ET NUBIE
Piastres. .
Francs.
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On conçoit que dans l’origine, la nécessité ait en quelque sorte commandé cette inégale répartition. Il était en effet indispensable au succès des changemens médités par Méhémed- Ali, que l’impulsion fût donnée par les hommes les plus influens ; il fallait dès lors qu’ils eussent intérêt à voir s’établir le nouvel ordre de choses, et à le défendre contre les attaques des masses. Mais aujourd’hui que le système du vice-roi est affermi, aujourd’hui que l’exécution de ses ordres n’a plus nulle part d’opposition sérieuse à redouter, il serait temps pour lui de faire disparaître ces abus désormais inutiles, de suspendre ses prodigalités envers les grands, mais surtout d’améliorer le sort de ses soldats
et de ses employés dénués de tout, et dont la misérable solde n’est pas meme payée exactement ( j).
C’est aussi au ministre de la guerre qu’est confiée la direction des nouvelles écoles dont Soliman-Pacha (A. Seves) vient d’être nommé inspecteur-général.
La plus importante, puisqu’elle fournit des élèves à toutes les autres , est l’école de Kasr-el- Àïn , où douze cents enfans de six à dix ans apprennent à lire et à écrire le turc et l’arabe. Après que les études sont terminées, on les envoie dans les écoles spéciales.
Celle d ’Àbou-Zabel contient deux cent quinze élèves auxquels on apprend la chirurgie et la médecine. M. Hamont, de l’école d’Alfort, a créé depuis 1829, sur le même modèle, une école vétérinaire où cent vingt élèves apprennent l’anatomie descriptive, la médecine opératoire, la botanique et la langue française (2).
(r) Pendant l’expédition de Syrie, il était dù vingt-sept mois de solde à l’armée.
(2) C’est sans contredit une très heureuse idée que de s’occuper de la conservation des moutons, des bœufs, des chameaux, etc.; mais un soin plus important devrait fixer l'attention du gouvernement. Ce serait, de défendre la vente de la chair des animaux malades. Que quelques buffles, chameaux et autres bestiaux, atteints de maladies souvent contagieuses, soient sur le point d’expirer, on en vend la viande, et les fellahs
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Les directeurs de ces deux écoles ont fait de vains efforts pour empêcher que les élèves en soient retirés avant d’avoir eu le temps de perfectionner leur éducation. On leur laisse à peine trois ou quatre ans pour apprendre le français , puis pour faire leur cours de médecine humaine ou vétérinaire. Au bout de ce temps, quels que soient leurs progrès, le gouvernement, impatient de jouir de l’instruction qu’il fait donner à ces jeunes Arabes, les envoie dans les régimens, où l’on conçoit qu'ils font souvent plus de mal que de bien. L’école d’état-major, fondée en 1827 par le colonel Gaudin, promettait des résultats sur lesquels il n’est plus permis de compter. Elle se trouve à l’unisson de beaucoup d’autres créations, c’està-dire frappée de stérilité, parce que le caprice du maître a cessé de la protéger de cette volonté ferme sans laquelle tout périt en Egypte.
sont forcés de l'acheter. De là les épidémies fréquentes qui désolent la population. La cause première de cet abus doit être l'apportée à l’apalte qui pèse sur la vente des viandes. On ne trouve sur les marchés du Kaire que des animaux extrêmement chétifs que les consommateurs doivent acheter , et le cœur se serre en voyant de pauvres fellahs accroupis et dévorés par des myriades de mouches, se disputer quelques restes d’une vuinde fétide et presque eu pourriture. M. Hamont a vainement signalé ces abus auxquels le vice-ioi a promis de remédier, mais qui continuent à régner comme auparavant.
On dirait une sorte de fatalité qui fait que chacune des innovations de Méhémed-Ali apporte avec elle le germe de destruction qui doit la dévorer presque au berceau. Il est impossible de ne pas remarquer, dans cette imitation de nos institutions, je ne sais quoi d’incomplet et d’inachevé, qui laisse percer l’ancienne barbarie et ne permet pas de croire ail succès de toutes ces réformes improvisées. Et ce n’est pas seulement contre les préjugés et le fanatisme que ces réformes ont à lutter : il faut encore qu’elles triomphent des jalousies des gens du pays, des jalousies des Européens, et enfin de l’ignorance du Pacha lui-même, auquel il faut, pour ainsi dire chaque jour, persuader que la fondation d’une école lui est aussi utile, que la construction d’un vaisseau ou la formation d’un régiment.
