EX PIASTRES
de i5o à s5o
ex piastres:
de 400 à 5oo
de 600 à 800, de ioooà îaooj de 5oo à 700^900 à 1000:
de 3oo à 400
de 600 à 700
de a5o à 3oo|de 5oo à 600 de i5o à aoolde 400 à 5oo
de 25o à 3oo
de 1000 à i5oo de 900 à 1000
Ces dernières sont peu estimées des djellabs, parce qu’elles consomment davantage et que leur état exige plus desoins.
liberté moyennant une rétribution fixe qu’elles leur paient, chaque mois, sur le produit de leur infâme métier.
Ces femmes occupent un quartier séparé.
Elles sont inscrites sur les registres du fisc; et l’impôt que le gouvernement prélève sur elles et sur les djellabs auxquels elles appartiennent, ne laisse pas que d’être considérable. On l’évalue à Syout à quarante mille piastres environ.
Les courtisanes ont à Syout et dans toute l’Égypte une organisation et des réglemens particuliers. Elles sont, comme tous ceux qui exercent quelque métier, réunies en corporation et reconnaissent un chef auquel elles obéissent. Ce chef les administre dans le plus grand intérêt de la communauté, et les envoie, souvent par détachemens, exploiter les principaux bourgs de la province, et surtout ceux où se célèbrent des fêtes de santon.
Deux nécropoles se pressent aux portes de Syout; l’une, la nécropole antique, occupe sur un vaste développement le flanc de la chaîne libyque; l’autre remplit l’espace qui s’étend entre la ville et la montagne.
Après avoir traversé un large canal dérivé du Nil qui fertilise la plaine, on trouve , audelà de quelques jardins, une longue avenue de sycomores qui conduit aux tombeaux de
Mamlouks. Chacune de ces sépultures se compose d’une enceinte de murs de quatre à cinq pieds d’élévation, construits en briques crues et surmontés de créneaux dentelés et travaillés à jour. Au milieu de cette enceinte s’élève un petit édifice carré surmonté d’un dôme et destiné à couvrir les tombes. O11 compte plus de cent de ces dômes soigneusement peints à la chaux et d’une éblouissante blancheur.
En arrivant au pied delà montagne, on rencontre les premiers tombeaux de la nécropole antique, formée d’excavations qui s’élèvent par étages jusqu’à son sommet. Ces hypogées, presque tous fort dégradés et d’un travail brut et irrégulier, servaient d’entrée à des salles inférieures où l’on descendait par des couloirs inclinés, aujourd’hui obstrués pour la plupart.
Toute la montagne est percée de ces grottes funéraires, dont plusieurs sont dévastés dimensions, et qui souvent communiquent avec celles qui leur sont contiguës. Les signes chrétiens qu’on trouve dans plusieurs d’entre elles, annoncent quelles ont servi d’habitation aux solitaires des premiers siècles.
Le plus remarquable de ces hypogées, celui qui se distinguait surtout des autres par la régularité de son travail et la prodigieuse quantité d’hiéroglyphes dont il était orné, se trou-
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vait, quand nous le visitâmes, rempli d’ouvriers qui, sans respect pour les magnifiques peintures dont toutes ses parois étaient revêtues, les exploitaient en guise de carrière. Les à gens do Chérif-Bey achevaient de détruire la représentation de quelques sacrifices, entourés d’étoiles parsemées sur un plafond d’azur, et d’ornemens disposés avec autant de goût que d’élégance.
• Les tombeaux de Syout ont été tant de fois bouleversés qu’on ne pourrait peut-être pas y rencontrer aujourd’hui un seul corps intact. Les momies d’hommes, de chiens, de chakals ou d’oiseaux, qui y furent déposées, ont été roulées le long des flancs de la montagne, pêlemêle avec la terre et les éclats de pierre produits par l’exploitation des rochers. C’est au milieu de ces éboulemens qu’on rencontre maintenant leurs débris; et cependant leur préparation était si parfaite, que, dans les mutilations qu’elles ont subies, on peut partout reconnaître la main des hommes , et presque nulle part faction du temps.
C’est à Zawyet-el-Deïr, près de Syout, que se font les eunuques; et l’on peut considérer cet affreux commerce comme l’unique ressource industrielle de ce bourg, où Ton 11e compte guère que des chrétiens. Les prêtres coptes s’oc-
cupent, concurremment avec les autres habitans, de cette opération, qu’ils pratiquent avec une adresse telle qu’il ne meurt, dit-on, que six sur cent des malheureux qui y sont soumis. On opère, en général , des INoirs de huit à neuf ans amenés par les caravanes, et l’automne est regardé comme la saison la plus favorable. Le Pacha prélève son droit en nature sur cette barbare industrie ; et sur les trois cen ts eunuques qui sont opérés annuellement à Zawyet-el-Deïr, il en prend pour droit quatre-vingts, qui sont destinés pour son usage , ou pour les cadeaux qu’il fait au Sultan et aux grands delà Porte (i).
