‹ L'Égypte et la NubieChapitre 23 sur 25 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Arrivée de trois canges. — La Coutemporaine. — Peste d'Esné. *- Le Rci des crocodiles. — Récoltes brûlées. — Cooscriptton. — Épizootie. — Mariage de fellah» nubiles, par firman — £sné. — Ibrahim-Aga. — Edûiu. Ses Temples. — Djebel- Selséleh. — Carrières.— Koum- Ombou. ^~ Assotian. — Ile d'Éléphant înc.

Plus d'une semaine s'était écoulée y et nous avions à peine eu le temps de parcourir les ruines de Thèbes. Cependant la saison qui avançait y nous faisait une loi de nous hâter et de différer jusqu'à notre retour de Nubie le reste de nos explorations; en conséquence , nous nous occupions des préparatifs de notre départ y lorsque l'arrivée de trois nouvelles canges vint le retarder encore de quelques jours. Chose inouïe dans les fastes thébains : quatre barques , avec des voyageurs de diverses nations s'y trouvaient réunies à la fois! l'une, sur laquelle flottait la bannière britannique, nous amenait deux amis, MM. G. Robinson et W. Maltass; sur la seconde , qui naviguait sous

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pavillon américain, se trouvaient eitibarqiiés M. J. Bradford , vice-consnl des États-Unis k Lyon, et le docteur W. HoltYates, médecinkie I^ndres; enfin la dernière, portant Tétendard du prophète , avait à son bord. madame ida Saint-Elme, plus connue sous le nom de la Contemporaine y et son fils adoptif. >

Déjà familiarisés avec les ruines de.Thèbes, nous nous empressâmes d'enfaire les honneurs aux nouveaux arrivans, et le lendemain, le tombeau de Ramsès-Maï-Âmoun nous vit célébrer gaiement,^ par un festin aussi spleudide que le permettait l'état de nos provisions^ le plaisir de notre réunion sur .cette terre, étrangère. La Contemporaine seule ne jugea pa$ à pi!opos de venir.au rendez-vous; regardant en pitié tous ces amas de vieilles picrnes qui, avouait-elle , ne. disaient rien à son esprit ni à son cœur, et sur lesquelles elle trouverait dans les livres des renseignemeus bleu suffisans pour ce qu'elle voulait en dire , madame. Saint-Eiroe trouvait fort inutile d'aller, pour les visiter, se fatiguer parade longues. courses squs nix spld) brûlant ; tout, occupée de la:prime supplénpi^nr taire de di;& : mille francs, qui, s'il faut l'en croire,. lui avait (été promise par son librairie* éditeur, si elle remontait seulement jusqu'aux Pyramide , tUe se flattait que son voyage de

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Thèbes lui vnudrait au moinâ div mille francs de plus. Une contusion légère au-^efl$us du genou fut son excuse pour ne point fce joindre à notre joyeuse caravane, et dans, la crainte sans doute que nous pussions . douter de la sincérité de ce motif , il nous fallut voir de dos yeux le bleu fatal , témoignage irrécusable du coup qu'elle s'était donné.

La nouvelle qtii circulait depuis quelques jours ^ que la peste faisait d'affreux ravagea à Esnéy décida madame Saint-£Une à né pas poursuivre plus loin ison voyage et à retourner immédiatement au Giire, pendant que nous faisions voile pour les Cataractes.

Une brise légère qui nous avait fait passer rapidement devant Erment (l'antique Hermon^ this) j faiblit bientôt et nous força à prendre terre ; nous profitâmes de ce retard pour faire ia chasse aux vols nombreux de tourterelles et de pigeons qui couvrent les palmiers tout le long des rives du Nil.

Depuis quelques iustalis nous àpdrCeTÎons au*devant de nous , gisant sur un banc de sable à fleur d'eau, une masse énoritie que nous reconnûmes bientôt pour être un crocodile; sa longueur pouvait être de près de quarante pieds ; quelques fellahs accoururent pour noUs prévenir que c'était le redoutable Salian^el-

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Tinùah ( le roi des crocodiles) , signalé depuis long*tetiip5 pour habiter ces parages^ où il èi £ût de nombreiués victimes ; le sommeil dan» leqaèl ce, monstrueux animal était plongé, nous diHina uti instant Tespérance de pouvoir rapprocher à portée de fusil , inais éveillé par les cris des oiseaux qUi l'entouraient , nous le vîmes bientôt se dresser sbr Sei pattes et plonger lourdement dans le fleuve , dont sa masse énorme fit au loin bouillonner les eaux.