Près de cen t officiers de vingt à vingt-cinq ans, ignorant pour la plupart les premiers élémenS de l’arithmétique , assistent à des cours de géométrie et de fortifications, d’ailleurs mal faits, et auxquels ils sont incapables de rien comprendre; au bout de deux ans, on en fait des instructeurs qui remplacent les Européens.
Au milieu d’un ordre de choses si confus, on est tout étonné de voir un travail avoir de bons résultats; c’est celui de la traduction des
laG ÉGYPTE ET NI BIP.
ordonnances et réglemens français , faite par M. Kœnig (i), jeune orientaliste français : venu en Egypte en 1822 pour se perfectionner dans la langue arabe, il a réussi dans cette occupation difficile et ingrate, d’une manière renia rcjuable ; et ses traductions sont imprimées et distribuées dans les corps, où elles pourront, avec le temps, être de quelque utilité.
C’est encore à un Français, M. Varin , officier distingué de notre armée, qu’est confiée la direction de l’école de cavalerie de Gizeh. Elle compte deux cent vingt-cinq élèves, et promet, si elle continue d’ètre encouragée, de fournira l’armée des officiers instruits et éclairés. C’est un des établissemens dont le vice-roi peut attendre le plus de bons résultats.
L’école d’artillerie, créée et dirigée par le colonel espagnol Seguerra, est établieà Tourah, près du Caire. Trois cents élèves y sont instruits avec soin; et l’on peut espérer quelque amélioration dans cette arme trop long-temps négligée par le vice-roi.
Nous croyons inutile de parler des écoles de fortification, de chimie, d’administration, etc., établies dans divers quartiers du Caire , et dont
(1) M. Kœnig vient d’obtenir ui>e juste récompense de ses utiles travaux. Il a été nommé par Méhémed-Ali précepteur de son fils Saïd-Bey.
la mauvaise direction n’offre aucune chance île succès. Quant à l’École polytechnique , nouvellement créée à Boulak, il suffit, pour en faire comprendre tout le ridicule, de dire que les jeunes Arabes qui viennent d’y être admis et qui savent à peine leur langue, devront y apprendre dans trois années d’études, le turc, le persan, le français, la physique, la chimie, la minéralogie, le dessin , la cosmographie, etc. et enfin autant de mathématiques qu’on en apprend en trois ans dans nos écoles.
Le Caire n’est pas seulement la résidence des principaux agens de l’administration civile et militaire; cette capitale est encore le centre du mouvement industriel imprimé à l’Égypte depuis quelques années , par la manie de Méhémed-Ali pour les fabriques. Le premier de ces établissemens remonte à 1816; depuis lors, malgré le mauvais résultat de la plupart d’entre eux , on en a élevé de nouveaux qui , créés à la hâte, sans aucune étude des lieux et des besoins, ont été abandonnés avec la même légèreté qui en avait fait adopter la formation (1).
On compte aujourd’hui en Egypte trente
(1) Au Kaire. - . . 3 fabriq. Banha-el-Hassab. 1 fabriq.
A Boulak. ... 3 kl. Kélioub i id.
A reporter. . . 9
fabriques de coton qui produisent, année commune, douze cent mille pièces de toile, sur lesquelles le gouvernement a un bénéfice de six piastres par pièce.
Les manufactures de toiles de lin produisaient un million de pièces étroites et trente mille pièces de toile large; mais il faut croire que le bénéfice était peu considérable , car le vice-roi vient de se décider à en abandonner le monopole. Cette mesure, dont on a voulu faire honneur à la philantropie de Méhémed-Ali, est demeurée sans avantage pour le fellah ; car le gouvernement, qui n entend pas perdre, adonné des ordres sévères pour que la culture du lin fût réduite , et sacrifiée à celle du coton.
