‹ L'Égypte et la NubieChapitre 30 sur 41 · JJ · texte numérisé non relu

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salles éclairées par d’étroites meurtrières (i)ou furent casernées quelques compagnies françaises de la 21e demi-brigade. Depuis cette époque, Abou-Tarboueh , Nazir de ce district, y avait établi la demeure de ses femmes , et les voix mélancoliques du harem firent retentir ces sombres voûtes, où avaient résonné quelques années auparavant les joyeux refrains d’un bivouac français.

Les savans de notre expédition ont laissé à Edfou une trace de leurpassage, en faisant graver la longueur du mètre sur la porte qui sépare les pylônes. La cour du temple sert aujourd’hui de magasin pour les céréales. Afin de prévenir, ou au moins de constater facilement les vols, l’autorité a fait couvrir chaque tas de grains d’une empreinte répétée de la marque du fisc, gravée sur une large planche, de telle sorte qu’il serait impossible d’opérer la moindre soustraction , sans que la destruction des empreintes la fasse aussitôt reconnaître.

Non loin du grand temple, on en découvre un autre béaucoup plus petit, presque entière-

(0 II est à croire que, dans l’origine, les salles de l’inlérieur des pylônes étaient destinées à rester dans une obscurité complété, et les jours qui y sont actuellement pratiqués indiquent par la manière dont ils mutilent les hiéroglyphes extérieurs, une origine plus récente que la construction du monument

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ment enfoui au milieu des décombres et consacré à Typhon (i). L’horrible figure de ce dieu forme les chapiteaux des colonnes dont est décorée la première cour , seule partie de ce monument qui soit maintenant à découvert. Ce n’est qu’en se glissant à plat-ventre qu’on peut explorer quelques-unes des salles de cet édifice , qui date des règnes de Ptolémée YII et de Ptolémée VIII.

Nous allions quitter Edfou , quand des chants, ou plutôt des cris cadencés, appelèrent notre attention. Bientôt nous rencontrâmes une troupe de femmes confusément groupées devant la porte d’une cabane. La plupart étaient armées de lances, de fusils, ou de quelques instrumens aratoires; au milieu du groupe, l’une d’elles, que deux ou trois autres s’efforcaient de retenir, s’arrachait les cheveux , se roulait par terre, couvrait sa tête de poussière et en souillait ses vêtemens; elle se calmait par intervalles: alors toutes les femmes de la troupe, élevant les bras

(i) Il est curieux de remarquer avec Champollion que les anciens Égyptiens ont toujours construit cesTyphonium ou petits temples nommés Mammissi ( lieux d’accouchement), à côté de tous les grands temples où une triade était adorée. C’était l’image de la demeure céleste où la déesse avait enfanté le troisième personnage de la triade qui est toujours figuré soin: la forme d’un jeune enfant.

au-dessus de leur tète et agitant leur corps, poussaient toutes ensemble, en cadence, ces cris étouffés que nous avions d’abord entendus ; après quoi, et comme pour leur laisser reprendre haleine, la première recommençait ses lamentations; celte femme était, comme nous rapprîmes, la veuve d’un jeune homme auquel on allait rendre les derniers devoirs, et ses amies avaient, pour faire honneur au défunt , apporté au convoi les armes et les instrumens par l’habile maniement desquels il s’était, ou au moins il était censé s’ètre distingué. Bientôt arriva une troupe d’hommes, dont les premiers portaient sur leurs épaules une bierre découverte; le corps y fut placé, et le cortège se mit en marche. Les hommes s’avancèrent les premiers en récitant des versets du Coran; après chaque verset les femmes poussaient des cris aigus; de temps en temps on faisait une halte, pendant laquelle elles recommençaient à chanter en cadence en se balançant , et en tenant les bras élevés au-dessus de leur tête jusqu’à ce qu’on se remît en marche; arrivé au lieu de la sépulture, le corps fut déposé dans la fosse et recouvert de terre, ou plutôt de poussière à laquelle plusieurs porteurs d’eau chargés de ce soin , mêlaient à mesure l’eau de leurs outres pour lui faire former

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une seule masse, et empêcher que les hyènes et les chakals ne pussent venir déterrer le cadavre pendant la nuit.