If ous avancions lentement pendant que nos mariniers remorquaient nos canges au milieu des bancs de sable , lorsqu'tin spectacle auquel ne nous avaient pas encore préparés toutes les misères dont nous avions déjili été tënioins en Egypte , vint tout à coup frapper nos regards.

Sur une étendue de pUisieurs lieues, les récoltes encore fumantes venaient d'être rava^ gées pat le feu; pas un habitant ne paraissait dans la cami3àgne, et les puits à bascule des bordl du fletive étai^it abandonnés. Nous artivàiUes à l'entrëe d'un village où nous en* tendions de loin retentir des clameurs confuses, et là é noUs cobnûmes la cause de cette désolatioil. Le recrutement s'opérait dans ce district: les Arnaouts qui ep étaient chargés occupaient déjà les hameaux voisins du' désert , et rendaient la fiiite impossible; quelques heures

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epcore, et ils allaient venir arracher à leurs foyers les malheureux habitans. Réduità' au désespoir et décidés à se défendre, ceux-ci avaient incendié les moissons; puis , armés de lances, de bâtons, de pierres et de quelques mauvaiis fusils à mèche, ils s'étaient plâtrés à l'entrée du village, résolus à périr plutôt. que de se faire soldats; les femmes, poussant des cris de rage, s arrachant les cheveux et souillant de boue leurs vêtemens et leur visage, ajoutaient encore à cette scène déchirante ,^ et formaient un horrible contraste avec le calme affreux qu'affectaient leurs pères et leurs maris. : ^

Jamais l'image d'un désespoir aussi profond ne s'était offerte à nous; et combien ne faut-il pas qu'il le soit, en effet , pour pousser ces malheureux à détruire jusqu'à l'espoir de leur^ récoltes ? Mais , comme nous l'avons déjà dit , quel intérêt pourrait avoir le fellah égy;ptien à la prospérité de la sienne? Si elle est belle,* il doit ; payer, avec . sa , contribution , celles* des villages de son district qui sont arriérés; ses champs sont-ils demeurés improductif; ce sont ses .voisins qu'on force à payer pour lui ; et l'on sait ce que signifie en Egypte le mot forcer^ quand il s'agit des droits du gouvernement/ Accablé sous le poids d'impôts qu'il ne pourra

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jamais acquitter, le malheureux habitant des campagnes néglige une industrie dont il est certain de ne jamais conserver le fruit • Souvent il nous est arrivé de.ne pouvoir acheter à aucun prix ni lait, ni oeufs, ni poules, parce que le préposé du vice* roi était là pour s'emparer de l'iargent que nous aurions donné en échange, et qu'à ce compte les habitans préféraient xxm* sommer eux'^mémes le peu de denrées qu'ils possédaient ; que si , trompant l'avidité du fisc , ces infortunés parviennent à ramasser les moyens d'acheter même le plus indispensable vêtement, ils sont exposés à s'en voir dé* pouillés, ou au moins à recevoir des coups de bâton , pour avoir ose employer leur argent à autre chose qu'à Vacquittement du miry.

En 1829, une épizootie ayant détruit une grande quantité de volailles, un firman du viceroi défendit sous les peines les plus sévères de manger des œufs, et les Cheïkhs-el-beled étaient chargés de venir chaque jour les recueillir pour les |>orter aux divers établissemens , où on les faitéclore par incubation artificielle (i).

(x) Ces fabriques sout établies daos 'plusieurs villes de la Basse et de la Haute-Egypte. Ces établissemens consistent en une salle entourée intérieurement d'espèces de fours élevés audessus du sol; au-dessous de chacun d'eux est praticfuée une petite chambre qui communique avec eux par un trou autour

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Oa croirait à peine à cette étrange manière d'entendre ht propriété, si la liberté indÎTi*» duel le n'était elle^-méme aussi brutalement violée. Un firman prescrivit vers la même époque à tout fellah en ftge d'être tnarié de prendre femme; cinq cents coups de bâton devaient être la punition de chaque délinquant: remède bizarre aux répugnances que ces mal* heureux éprouvaient à faire partager à une conlpagne leur misérable destinée.