On a fait, tant de bruit en Europe des innovations industrielles introduites en Egypte ,
Report 9 fabriq. 21 fabriq.
Schçrbin-el-Kom. i id. Beniouef. .... i id.
Zifté. i id. Minniïeh i id.
Mit-Gamar. ... i id. Farchout. .... i id.
Mahallet-el-Kebir. a id. Melaouy 1 id.
Semenhoud.. . . 1 id. Tahta 1 id.
Fouah 1 id. Djirdjeh 1 id.
Nabaro 1 id. Siout 1 id.
Damiette. .... 2 id. Kéné 1 id.
Rosette 1 id. Ésné 1 id.
Damanhour. ... t id.
qu’il ne nous semble pas sans intérêt d’entrer dans quelques détails sur un certain nombre de ces établissemens.
La principale manufacture est établie à Boulak, et connue sous le nom de Malta (i).
Quarante métiers y sont mis en activité, au moyen de quatorze tambours, qui reçoivent leur mouvement d’un manège attelé de hui! bœufs. Deux cents métiers pour tisser le fil de coton , mus par une pompe à feu venue de France, y fabriquent des batistes, des cambriks et des mousselines. On y imprime annuellement plus d’un million de pièces d’indiennes , tant à la planche qua la mécanique. En général, l’impression de ces indiennes est imparfaite, et les couleurs peu solides.
Des ateliers de menuiserie , de fonderie pour les machines, de gravures sur bois et sur tour, enfin de tout ce qui est nécessaire à la fabrique , sont attachés à la Malta; et on y forme des ouvriers destinés à aller réparer, tant bien que mal, les machines de toutes les manufactures de l’Egypte. C’est dans cet établissement, dont on doit la création à M. Jumeî, que l’industrie européenne a le plus de ramifications.
Non loin de la Malta s’élève la fabrique de
(0 Ainsi nommée de ce que, dans l'origine, le plus grand nombre des ouvriers rju’on y employait étaient Maltais.
draps. Des essais avaient été faits en 1818, mais ils ne réussirent pas comme on l’avait espéré , et le projet fut abandonné. Repris deux ans après, il fut à la veille d’échouer une seconde fois; mais le Pacha, qui venait de créer une armée régulière , voulait à tout prix qu’elle fût habillée avec des draps fabriqués en Egypte. De nouveaux ouvriers arrivèrent donc du Languedoc; on mit la main à l’œuvre, cent métiers furent montés, et: des laines de Minieh, de Djirgeh et du Fayoum, qui sont les meilleures de l’Égypte , furent tour-à-tour employées à faire des tissus qui, quoique mauvais, ont été trouvés suffisans pour l’habillement des soldats ; mais cette ardeur n’a point tardé à se ralentir. La mort de quelques employés européens, le dégoût de plusieurs autres, ont fait peu-à-peu diminuer le travail; et c’est tout au plus si on fabrique aujourd’hui dix-huit cents pièces de drap par an.
La manufacture établie à Damanhour , confectionne pour l’armée des draps à capotes d’une qualité grossière , mais d’un assez bon usage. On peut calculer qu’il se fabrique annuellement dans cette ville cent vingt mille aunes de ces draps.
Les laines d’Égypte sont du reste peu propres à faire de beaux tissus. La poussière nitreuse,
dont elles sont imprégnées, les rend dures et sèches, et elles donnent plus de deux tiers de déchet avant de pouvoir être tissées; aussi eston obligé de les employer concurremment avec les laines deTunis, d’Espagne et de Russie, que l’on fait venir à grands frais.
Les fabriques de soieries ne pouvaient échapper à l’esprit spéculateur et entreprenant de Méhémed-Ali. En 1819 on en établit une au Caire, près de la place de Birket-el-Fil. On fit venir de Constantinople des Arméniens capables de faire des tissus en soie, et or et soie , tels qu’on les travaille dans cette capitale et aux Indes. Les premiers essais furent satisfaisans; et cette fabrique , entièrement dans le goût du pays, commença à prendre, dès son début, un essor qui s’est assez bien soutenu jusqu’à ce moment. Cent soixante métiers y sont employés à tisser la soie, l’or et le coton. En 1 833 on a mis en œuvre soixante-dix mille kilogrammes de soie. Ces tissus sont assez unis, et les dessins de bon goût. Les couleurs memes ont de l’éclat, mais peu de solidité.
