenus les chefs des Croisés français, et où saint Louis signa la paix avec la reddition de Damiette.
Mansourah était, il y a quelques années, la ville la plus importante de la branche Pliatmétique. Semenhoud , qui lui a succédé , et dont la population peut être évaluée, comme à Mansourah , de trois à quatre mille âmes , sert de port à Tantah, ville centrale du Delta, où se célèbre chaque année une grande fête en l’honneur du santon Seïd-Ahmed-el-Bedaouy. Cette solennité religieuse donne lieu à une foire dont l’affluence des pèlerins est la cause ; elle dure près de huit jours , pendant lesquels Tantah est le rendez-vous des dévots, des marchands, des baladins et des danseurs, qui y accourent déplus de cent lieues à la ronde. C’est pendant toute une semaine
ÉGÏPTE ET NUBIE.
un bruit, une cohue dont rien en Europe ne peut donner une idée; des tentes sont dressées de tous côtés pour cette foule, que Tantah ne saurait contenir. Ici des musulmans assis récitent des surates du Coran; là deux ou trois cents énergumènes debout , rangés circulairement et se pressant les coudes, sautent en cadence et, d’un ton sourd et caverneux, poussent, du fond de leur poitrine épuisée, ,1e nom d’Allah mille fois répété. A côté de ces groupes circulent des musiciens et des fdles de joie; des aimés dansent au son des tambours de basque; enfin des jeux de bagues, des escarpolettes et cent autres divertissemens de tout genre sont en pleine activité.
Ce mélange de plaisirs profanes et de pratiques de dévotion, joint à l’étrangeté des figures et à la variété des costumes, font de la foire de Tantah un des spectacles les plus curieux de l’Orient. Voici une récente aventure que l’on nous y raconta.
Un négociant européen né en Egypte, qui se trouvait, il y a quelques années, à cette foire, vêtu à l’orientale, fut arrêté par la police, sous je ne sais quel prétexte, et crut avoir le droit de se prévaloir de son titre de franc pour frapper le chef de la garde. Conduit devant le Nazir, il ne put, faute de passeport, justifier
de ce tiîre, contre lequel semblait d’ailleurs témoigner la facilité avec laquelle il parlait la langue du pays; et, malgré ses protestations, il reçut cent coups de courbach sur le dos.
De retour à Alexandrie, il porta plainte à son consul; et sur les représentations énergiques de celui-ci , le Nazir fut condamné à recevoir le même nombre de coups qu’il avait fait administrer; mais ce personnage, fort en crédit auprès du vice-roi , obtint d’envoyer à sa place son khaznadar (trésorier). Cet officiel-, ainsi chargé de la procuration du Nazir, reçut les cent coups de courbach en présence du consul et du négociant bâtonné , qui voulurent bien consentir à cette substitution.
A mesure que nous avancions , les dattiers devenaient plus nombreux et leur culture était plus soignée. C est principalement sur ces arbres précieux , dont le nombre s’élève en Egypte à près de cinq millions, que l’adminis tration de Méméhed-Ali pèse de tout son poids; et il 11’est peut-être aucun produit qui , proportion gardée, rende autant au gouvernement , ni qui puisse mieux donner l’idée de la perfection à laquelle est arrivé dans ce malheureux pays l’art de pressurer le peuple.
Ainsi , le terrain qui porte les dattiers paie d’abord la taxe foncière.
ÉGYPTE ET NOBIE.
Chaque dattier paie en outre une taxe de •2 piastres à 2 1 |a piastres (60 à 76 centimes ).
Le fruit paie un autre droit , et de plus est érigé en apalte (1).
La grappe qui porte les fruits et dont 011 fait le liff(^x) est un autre apalte.
Les branches dont on se sert pour faire des kafass (3) paient un autre droit et sont encore un apalte.
Le tissu fibreux du haut du tronc, dont on fait des cordes, paie des droits; c’est également un apalte.
La coupe des branches est en apalte; les feuilles dont on fait des couffés, paient encore un droit.