Favorisés par une bonne brise du nord, nous dépassâmes rapidement Aboutig ( l’antique Abolis), siège d’un évêché copte, où l’on voyait autrefois un couvent de franciscains, Kaou-el-Kebir ( Antœopolis ), et Cheikh-el-Haridy ( Passalon ). De vieilles fondations, des hypogées dégradés , quelques colonnes ou des fragmens de granit épars sur le sable, voilà tout ce qui atteste aujourd’hui l’existence de ces antiques cités; car là aussi la destruction a fait des progrès rapides, et l’on navigue maintenant sur l’emplacement qu’occupa le temple d’Antæopolis, englouti de-
(i) Le prix des eunuques varie, suivant l’âge, de i5oo à 3ooo piastres.
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puis peu d’années par suite d’un changement de direction du fleuve.
La culture du pavot à opium nouvellement introduite en Égypte, est très répandue dans le district d’Aboutig. Pour obtenir cette substance, dès que les derniers pétales de la fleur sont tombés, on pratique dans la tête du pavot des incisions horizontales dont les bords se garnissent de larmes d’opium. Chaque matin, avant le lever du soleil , on ramasse ces larmes brunes et visqueuses, avec un petit couteau de bois; et quand les premières incisions jcessent de produire, on en pratique d’autres à côté jusqu’à l’entier épuisement de la plante. La qualité de l’opium d’Égypte est excellente; mais la poussière qui l’altère toujours, lui fait préférer, sur les marchés d’Europe et même sur ceux d’Amérique , l’opium de l’Asie mineure; et il est douteux que le vice-roi retire jamais de ce produit tous les avantages qu’il en attendait (i).
La quantité de maisons abandonnées qu’on aperçoit en arrivant à El-Akhmym (. Panopolis ), atteste combien cette ville a perdu de son importance. Derrière les buttes qui l’entourent est un vaste bas-fond qui conserve de l’eau long-
(i) On peut évaluer à vingt mille kilogrammes la récolle annuelle de l’opium en Égypte.
ÉGYPTIÏ KT ÏUJJ31E.
temps après l’époque de l’inondation. Cette eau, qui ne tarde pas à se corrompre, devient noire et infecte, et cependant l’incurie des habitans est telle, qu’ils aiment mieux en abreuver leurs bestiaux , et s’en servir eux-mêmes pour les usages de la vie, que d’aller puiser, à quelques pas plus loin, l’eau toujours salubreduNil; aussi la population d’El- Akhmym est -elle, comme celle du Fayonm, décimée par les fièvres intermittentes. Sur les bords de cette mare, on remarque , à côté de quelques grands blocs calcaires qui portent des traces d’hiéroglyphes, les restes d’un portique du temple consacré , par Ptolémée-Philopator, à Ammon-Générateur, le dieu Pan des Grecs, et dont les débris ont servi à la construction des deux mosquées d’El-Akhmym. Dans une autre excavation plus au sud , sont deux grandes pierres semblables aux premières, et qui ont dû faire partie du même monument. L’une d’elles porte une inscription grecque à peu près indéchiffrable, mais d’une époque assez récente.
El-Akhmym est, comme le Caire, divisé en quartiers formant des impasses, et fermés par des portes. Cette ville compte près de mille chrétiens, et on v voit un beau couvent de franciscains. Elle est encore aujourd’hui le centre d’un petit commerce assez actif; mais on
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n’y connaît plus ccs fines étoffes de soie qui avaient jadis rendu célèbre la ville de Pan.
Quelques voyageurs ont signalé aux environs d’El-Aklitnym de vastes catacombes, sur lesquelles nous ne pûmes obtenir aucun renseignement. Au-delà de cette ville, la chaîne arabique se rapproche du fleuve, quelle longe pendant plusieurs lieues. Toute cette partie de la montagne est, surtout vis-à-vis deMenchyeh (. Ptolémaïs ), percée de grottes sépulcrales peu différentes de celles que nous avons déjà décrites. Ce sont presque partout les memes ornemens, la même fraîcheur dans les peintures, et à peu près les mêmes sujets.
Djir geh, où nous arrivâmes le 20 mars, était comme Syout un centre de ralliement pour les Mamloucks mécontens, réfugiés dans le Saïd. Cette ville a conservé, sous la domination des Turcs et des Arabes , la trace de son origine chrétienne, et on y trouve encore des églises coptes , placées sous l’invocation de saint Georges, à qui elle doit son nom. Quoique singulièrement déchu aujourd’hui, Djirgeh possède encore un vaste bazar et quelques maisons assez élégantes, et on y compte huit belles mosquées. La ville, entourée de jardins, occupe sur la rive gauche du Nil un terrain assez élevé; mais le fleuve, dont le cours en cet endroit se
rapproche sans cesse de l’ouest, a déjà, comme à Manfalout, entraîné le sol sur lequel reposaient les dernières maisons, et chaque inondation menace d’emporter, à son tour, quelque nouvelle partie de la ville.
Les moutons de la province de Djirgeh sont les plus beaux et les plus grands de l’Egypte. Leurs toisons, garnies d’une laine longue et épaisse, sont fort estimées, et elles formaient autrefois l’objet d’un grand commerce avec le Sennâr. On y échangeait, il y a peu d’années, un esclave contre deux de ces peaux teintes en bleu.