Cest par ce moyen nouveau qae le gouvernement civilisé de Méhémed-Ali prétendait arrêter les progrès effrayans de la dépopulation; déplorable civilisation , dont les tâtonnement maladroits coûtent si cher à ceux aux dépens desquels se font chaque jour des essais ridicules ou barbares 9 et dont les plus heureux n'apporteront que dans un avenir incertain quelque soulagement à une misère qui augmente sans cesse*

On ne nous avait pas trompés; Un typhus

duquel ou allume un mélange de fiente de mouton et de natron. La combustion lente de ce mélange entretient dans la petite chambre inférieure, où sont déposés les œufs, une chaleur suffisante pour les faire éclore. Une ouverture qui communique avec la salle du milieu permet aux jeunes poulets de sortir de cette espèce d'étuve à mesure qu'ils sont éclos. Quelc(aes-OBS de ces établissemens peuvent contenir plusieurs milliers d*œufs h la fois.

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meurtrier^ improprement nommé peate, môis^ sonnait cruellement la population d'Esné; suite delà famine qui, depuis plusieurs mois, ravag^it la province, ce fléau enlevait par jour plus (le cinquante habitans, et leur nombre, déjà réduit de plus d'un tiers, s'élevait à peine à six mille.

Ibrahiip-Aga) Mëmour de la province d'Esné, s'était retiré daqs une grande barque , où nous le trouvâmes faisant quarantaine; mais la faisant à la turque^ c'est-à-dire qu'il était défendu aux habitans, sous les peines les plus sévères, d'approcher de la barque du gouverneur et de quelques tentes que ses gens avaient dressées près de là sur le rivage; tandis que oeux-ci avaient l'autorisation d'aller à la ville , quand bon leur semblait , visiter leurs parens ou amis et renouveler les provisions.

Prévenu de notre arrivée , le Mémour nous envoya ses eompUmens et un présent de quelques moutons: nous nous empressâmes d'aller le remercier et de lui apporter une caisse de vin > dont nous avait chargés pour lui le docteur Massari de Syout. Voulant, malgré les habits turcs dont nous étions revêtus, nous traiter eu Européens, Ibrahim-Aga ne nou$ permit pas de nous placer sur le divan qui occupait la moitié de $ou petit a{tpartemen( ; de l'autre

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côté étaient de mauvaises chaises sur lesquelles il nous fallut nous asseoir, tandis que lui-méaie prenait place sur un grand fauteuil à bras d!une forme toute gothique. Après .avoir fait appeler son mâlem , qui reçut ordre de lui donner lecture de. la lettre du docteur Massari , attend» qu'il ne savait, lui, ni lire ni écrire : .— . « Mes amis, nous dit-il , ne vous étonnez point que je ne vous fasse pas servir de pipe et de café : nous aussi, maintenant , nous sommes Francs et civilisés; pour vous en donner la preuve, je vais vous faire partager mon dîner et essayer avec vous les couteaux et les fourchettes que vous m'apportez de la part de mon excellent ami , le médecin de Syout. La condition essentielle j3our bien recevoir les mussafirs (hôtes) francs est, je le sais , de leur faire boire du vin : j'espère que vous serez contens du mien.«. il vient de France. »

Pendant que nous étions occupés à lui donner des nouvelles du Caire, ses gens avaient préparé le repas ^ qui fut bientôt placé devant nous; chacun eut sa fourchette et son couteau , mais comme la civilisation dlbrahim-Aga n'allait pas jusqu'au luxe des assiettes, chaque convive prenait à son gré dans le plat , le morceau qui lui convenait le mieux.

Rien n'égalait l'embarras du Mémour qui

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ne savait où mettre ses jambes, fatiguées de la posture incommode et inaccoutumée à laqudie TobUgeait son fauteuil ; il n'o.<ait cependant pas quitter son siège , emblème caractéristique, à ses yeux , de la véritable civilisation ; il faisait raille mouvemens, tournait et retournait son coiiteau, et ne manquait pas, après avoir saisi dans le plat quelque morceau de viande à l'aidé de sa fourchette, de le prendre avec sesdoigts pour \e porter à sa bouche; un seul grand verre qu*on se passait à la ronde, renfermait le vin détestable que, sous le nom de bordeaux^ notre amphitryon dégustait avec un admirable enthousiasme.

^ Le' repas terminé, on nous apporta en6n des pipes et du café ; ce fut pour notre hôte un véritable moment de bonheur: la cruelle privation qu'il s'imposait depuis quelques heures avait poussé à bout son amour pour la civilisation , et il nous demanda la permission de quitter son fauteuil, pour s'asseoir sur soii divan. .. ^

Vers le soir, nous primes congé d'Ibrahim- Aga, qui voulait nous retenir pour une chasse aux crocodiles, qu'il comptait entreprendre sous peu de jours; mais le vent était favorable et nous étions pressés par la saison; nous

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miode» donc à la voilé pour Edfoui sans nous arrêter aux ruines à'Elithya (£l*Kab).