La manufacture de papiers a échoué, et elle est aujourd’hui abandonnée.
La fabrique de produits chimiques, confiée à un Français, M. Hayme,aeu plus de succès, et fournit aux diverses manufactures du vice-roi
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les substances dont elles ont besoin pour la teinture.
Tel est Tétât, des fabriques d’industrie étrangère en Égypte. On peut calculer qu’il y a dans les filatures de coton près de trois mille métiers qui donnent par journée d’hiver deux mille trois cents rôties de fil, et près du double par journée d été. Les métiers à tisser, au nombre de quinze cents, donnent en hiver deux mille cent quarante-cinq aunes par jour, et quatre mille soixante-quinze en été. Ces produits pourraient être augmentés d’un cinquième au moins, si les chefs d’atelier exerçaient plus de surveillance sur les ouvriers, et surtout si on les payait plus régulièrement : mais ces malheureux, dont on porte le nombre à trente-cinq mille, restent sans toucher leur salaire quelquefois une année; ils sont dès-lors sans amour-propre, et s’inquiètent peu d’un travail dont les résultats ne doivent apporter aucune amélioration à leur existence. D’un autre côté, l’achat des métiers entraîne le gouvernement dans des dépenses considérables. L’excessive sécheresse de l’air fait jouer les bois les plus secs, qu’on ne réussit à conserver quelque temps en bon état qu’en entretenant sans cesse sous les métiers des vases remplis d’eau. La poussière subtile dont l’atmosphère est le plus souvent chargée, pénètre
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dans les engrenages, use le métal, et donne bientôt du balottement aux pièces les mieux aj ustées.
Les ouvriers du pays sont complètement hors d’état de réparer ces dommages; et le gouvernement, sous peine de voir ses fabriques suspendre leurs travaux, est sans cesse obligé de faire venir d’Europe de nouvelles machines qui périssent même souvent sans avoir servi, faute d’un ouvrier capable de les monter. Pour celles qui sont mues par la vapeur, force est, dans un pays sans combustible, de se servir de charbon de terre venu à grands frais d’Europe, encore faut-il suspendre le travail , quand les vents contraires retiennent les navires portant les provisions pour les alimenter.
A ces difficultés que présente le climat, se joint l’insouciance des préposés du vice-roi et leur propension à détourner des objets à leur profit ; enfin la facilité avec laquelle on enlève des manufactures, pour en faire des soldats, les ouvriers auxquels on était parvenu à grande peine à faire comprendre le travail de la fabrication , achève d’exercer la plus funeste influence sur ces établissernens. Méhémed-Ali le comprend; et les conseils sages et éclairés ne lui ont pas manqué; mais ces fabriques sont pour lui des théâtres, où il va de temps en temps
prendre quelque délassement. Dès qu’il arrive, toutes les roues tournent, toutes les machines sont en mouvement; cela fait bien du bruit et il s’en amuse. Les hommes supérieurs ont aussi leurs faiblesses.
Il suffit de vouloir de bonne foi s’enquérir par soi-même de la vérité de tout ce qu’on a écrit, depuis quelques années, sur les progrès merveilleux de l’Égypte dans la civilisation , dans les arts, dans l’industrie, pour reconnaître combien on s’est fait illusion, en jugeant de l’état général du pays par quelques établissemens isolés, qui n’ont pour les masses d’autre résultat que d’accroître leur misère. Sans doute Méhémed-Ali a beaucoup fait pour l’Egypte; mais, il faut bien le reconnaître, il n’a pris de nos industries, que ce qui pouvait l’enrichir, il 11’a emprunté de notre civilisation, que ce qui pouvait lui permettre de lutter contre le Sultan : aussi son oeuvre ne peut avoir de durée, s’il ne songe enfin sérieusement à adoucir le sort des populations soumises à son autorité. Les améliorations opérées jusqu’ici ne sont que factices, et seront éphémères , tant que le vice-roi n’aura pas réussi à intéresser son peuple à leur succès. C’est une enveloppe dorée qui recouvre des baillons, mais à travers laquelle l’œil le moins exercé distingue aisément les plaies
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qu’elle dissimule et tous les élémens d’une destruction inévitable.