On achevait l’inhumation d’un corps lors de l’arrivée de celui que nous avions accompagné; les funérailles étaient à peine terminées quand l’arrivée d’un troisième, puis celle d’un quatrième , en nous prouvant qu’il régnait à Edfou une mortalité plus grande qu’à l’ordinaire, vinrent nous rappeler l’idée du typhus d’Esné.

En effet , ce typhus régnait à Edfou avec plus de force encore qu’à Esné , et nos gens, qui nous en croyaient avertissons avaient vus avec étonnement braver un péril plus grand que celui auquel nous avions refusé de nous exposer la veille; envisageant eux-mèmes ce péril avec indifférence , ils n’avaient fait à ce sujet aucune réflexion, et nous avaient laissé entrer dans vingt maisons et toucher sans précaution ceux que nous rencontrions ; prévenus trop tard , force nous fut de faire de nécessité vertu , et d’attendre tranquillement les résultats de notre imprudence; cependant nous fûmes plus heu-, reux que sages, et personne à bord de la cange n’eut à se repentir de s’être aventuré au milieu de la contagion.

Bien que dans la Haute-Egypte la culture soit

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moins soignée que dans le Delta, et que l’exhaussement des terres y rende l’irrigation plus difficile et plus inégale , nous avons pu reconnaître que les habitans du Saïd sont moins malheureux que ceux de la Basse-Égypte , et cette observation devient plus sensible quand on se rapproche des cataractes : il semble que la tyrannie soit moins pesante à mesure qu’on s’éloigne du centre du gouvernement. Ici , ils se nourrissent en général d’un pain de froment peu fermenté, de pain de mais et de doura , et de doura légèrement rôti; d’une sorte d’herbe tendre de la famille du trèfle, qu’ils nomment helbdj d’une autre herbe appelée molohia , assez semblable à l’oseille, qu’ils préparent avec de la mauvaise huile de lin ou du beurre; d’une grande quantité d’oignons , de fèves , d’ail, de laitues, qu’ils mangent cuits ou crus , ou assaisonnés avec du lait aigri ( leben ); de fort peu de viande ; enfin de beaucoup de poisson salé. Leur boisson se compose de l’eau du Nil , toujours trouble , mais toujours digestive , de méryse , espèce de bière épaisse et fort indigeste, et principalement d’eau-de-vie de dattes. C’est sans doute à ce régime composé de substances âcres et irritantes qu’il faut attribuer les ophthalmies fréquentes qui régnent en Egypte, et dont sont plus particulièrement

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atteints les naturels. M, Pariset , qu’un généreux dévouement avait conduit en Égypte, et qui s’est ainsi trouvé à même de faire de judicieuses observations sur l’hygiène de ce pays , pense qu’on pourrait rapporter avec raison à la meme origine les premiers germes de certaines maladies organiques, telles que la lèpre , l’éléphantiasis , et les hydro-sarcocèles énormes dont les exemples sont si communs dans toute cette région. Quant à la dyssenterie, qui est en Égypte non moins permanente que l’ophthalmie, mais qui menace plus spécialement les étrangers , elle doit tirer sa source des conditions naturelles du pays, mais il serait difficile d’en indiquer les véritables causes.

Les mœurs des Arabes du Saïd offrent peu de différence avec celles des Arabes de la Basse- Égypte : c’est la même gaieté , la même insouciance, et une disposition non moins prononcée pour le vol ; on cite d’eux des traits où ils ont poussé la finesse et l'audace à un point incroyable, et il n’est pas rare de les voir suivre à la nage les barques où se trouvent quelques riches passagers, qu’ils dévalisent pendant la nuit avec une adresse digne des filous de notre Europe; du reste bienveillans , serviables et spirituels , ils joignent à une certaine indépendance de caractère, une patience à toute

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épreuve, et supportent sans se plaindre et avec une admirable résignation les plus atroces douleurs; moyennant une modique rétribution on peut leur demander les services les plus pénibles.