Il esta regretter qu’on n’adopte pas en Égypte l’usage de faire la tonte plusieurs fois par an, ou au moins de laver fréquemment les troupeaux. On laisse la laine s’imprégner, sur le corps des moutons , d’une énorme quantité de poussière qui la dessèche, la rend cassante, et la mêle d’une manière inextricable.
Djirgeh est le dernier point de l’Égypte où l’on trouve une église confiée à la surveillance de prêtres européens. Plus haut, elles sont desservies par des prêtres du pays. Un couvent de franciscains, pillé parles janissaires qui tenaient garnison dans cette ville du temps des Mamlouks, a depuis été réparé. Le père Tomaso, Piémontais appartenant à la propagande ro-
maine, était alors le seul habitant de ce couvent, et le directeur des deux cents catholiques environ, qu’on compte à Djirgeh, sur une population de sept mille cinq cents âmes. Prévenu de notre arrivée, ce moine vint nous voir à bord pour nous demander des nouvelles du Caire, où il se proposait de se rendre lui-même dès le lendemain, afin de se faire mettre en possession de la succession d’un Arménien qui venait, disait-il , d’instituer le couvent légataire de tous ses biens. La soeur du défunt, mère de cinq enfans et dans la plus affreuse misère, avait réclamé, près du gouverneur de Djirgeh, les cent cinquante bourses laissées par son frère; mais celui-ci n’avait pas osé se prononcer, dans la crainte de se compromettre s’il condamnait le Papas franc. L’idée seule de la prétention de cette pauvre femme mettait le père Tomaso dans des transports de fureur : « Concevez- «vous, nous disait-il, que cette malheureuse, « qui n’a droit à rien , ose contester la légalité « d’un don fait à Dieu, quand je suis assez géné- « reux pour lui offrir, par charité, mille cinq « cents piastres? Je n’ai, il est vrai, aucune pièce « qui justifie de mon droit, puisque la donation « est purement verbale. Il s’agit ici d’une con- « fession in extremis , et en pareille matière, ma « parole ne doit-elle pas être sacrée? Je ne doute
Égypte ET kubie.
<r pas que les consuls ne me fassent rendre « prompte justice; mais s’il en était autrement; « si dans ce siècle de perversité et d’irréligion, « on exigeait des titres que je ne puis fournir, « je me verrais forcé d’excommunier cette mal- « heureuse spoliatrice du bien de l’Église , et de « la vouer à toutes les peines de l’enfer. »
Nous essavâmes vainement de faire entendre
SJ
raison au père, qui connaissait, nous dit-il, trop bien ses privilèges pour les laisser tomber en désuétude. 11 termina sa visite en nous proposant de nous vendre fort cher une petite momie d’enfant, dont nous lui persuadâmes qu’il tirerait meilleur parti au Caire, et nous le quittâmes fort peu édifiés de la manière dont il comprenait son apostolat.
A quatre heures, au sud de Djirgeh, mais à deux heures seulement du bord du Nil, s’élève, au pied de la chaîne libyque , le bourg de Madfouneh (la ville enterrée), bâti sur l’emplacement de l’antique Abydos. Parmi les villes de l’Egypte , Abydos est une de celles dont la destruction remonte à l’époque la plus reculée; et du temps de Strabon elle était déjà réduite au rang d’un simple village ; cependant , malgré cette destruction si ancienne, les fouilles importantes qui y ont été exécutées depuis quelques années ont été couronnées du succès le
ÉGYPTE ET JNIJB1E.
plus brillant. C’est des catacombes d’Abydos qu’est sortie cette foule d’objets de toute forme et de toute matière, appartenant à tous les usages de la vie publique et privée, civile et religieuse, dont se sont enrichies les collections de l’Europe; restes si curieux de la civilisation antique qui nous ont révélé tant de faits sur la religion et sur l’histoire des Égyptiens, en même temps qu’ils fournissaient une preuve du talent et de l’inépuisable fécondité de leurs artistes. On voit encore à Abydos les restes d’un temple et d’un palais envahis par le sable. Le temple, bâti en pierre calcaire d’une blancheur éblouissante, laisse encore admirer quelques fragmens de colonnes, décorés, aussi bien que les murs , d'hiéroglyphes de la peinture et du travail les plus remarquables. Le palais, construit en majeure partie de grès, est tellement dégradé, et tellement encombré par le sable qu’il serait difficile d’en reconnaître le plan général. Sa construction remonte, suivant ChampoÜioïi , au règne de Ménephtah Ier Pharaon de la xvmc dynastie; mais les différences de travail et de style qu’on remarque dans ses diverses parties permettent d’assigner à la fondation de quelques-unes une époque plus récente.