Enfin, les fabricans de liff, de kafass, de cordes et de couffes, paient chacun un autre droit.
Entrainés par un vent rapide, nous avions à peine le temps de reconnaître ces rives si riches de végétation, si fécondes en souvenirs de toutes les époques. Nous venions de des-
(1) Sorte de revenu que le gouvernement tire des particuliers, en leur affermant le privilège de la vente de certaines marchandises. Cette institution, qui existe dans tout l’empire ottoman , répond exactement à celle des fermes de France avant la révolution.
(2) Sorte d’étoupes dont on se sert dans les bains.
(3) Sièges et cages.
1*CYPTK ET NUBIE.
cendre au village de Mit-Aroum , célèbre pai la quantité de filoux qu’on y rencontre , et nous faisions emporter à bord de notre barque les faibles provisions que nous avions pu nous y procurer , quand une maison de boue auprès de laquelle nous nous trouvions, s’écroula subitement ; nous eûmes à peine le temps de nous éloigner; moins heureux, un pauvre enfant assis près de nous, demeura écrasé sous les décombres. De semblables accidens ne sont pas rares après les crues élevées. Les eaux minent la base de ces huttes misérables , qui, crevassées ensuite par le soleil, ne tardent point à s’écrouler.
Notre reïs nous avant demandé de s’arrêter
à Kelioub, sa patrie , nous profitâmes de cette halte pour parcourir la ville. Kelioub, où sont établies des fabriques et des filatures , est très fréquenté à cause du marché de bestiaux qui s’y tient chaque semaine. Après une assez longue promenade dans ces rues étroites et enterrées, comme celles de toutes les villes de l’Egypte , au milieu de monceaux d’ordures et de décombres, nous allâmes voirie Mèmour , qui nous accueillit de la manière la plus amicale. Tandis qu’il était occupé à nous donner des renseignemens sur la province confiée à son administration, on amena devant lui
quatre hommes qui venaient d’être arrêtés comme prévenus d’assassinat. Ces malheureux furent aussitôt envoyés au Kiahia ( secrétairegénéral) pour être interrogés; celui-ci rentra au bout d’un quart d’heure, assurant qu’à l’embarras de leurs réponses, il ne doutait pas qu’ils ne fussent les meurtriers de l’Effendi tué quelques jours auparavant.
« C’est bien ; demandez au Caire , par le îélé- « graphe, ce que je dois faire d’eux. »
La réponse ne se fit pas long-temps attendre. — « Puisque leur culpabilité est reconnue , « ( mandait le chef du conseil), il faut les faire « exécuter. »
C’était justement jour de marché; d’ailleurs nous allions partir pour le Caire, et le Mèmour était bien aise que nous pussions rendre bon compte de la manière dont s’administrait la justice dans sa province : l’ordre fut donné de pendre ces malheureux dans la journée.
Les lenteurs de notre reïs ne nous permettant pas de partir avant la nuit, nous assistâmes à cette exécution.
Les quatre patiens furent tirés d’un magasin où on les avait enfermés, faute de prison, et on les conduisit sur une petite place voisine dç la maison du Mèmour. Les marchands qui s’y trouvaient rassemblés, demeurèrent accroupis
ÉGYPTE El NUBIE.
auprès de leur étalage, et virent passer, avec la plus complète indifférence , ces malheureux conduits par six soldats et un sergent. Chacun continuait de vaquer tranquillement à ses affaires; et n’étaient les cris des femmes et des enfans, qui suivaient au lieu du supplice un père , un mari , leur unique soutien , on eût pu croire que rien n’allait arriver là qui ne fût dans l’ordre habituel de chaque jour.
Quatre potences avaient été plantées aux quatre coins de la place. Les soldats demandèrent des cordes aux voisins; mais c’était un objet de luxe que personne ne possédait. Le sergent alla donc acheter des ficelles, que les soldats se mirent en devoir de tresser. Quelques assistans prêtèrent obligeamment leurs secours pour cette opération, que les patiens regardaient avec tranquillité , sans songer à prendre la fuite ; et cela leur eût été facile , car leurs mains seulement étaient faiblement liées derrière le dos, et personne ne faisait attention à eux.