£dfou (l'antique Hutfimhy ÏjépoUmopàlis maf;na des Grecs ) , compte à peine deux mille habitans , dont Tunique industrie consiste à fabriquer quelques poteries et des toiles bleues. C'est la dernière ville où l'on trouve des Coptes^ de ces vieux enfans de TÉgy pte , devenus chré^ tiens dès les premiers jours de notre ère et restés fidèles à leurs croyances après titnt de siècles de persécutions. Nous apercevions ^ long-temps avant d'arriver à Ëdfou , ses pylônes» les plus grands de l'Egypte ; enfin , nous fîmes arrêter notre cange au point le plus yoisiit de la ville , él(Mgnée du Nil d'un peu moins d'un quart d'heure de marche.

Bâti sur une partie dos buttes énormes dont le grand temple est entouré, et sur la plate* forme du temple Uû-méme, Edfou offre de loin le coup d'œil le plus pittoresque; infé* rieur par ses dimensions aux édifices de Kamac et moins bien conservé que celui de Dendérah» le temple d'Ëdfou mérite cependant, malgré Tépoque peu ancienne de sa construction, un rang distingué parmi les motiumens de

Une large porte qui s'ouvre entre les pylônes.

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donoe entrée daps un^^ qaqr qii*^toui!ent d€« murs qauvierts de sculptures , et des galeries, presque intactes. Les colonnes de la preinièi*e salie sont surmontées de chapiteaux de formes variées. Le saoctuaire, presque entièi'emèpt encombré de sable et de débrU , est ceint d'un mur fort élevé» destiné sans doute à le soustraire aux regards des pro&nes^ l'extérieur de rédjiiafi . est, aussi bien que l'intérieur, Qôuverl d'Méro» {{lypbes. Ici, c'est le lever du dieu Har^Hat ( l'Arpëris ou Apollon grec) ; là des prêtres tgù-saut des sacrifices; partout des^ scarabées » des éperviers ^ des ibis et de longues procf s^ion^ <}e singes. La partie la plus soignée :^t la plu> ancie»lie est due à Ptolémée IV, PbllopatQr^ seis successeurs Épipbane, Phi)oinétor et£ver* gète II Physcon, ont continué de traTaiU^r a son embellissement; ce temple é^it cpotacré à une triade^ com})o^e i^ du dieu Har-HeUf la science et la lumière célestes personinfiées, et dont le soleil est l'image dans le moQde matériel; a"* de la déesse HruMr, la Véaiis é^ptienne; S*" de leur fils HarsonhTha (l'iterua soutien du monde , qui répond à l'amour Eros des mythologies grecque. et romaine)i.

De beauic escaliers pratiqués d*n« IM«fër*eur des pylônes, conduisent sur leurs plates-formes ; à ces escaliers aboutissent plusieurs étages dé

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salles ëclsdrées par d'étroites meurtrières (i)où furent casernées quelques compagnies françaises de la ai® demi-brigade. Depuis cette époque , Abou-Tarbouch , Nazir de ce district ^ j avait établi la demeure de ses femmes , et les voix mélancoliques du harem firent retentir ce»

sombres Toutes, où avaient résonné quelques années auparavant les joyeux refrains d'un bivouac français.

Les savans de notre expédition ont laissé à Edfou une trace de leur passage, en faisant graver la longueur du mètre sur la porte qui sépare les pylônes. La cour du temple sert aujourd'hui de magasin pour les céréales. Afin de pré* venir, ou au moins de constater facilement les vols , l'autorité a fait couvrir chaque tas de grains d'une empreinte répétée de la marque du fisc 9 gravée sur une large planche, de telle sorte qu'il serait impossible d'opérer la moindre soustraction , sans que la destruction des empreintes la fiasse aussitôt reconnaître.

Non loin du grand temple , on en découvre un autre beaucoup plus petit , presque entière-

(x) Il est a croire que, dans rorigioe, les salles de rintérleur des pylônes étaient destinées à rester dans une obscurité complète t et les jours qui y sont actuellement pratiqués Indiquent par la manière dont ils mutilent les hiéroglyphes extérieurs» one origine plus récente que la construction du monument.