On a proposé à Méhémed-Ali plusieurs projets pour changer la condition du fellah, par l’introduction d’un système plus favorable à la civilisation ; aucun n’a été accueilli, et peutêtre aucun ne devait l’être. Tous, plus ou moins absolus dans leurs principes, admettaient des mutations trop brusques , trop radicales, qu’il serait impossible d’opérer sans des résultats violens et incalculables. Comment en effet porter tout-à-coup les conséquences d’une civilisation avancée, au milieu d’un peuple chez lequel il n’existe ni propriété , ni liberté d’aucune espèce; où le gouvernement, maître absolu de la vie et de la fortune de chaque individu, est le seul propriétaire, le seul cultivateur, le seid fabricant , le seul marchand ? Ce serait paralyser, au même instant, toutes les ressources territoriales de l’Egypte, et lâcher au milieu de l’arène des chevaux sauvages emportés par leur ardeur, qu’il serait impossible de reprendre pour les soumettre au frein. Si le vice-roi craint de s’engager dans un système nouveau qui lui inspire peu de sécurité, qu’il conserve le système actuel, mais en accordant aux cultivateurs des encouragemens et des avantages (pii triomphent de leurs répu-
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gnances. Favoriser la population , encourager l’agriculture , voilà quel doit être l’objet constant de ses efforts; car pour l’Egypte, c’est toute l’existence. Méhémed-Ali ne doit pas détacher ses regards de ces deux branches principales de la prospérité du pays, avant d’en avoir assuré complètement l’essor et d’avoir fait en sorte que toutes les autres viennent s’y rattacher. En même temps, pour éviter le poids accablant de fortes armées permanentes, mais aussi pour garantir l’Egypte d’attaques extérieures qui pourraient compromettre son existence , il faut qu’en arrachant les Arabes à leur indolence naturelle , il les forme à l’activité d’une vie toujours occupée: en un rnot, qu’il rende son peuple à la fois militaire et cultivateur. Il faut qu’il songe sérieusement àfonder un système militaire politique, et qu’il forme des soldats citoyens qui sauront manier également bien le mousquet et la charrue, se nourrir etse défendre, et procurer au pays tous les avantages qui naissent d’habitudes laborieuses.
Ces améliorations ne sont pas aussi difficiles à introduire qu’on pourrait le croire, et, dans notre opinion , elles doivent devenir le premier échelon de la civilisation égyptienne. Mais il serait absurde , en tout cas, de croire à la
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durée d’un système fondé, comme celui de l’Egypte, entièrement sur la force d’un côté, et sur la misère de l’autre. Quand le vice- roi aura augmenté ses revenus , ses vaisseaux , ses troupes; quand il contemplera avec orgueil tous ces attributs de sa puissance , et que sur le vaste pays auquel il commande il sera le seul à s’en applaudir, n’aura-t-il pas bâti sur le sable; et cet ouvrage, dont il prend aujourd’hui tant de peine à coordonner toutes les parties, ne sera-t-il pas inévitablement, un jour ou l’autre, renversé par les mains même qu’il oblige à le construire ? Peut-être parviendra-t-il avec beaucoup d’efforts à le faire durer autant que sa propre vie; mais peut-il lui suffire de borner l’existence de tout ce qu’il a fait depuis vingt ans, aux quelques jours d’un homme déjà avancé en âge ? Tant qu’il ne placera pas la solidité de ses travaux dans l’intérêt des peuples auxquels il commande, tant qu’il ne voudra pas songer que ces peuples demeureront, tandis que lui passera , il n’aura travaillé ni pour son intérêt présent ni pour sa gloire à venir ; l’un et l’autre seront incessamment menacés de la destruction qui atteint tôt ou tard ce qui n’a pas racine dans l’avantage et l’affection du plus grand nombre.
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