Le moment fatal était arrivé : le plus jeune fut désigné pour être pendu le premier.
« Imbécille ! ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y a prendre (dit un des soldats à son camarade qui s’occupait de passer d’abord la corde autour du cou du patient), mieux vaut comînen-
« cer par l’attacher au haut de la potence. »
Là-dessus, il se fait apporter une échelle par un des spectateurs, et se met en devoir d’expédier le condamné, qui, pris à bras le corps par un autre soldat, et soulevé sans opposer la moindre résistance, expire bientôt après avoir crié qu’il n’est pas coupable.
Déjà trois de ces malheureux avaient cessé de vivre : restait le dernier, vieillard à barbe blanche, qu’entouraient sa femme et ses enfans , et qui , pou r toute réponse à leurs sanglots et à leurs cris , répétait par intervalles qu’il était innocent.
« Ali ! dit le sergent à un de ses soldats, si « tu allais chez le Mèmour demander la grâce « de ce pauvre vieux ; il l’accorderait peut- « être va ! »
Et le soldat, mettant nonchalamment son fusil sur l’épaule , se rend à pas lents chez le gouverneur pour remplir sa mission. Pendant ce temps, le condamné faisait paisiblement la conversation avec sa famille. Au bout de quelques minutes, le soldat reparut; à sa vue, un éclair d’espérance et de joie brilia sur le visage des femmes; mais bientôt les cris et les sanglots redoublèrent : le Mèmour avait refusé la grâce.
« C’est dommage, dit le sergent, ce vieillard
« a l’air d’un brave homme; mais son edjel (i) « est venu. »En prononçant ces mots, il s’occupait de passer lui-même la corde autour du cou du patient, qui, après avoir embrassé, avec une admirable résignation, sa femme et ses enfans , se contenta de s’écrier : Dieu est grandi
Le petit nombre de curieux que ce triste spectacle avait attiré, se perdit lentement dans les cafés voisins; et nous n’entendîmes bientôt plus que le son des instrumens de musique des aimés.
Le vent du nord reprit avec force vers le soir, et nous arrivâmes en peu d’heures au sommet du Delta, appelé par les Arabes Bathnel-Baghar ( ventre de la vache). La largeur du fleuve est étonnante au Bathn-el-Baghar; son aspect magnifique et une foule de barques qui se croisent dans tous les sens, ajoutent encore à la beauté du spectacle.
C’est là que Bonaparte avait formé le projet de fonder la capitale de l’Egypte ; et c’est aussi sur ce point que s’exécute en ce moment le barrage du Nil. Ce barrage, dont la construction est dirigée par un Français, M. Linant (A),
(1) Edjel, dernière heure.
(2) C’est à M. Linant que la chambre des députés avait voté, en iS'jS, une somme de 9.0,000 lr. pour aller à la recherche des sources du Nil. 11 est à regretter que les fonctions nouvelles
permettra de régulariser l’inondation et pourra augmenter de beaucoup la quantité des terres susceptibles de culture. Pour la facilité des communications et pour l’arrosement continuel d’un plus grand nombre de feddans, un large canal avec plusieurs embranchemens sera creusé de la pointe du Delta jusque vers Damiette. Douze mille fellahs ont été arrachés aux travaux de l’agriculture, et réunis au Bathnel-Baghar pour exécuter cette grande opération qui doit les occuper au moins sept années. Certainement cette entreprise est pour l’Egypte une œuvre de la plus haute importance ; mais lorsque le manque de bras se fait sentir d’une manière si déplorable , pourquoi Méhémed-Ali n’a-t-il pas préféré en confier l’exécution à ses soldats, qu’il aurait ainsi commencé à former aux travaux d’utilité publique ? C’est par ce moyen, c’est en occupant des milliers de bras que nous laissons oisifs, que les Romains ont réussi à élever ces constructions colossales qui nous frappent encore aujourd’hui d’étonnement. Ce système offre d’ailleurs un double avantage : d’abord de faire exécuter des ou vrages
qui attachent ce voyageur au service du vice-roi, l’aient empêché d’accomplir cette glorieuse mission, à laquelle ses Ira vaux, son courage, et sa profonde connaissance des hommes et des lieux, l’avaient fait désigner par toute l’Europe savante.
