L INTRODUCTION
la division ; mais une pareille prédiction , que les siècles à venir verront sans aucun doute s'accomplir, n'est point une ressource pour un danger présent. D'ailleurs ce qu'on semble méconnaître dans les projets de la Russie, c'est qu'il ne s'agit pas aujourd'hui pour elle d'un accroissement de territoire, mais uniquement de l'occupation des Dardanelles ; ce que veut maintenent la Russie , ce sont les Dardanelles. Cest la clqfde ma maison^ disait Alexandre aux conférences d'Ërfurth; en échange de la clef de sa maison il offrait à Napoléon la moitié de l'Europe; Napoléon trouva le partage inégal, et il refusa. Qu'importe à Nicolas l'adjonction immédiate de la Turquie à ses états? qu'il soit maître des Dardanelles, que la mer Noire devienne pour lui un lac intérieur, qu'il n'ait à redouter en cas de guerre aucune entreprise contre les provinces asiatiques de son empire, prêtes encore aujourd'hui à tourner au premier signal leurs armes contre lui; et il attendra du temps que la Turquie tombe entre ses mains. Maîtresse des Dardanelles la Russie recueille tous les avantages de la possession delà Turquie, elle échappe à vos coups:} do ce moment elle pèse sur l'Europe de tout le poids de sa masse. Partout présente, elle débouche à son gré dans la Méditerranée, tandis que par la Baltique elle entre
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dans la mer du Nord. Au nord et au sud ses bras gigantesques étreignent TEurope destinée à périr dans cet embrassement. Quel sera alors le côté vulnérable de ce colosse qui pourra attaquer partout sans être attaquable nulle part? Les Dardanelles ? tous avez un défilé inexpugnable à franchir et une capitale à vaincre avant d'avoir seulement porté la guerre sur le sol ennemi; te nord? il vous faut après les risques des batailles courir ceux du climat , et de trop fameuses catastrophes vous ont appris ce que vous avez à en attendre.
Les Dardanelles, encore ouvertes à l'heure qu'il est 9 sont le seul point par lequel la Russie offre prise à l'ennemi; que la Turquie les lui livre, et c'en est fait, l'armure du colosse est tout d'une pièce , il n'y a plus de défaut où le fer paisse pénétrer. Du jour où le Czar occu* pera les Dardanelles, il aura pour acheminement au protectorat européen, l'immense avantage d'être toujours mattrede choisirpour combattre, les temps et les lieux qui lui conviendront.
Le traité d'Unkiar^kelessi a été pour les Russes le premier acheminement à la possession de ces Dardanelles , si ardemment convoi* tées et dont le temps seul suffit maintenant pour les rendre maîtres, si la France et TAn-
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gleterre négligent d'y mettre obstacle. Avant le traité, la Porte, maîtresse d'ouvrir ou de fermer les Dardanelles et le Bosphore, pouvait, en y admettant le pavillon des puissances amies, n'en écarter que les vaisseaux suspects ou ennemis. Aujourd'hui il ne lui est plus permis de choisir ; tous les ennemis que s'est faits l'ambition delà Russie, il faut quela Turquie les accepte pour tels. Si le pavillon français ou anglais veut pénétrer aujourd'hui dans la mer Noire, ne fûtce que pour y protéger des recherches scientifiques, ce n'est plus deConstantinople, c'est de Pétersbourg qu'il doit en attendre l'autorisation ; et s'il pouvait exister quelque doute sur l'intention que la Russie entend donner à ce traité , le refus opposé tout récemment et en pleine paix par la Porte au passage des bâtimens anglais et français , suffirait pour lui servir de commentaire.
Grâce à la netteté avec laquelle la question est aujourd'hui posée , espérons que nous touchons à l'époque où 11 faudra que des mesures énergiques mettent enfin un frein à l'ambition moscovite. Le masque dont une hypocrite diplomatie a si long-temps réussi à couvrir les projets de la Russie, est arraché, l'éveil est donné : ïl s'agit pour l'Europe de préserver l'empire ottoman du sort de la Pologne, et elle-
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même delà domination que cette nouvelle conquête assurerait à l'autocrate. Que l'on cesse surtout de faire intervenir la fatalité dans une question si importante ! où en sommes-nous donc s'il faut croire qu'un empire va périr, parce que le destin a décrété sa chute , sans qu'il soit possible de trouver dans les ressources humaines de quoi le sauver?