Leurs femmès , que distinguent des formes remarquables et une grâce incroyable dans tous leurs mouvemens, sont encore imbues des préjugés que la jalousie des hommes a créés : elles se cachent la figure et regardent comme des prostituées celles qui ne se conforment pas rigoureusement à cette pratique ancienne; leur voix est grêle, malgré leur constitution robuste; exclusivement occupées des soins du ménage elles sont généralement paresseuses, sales et intéressées.

A peu de distance au-dessus d’Edfou, la vallée du Nil se resserre, et à Djebel-Selséleh (la montagne de la chaîne), des roches de grès d’üne très grande élévation viennent de chaqùè côté border le fleuve. Tous ces rochers sbnt percés de vastes carrières, dont les plus étendues sont celles de la rive droite; on y distingué encore les roiites anciennes qui les traversèrent et qui sont sillonnées par les traCes des roués de chars. Quelques-unes de ces excavations ont jusqu’à six cents pieds de long , sur trois centsdè large et quatre-vingts d’élévation.

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C’est de là, sans aucun doute, que sont sortis les matériaux des monumens d’Ëdfôu, d’Esné et peut-être de Thèbes. La pfupart de ces carrières ont ensuite été ornées d’inscriptions hiéroglyphiques , qui se rapportent aux xvin, xix et xxiie9 dynasties, et àùx règnes d’Horus, d’Ousireï I cr , de Ramsès II , de son fils , de Ramsès-Maï-Amoun , de Ménéphtab II èt de Sésonchis. On y remarque aussi quelques inscriptions coptes et grecques. Les sculptures de ces carrières ne sont en plusieurs endroits qu’à demi terminées , mais les arêtes sont tellement vives, les éclats tellement frais, qu’on dirait qiiè l’artiste n’a quitté ces travaux qu’hier et qu’il doit les reprendre dêàaain , et cependant cet hier daté de deux mille ans et cè lendemain

ne doit verïir jamais.

Les excavations de la chaîne libyque se rapportent à la même époque que celles de la rive opposée, et offrent également des restes remarquables. Plusieurs des bas-reliefs qui les décorent ont été jadis recouverts dè peintures que le temps n’a que faiblement altérées. On aperçoit au fond d’un speos , daris une niche Occupée autrefois par des statües , plusieurs emblèmes chrétiens avec des inscriptions grecques des premiers temps de rétablissement du christianisme eri Égypte; ce sont les seules traces

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qu’aient laissées de leur existence les nombreux cénobites qui , voués à une vie contemplative , peuplèrent pendant plusieurs siècles ces retraites souterraines.

Le vent du nord soufflait avec violence, et notre petite escadre sillonnait avec rapidité les ondes du fleuve; notre navigation était joyeuse; nos matelots, accroupis à l’avant de la cange, battaient des mains en cadence et fesaient retentir les airs de leurs chants monotones, pendant que nous nous amusions à troubler par des coups de fusil , le repos des crocodiles endormis sur les îles de sable.

Nous vîmes bientôt disparaître Koum-Ombou ( Ombos ), riche de ses merveilles architecturales qu’elle déploie au-dessus d’une île riante et ombragée. Le lendemain icr avril, après avoir dépassé de nombreux écueils , nous nous trouvâmes rendus au joli port d’Assouan; nous avions atteint la frontière de l’Égypte, la limite de l’empire des Césars.