qu’il serait souvent impossible d’entreprendre en salariant des ouvriers, puis d’entretenir !a vigueur et l’habitude du travail parmi des hommes formés ainsi à tous les genres de fatigue. C’est peut-être là le seul bien qu’on puisse retirer des armées permanentes dont la formation remonte à des temps de servitude et de conquêtes violentes , qui n’ont jamais servi qu à opprimer la nation à laquelle elles appartenaient, ou à aider cette nation à opprimer les autres : institution funeste que ne tardera pas sans doute à ébranler l’esprit de réforme qui s’est emparé de l’Europe entière.
Cependant le vent s’élevait, et notre navigation devenait de moment en moment plus difficile. Une quantité de balles de coton entraînées par le courant , annonçaient que quelques djermes du Pacha venaient d’être chavirées par la tempête. Enfin nous vîmes s’élever d’un côté les Pyramides, et de l’autre le mont Mokattam et la citadelle du Caire ; puis, à l’orient et à l’occident, la double chaîne qui ferme comme un mur la vallée de l’Egypte en se prolongeant jusqu'à Philæ, et encore bien au-delà. Après avoir salué, en passant devant Embabeh , le champ de bataille des Pyramides , vis-à-vis duquel le magnifique palais de Choubra occupe la rive orientale , nous atteignîmes
le faubourg de Boulak, où nous débarquâmes après quatre jours de navigation.
Bouiak, incendié par les Français lors du siège du Caire , n’est séparé de cette capitale que par une petite plaine, et compte à peine dix mille âmes de population. C’est le port du Caire pour toutes les barques qui arrivent du Delta, comme le Vieux-Caire, pour celles du Saïd ou de la Nubie.
La première station télégraphique de la ligne entre le Caire et Alexandrie est établie sur la forteresse de ce faubourg. Il ne faut pas moins de trente-cinq minutes pour recevoir au Caire des nouvelles d’Alexandrie , et il est bien rare en outre que les signaux se fassent avec exactitude. Il y a quelques mois que le télégraphe, voulant donner avis au vice-roi de l’incendie de la frégate la Djafèriè , annonça que le capitaine de cette frégate était tombé à la mer. De semblables erreurs se reproduisent fréquemment.
C’est à Boulak qu’existe l’imprimerie où le Pacha a fait publier plusieurs livres arabes , turcs et persans, qui passent pour être assez corrects. On y imprime aussi un journal arabe Oukaïa-Masriè ( évènemens de l’Egypte ) ; mais cette publication , faite par le gouvernement, est entièrement dénuée d’intérêt.
D’avides employés de douanes se présentèrent pour visiter nos effets, acte dont ils s’acquittent de la manière la plus brutale. Il n’est pas rare de les voir frapper impitoyablement, même les femmes, pour avoir cherché à frauder quelques paras aux fermiers de la douane. Ces fermiers sont des Grecs et des Arméniens, qui, moyennant quelques bourses de plus, ont enlevé cet apalte à une compagnie à laquelle le vice-roi l’avait accordé précédemment. Ils paient 6,7^0 bourses (environ 1,000,000 fr. ) pour la douane d’Alexandrie, et 8,5oo bourses ( 1,275, 000 fr.)pourcellesduCaireetdeDamiette, somme énorme pour un pays où le commerce d’importation a diminué d’une manière si notabledepuis quelques années ; aussi ces fermiers sont-ils obligés de commettre toute sorte d’exactions et de rapines pour pouvoir remplir avec profit leurs engagemens envers le gouvernement (1).
Cette visite terminée, nous quittâmes Boulak pour nous diriger vers la capitale que les Arabes
(1) La douane du Caire a donné de bénéfice net aux apal-
tatcurs : en i83i 72,000 piastres turques.