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ment enfoui au milieu des décombres et consacré à Typhon (i). L'horrible figure de ce dieu forme les chapiteaux des colonnes dont est décorée la première cour , seule partie de ce monument qui soit maintenant à découvert.

Ce n^est qu'en se glissant à plat-ventre qu'on peut explorer quelques-unes des salles de cet édifice y qui date des règnes de Ptolémée Vil et de Ptolémée VIII.

Nous allions quitter Edfou , quand des chants, ou plutôt des cris cadencés, appelèrent notre attention. Bientôt nous rencontrâmes une troupe de femmes confusément groupées devant la porte d'une cabane. La plupart étaient armées de lances, de fusils , ou de quelques instrumens aratoires; au milieu du groupe, ]'tine d'elles, que deux ou trois autres s'efforçaient de retenir, s'arrachait les cheveux , se roulait par terre, couvrait sa tête de poussière et en souillait ses vétemens ; elle se calmait par intervalles : alors toutes les femmes de la troupe, élevant les bras

(i) l\ est curieux de remarquer avec Ghampollîon que les anciens Égyptiens ont toujours construit cesTyphonium ou pelîts temples nommés MammUsi {Meax d'accouchement), a cÂté de tous les grands temples où une triade était adorée. Cétaît Fimage de la demeure céleste où la déesse avait enfanté le troisième personnage de la triade qui est toujours figuré sous la forme d'un jeuo^ enfant.

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au-dessiis de leur tête et agitatit leur corps, poussaient toutes ensemble ^ en cadence, ces cris étouffés que nous avions d'abord entendus ; après quoi, et comme pour leur laisser reprendre haleine, la première reeomaiençait ses kmen-^ tations; celte femme était, comme nous Fap* primes 9 la veuve d'un jeune homme auquel on allait rendre les derniers devoirs, et ses amies avaient, pour faire honneur an défunt , apporté au convoi les afmes et les iustruroens par rhabile maniement desquels il s'était^ eu au moins il était censé s'éti^ distingué. Bientôt arriva une troupe d*hommes, dont les premiers portaient sur leurs épaules une bierre tlécouvertej le corps y fut placé, et le cortège se mit en marche. Les hommes s'avancèrent les premiers en récitant des versets du Coran; après chaque verset les femmes poussaient des cris aigus; de temps en temps on faisait une halte , pendant laquelle elles recommençaient à chanter en cadence en se balançant^ et en tenant les bras élevés au-dessus de leur tête jusqu'à ce qu'on se remît en marché; arrivé au lieu de la sépulture, le corps fut déposé dans la fosse et recouvert de terre, ou plutôt de poussière à laquelle plusieurs porteurs d'eau chargés de ce soin , mêlaient à mesure l'eau de leurs outres pour lui faire fornser

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une seule masisey et empêcher que les hyènes et les chakals ne pussent venir déterrer le cadavre pendant la nuit.

On achevait l'inhumation d'un corps lors de Varrivée de celui que nous avions accom* pagné; les funérailles étaient à peine terminées quand Tarrivée d'un troisième , puis celle d'un quatiième , en nous prouvant qu'il régnait à Edfou une mortalité plus grande qu'à l'ordi* tiaire, vinrent nous rappeler l'idée du typhus d'Ësné.

£n effet , ce typhus régnait à Edfou avec plus de force encore qu'A £sné, et nos gens, qui nous en croyaient avertis, nous avaient vus avec étonneraent braver un péril plus grand que celui auquel nous avions refusé de nous exposer la veille; envisageant eux-mêmes ce péril avec IndifiFérence , ils n'avaient fait à ce sujet aucune réflexion, et nous avaient laissé entrer dans vingt maisons et loucher sans précaution ceux que nous rencontrions; prévenus trop tard, force nous fut de faire de nécessité vertu , et d'attendre tranquillement les résultats de notre imprudence ; cependant nous fûmes plus heureux que sages, et personne à bord de la cange n'eut à se repentir de s'être aventuré au milieu de la contagion.