Quand on approche d’Assouan , l’aspect du pays change entièrement; aux montagnes calcaires de l’Égypte succèdent des masses de granit , dont la couleur sombre donne au paysage une physionomie toute nouvelle; ces blocs granitiques sont partout au milieu du fleuve , sur ses rives, dans l’intérieur des terres ,

tantôt formant des montagnes entières , tantôt s’élevant en rochers isolés ou bizarrement accumulés l’un sur l’autre. Mais, sous quelque forme qu’ils se présentent, on est toujours sur de les trouver empreints du sceau de la puissance égyptienne , soit qu’ils aient été exploités comme carrières, soit que, convertis eux-mèmes en monumens, ils présentent une surface couverte d’inscriptions hiéroglyphiques et perpétuent le souvenir des hommages rendus aux dieux du pays par des rois ou par des particuliers.

A l’antique Souan des Pharaons , à la florissante Syène des Grecs, a succédé une bourgade de terre qui mérite à peine aujourd’hui le nom de ville, et dans laquelle végète misérable une population de trois ou quatre mille habitans, mélange confus de fellahs, d’Ababdeh, de Barabrahs, d’ Albanais, et de toutes les races que la guerre y a conduites tour à tour.

Bâti sous le règne de Sultan-Sélirn Ier, l’Assouan actuel s’élève sur la pente peu rapide d’un coteau planté de dattiers; ses maisons étagées, entremêlées de bouquets de verdure, présentent de loin un air d’aisance lorsqu’on arrive par le fleuve. Mais quand on approche davantage, cette trompeuse apparence de prospérité disparait pour vous laisser aperce

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voir dans toute leur hideüâe réalité des masures qui achèvent de s’écrouler parmi d’énormes monceaux de décombres. Au sud de la ville, l’Assouan des Sarrasins couvre les flancs d’une colline élevée des restes de ses demeures en ruines, parmi lesquels on remarque encore quelques traces de murs et de tours romaines.

C’est à Syène que Juvénal alla expier dans 1 exil quelques traits satiriques lancés contre un des favoris de Domitien. C’est aussi là que

se trouvait le puits célèbre dônt le fond était éclairé en entier par un soleil perpendiculaire, le jour du solstice d’été, à midi. Déterminée par Ëratosthène, bibliothécaire d’Alexandrie sous Ptolémée III Évergète , comme limite tropicale, ôiï conçoit que Syène ait pu être adoptée par les anciens comme point de départ dans leurs calculs astronomiques, à défaut d’autres cités situées par la même latitude. Mais cette fausse base devait entraîner des erreurs d’autant plus graves que les anciens ne tenaient pas compte des variations d’obliquités de l’écliptique, variations telles que le puits de Syène, si on le découvrait aujourd’hui, ne serait éclairé qu’à moitié par le soleil le jour du solstice d’été.

La position de Syène sur les confins de l’Égypte et de la Nubie, en fit en tous les temps

une place forte du premier ,Qrdre; SQumise par les Romains avec le reste du pays, elle cessa un instant d’ètre leboulevart de l’Égypte, quand les garnisons placées dans les villes de la Basse-Nubie eurent reculé vers le sud les limites de l’empire ; mais en retirant les garnisons trop faibles pour résister aux efforts des Blémyes, Dioclétien rendit à Syène son importance première.

Bientôt le christianisme vint à son tour concourir à la célébrité de Syène en la rendant le siège d’un évêché renommé ; de toutes parts s’élevèrent de nombreuses églises et des couvens, dont on aperçoit à peine aujourd’hui quelques débris , et peut-être ne trouverait-on pas maintenant un seul chrétien dans çette ville où la religion brilla jadis de tout son éclat.

La ville romaine fut abandonnée vers l’an 806, à la suite d’une peste épouvantable qui enleva vin^t-un mille habitans. Le nombre des vietimes permet d’apprécier quelle devait être à cette époque l’importance de cette place, dont le commerce est aujourd’hui tellement nul, que les caravanes de Nubie dédaignent souvent de s’y arrêter.