1834 ir.ooo »
nomment El-Masr (i), et qui n'est éloignée des bords du Nil que d’un quart d’heure environ.» A peu de distance de Boulak, nous aperçûmes Les greniers d’abondance, nommés vulgairement Greniers de Joseph. Ce sont de grandes cours carrées dont les murs en briques crues ont quinze pieds d’élévation. Ces cours renferment des tas de blés, d’orge , de lentilles, etc. , d’une hauteur prodigieuse; on croirait voir des montagnes recouvertes avec des nattes. Les greniers sont au nombre de sept, et fermés avec des serrures de bois, sur lesquelles est apposé un cachet de limon duNilempreint du sceau du divan. On traverse, en entrant dans la ville, la place de PEzbekieh , la plus remarquable du Caire, qui offre une étendue-à-peu près égaie à celle de l’intérieur du Champ-de-Mars de Paris; elle est entièrement inondée, lorsque le Nil arrive à son plus haut point; et dans les années de grandes crues , des barques légères sillonnent ce vaste bassin , où quelques mois plus tard les promeneurs vont prendre le frais sous d’an tiques sycomores.
C’est, sur la place de PEzbekieh que l’étatmajor du général Bonaparte s’était établi; la maison qu’occupait le vainqueur des Pyra-
(i) Masr, mysr, myssir, nom attribué à toutes les capitales de l’Égypte, et que Memphis porta pendant long-temps.
rnides est encore debout, mais menace ruine, et l'on ne songe guère à ia réparer.
Une fantasia ( fête), mot qui dépeint dune très-heureuse manière l’imagination bizarre, capricieuse et enjouée des Arabes, traversait la place de l’Ezbekieh au moment où nous y arrivâmes. C’était le double cortège d’un mariage et d’une circoncision. La jeune fiancée, qu’un voile, retombant de tous cotés, dérobait entièrement aux regards des curieux, était placée sous une espèce de dais orné de clinquant, symbole de l’hymen dans l’Orient; escortée de tous ses parens ou amis , et conduite par quelques matrones , elle marchait lentement vers le domicile de son époux, où celui-ci devait la voir pour la première fois.
Plus loin s’avançait, sur un beau coursier, un enfant paré de toutes les grâces de son âge, et couvert de magnifiques habits, qu’il prenait plaisir à contempler, sans paraître soupçonner les douleurs de l’opération qu’il allait subir.
Chacun de ces cortèges était précédé de musiciens qui faisaient retentir l’air d’une musique bruyante dont les sons aigus étaient accompagnés du roulement discordant des tambours de basque. 11 faut vraiment être pourvu d’oreilles arabes pour être en état de supporter cette burlesque harmonie, rehaussée encore
par les cris joyeux de la foule et des femmes louées pour cet usage.
Après avoir traversé quelques rues étroites et tortueuses, nous arrivâmes au quartier franc ( El-Mouski ) , et nous descendîmes à une auberge italienne, la seule du Caire où se trouvaient réunis quelques Européens.
La société franque est bien moins nombreuse au Caire qu’à Alexandrie. Elle ne se compose guère que de personnes attachées au service du Pacha, parmi lesquelles on compte surtout beaucoup d’Italiens, que des condamnations politiques, des aventures fâcheuses ou enfin l’espérance d’un sort meilleur ont attirés en Egypte.
Comme le vrai talent trouve le plus souvent moyen de vivre dans son pays, il s’ensuit que la grande majorité des Européens du Caire est infiniment médiocre, et qu’à quelques honorables exceptions près, les plus nobles professions y deviennent un métier plus ou moins mal exercé. Il n’y a peut-être pas au monde de ville plus corrompue, où l’on s’inquiète moins delà moralité des individus, et où l’on compte pour si peu la probité et le désintéressement.
Masr-el-Kaherah (la capitale victorieuse), dont par corruption nous avons fait le Caire, recueillit la population du Vieux-Caire , lorsque
cette vilie, élevée par Amrou sur les débris d’un établissement romain , fut livrée aux flammes par le vizir Chaouar.