Plusieurs salies du monument sont voûtées en
plein cintre, et offrent l’exemple d’une disposé
ÉGYPTE ET KUBIK.
tion aussi rare qu’elle est bizarre. Leur voûte, au lieu d’être, comme celles de nos édifices, le résultat d’un assemblage de pierres particulières, a été obtenue au moyen de deux assises horizontales de blocs énormes dans lesquelles elle est taillée, comme elle aurait pu l’être dans une montagne. L’espace compris entre ces deux édifices est de plus d’un quart de lieue, et entièrement occupé par des sépultures antiques, les unes à fleur de terre, les autres dans des puits plus ou moins profonds, dont les parois sont percées de salles de différentes grandeurs, où étaient déposées les momies; un petit nombre seulement de ces tombeaux, bâtis de pierre calcaire et revêtus d’hiéroglyphes, s’élevaient au-dessus du niveau du sol. C’est sur les murs de l’un de ces derniers qu’est gravée la fameuse table chronologique des Pharaons de la xvne dynastie. Malheureusement cette table a considérablement souffert depuis quelques années, malgré la précaution prise par les voyageurs de la recouvrir de sable après l’avoir examinée , et les premières assises du mur sur lequel elle est gravee, ont suivi dans le four à chaux, établi près de là, les monumens que l’ignorance y engloutit chaque jour.
Lapîupartdes momies trouvées dansîes tombeaux d’Abydos, étaient renfermées dans des sa r-
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cophages de pierre tendre ou de terre cuite, dont on voit épars un grand nombre de fragmens.Ces sarcophages, de peu d’épaisseur, sont carrés au pied et modelés, dans la partie supérieure, sur la forme de la tête et des épaules : le visage et les mains s'y trouvent sou vent figurés commesurlès cercueils en bois.
Le village de Madfouneh, situé à pende distance des ruines, et dont on peut évaluer la population à six cents âmes, est un des plus importons et des moins misérables des environs. L’argent qu’ont dépensé les faiseurs de fouilles, s’il n’y a pas fait régner l’aisance, a du moins donné à la misère une physionomie moins repoussante que dans les villages voisins. Au pied de ïa hutte sur laquelle il est situé , passe le canal latéral du Nil, qui suit constamment le pied de la chaîne libyque depuis Farchout, en communiquant de temps en temps par des canaux transversaux avec le fleuve auquel il ne se réunit qu’au-dessous de Terraneh. Ce canal, encore utile aujourd’hui, serait de la plus haute importance pour l’agriculture de l’Égypte, si dans plusieurs endroits, et notamment à Abydos, il n’était tellement comblé qu’on a peine à en reconnaître la place.
Nous venions de remettre à la voile, lorsque nous aperçûmes, pour la première fois, des cro-
codiles sur une petite île de sable, au milieu du Nil. On 11e rencontre pas ordinairement ces féroces animaux au-dessous de Djirgeh; cependant il n’est pas sans exemple qu’on en ait tué jusque dans le Delta, lors des grandes inondations. Les crocodiles ne s’écartent jamais du fleuve que de quelques pas; ils fréquentent de préférence les plages, et surtout les îles de sable où ils courent moins de risque d’étre surpris, et au moindre bruit ils preunentla fuite à une si grande distance qu’il est bien difficile de pouvoir les approcher à portée de fusil. On les voit pendant les heures les plus chaudes de la journée, réunis au nombre de cinq ou six, et quelquefois davantage, se reposer couchés siales îlots que le Nil laisse à découvert et où ils aiment à s’exposer aux rayons d’un soleil ardent.
Parmi les espèces d’oiseaux qui viennent alors voltiger autour d’eux, il en est une que les Arabes nomment zag-zag O, à cause de son cri, et qui est, s’il faut les en croire, fort liée d’amitié avec les crocodiles. Les zag-zags, disent-ils, se chargent d’avertir par leurs cris les crocodiles de l’approche d’un ennemi, pour prix de la complaisance avec laquelle ceux-ci leur permettent de prendre jusque dans leur
(1) Le charadrius nilo tiens.
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gueule, qu’ils laissent entrouverte pendant leur sommeil, les moucherons que leur bave y retient attachés.
Ces oiseaux, très faciles à effrayer, et dans lesquels il est impossible de méconnaître le troclivlos d’Hérodote, se réunissent en effet le plus souvent auprès des crocodiles endormis, qu’ils réveillent par les cris qu’ils poussent en s’envolant. On voit aussitôt ceux-ci lever leur tête hideuse, se dresser sur leurs pattes, et traînant leur énorme queue qui laboure le sable, courir vers le fleuve dans lequel ils se précipitent lourdement et avec fracas.
La lâcheté des crocodiles et leur empressement à fuir, pour rendre leur voisinage moins dangereux , n’empèchent cependant pas les accidens de se reproduire fréquemment. Ces animaux sont, dit-on, surtout à craindre quand ils ont mangé de la chair humaine dont ils deviennent alors très avides. Toutefois, on n’a rien à redouter de leurs attaques, soit: sur la terre, où leur démarche lourde et embarrassée, et surtout la difficulté qu’ils éprouvent à se tourner, ne leur permet pas de poursuivre l’animal le moins agile avec quelque chance de succès, soit dans les endroits profonds du fleuve, où leur principal moyen d’attaque, la queue, leur devient nécessaire pour nager. Mais il n’en
ÉGYPTE ET WÜBIE.
est pas de même sur les bords et dans les endroits où l’eau n’a que quelques pieds de profondeur. Ils se laissent alors amener par le courant, se traînent doucement sur le sable du fond, et favorises par la couleur louche de l’eau, s'approchent sans être aperçus de leur victime, qu’ils renversent d’un violent coup de queue; ils l’emportent ensuite sous l’eau où ils l’étreignent jusqu’à ce qu’elle soit privée de vie; après quoi ils la rapportent le plus souvent sur le sable pour la dévorer.