Sous l’empire des Khalifes, Assouan , sortie de ses ruines, devint comme aux temps antiques

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le chef-lieu d’une province florissante (ij , le séjour d’un nombreux corps de troupes destiné à s’opposer aux incursions des Nubiens, et le point de départ des expéditions envoyées en Éthiopie. Les malheurs qui accablèrent l’Égypte à l’époque de l’extinction de la dynastie des Fathimites, devinrent surtout funestes à Assouan ; dépourvue des troupes qui devaient la défendre, prise et reprise plusieurs fois par les enfans de Kenz, race belliqueuse établie depuis peu dans la Basse-Nubie, enlevée à ceux-ci par les Haouarah , Assouan n’offrit bientôt plus qu’un monceau de ruines entièrement abandonnées pendant quelque temps et auprès desquelles finit par s’élever la bourgade actuelle.

Les catastrophes dont Syène fut le théâtre à tant d’époques différentes, n'ont presque rien laissé subsister des édifices qui la décoraient. Les débris d’un môle restauré à diverses époques et ceux d’un petit temple enfoui, dédié à Cnouphis et à Saté, dieux de la cataracte, où Champollion a retrouvé une légende

(i) Lafertilité du territoire d’ Assouan était surtout citée poulies nombreuses variétés de dattiers qu’on y cultivait en telle quantité, qu’au rapport d’El-Kemal Djafar, il produisit en un an 3o,ooo ardebs de dattes.

de l’empereur Nerva , sont avec les inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les rochers , les seuls vestiges antiques qu’on y rencontre aujourd’hui.

Un petit canal étroit et qu’on peut passer à gué dans la saison des basses eaux sépare Assouan de l’ile d’Éléphantine , appelée par les naturels Djéziret-el-Zaher (l’Ile fleurie). Les monumens qu’on admirait encore à Éléphantine du temps de l’expédition française, et notamment les deux temples d’Aménopht Ï1I ont disparu , et on a peine à reconnaître aujourd’hui leur place au milieu des débris et des tombeaux cent fois violés qui occupent toute la partie sud de l’île.

Convertis en chaux, les sanctuaires où l’encens brûla en l’honneur d'Osiris et de Cnouphis, ont servi à blanchir les casernes qu’occupèrent les premières troupes régulières du vice-roi.

Quelques débris du nilomètre, décrit par Strabon, existent encore confondus avec des restes d’un quai, élevé sans doute pour garantir la partie sud de l’île des remous du Nil, partout où elle n’était pas suffisamment défendue par les rocs de granit qui la ceignent en grande partie de ce côté.

Au milieu de quantité de fragmens de terre cuite, on découvre à Éléphantine des tessons

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couverts d’écritures, qui attestent que l’ostracisme n’était pas le seul objet auquel on les appliquât- La fragilité des papyrus fit sans iloute recourir à ces morceaux de poterie , qui devaient se vendre à vil prix. Une écriture qui ressemble au caractère démotique figure sur la plupart; mais beaucoup portent des caractères grecs, et c’est à l’aide de ceux-ci qu’on a pu se convaincre que ces fragmens curieux servaient à donner quittance pour des vivres; quelques-uns sont si bien conservés qu’on peut déchiffrer sans peine le nom et le titre de l’employé qui se faisait délivrer ces reçus rédigés en forme de lettre. Le payé articule son nom , et après son salut au payeur , il déclare avoir touché sa solde et sa ration ; mais comme souvent les soldats ne savaient pas écrire , on voit fréquemment un autre signer pour eux cette déclaration, après laquelle on lit la date du mois et du jour.

La plus grande partie de l’île d’Éléphantine est couverte de dattiers et de champs cultivés; elle est habitée par une trentaine de familles, toutes de races Barabrahs. Des enfans des deux

sexes, nus quoique déjcà pubères, nous poursuivaient avec une confiance toute naïve, en nous demandant des bakhchich , et nous apportaient quelques fragmens d’antiquités , des

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fruits et des paniers de jonc qu’ils tressent avec beaucoup d’adresse.