Le Caire acquit dès-lors une certaine importance, mais ce fut du Sultan Selah-eddin ( l’épée de la religion), plus connu sous le nom de Saladin, qu’il reçut un accroissement prodigieux et des embellisseinens de tous genres. Par les ordres de ce prince éclairé, fameux dans l’histoire des croisades, le Caire fut entouré de murs; des mosquées aux coupoles hardies, aux minarets élancés, des bains élégans, de magnifiques hôpitaux s’élevèrent sur plusieurs points de cette capitale égyptienne; une forteresse redoutable fut construite pour la défendre contre l’invasion des Français qui s’avançaient sous la conduite d’Amaury, roi de Jérusalem.
Placé entre l’Asie et l’Afrique, point central du monde alors connu, le Caire jouit pendant plusieurssièclesdu monopole commercialqui lui était dévolu en partage, aussi bien qu’à Alexandrie; et il ne fallut pas moins que la découverte du Cap de Bonne-Espérance', pour anéantir sa prospérité, à laquelle il est vrai de dire que l ignorance et le fanatisme de ses dominateurs avaient porté le premier coup.
Sous les Sultans Mamlouks, cette ville s’était élevée au plus haut point de splendeur; mais
sa décadence fut rapide après la conquête qu’en fit Sultan Sélim Ier, et après la réunion de l’Egypte à l’empire ottoman.
Les malheurs qui ont accompagné et suivi l’invasion des Français, en 1798, et le système de monopole adopté aujourd’hui par le vice-roi, ont réduit le Caire à n’ètre plus qu’une simple place de transit; aussi la plus affreuse misère règne-t-elle dans cette immense cité , dont la population s’élève encore à deux cent mille âmes.
On peut à peine évaluer à dix mille le nombre des Coptes, seul reste de ce mélange d’Egyptiens, de Perses et de Grecs, de ces derniers surtout, qui depuis Alexandre et les Lagides, ont si long-temps possédé l’Egypte. Déshérités à jamais du patrimoine de leurs pères, ils ont trouvé un refuge dans l’administration turque, dont ils remplissent les emplois avec le titre d’écrivain ( Mâlern ); ils professent le christianisme suivant le schisme d’Euti* chès , et portent une haine profonde à tous les autres chrétiens. Aux traits de leur visage et à la couleur jaunâtre de leur peau, il est difficile de ne pas reconnaître le caractère de figure des anciens Egyptiens que nous trouvons représentés sur les monumens.
Rien dans nos capitales européennes ne peut
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donner une idée de l’aspect d'une ville turque et principalement du Caire; on se croirait dans un vrai dédale quand on parcourt ces rues sans nom, sans pavés, torses, brisées sur elles-mêmes , encombrées d’immondices , défendues des rayons du soleil par des lambeaux de nattes, et fermées par un double rang île palais, de mosquées, de maisons, quelquefois de belle apparence, mais irrégulières et entremêlées à chaque pas de masures et de ruines.
Ici , des estropiés étalant leurs plaies hideuses aux yeux des passans, dont ils implorent la pitié; là, un personnage passant gravement à cheval , entouré d’esclaves qui frappent impitoyablement tout ce qui gène la marche de leur maître; plus loin, un Santon à la chevelure iongue et sale, et dans un état de nudité complette, nonchalamment couché à la porte d’une mosquée , et recevant avec indifférence les hommages des femmes qui espèrent trouver un remède contre la stérilité dans leurs pieux attouchemens; un bruit rauque et perpétuel de mots durs à l’oreille; des juremens et des disputes à faire craindre du sang; des personnages qui semblent se battre et qui concluent seulement une affaire; et, au milieu de tout cela, un aveugle sur vingt personnes, et seulement un sur vingt avant les yeux bien
K/ */ sJ
sains.... voilà le tableau que présentent les rues du Caire.