Parmi les grandes puissances , la France et l'Angleterre sont surtout intéressées à refouler la puissance russe loin du Bosphore:
La France, qui ne peut ignorer quelle haine la Russie porte à ses institutions libérales, sentant bien que ces institutions sont les ennemis les plus redoutables qu'elle ait à craindre , et que partout où la liberté a pénétré la domination moscovite est impossible; la France dont le commmerce au Levant serait anéanti, dont les possessions seraient en danger du jour où la Russie aurait sa frontière sur la Méditerranée.
L'Angleterre dont les intérêts sont menacés à la fois dans la navigation de la mer Noire, dans ses immenses débouchés en Orient et dans ses possessions de l'Inde.
La nécessité de la conservation de la Turquie ne saurait être une question. Reste maintenant à décider quels moyens peuvent plus aisé-
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ment et plus sûrement conduire à ce but. Rien n'empêcherait d'abord de tenter la voie des négociations. L'annulation du traité d'Unkiar-Skelessi, dont les stipulations clandestines sont sans autorité contre des traités patens, la délimitation fixe des frontières, l'évacuation de Silistrie , l'exclusion de la Russie de toutes les questions d'administration intérieure de la Turquie: telles devraient être les bases de ces négociations. La Russie a obtenu du Sultan qu'il nous fermât l'entrée de la mer Noire ; exigeons que la Méditerranée soit fermée aux vaisseaux de Sévastopol et d'Odessa; si la Turquie s'y refuse, pourquoi ne pas bloquer l'Helléspont? ce ne seraient là que de légitimes représailles, et il est à croire que la menace suffirait pour rendre le cabinet de Pétersbourg moins intraitable. Si cette voie est reconnue impuissante, si la Russie s'obstine à garder sa position offensive en Orient, il faut sans hésiter recourir aux armes. Dans notre opinion, il suffirait d'une démonstration vigoureuse sur les flottes et les ports russes de la mer Noire. Un succès décisif dans ces parages donnerait à la Porte le temps de se prémunir contre les attaques ultérieures de la Russie, at* taques dont les préparatifs seraient longs, et qu'elle saurait braver si nos flottes maîtresses de la mer continuaient à protéger sa résistance:
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nous tlisons sa résistance ^ car on ne pourrait parler sérieusement de la soumission volontaire de Mahmoud à Tautocrate. Le Sultan résisterait s'il avait la force de résister; il ne se ferait pas le vassal d'un prince étranger, s'il pouvait être le maître chez lui : seulement l'expérience des guerres précédentes et de l'abandon dans lequel on l'a laissé l'a rendu prudent; que la France et l'Angleterre se déclarent franchement en sa faveur contre la Russie , que des forces maritimes imposantes pénètrent dans la mer Noire , que le Divan puisse enfin compter sur nos secours efficaces , et il n'hésitera pas à re* prendre ses avantages sur son enneâii, dès qu'il pourra le faire avec quelque chance de succès; Ce qui paralyse aujourd'hui les forces du Sultan, ce qui lé déconsidère aux yeux de ses peuples ennemis instinctifs des Russes, c'est la nécessité où il s'est trouvé de se jeter dans les bras de la Russie. Changez les alliances de Mahmoud^ vous lui rendrez le cœur et le bras de tous ses sujets.
En attaquant la Russie sur-le*Ghamp , si elle refusait de borner ses prétentions ( et o'esc perdre la partie que d'attendre ) , la France et l'Angleterre soulèveraient contre elle là. masse irritée des populations otiotnânes. Elles appeHeraient à l'indépendance les provinces
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conquises depuis T 774 7 et cent mille soldats parmi ceux que la Russie compte aujourd'hui au nombre deses sujets, tourneraient à l'instant leurs armes contre elle.
La souveraineté de l'autocrate, sur tousles districts des montagnes, n'est encore pour ainsi dire que nominale en Asie ; déjà les quarante mille hommes que Nicolas avait dirigés sur le Caucase pendant l'hiver de 1 834 , ont été battus et repoussés sur tous les points, et ses troupes, qui ne gardent plus qu'une ligne de forts et de camps retranchés, en sont réduites à cerner un pays qu'elles ne peuvent soumettre. La Géorgie, la Circassie , l'Abasie, sont en révolte ouverte ou n'attendent que le signal de l'insurrection.