Bien que dans la Haute-Egypte là culture soit

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moins soignée que dans le Delta ^ et que Texhaussement des terres y rende l'irrigation plus difficile et plus inégale, nous avons pu reconnaître que les habitans du Said sont n^oins malheureux que ceux de la Basse-Egypte, et cette observation devient plus sensible quand on se rapproche des cataractes : il semble que la tyrannie soit moins pesante k mesure qu'on s'éloigne du centre du gouvernement. Ici » ils se nourrissent en général d un pain de froment peu fermenté, de pain de maïs et de doura, et de doura légèrement rôti; d'une sorte d'herbe tendre de la famille du trèfle , qu'ils nomment helba^ d'une autre herbe appelée molohia^ assez semblable à l'oseille, qu'ils prépareut avec de la mauvaise huile de lin ou du beurre; d'une grande quantité d'oignons, de fèves, d'ail , de laitues, qu'ils mangent cuits ou crus , ou assaisonnés avec du lait aigri ( lehen ) ; de fort peu de viande ; enfin de beaucoup de poisson salé. I^ur boisson se compose de l'eau dn Nil , toujours trouble , mais toujours digestive, de méryse, espèce de bière épaisse et fort indigeste, et principalement d'eaa<le-vie de dattes. C'est sans doute à ce régime composé de substances acres et irritantes qu'il faut attribuer les ophthalmies fréquentes qui régnent^ en Egypte, et dont sont plus parliculièrement

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mteints les naturels. M. Pariset, qu'un généreux dévouement avait conduit en Egypte f et qui s'est ainsi trouvé à même de faire de judicieuses observations sur l'hygiène de ce pays y pense qu'on pourrait rapporter avec raison à la même origine les premiers germes de certaines maladies organiquesi, telles que la lèpre y l'éléphantiasis , et le& hydro^sarcocèles énormes dont les exemples sont si communs dans toute cette région. Quant à la dyssenterie, qui est en Egypte non nioins. permanente que rophthalmie, mais qui menace plus spécialement les étrangers ^ elle doit tirer sa source des conditions naturelles du pays, mais il-serait difficile d'en indiquer les véritables causes.

Les mœurs des Arabes du Saki offrent peu de différence avec celles des Arabes de la Basse- Egypte : c'est la même gaieté , la même iusouciance, et une disposition, non moins prononcée pour le vol ; oh cite d'eux des traits où ils ont poussé la finesse et l'audace à un point incroyable , et il n'est pas rare de les voir suivre à ia nage les barques où se trouvent; quelques riches passagers, qu'ils dévalisent pendant la nuit avec une adresse digne des filous de notre Europe; du reste bienveillans , serviables et spirituels , ils joignent à une certaine indépendance de caractère, une patience à toute

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^rei|ve, et supportent sans se plaindre ht avec une admirable résignalion le^ plus atroces doulenrs; moyennant une modique ^étk^bûtion on peut leur demander les services les plus pénibles.

Leurs femmes , que distingux^nt ded formes remarquables et une gfkce incroyable dans tous leurs mouvemens^ sont enqore imbues des préjugés cfue la jalousie des hoimmes^ a crées: elles se caebent la figure et regardent comme des prostituées celles qui ne se con* forment pas rigour^isenient à cette pratique ancienne; leur voix est grêle, rtialgré leur constitution robuste; exclusivement occupées des soins du ménage elles sont généralement paresseuses , sales et intéressées.

 peu de distance au*dessus d'£dfoUy» la vallée du Nil se resserre, et à Djebel-^Selséhh (la montagne de la chaîne )| des roehesi de grès d^nne très grande élévation vienneixl de chaqtie côté border le fleuve. Tous ces nscbers sont percés de vastes carrières, dont les phis étendues sont celles de la rive droite; qay distingue encore les routes anciennes qui les tia**versèrent et qui sont sillonnées par les traces des roues tie chars. Quelques-unes de ces excavations ont jusqu'à six cents pieds de long , sur trois centsde large et quatre-vi?igls d'élévatioa.

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C'est 4e ià, sans âuGuti doute , que sont sdrrjs les mat^idiit dùA mdtiutifeM d'Èdfotiy d'Ësné et peat^êlre de Thèbeâ. La pfupart dé ces carrières ont ensuite été ornées d'ihsoriptiôtis biéroglypbiques 7 qui se rapportent atilcxvtii^ XIX et xxii** dytiasties, etaiix reines d'Horûs, d'Oasireî I*'^ de Ràcnsès II, de son fils, de Raiùsès^Maï-Amoun , de Méhephtah II et de Sésonehift. On y remarque aussi quelques irtscripUons coptes et grecques. Les sculptures de ces carrières ne sont en plusieurs endroits qu a demi terminées , mais les arêtes sont tellement TiTes, les éclats tellement frais, qu'onf dirait que rartisteif'» quitté ces travaux qtr'hier et qu'il doit les reprendre demain , et cependant cet hier date de deux mille ans et c4^ lendemain ne doit venir jamais.