Le bruit causé soit par un grand nombre de personnes qui se baignent dans le même endroit, soit, par une bande de buffles ou de chameaux qui traversent le fleuve, suffit pour écarter les crocodiles; mais ils restent dans le voisinage, occupés à guetter les animaux jeunes ou affaiblis qui demeurent en arrière, et qui dèslors manquent rarement de devenir leur pâture.
Pour chasser les crocodiles dans ces parages, où ils sont extrêmement multipliés, les Arabes pratiquent sur les îles de sable à fleur d’eau fréquentées par ces animaux, de petites fosses où ils se couchent immobiles. Bientôt les crocodiles, venant se reposer à leur place accoutumée, s’approchent tellement qu’il est facile de les tuer à coups de fusil et souvent même
ÉGYFTE HT N U DIE.
à coups de lance, sans qu’ils cherchent à opposer d’autre résistance que la fuite.
La grandeur ordinaire des crocodiles que l’on rencontre est de douze à quinze pieds de long. Les plus petits comme les plus grands se montrent plus rarement hors du fleuve; mais on les voit souvent endormis se laisser aller au courant, n’ayant hors de l’eau que l’extrémité du museau.
Le ai mars, nous nous arrêtâmes pendant quelques heures à Samhoud, pour visiter le champ de bataille où Desaix gagna sur MouracL Bey et sur les cinquante mille Fellahs et Mekkains qui s’étaient réunis à ce chef, l’importante bataille qui le rendit maître de toute la Haute- Égypte. Le meme jour, nous avions dépassé Farchout , célèbre par ses melons les meilleurs de toute l’Égypte , lorsque la violence du vent, qui rendait contraire pour nous le changement de direction du fleuve, (qui fait après Hou un long coude vers le nord ) , nous força de nous arrêter à quelque distance de ce bourg, aujourd’hui presque entièrement détruit.
Le vent avant un peu baissé vers le % soir, nous parvînmes à grand’peine à gagner, en nous faisant remorquer par nos gens, Kasr- Essayad ( Chenoboscion ), où sont quelques débris d’un quai antique.
De grands espaces, couverts de décombres et de fragmens de poterie, attestent cpie Hou eut jadis une certaine importance; mais maintenant ii ne reste plus debout sur ces huttes que quelques mosquées et çà et îà des maisons à demi ruinées, habitée^ par de pauvres Fellahs.
A peu de distance de Hou, d’autres monceaux de décombres signalent l’emplacement de l’antique Diospolis-Pcnva . Des fouilles exécutées, il y a quelques années, par les agens de feu M. Sait, consul d’Angleterre, y ont fait découvrir un petit temple enseveli jusqu’audessus des combles. Notre suide nous assura que dans ce temple, dont le sol est déjà encombré de nouveau , s’ouvrait la bouche d’un puits où reposent par milliers des momies humaines.
Hou est encore aujourd’hui habité par une tribu particulière d’Arabes, les îlaoaarahs , qui du temps des Mamlouks, dont ils étaient seulement tributaires, ne reconnaissaient d’autre chef que leur cheïkh. Soumis aujourd’hui, comme le reste des Fellahs, à l’autorité de Méhémed-Ali, ils n’ont pas pins échappé que leurs voisins à la misère qui désole ces contrées. Leur cheïkh seul, pour s’ètre soumis sans résistance au vice-roi, a reçu en dédommagement un petit emploi au SennAr.
Non loin des dernières habitations de lion , s’élève, à l’ombre de quelques sycomores antiques, le tombeau du Cheïkh-Émir-Durrar, santon révéré, qui reçoit une fois Failles pieuses offrandes des pèlerins des provinces voisines.
A mesure que nous nous éloignions de Djirgeli, nous rencontrions en beaucoup plus grand nombre les palmiers doums, dont la tige fourchue contrastait agréablement avec les flèches élancées des dattiers. Quelques mimosas aux fleurs jaunes et odorantes, se mêlaient à ces groupes et variaient un peu l’aspect du paysage en formant d’élégans bouquets de verdure.
Les murs blanchis d’une fabrique de coton , et les flèches élancées des minarets qui se dessinent au-dessus des grands arbres qui l’entourent, signalent de loin l’antique Neapolis , aujourd’hui Kéneh. Cette ville, la plus importante du Saïd, après Syout, est bâtie avec quelque élégance et possède de vastes bazars. Elle est; maintenant, pendant la saison des basses eaux, située à une assez grande distance du fleuve auprès duquel elle fut originairement bâtie. Mais îe Nil prend chaque année son cours plus à l’ouest d’une île située en face de Kéneh; le bras qui en était voisin s’obstrue davantage à chaque crue, et reste maintenant à sec pendant la plus grande partie de l’année.