Assurer à jamais la domination de la Russie sur les populations asiatiques et renoncer à toute chance de pouvoir jamais l'attaquer, en la laissant devenir maîtresse des Dardanelles ; ou bien la menacer au cœur, en maintenant la liberté des passes de la mer Noire, voilà quelle alter* native nous est offerte. Il est vrai que si on voulait en croire les rapports de la presse du nord vendue aux intérêts russes, une entreprise dirigée contre les prétentions du colosse moscovite présenterait d'immenses difficultés. Heureusement la tactique trop connue du cabinet de Saint-Pétersbourg commence à s'user, et
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malgré toute son habileté^ sa jactance n'en impose plus à personne. A force défaire sans cesse parade de forces colossales pour cacher son côté faible , à force de parler de conscience , d'humanité, de justice, de religion, à force de prostituer dans ses notes diplomatiques les objets les plus sacrés de ]a vénération des hommes, au moment même où elle exerçait contre la malheureuse Pologne les actes d'une barbarie révoltante et d'une insigne déloyauté, la Russie a discrédité elle-même sa forfanterie et ses protestations; elle afait tomber elle-même le masque hypocrite dont elle cherchait à se couvrir, et divulgué à l'Europe le secret de sa faiblesse actuelle et celui de ses projets de domination à venir.
La portée des plans du Czar est aujourd'hui si évidente, que FAutriche elle-même, prudente conservatrice du vieil équilibre européen, commence à prendre ombrage des empiètemens russes , et que son aversion contre nos institutions libérales a cessé de l'emporter sur les craintes qu'ils lui inspirent. La lutte une fois engagée entre l'Angleterre et la France d'un côté et la'Russie de l'autre, le cabinet de Vienne y serait inévitablement entraîné comme partie active, et un simple instinct de conservation suffirait pour «n figure notre auxihaire.
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Uui à 1% Russie par la sympathie de ses pHn« cipes politiques^ mais menacé par elle dans ses intérêts matériels, le gouvernement autrichien cherche à éloigner les chances d'une collision en Orient, pour concentrer toute sa force d'action sur lltdliç et sur les ét£|ts de la confédératiûii germanique où fermentent de toutes parts des idées de liberté. Mais que cette collision éclate malgré lui , et son intérêt , qui , dans les affaires turques , est le même que celui de la France et de l'Angleterre , le forcera de se réunir k elles, dans une guerre toute d'intérêt ma* tériel et entièrement étrangère aux questions de principes qui divisent l'Europe. Nous ajouterons, ce qui n'est pas sans importance, qu'une guerre entreprise pour la conservation de l'empire ottoman, est la $eule dan3 laquelle la France et l'Angleterre puissent espérer d'avoir l'Autriche pour alliée , parce qu'elle est , dans l'état actuel de la politique européenne, la seule dans laquelle l'intérêt territorial puisse ne pas être dominé par l'intérêt de principes, le seul qui puisse aujourd'hui amener entre les grandes puissances une lutte sérieuse.
Nous ne pensons pas qu'il $oit nécessaire de réfuter r^pipion émise parqui&lques publicistes^ et insinuée par la Ruissie elle-même, sur la pofr sibilité dc^ ipain^enir l'équilibre européen en
laissant p^ir la Turquie, et en lui sobstituant, pour arrêter If s empiètemens moscovites , une confédération de petits états formés des débris de l'empire turc , et dans le partage desquels il serait facile de faire la part de chacun. Ce moyen de confédération j outre l'inGonvéuient quil présenterait toujours, d'offrir à l'habile ca* binet de Saint-Pétersbourg un vaste champ d'intrigues et l'occasion d'étendre son influence, aurait celui plus grave de ne pas résoudre la difficulté qui préoccupe aujourd'hui les hommes d'état. Il ne s'agit pas en effet pour l'Europe de savoir à qui appartiendra le territoire turc , au partage duquel on songe , mais à qui appar* tiendront les Dardanelles et le Bosphore qu'on ne peut partager et dont on ne saurait confier la garde à une confédération sans eesse sujette à être désunie , sans compromettre pour l'avenir la sécurité de l'Europe. Pour résister à un empire puissant et dont les vues, tendant vers un seul but, ont une direction constante, il hnt un empire dont l'intérêt unique et constant , soit directement opposé au sien, et non une c<^nfédératioB k laquelle la division des intérêts partiels ne permet pas de résister sans cesse avec la même énergie*
Cet^ considération décisive en. faveur de k cofiservalioB die l'empire ottQmjin, jointe au
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souvenir des victoires de Méhémed-Âli ^ a conduit quelques hommes graves à penser que le moyen le plus sûr de régénérer la Turquie et de lui rendre enfin le poids qu'il faut qu'elle ait dans la balance européenne , serait de pousser le vice-roi à Constantinople , et de donner à Mahmoud un successeur dans son vassal.