Du reste, rien ne porte dans cette ville l’empreinte de la magnificence du Prince ; point de mosquées , point d’hôpitaux ; en un mot , aucun établissement d’utilité publique auquel il ait attaché son nom. A peine quelques fontaines construites sur les tombeaux des membres de sa famille, quelques palais élevés pour lui et pour les siens à l’instar de ceux de Constantinople, ont signalé pendant quelques jours la grandeur de Méhémed-Ali. Ces constructions fragiles, élevées à grands frais, ornées de peintures au-dedans et audehors, commencent à se mêler aux décombres qui s’accumulent de tous côtés ; ce sont cependant là les seuls monumens dont les Turcs aient doté cette ville que les Arabes nomment Ici mère du monde. — LesMamlouks, aux jours de leur opulence, employaient mieux les faveurs de la fortune, et l’œil s’arrête encore aujourd’hui avec plaisir sur plusieurs des monumens qu’ils ont élevés.
Une partie du Caire est divisée en quartiers, nom qu’on est convenu de donner à un certain nombre d’impasses qui aboutissent les uns aux autres, mais n’ont avec le reste de la ville de communication que par une seule is-
sue. Des places encombrées de ruines coupent de temps à autre ces agglomérations informes de maisons qu’il est souvent impossible de parcourir sans horreur ; la fièvre , la peste semblent habiter ces lieux infects, et planent sur ces demeures mal-propres et mal aérées. A l’issue de chaque quartier est placée une porte qu’on ferme tous les soirs, et qui l’isole pendant la nuit du reste de la ville. La garde de ces portes est le plus souvent confiée à des Barabrans ou Barbarins qui sont renommés dans le pays pour leur fidélité (i).
Les habitans d’un même quartier appartiennent le plus souvent à la même nation; ainsi les Coptes, les Juifs, etc., ont leurs quartiers séparés, où ils demeurent seuls. Le gouvernement choisit dans chaque quartier un chef ( Cheikh-el-Hara ) , chargé de rendre compte aux diverses autorités de ce qui peut se passer de contraire à l’ordre et à la tranquillité dans l’étendue de sa juridiction. Ce chef est de plus responsable des habitans de son quartier pour le paiement de la capitation.
La police générale de la ville est aujourd’hui
(i) On compte au Caire 24° rues principales, 25,000 maisons habitées, 4b carrefours, 58 quartiers, 22 bazars, 400 mosquées, 1,265 okels ou caravansérails, 3oo citernes publiques, 140 écoles, 1,170 cafés, 65 bains publics.
confiée à l’autorité militaire et exercée sous les ordres du commandant de place. Ce commandant a sous sa direction le Zabit-Bey (commissaire de police) , spécialement chargé d’ordonner les patrouilles de nuit , d’apaiser les rixes, d’arrêter les malveillans et de diriger l’espionnage qui s'exerce sans cesse dans tous les lieux publics.
Avant cette nouvelle organisation , YOualy ( aga de la police ) avait l’inspection directe des voleurs, des femmes publiques, des danseurs, escamoteurs, des charlatans, des bouffons, etc. ; mais cette place a été supprimée, et le tribut annuel, que payaient ces diverses classes d’individus, a été changé en un apalte aujourd’hui dévolu à un certain Autoun-Thoma qui paye annuellement au gouvernement quatre mille bourses pour cet objet.
La police des marchés rentre dans les attributions immédiates du Mohtesseb (chef des subsistances ). On le voit chaque jour parcourir les quartiers les plus populeux de la ville, escorté de quelques satellites qui portent devant lui les balances. Le vendeur de comestibles qui est surpris fraudant sur les poids ou se servant de poids non approuvés par le gouvernement , ou vendant enfin à un prix supérieu r au taux fixé, reçoit incontinent plusieurs coups de bâton,
dont le nombre augmente s’il est pris en état de récidive. Cet officier municipal fixe également le prix de vente des légumes et des fruits suivant l’abondance des récoltes.