Les excavations de ta chaîne libyque se rapportent à la même époque que celles de la rive opposée, et offrent égalôfnent des restes retiïar* quables. Pkiéieurs des bas-reliefs qui tes déco* rentottt été jadis recouvertes de peidtures que le temps n*A que faiblement altérées. On aperçoit au f0f»d d'un spéas^ dans une niebe oceupéè autr^ois par des statues ^ ptusieurs emblèfties chrétiens avec desf inscriptions grecques des premiers temps de l'établissement du christia^ nisoie en Egypte; ce sont les seules traces

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qu aient laissées de leur existence les nonibreu^ cénobites qui , voués à une vie c.ontemplatire ^ peuplèrent pendant plusieurs siècles ces re-^ traites souterraines.

Le vent du nord soufflait avec violence, .et notre petite escadre sillonnait avec rapidité les ondes du fleuve; notre navigation était joyeuse; nos matelots, accroupis à Favant de la cange^ battaient des mains en cadence et fesaient retentir les airs de leurs chants monotones, pendant que nous nous amusions à troubler par des coups de fusil , le repos de&. crocodiles endormis sur les îles de sable.

Nous vîmes bientôt disparaître Koum*Om-.

bou ( Ombos ) , riche de ses merveilles archi*. tecturales qu'elle déploie au-dessus d'une ile riante et ombragée. Le lendemain i" avril , après avoir dépassé de nombreux écueils , nous nous trouvâmes rendus au joli port d'As-, souan; nous avions atteint la frontière de l'Egypte j la limite de l'empire des Césars.

Quand on approche d'Assouan , l'aspect du pays change entièrement; aux montagnes calcaires de l'Egypte succèdent des masses de granit , dont la couleur > sombre donne au paysage une physionomie toute nouvelle; ces blocs granitiques sont partout siu milieu du fleuve , sur ses rives, dans l'intérieur des terres y

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. tantôt formant des montagnes entières ^ tantôt . s'élevant en rochers visolés ou bizarrement accumulés l'un sur l'autre* Mais, sous quelque forme qu'ils se présentent, on est toujours sûr de les trouver empreints. du sceau de la puissance égyptienne, soit qu'ils aient été exploités comme carrières , soit que, convertis eux-mêmes en monumens , ils présentent une surface couverte d'inscriptions hiéroglyphiques et perpétuent le souvenir des hommages rendus aux dieux du pays par des rois ou par des particuliers.

A l'antique Souan des Pharaons , à la florissante Syène des Grecs, a succédé une bourgade de terre qui mérite à peine aujourd'hui le nom de ville, et dans laquelle végète^ misérable une population de trois ou quatre mille habitans , mélange confus de fellahs, d'Ababdeh, de Barabrahs, d'Albanais, et de toutes les races que la guerre y a conduites tour à tour.

Bâti sous le règne de Sultan-Sélim I", l'Assouan actuel s'élève sur la pente peu rapide d'un coteau planté de dattiers; ses maisons étagées, entremêlées de bouquets de verdure, présentent de loin un air d'aisance lorsqu'on arrive par le fleuve. Mais quand on approche davantage , cette trompeuse apparence de prospérité disparait pour vous laisser aperce-

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voir dans toute leur hideuse réalité des masures qui achèvent de a'écrouier parmi d'^ormes monceaux de décombres. Au sud de la ville ^ l'Assouan des Sarrasins couvre les flancs d'une colline élevée des restes de ses demeures en ruines y parmi lesquels on remarque encore quelques tracée de murs et de tours romaines.

C'est à Syène que Juvénal alla expier dans Texil quelques traits satiriques lancés contre un des favoris de Domitien. C'est aussi là que se trouvait le puits célèbre dont le fond était éclairé en entier par un soleil perpendiculaire-, le jour du solstice d'été, à midi. Déterminée par Ératosthène, bibliothécaire d'Alexandrie sous Ptolémée III Évergète, comme lilnite tropicale, on conçoit que Sjène ait pu être adoptée par les anciens comme point de départ dans leurs calculs astronomiques^ à défaut d'autres cités situées par la même latitude.

Mais cette fausse base devait entraîner des erreurs d'autant plus graves que les anciens ne tenaient pas compte des variations d'obliquités de l'écliptique , variations telles que le puits de Syène, si on le découvrait aujourd'hui, ne serait éclairé qu'à moitié parle soleille jour du solstice d'été.