Après la bataille de Konieh , quand le sort des armes mettait le Sultan à la discrétion du vainqueur égyptien, cette combinaison eût sans doute pu avoir des chances de succès j et Méhémed-Ali succédant à son maître et profitant de ses réformes, sans encourir les ressentimens qu'elles avaient soulevés contre lui , eût pu peut-être rendre à l'empire l'unité et la force.
Mais il ne saurait en être de même aujourd'hui. Méhémed-Ali regardé comme un libérateur lors de la campagne de Syrie, est maintenant apprécié à sa juste valeur, et sa tyrannie lui a aliéné tous les cœurs. Profitant des fautes de son adver- . lire, Mahmoud a réparé ses pertes, regagné la confiance de ses sujets, créé des moyens de résistance et même d'agression qu'il n'avait pas alors.
D'un autre côté les révolutions incessantes de la Syrie , la peste et le choléra morbus qui ont décimé l'Egypte , la destruction de ses troupes
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dans ITemen, et surtout la réaction que Timpitoyable despotisme de son gouvemement a opérée dans l'opinion du peuple turc, ont £ait perdre au vice-roi tous ses avantages et l'ont mis dans l'impossibilité de réaliser le rêve que loi avait inspiré son ambition.
Méhémed- Ali sent maintenant queleschancés d'une collision ne lui seraient pas favorables, et nous ne voulons pas de meilleure preuve de la conscience qu'il a lui-même de sa faiblesse^ que son empressement à payer son tribut, lui qui depuis quatre ans se refusait à tout règlement de comptes.
Il faut bien remarquer d'ailleurs qu'aujourd'hui que Fou a laissé passer l'occasion qui s'offrait de réunir dans une seule main toutes les forces de l'empire Ottoman, nous ne croyons pas qu'il soit plus opportun de faire arriver Méhémed-Ali à Gonstantinople que de faire rentrer l'Egypte et la Syrie sous l'autorité absolue de Mahmoud. Le tenter serait établir une lutte longue y douteuse , et dont le résultat le plus certain serait d'épuiser des forces qui doivent être tournées contre l'ennemi commun; ce serait partager l'Orient en deux empires y et fournir à la Russie l'occasion d'offrir son secours à celui des deux rivaux qu'il lui conviendrait de voir supplanter l'autre.
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Dans Fëtat présent de la question , le parti le plus sage j auquel puissent s'arrêter les puis*sances occidentales ^ est de garantir au Sultan l'intégrité de ses possessions actuelles et de son droit de suzeraineté impériale; à Méhémed-Ali la vice-royauté de FÉgypte , telle qu'elle a été circonscrite après la campagne de Syrie. Que les droits et les obligations des deux partis soient clairement définis, que le Vice-roi ne puisse pas conclure de traité , qu'il soit assujetti à payer un tribut et à fournir un contingent de guerre; que de son côté le Sultan re^ nonce entièrement à s'immiscer dans les affaires intérieures de la vice- royauté ; voilà, à notre avis, le seul moyen de faire cesser un état de troid^le qui dure depuis trop longtemps et auquel il importe de mettre fin.