Au moment où nous rentr ions à Assouan , nous trouvâmes des hommes courant dans toutes les directions armés , de lances et de fusils; les femmes, de leur côté, parcouraient les rues en poussant des cris aigus , et toute la ville était dans la confusion. Un jeune Bédouin, de la tribu des Ababdeh , était la cause de ce tumulte : il venait de s’enfuir au désert après avoir assassiné d’un coup de couteau un boucher auquel il servait d’aide; le meurtrier avait, déjà eu le temps de quitter le théâtre de son crime lorsqu’on s’aperçut de l’évènement qui venait d’ensanglanter ce bourg, d’ordinaire si tranquille. Les clameurs du peuple l’avertirent bientôt du danger qu’il courait et le firent redoubler de vitesse ; les fellahs , impatiens de venger la victime , et frémissant de voir cette proie leur échapper, poursuivaient l’assassin pêle-mêle avec des Ababdeh qui s’attachaient à leurs pas pour défendre un membre de leur tribu menacé. Le fils du boucher assassiné agitait son yatagan , et excitait la rage de ses amis, qui l’entouraient en mêlant leurs imprécations à ses cris de désespoir. — « Oui, voilà le sang de mon père, s’écriait-il; je jure par ce sang que j’aurai le coeur de cet infâme

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Bédouin, je l’arracherai de sa poitrine maudite et je le donnerai a dévorer à mes chiens. »

Heureusement la nuit vint avant que l’assassin eût été retrouvé, et la lutte sanglante à laquelle son arrestation aurait donné lieu fut ainsi évitée. Mais la soif de vengeance , une fois allumée chez les Arabes, ne s’éteint pas facilement, et lorsque après quelque temps le meurtrier n’est pas découvert, son crime doit être lavé dans le sang de son plus proche parent, qui lègue en mourant à sa famille une autre vengeance à exercer; ainsi les haines s’éternisent et s’accroissent à mesure qu’on leur sacrifie des victimes.

A u-delàd’Eléphantine commencent, les chellal (cataractes) du Nil, dans lesquelles il est impossible de reconnaître aujourd’hui les descriptions pompeuses que nous en ont laissées les auteurs anciens, et Ton a bien de la peine à se défendre de croire qu’il n’y ait pas eu plus d’amour du merveilleux que de respect pour la vérité, dans ces traditions antiques qui nous représentent le fleuve se précipitant d’une hauteur tellement prodigieuse, que le bruit rendait sourds les habitans du voisinage. Le nom de cataractes, qu’on donne à ces rapides qui bouillonnent entre les rochers, paraît

vraiment dérisoire quand on songe aux chutes effrayantes que les voyageurs signalent dans le Nouveau-Monde, ou même à la plupart des cascades qu’offrent nos montagnes d’Europe. Cependant nous nous trouvions alors, à cause du peu de hauteur des eaux du fleuve, dans la saison la plus favorable pour les bien apprécier. La cataracte d’Assouan, ou première cataracte, occupe, entre les îles d’Éléphantine et de Philæ, un espace d’environ cinq milles; d’énormes rochers de granit jetés par la nature au milieu du fleuve, et quelques petites îles, obstruent le lit du Nil et le divisent en plusieurs canaux encaissés. Quelques-unes de ces îles aujourd’hui désertes ont été autrefois habitées, et sur Tune d’elles, celle d’Esséhel , l’île de Bacchus des anciens, sont quelques traces d’un petit temple découvert en 1816 par M. Rüppell; ces rochers opposent au cours du fleuve un obstacle qu’il franchit avec impétuosité, produisant une suite de petites cascades dont les plus considérables n’ont pas plus de quatre ou cinq mètres d’élévation. Pendant le temps des basses eaux, les barques ne peuvent remonter la cataracte qu’en se faisant remorquer à force de bras. La chute totale peut alors être évaluée à une hauteur de quinze à vingt mètres, tandis qu’à l'époque de l’inondation, lorsque la plus

3 Egypte et nubie.

-ramie partie .les rochers est submergée , elle disparaît presque entièrement, et la force du vent suffit le plus souvent pour la francb.r.

APPENDICE

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