Grâce à la tolérance religieuse, plus grande aujourd’hui en Égypte que dans aucune autre contrée de l’Orient , les Européens peuvent visiter toutes les mosquées. Les plus remarquables du Caire sont celles de Sultan-Hassan et celle El-Ahsar (des fleurs.) La hardiesse des coupoles, l’élégance des minarets ornés d’un double rang de galeries du haut desquelles les muèzzins appellent les vrais croyans à la prière, font de ces monumens deux des plus gracieux modèles de l’architecture arabe.
A la pointe du Mokattam, sur un rocher séparé du reste de la montagne par une étroite vallée, s’élève la Citadelle (1) qui domine la ville. On arrive à cette forteresse par deux rampes taillées dans le roc. Du haut de ses murs d’où un mamlouk ne craignit pas de se précipiter, lors du massacre de cette milice bel-
(1) La Citadelle est défendue par trente canons de gros calibre, dirigés sur la ville, et par dix mortiers du côté du Mokattam. Les vivres en sont changés tous les ans. Elle est dominée elle-même par la pointe decette montagne, surlaquelle Méhémed-Ali a fait élever un petit fort qui remédie en partie à cet inconvén:ent.
liqueuse, on aperçoit les tombeaux des Khalifes, vaste nécropole abandonnée, où reposent les fondateurs d’un empire qui fut puissant, et dont les monumens funéraires s’étendent dans un lointain sablonneux.
Le palais du Pacha occupe aujourd’hui une partie considérable de l’enceinte de la citadelle. Près de là, une mosquée, ornée des magnifiques colonnes de granit rose qui décorèrent le divan de Saladin , va s’élever sur les débris de cette salle fameuse où les Sultans Aïoubites rendaient la justice; et le puits de Joseph (i) rappellera seul désormais dans la citadelle du Caire le nom de son fondateur (2).
C’est à la Citadelle que sont établies la fonderie de canons, la fabrique d’armes et celle des machines dirigée par un Anglais, M. Gallaway. On peut estimer à cinquante canons, neuf mille fusils et près de huit mille sabres, le nombre des armes qui y sont annuellement fabriquées.
(1) Le puits est de forme carrée; sa profondeur totale est de deux cent quatre-vingts pieds. 11 est divisé en deux parties qui ne se trouvent pas sur la même ligne verticale. Au bas de la première partie, qui a près de deux cents pieds de profondeur, et dans laquelle on descend par une rampe en pente douce, taillée, comme le puits, dans le roc vif, est un manège et un réservoir d’où l’eau est élevée par un autre manège jusqu’à l’ouverture du puits.
(a) Joseph ( Youcouf ), prénom de Saladin.
J oo
ÉGYPTE ET JVTJHIE.
Une imprimerie, qu’on peut considérer comme une succursale de celle de Boulak, publie de temps en temps quelques volumes d’histoire ou de poésie; mais de même que ceux de Boulak, ces ouvrages, à peine sortis de la presse, sont entassés dans des magasins où ils pourrissent, parce que personne ne se soucie de les acheter, encore moins de les lire, qu’ils ne répondent en aucune manière à l’esprit de la population , et qu’ils ne sont nullement en rapport avec le pays qu’il s’agit d’instruire et d’éclairer.
Le dernier établissement industriel de la citadelle est l’hôtel des monnaies qui consomme, année commune, environ quatre cent mille drachmes d’or ( i) pour la fabrication des khaïriés ou pièces de neuf piastres. On peut évaluer à trente pour cent environ le bénéfice du gouvernement. La détérioration successive de toutes les monnaies turques, et principalement des medins (paras), a forcé le vice-roi à renoncer à la fabrication de cette petite monnaie qui était, il y a quelques années, une des branches les plus actives du commerce de l’Egypte. Il sera facile d’apprécier la détérioration cpie ces monnaies ont éprouvée, quand on remarquera
(i) La drachme d’or vaut 10 fr. Soc.
qu’en 1772, sous le gouvernement d’Ali-Bey, quatre- vingt-dix medins formaient la contrevaleur d’une piastre forte d’Espagne; le cours de la meme monnaie fut fixé à cent cinquante medins lors de l’arrivée de l’expédition française, et elle en vaut aujourd’hui huit cents.