Devenu, par sa position à l’entrée de Tune des vallées qui du JS il s’étendent vers la Mer Rouge, l’entrepôt naturel du commerce entre le Caire et Djedda , Kéneh est également le point de réunion des pèlerins et des marchands de Barbarie, qui se rendent à la Mecque par la voie de Kosseïr. Kéneh est célèbre en Égypte par ses fabriques de vases appelés bardaks ou goules , faits d’une belle argile poreuse. Ces vases non cuits, et desséchés seulement au soleil, rafraîchissent rapidement, quand on les expose à un courant d’air, l’eau qu’ils contiennent et dont ils laissent suinter une partie; le limon que dépose l’eau du Nil , presque toujours trouble, bouche bientôt les pores des bardaks, et leur fait perdre cette propriété : heureusement leur prix peu élevé permet de les changer souvent.
On fabrique de ces bardaks dans plusieurs endroits de l’Égypte, mais ceux de Kéneh jouissent d’une préférence méritée, tant par l’élégance et la variété de leurs formes, et la délicatesse de leur travail , que par la finesse de l’argile qui y est employée , et quelquefois par un parfum dont les fabricans ont l’art de les imprégner et qui se communique à l’eau dont on les emplit. On fabrique aussi à Kéneh des jarres, dont il se fait, comme des bardaks, de
grandes expéditions au Caire. On lie ensemble, la bouche en bas, une grande quantité de ces jarres, maintenues par quelques djérids, et on en forme d’immenses radeaux, souvent de plusieurs rangées d’épaisseur. Ces singulières embarcations, qui ont quelque analogie avec nos trains de bois flotté, descendent le Nil et se détruisent d’elles-mêmes peu-à-peu à mesure des ventes.
Il serait difficile d’évaluer la population de Kéneh, qu’on estime généralement à dix mille âmes; mais qui augmente considérablement lors du départ ou du retour des caravanes de la Mecque.
On avait, il y a quelques années, essayé de naturaliser dans les jardins de cette ville plusieurs plantes ou arbustes, apportés de l’Inde, pour le compte du Pacha, par un négociant anglais, M. Briggs; mais tout a péri par l’inondation ou le défaut de soins.
Le Mèmour de la province de Kéneh , Hassan- Bey, dont nous avions entendu parler comme d’un grand partisan des Européens, était de retour depuis la veille de sa tournée pour la perception des impôts. Nous allâmes lui présenter nos lettres et nos flrmans , et il nous fit l’accueil le plus affectueux. Il occupait une maison de boue assez vaste, signalée plutôt
EGYPTE ET NL'IÎIE.
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que défendue par trois pièces de canon de différens calibres, montées sur des affûts ver- 1 moulus.
Lors de l’expédition de Méhémed-Ali contre Jes Wehabites, Hassan-Bey avait été revêtu de la charge de gouverneur militaire delà Mecque, l’un des postes les plus importans et les plus enviés de l’empire. Mais un trait d’audace, qui faillit lui coûter la vie, détruisit le brillant avenir qui semblait alors s’ouvrir devant lui. Le Kyzlar-agassi (chef des eunuques noirs), envoyé par le Sultan pour faire à sa place le pèlerinage de la Sainte Kiabé, exigea d’Hassan- Bey des témoignages d’obéissance auxquels celui-ci se refusa. Des lettres, oû l’envoyé de Sa Hautesse appelait sur le gouverneur de la Ville Sainte toute la sévérité delà Porte, furent interceptées par Hassan-Bey , qui dans le premier moment de colère fit administrer, sans pitié, cent coups de bâton au gardien supérieur des dames de Mahmoud. Un tel acte de violence envers le troisième personnage de l’empire, ne pouvait rester impuni, et le Grand-Seigneur demanda la tète de celui qui avait pu s’oublier à ce point envers son représentant. Méhémed- Ali , qui portait une affection particulière à Hassan-Bey, son ancien mamlouk, et qui d’ailleurs n’avait pas vu sans une secrète ioie l’hu-
Égypte et nu bip.
miliation de l’envoyé du Suî.rtuî , eût* malgré des ordres réitérés, assez de crédit* et surtout donna assez d’argent pour sauver son favori; mais celui-ci fut obligé de se cacher pendant quelque temps, et ce n’est que lorsque cette affaire a été à peu près oubliée , que le vice-roi lui a confié le poste qu’il occupe aujourd’hui.
L’existence obscure et monotone à laquelle Hassan-Bey se trouvait réduit, lut était devenue à charge, et il n’avait pas su lui trouver un remède dans la philosophie, si c ommune à ses coreligionnaires. 11 ne connaissait qu’un moyen, détromper l’ennui, c’était de le noyer dans des flots de vin de Champagne. Il ■voulut absolument nous faire les honneurs d.e son spécifique favori , et ce n’est qu’au milieu < de la nuit , quand les vapeurs du vin l’eurent plo ngé dans un profond sommeil , que nous pur aes nous arracher aux témoignages d’amitié de. notre hôte. liassan-Bey paraissait affectif 31111er particulièrement les Français, et la fabrication du champagne n’était peut-être pas. le moindre de nos titres à sa prédilection; ce Jtfèmour était, du reste, très aimé dans sa province; et il adoucissait, autant qu’il le pouvait, la rigueur des ordres dont l'exécution lui était confiée.
