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la France et de l’Angleterre, dont les escadres peuvent aisément tout maintenir dans le cercle tracé, suffirait pour obtenir ce résultat.
Quant à la régénération de la Turquie, Etat faible aujourd’hui mais qui n’a rien perdu de son énergie , nul doute que sous la tutelle de la France et de l’Angleterre, elle ne marche d’un pas rapide ; et les progrès prodigieux faits en quelques années par les Turcs, malgré tous les obstacles extérieurs, sont un sûr garant de ce qu’on pourrait attendre d’eux si une influence étrangère cessait enfin de paralyser leurs efforts.
En vain voudrait-on se faire un argument de la faiblesse actuelle de la Turquie pour nier la possibilité de sa régénération.
Sous Soliman II, l’empire Ottoman a été plus près de sa ruine qu’il ne l’est aujourd’hui. La Grèce et la Dalmatie étaient occupées par les Vénitiens ; la Servie, la Bosnie, la Bulgarie, par les forces autrichiennes; lesPolonais avaient pris possession de la Transylvanie, de la Valachie et de la Moldavie; un chef rebelle, envahissant l’Anadolie , s’avançait jusqu’aux portes de Scutari, et, pour comble de malheur, les Janissaires insurgés refusaient de marcher contre l’ennemi. Un an après, le Sultan était rentré dans toutes ses possessions, et depuis cette
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époque, la Turquie a encore compté des jours nombreux de gloire et de prospérité. Si la nation turque est au-dessous des nations de l’occident de l’Europe , c’est parce qu’elle était demeurée stationnaire au milieu du progrès général; elle en est aujourd’hui arrivée à l’époque de transition à laquelle sont successivement arrivés tous les peuples, elle secoue sa rouille antique, elle demande à améliorer son sort, et profitant des progrès de ses devanciers elle parcourt à pas de géant la carrière que l’Europe, sortant de la barbarie , a mis des siècles à parcourir ; elle marche sans que rien puisse l’entraver, parce que, chez elle, le souverain et le peuple sont d’accord, et que le sentiment d’un besoin commun les pousse vers le but que les autres nations n’ont atteint qu’au travers des torrens de sang.
Parmi les argumens qu’on se plaît à opposer à la possibilité de la régénération de l’empire ottoman , il en est un bien usé et que cependant on répète encore tous les jours. La religion musulmane est , dit-on , un obstacle à la civilisation.
Comme toutes les religions , l’Islamisme a été tour-à-tour, entre les mains d’hommes civilisés ou grossiers , un instrument de civilisation ou de barbarie; mais ouvrez l’histoire; à coté de
INTRODUCTION
l’Europe chrétienne et barbare (lu moyen-âge, voyez le palais des Khalifes de Bagdad et de Cordoue devenir le séjour des arts et des sciences ; voyez naître sous leur sceptre, l’état de société le plus noble, le plus élégant, le plus soigneux du bonheur de tous, dont les annales du monde aient peut-être jamais offert l’exemple; et prononcez, si vous l’osez, que la religion musulmane est un obstacle au développement des facultés de l’homme, et quelle est opposée à tout esprit de civilisation!
Et comment pourrait-elle l’être? comme loi religieuse, l’Islamisme fait prédominer la morale, comine loi civile l égalité, comme loi politique le droit du peuple à être gouverné dans l’intérêt de tous. Cette religion a-t-elle changé? non , elle est encore aujourd’hui ce qu’elle était dans ces temps de splendeur et de gloire; aujourd’hui comme alors, elle laisse le champ libre à tous les développemens de l’esprit humain, à tous les progrès; aujourd’hui comme alors elle n’est inflexible que sur un seul point, sur la base immuable quelle s’est posée , l’unité, principe admirable qui a fait la puissance des Khalifes et celle des Sultans, et dans lequel réside la facilité prodigieuse avec laquelle cette puissance peut revivre.
Sans doute on ne saurait nier qu’il y a en Tur-
INTRODUCTION
quie misère et dépopulation , mais depuis que l’Empire Ottoman a cessé de se faire craindre , depuis que son peuple, s’attachant aux contrées qu’il avait conquises, est devenu sédentaire et cultivateur, l'Europe a-t-elle cessé de le poursuivre de ses répulsions politiques et de ses haines religieuses ? Engagés, presque sans relâche, dans des guerres gigantesques qu’ils n’avaient pas provoquées , menacés quand ils n’étaient pas attaqués, les Ottomans ont été, pendant toute la période du dernier siècle, tenus, par le besoin de la défense , sur un perpétuel qui vive qui n’était pas toujours la guerre, mais qui n’était jamais la paix. D’un autre côté, le despotisme écrasant des Janissaires avait absorbé, au profit de cette caste dominant sans contrôle et sans frein, toutes les sources de la prospérité, et réduit l’autorité impériale à n’ètre plus que l’instrument de ses caprices et de ses exactions. Loin doue qu’on s’étonne de l’état auquel la Turquie est réduite, ne devraiton pas plutôt s'étonner que, placée sous linfluence de pareilles causes de destruction, elle ne soit pas dès long-temps effacée du nombre des nations? ne devrait-on pas plutôt admirer la force d’une constitution qui a pu résister à des secousses suffisantes pour renverser les Etats les mieux affermis ?
introduction .
Aujourd’hui que l’esprit d’intolérance religieuse a cessé de poursuivre les Turcs de ses répulsions irréfléchies; aujourd’hui que les Janissaires sont abattus, tout est prêt, dans l’Empire Ottoman, à suivre une voie d’amélioration et de progrès.
Aider à la régénération de la Turquie, par toutes les voies possibles, est pour l’Europe un devoir en même temps qu’une nécessité.
Assurer l’avenir des puissances occidentales contre les entreprises des Russes, en civilisant une grande nation , est une entreprise digne des lumières de notre siècle, qu’elle marquerait d’un cachet particulier de grandeur et de philantropie.
Malgré ses pertes successives en territoire, l’Empire Ottoman est maintenant encore formé des plus riches provinces de l’Europe et de l’Asie; son peuple, à la fois agricole et guerrier, ne ressemble en rien à ce qu’on appelle en d’autres lieux la multitude. Calme, mesuré, patient, il présente à l’observateur un fonds de sagesse, de philosophie, une simplicité patriarcale, un esprit d’égalité qui ne sont, le plus souvent chez nous, que le produit de hautes études et d’une éducation achevée.
Fiers de leur dignité d’hommes et de musulmans, les enfans d’Qthman n’ont laissé avilir