Otez à Méhémed-Ali toute inquiétude sur l'avenir de l'œuvre qu'il a créé, et au Sultan tout espoir de réincorporation de l'Egypte; que tous deux sachent qu'une force, à laquelle ils ne peuvent espérer de résister, leur interdit à jamais tout acte d'hostilité, vous verrez un intérêt commun les obliger à se réunir, et bientôt de nombreuses armées, des flottes puissantes, vous offriront, sous l'oriflamme de Mahomet, une véritable barrière contre la Russie. Un simple traité, sous la garantie de
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la France et de TAngleteiTe -, dont les escadres peuvent aisément tout maintenir dans le cerde tracé, suffirait pour obtenir ce résultat.
Quant à la régénération de la Turquie , État faible aujourd'hui mais qui lî'a rien perdu de son énergie , nul doute que âous la tutelle de la France et de l'Angleterre, elle ne marche d'un pas rapide ; et les progrès prodigieux faits en quelques années par les Turcs, malgré tous les obstacles extérieurs^ sont un sûr garant de ce qu'on pourrait attendre d'eux si une influence étrangère cessait enfin de paralyser leurs efforts.
En vain voudràit^on se faire un atigutnent de la faiblesse actuelle de la Tuttjuie pour nier la possibilité de sa t*égénéràtion.
Sous Soliman II , l'empire OttomAn a été plus près de sa ruine qu'il ne Test aujourd'hui. La Grèce et la Daluïatie étaient occupées par les Vénitiens ; la Servie, îa Bosttie; la Btll^rie, par les forces autrichiennes; les Polonais Avaient pris possession de la Transylvanie, de la Vafeichie et de la Moldavie? nn chef rebdle, envahissant l'Anadolie , s'avançait jusqu'aux portes de Scû* tari , et , pour comble de inalheur, les Janissaires insut^s refusaient de -marcher contre l'ennemi. Un an après , le Sultan était rentré dans toute* "ses pôssessrùns, et depuis cette
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époque 9 la Turquie a encore compté des jours nombreux de gloire et de prospérité. Si la nation turque est au-dessous des nations de l'occident de l'Europe, c'est parce qu'elle était demeurée stationnaire au milieu du progrès général; elle en est aujourd'hui arrivée à l'époque de transition à laquelle sont successivement arrivés tous les peuples, elle secoue sa rouille antique, elle demande à améliorer son sort, et profitant des progrès de ses devanciers elle parcourt à pas de géant la carrière que l'Europe , sortant de la barbarie , a mis des siècles à parcourir ; elle marche sans que rien puisse l'entraver , parce que , chez elle , le souverain et le peuple sont d'accord, et que le sentiment d'un besoin commun les pousse vers le but que les autres nations n'ont atteint qu'au travers des torrens de sang.
Parmi les argumens qu'on se plaît à opposer à la possibilité de la régénération de l'empire ottoman , il en est un bien usé et que cependant on répète encore tous les jours. La religion musulmane est, dit-on, un obstacle à la civilisation.
Comme toutes les religions , l'Islamisme a été tour-à-tour, entre les mains d'hommes civilisés ou grossiers , un instrument de civilisation ou de barbarie; mais ouvrez l'histoire; à côté de
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TEuropp r' ' barbare du raoyen-âge,
voyez le j .. .lifes de Bagdad et de
Cordoue devii^ It- .séjour des arts et des sciences; voyez naître sous leur sceptre, Félat de société le plus noble, le plus élégant, le plus soigneux du bonheur de tous, dont les annales du monde aient peut-être jamais offert l'exemple; et prononcez, si vous l'osez, que la religion musulmane est un obstacle au déveîoppemept des facultés de l'homme, et qu'elle estopposée à tout esprit de civilisation!
Et comment pourrait-elle l'être? comme loi religieuse, Tlslamisme fait prédominer la morale, comme loi civile légalité^ comme loi politique le droit du peuple à être gouverné dans rintérêf de tous. Cette religion a-t-elle changé? non , elle est encore aujourd'hui ce qu'elle était dans ces temps de splendeur et de gloire; aujourd'hui comme alors, elle laisse le champ libre à tous les développemens de l'esprit humain , à tous les progrès ; aujourd'hui comme alors elle n'est inflexible que sur un seul point, sur la base immuable qu'elle ^'est posée, l'unité, principe admirable qui a fait la puissance des Khalifes et celle des Sultaiis, et dans lequel réside la facilité prodigieuse avec laquelle cette puissance peut revivre.
Sans doute on ne saurait nier qu'il y a en Tur- 1. e