Nous reçûmes, le lendemain matin, un présent de quelques montons, qui nous étaient-
ÉGYPTE ET KIJBIE.
?)Oji
envovés par Hassan-Bey. Un riche négociant arabe , Seïd - Hussein - Abou - Méhémed , pour lequel nous avions une lettre de recommandation , nous envoya également des moutons et un panier d’excellent pain frais.
Seïd-Husseïn était à Kéneh et à Kosseir, où il avait aussi un établissement, l’agent delà Compagnie anglaise des Indes orientales. Cette position, et l’amitié d’Hassan-Bey , qui, suivant l’usage des gouverneurs turcs, s’était associé à ses bénéfices, pour prix de la protection qu’il accordait à son commerce avec la Mer Rouge, lui avaient procuré une fortune dont nous pûmes mesurer l’étendue à la considération obséquieuse et au respect que lui témoignaient publiquement les habitans de Kéneh.
Seïd-Husseïn avait été particulièrement connu du général Belliard; le Sultan Juste (surnom donné en Égypte au général Desaix) avait logé plusieurs jours chez lui, et c’était avec un vif plaisir qu’il parlait des Français: « Jamais le pays n’avait été plus heureux, nous disait-il, qu’à l’époque de leur domination. » Nous ne pouvions nous lasser d’entendre les particularités pleines d'intérêt que nous racontait ce brave homme sur l’expédition française : « Quels hommes! quels soldats , que ces Français! s’écriait-i! quelquefois en s’interrompant; s’ils fus-
sent restés, nos maisons seraient bâties en lames d’argent; non, ce n’est pas avec du pain qu'ils méritaient d’étre nourris, mais avec du sucre. » Seïd-Husseïn nous consulta sur le remède qui lui convenait le mieux pour se guérir d’un catarrhe chronique dont il était affecté, et qui le fatiguait horriblement. Le premier que nous lui conseillâmes fut de suspendre l’usage du vin et surtout des spiritueux. — «Ah! chers amis, nous dit-il , si c’est là le seul moyen de me débarrasser de mon ennemi , j’aime mieux vivre avec lui, et puis Allah kêritn ! mes jours sont comptés là haut! »
Nous voulions aller visiter la grande Oasis d’EI-Ouah, mais malgré toute la protection d’Hassan-Bey, il nous fut impossible de nous procurer des dromadaires à Réneh; la saison avancée nous obligeant de nous hâter pour notre voyage de Nubie, nous ne jugeâmes pas à propos d’attendre qu’on en eut fait venir du. désert, et nous nous décidâmes à remettre cette excursion à notre retour.
Après avoir pris congé d’Hassan-Bey et du brave Seïd-Husseïn, auquel nous envoyâmes, avant de partir, quelques bouteilles de bordeaux et de rhum pour traiter son catarrhe à sa manière, nous traversâmes le Nil pour aller visiter Denderah.
i:gyptk et nïjbif.
Un peu au-dessus de Kéneh, sur la rive opposée du Nil, et au milieu d’une plaine immense, aujourd’hui presque inculte, s’élèvent îes huttes de décombres qui signalent l’emplacement de l’antique T eut y ris , dont les ruines offrent encore aux voyageurs l’un des temples les plus remarquables et surtout les mieux conservés de l’Egypte. Le monument, éloigné du rivage de plus d’une demi-lieue, est presque entièrement masqué par les buttes qui l’entourent et ne laissent apercevoir de loin qu’un portique isolé qui le précède, et les débris d’un petit édifice carré éloigné de quelques centaines de pas vers le nord.
A droite du portique, est un petit temple, irrégulièrement placé, dans lequel il est facile de reconnaître le Typhonium deStrabon : il est presque entièrement obstruéet comme englouti sous des masses de décombres. L’horrible figure de Typhon forme les chapiteaux des colonnes, et l’image hideuse de ce monstre est représentée sur tous les murs. Ce temple se compose de deux salles et d’une galerie extérieure dont toutes les colonnes sont revêtues d’hiél’oglyphes. On y reconnaît les cartouches ( 1) de Trajan, d’Adrien, et d’Antonin-le-Pieux.
(i) On a donné le nom de Cartouche ou de Cartel à un enca-
Non loin de là , s’élève l’édifice remarquable auquel Dendérah doit sa renommée. L’imposante façade de ce temple est couverte avec profusion de sculptures hiéroglyphiques, parmi lesquelles on distingue les légendes impériales de Tibère, de Caligula, de Claude et de Néron. L’édifice, encore presque intact, est composé de deux parties, dont la première, plus élevée que l’autre, contient outre le naos, trois salles principales, et quelques autres de moindres dimensions.
Le naos est soutenu par vingt-quatre énormes colonnes, dont les chapiteaux sont ornés sur leurs quatre faces de tètes de divinités, surmontées par un petit temple carré sur lequel reposent les architraves qui supportent les dalles du plafond. Les peintures dont ces chapiteaux sont ornés ont conservé toute leur fraîcheur; et quoiqu’ils soient isolément d’un goût médiocre, leur ensemble est d’un effet à la fois élégant et majestueux.
