LXVI INTRODUCTION
quie misère et dépopulation , mais depuis que l'Empire Ottoman a cessé de se faire craindre , depuis que son peuple, s'attachant aux contrées qu'il avait conquises, est devenu sédentaire et cultivateur, l'Europe a-t-elle cessé de le poursuivre de ses répulsions politiques et de ses haines religieuses ? Engagés, presque sans relâche, dans des guerres gigantesques qu'ils n'avaient pas provoquées , menacés quand ils n'étaient pas attaqués, les Ottomans ont été, pendant toute la période du dernier siècle , tenus , par le besoin de la défense , sur un perpétuel qui vive qui n'était pas toujours la guerre, mais qui n'était jamais la paix. D'un autre £ôté, le despotisme écrasant des Janissaires avait absorbé, au profit de cette caste dominant sans contrôle et sans frein , toutes les sources de la prospérité, et réduit l'autorité impériale à n'être plus que Tinstrument de ses caprices et de ses exactions. Loin donc qu'on s'étonne de l'état auquel la Turquie est réduite, ne devraiton pas plutôt s'étonner que , placée sous Tinfluence de pareilles causes de destruction, elle ne soit pas dès long-temps effacée du nombre des nations? ne devrait-on pas plutôt admirer la force d'une constitution qui a pu résister à des secousses suffisantes pour renverser les États les mieux affermis ?
ilTTROBTICTIOir. IXVlî
Aujourd'hui que l'esprit d'intolérance religieuse a cessé de poui*suivre les Turcs de ses répulsions irréfléchies; aujourd'hui que les Janissaires sont abattus, tout est prêt, dans l'Empire Ottoman, à suivre une voie d'amélioration et de progrès.
Aider à la régénération de la Turquie , par toutes les voies possibles, est pour l'Europe
un devoir en même temps qu'une nécessité.
Assurer l'avenir des puissances occidentales contre les entreprises des Russes, en civilisant une grande nation , est une entreprise digne des lumières de notre siècle, qu'elle marquerait d'un cachet particulier de grandeur et de philantropie.
Malgré ses pertes successives en territoire , l'Empire Ottoman est maintenant encore formé des plus riches provinces de l'Europe et de l'Asie; son peuple, à la fois agricole et guerrier, ne ressemble en rien à ce qu'on appelle en d'autres lieux la multitude. Calme, mesuré, patient, il présente à l'observateur un fonds de sagesse, de philosophie, une simplicité patriarcale, un esprit d'égalité qui ne sont, le plus souvent chez nous , que le produit de hautes études et d'une éducation achevée.
Fiers de leur dignité d'hommes et de musuU mans, les enfans d'Othman n'ont laissé avilir
LXvilI INTRODUCTION.
leur caractère national ni par les chances défavorables de la guerre, ni par l'injustice de TEtirope à leur égard , ni pas les maux incalculables dont leur pays a été accablé. Enchaînés désormais aux combinaisons de la politique des Cabinets européens, ils attendent d'eux une régénération dont ils sont dignes.
Que l'Europe , que la France et l'Angleterre surtout, à qui cette tâche est plus spécialement imposée , abandonnent l'idée , si légèremant conçue, de l'épuisemeut des ressources de l'Empire Ottoman, qu'elles lui accordent sécurité pour son existence nationale, qu'elles empêchent la main de son implacable ennemi de se resserrer sur lui à chaque pas qu'il tente de faire vers un état meilleur, et dans peu d'années la Turquie, assise sur des bases solides, leur offrira, contre les itivasions des peuples du Nord, une barrière dont rien ne pourra réparer la perte alors qu'elles l'auront laissé dé« truire.
Ki