Une rampe, en pente douce, conduisait sur les combles de l’édifice. C’est par ces combles , détruits en quelques endroits , qu’on s’introduit maintenant dans les chambres de médiocres
drement de la forme d’un carré long dont les angles sont ari roudis. Ces cartouches entourent les noms des divinités et les noms propres et prénoms royaux des rois et des reines.
ÉGYPTE ET JVUBIE.
dimensions qui occupent tout entière la partie postérieure du temple. Le zodiaque fameux qui a donné lieu à tant de dissertations contradictoires, servait de plafond à l’une de ces chambres; et le plafond de plusieurs chambres voisines, dont les parois portent de nombreux cartouches d’empereurs, est décoré de zodiaques à peu près semblables.
Sur la corniche du naos on lit une inscription grecque qui annonce que ce temple fut consacré à la déesse Hathôr (Aphrodite ou Vénus) sous le règne de Tibère César; mais par la place qu’occupe cette inscription, il est facile devoir quelle a été gravée à une époque postérieure à celle de la décoration de l’édifice. Les plus anciennes parties du temple portent les images colossales de Cléopâtre et de son fils Césarion; mais l’édification de plusieurs autres ne paraît pas remonter au-delà des règnes de Trajan et d’Antonin (i).
Le petit bourg de Dendérah, qu’on aperçoit à quelque distance du temple, est renommé par ses fabriques de chapelets en noyaux de tloum peints en rouge, dont il se fait un com-
(i) Un temple d’Isis , aujourd’hui englouti sous les décombres, doit, suivant Champollion , exister derrière le grand temple.
ÈOYPlE HT NUBIE.
merce assez important avec le Kordofal et l’in* térieur de l’Afrique.
Une foule de solitaires, poussés par un pieux enthousiasme, et entraînés par les miracles qui avaient signalé la vie de saint Paul et de saint Antoine, vinrent, dans les premiers siècles du christianisme, peupler les solitudes habitées par ces deux anachorètes; mais aucune trace de leur passage n’est restée sur cette terre de pénitence, et l’on chercherait vainement aujourd’hui aux environs de Tentyris les restes des nombreux couvens qu’y fonda saint Pa* corne.
Nous profitâmes du peu d’heures de jour qui nous restaient, après avoir visité les ruines de Dendérah , pour continuer notre navigation , et nous saluâmes, en passant, le village de Bénoud, témoin du dévouement de l’intrépide Morandi, et d’un des plus beaux faits d’armes de l’armée française.
Morandi commandait la djerme V Italie, quand la flottille française fut attaquée à Bénoud par les Mekkains. Entouré par des forces supérieures, il combattit avec acharnement, 3t finit par échouer son bâtiment plutôt que le le rendre. Bientôt des nuées d’Arabes en- \ /ahirent le bord. Toute défense était devenue mpossible; pressé de toutes parts, Morandi
itr.YPTK ET IV U T! II’.
voulut (lu moins que sa mort fût utile à son pays : quelque temps encore il résista, pour laisser s’accroître le nombre des assaillans, et mettant le feu aux poudres, il se fit sauter avec trois cents d’entre eux.
L’héroïsme de Morandi ne sauva pas la flottille française, qui tomba tout entière au pouvoir des Mekkains; mais ceux-ci ne jouirent pas long-temps de leur victoire. A quelques jours de là, Belliard les cerna dans Bénoud même , et les anéantit presque jusqu’au dernier; la flotille fut reprise, et V Italie seule avec son brave commandant manquèrent au triomphe
des Français.
L’armée entière applaudit à ce généreux dévouement; et cependant, par une incroyable fatalité , ces applaudissemens ont à peine trouvé un écho en France. On a élevé une statue à Bisson; le nom du chevalier d’Assas est dans toutes les bouches; et celui de Morandi est resté inconnu.
La nuit commençait à tomber quand nous vînmes amarrer notre cange sur le rivage de Koft, l’antique Coptos, située à six lieues sud environ de Kéneh. Koft est, comme cette ville, bâtie près de l’entrée d’une vallée qui s’étend dans le désert de l’est. Bien que l’origine de Coptos paraisse fort ancienne, il ne commence
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guère à en être question que dans I histoire des Ptolémées. Cette ville était alors l’entrepôt du commerce de l’Inde qui se faisait tout entier par les Bérénices. Coptos, élevée au faîte de la prospérité du temps de Strabon , commença à décliner vers le onzième siècle , et elle était entièrement déchue à la fin du quatorzième ; ce n’est plus aujourd’hui qu’un hameau autour duquel gisent sur le sable, au milieu de vieilles fondations de briques, des blocs ou des colonnes de granit renversés, des restes de monastères en ruines ou d’églises converties en mosquées; débris muets successivement écroulés l’un sur l’autre comme un témoignage des diverses civilisations qui se sont succédé sur cette terre patrie des arts, et qui ont aujourd’hui cédé leur place au désert.