IjB position de Syène sur les confins de rÉgypte et de la Nubie , en fit en tous les temps

une place forte du premier ordre; soumise par les Romains avec le reste du pays, elle cessa un instant d'être ieboulevart de T^yple^ quand les garnisons placées dans les villes do la Basse-Nubie eurent reculé vers le sud les limites de l'empire; mais en retirant les garnie sons trop faibles pour résister aux eflorts des Blémyes, Dioctétien rendit à Syène son impor-^ tance première.

Bientôt le christianisme vint à son tour concourir à la célébrité de Syène en la rendant le siège d'un évêéhé'renomraé ; de toutes parts s'élevèrent de nombreuses églises et des cou* vens, dont on aperçoit k peine aujourd'hui quelques débris , et peut-être ne trouverait-on pas maintenant un seul chrétien dans cett<i ville où la religion brilla jadis de tout son éclat.

La ville romaine fut abandonnée vers l'an 806, à la suite d'une peste épouvantable qui jenicva vingt«*un mille habitans. Le nombre des vic<*> limes permet d'apprécier quelle devait être à cotte époque l'importance de cette place^ dont le commerce est aujourd'hui tellement nul, que les caravanes de Nubie dédaignent souvent de s'y arrêter.

Sous l'empire des Khalifes, AssouaUi sortie de ses ruines^devint comme aux temps antiques

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le chef-lieu d'une province florissante (i) , le séjour d'un nombreux corps de troupes destiné à s'opposer aux incursions des Nubiens, et le point de départ des expéditions envoyées en Ethiopie. Les malheurs qui accablèrent FEgypte à Tépoque de l'extinction de la dynastie des FathimiteSy devinrent surtout funestes à Assouan ; dépourvue des troupes qui devaient la défendre 9 prise et reprise plusieurs fois parles enfans de Kenz, race belliqueuse établie depuis peu dans la Basse-f^ubie, enlevée à ceux-ci par les Haouarah, Assouan n'offrit bientôt plus qu'un monceau de ruines entièrement abandonnées pendant quelque temps et auprès desquelles finit par s'élever la bourgade actuelle.

Les catastrophes dont Syène fut le théâtre à tant d'époques différentes , n'ont presque rien laissé subsister des édifices qui la décoraient. Les débris d'un môle restauré à diverses époques et ceux d'un petit temple enfoui, dédié à Cnouphis et à Saté, dieux de la cataracte, où Champoliion a retrouvé une légende

(x) Lafertilité da territoire d'Assouan était surtoat citée pour les nombreuses variétés de dattiers qu'on y cultivait en telle quantité, qu^au rapport d*El-Kemal Djafar, il produisit co un an 3o,ooo ardebs de dattes.

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de l'empereur Nerva , sont avec les inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les rochers , les seuls vestiges antiques qu'on y rencontre aujourd'hui.

Un petit canal étroit et qu'on peut passer à gué dans la saison des basses eaux sépare Assouan de l'ile d*Éléphantine , appelée par les naturels Djéziret^UZaher (l'Ile fleurie). Les monumens qu'on admirait encore à Éléphantine du temps de l'expédition française, et notamment les deux temples d'Aménopht IH ont disparu , et on a peine à reconnaître aujourd'hui leur place au milieu des débris et des tombeaux cent fois violés qui occupent toute la partie sud de l'île.

Convertis en chaux , les sanctuaires où Tencens brûla en l'honneur d'Osiris et de Cnouphis, ont servi à blanchir les casernes qu'occupèrent les premières troupes régulières du vice-roi.

Quelques débris du nilomètre^ décrit par Strabon, existent encore confondus avec des restes d'un quai, élevé sans doute pour garantir la partie sud de l'île des remous du Nil, partout où elle n'était pas suffisamment défendue par les rocs de granit qui la ceignent en grande partie de ce côté.

Au milieu de quantité de fragmens de terre cuite, on découvre à Éléphantine des tessons

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couverts d'écritures, qui attestent que Tostni*cisme n'était pas le seul objet auquel on leâ appliquât. La fragilité des papyrus fit sans doute recourir à ces morceaux de poterie , qui devaient se vendre à vil prix. Une écriture qui ressemble au caractère démotique figure sur la plupart; mais beaucoup portent des caractères grecs j et c'est à l'aide de ceui^<-ci qu'on a pu se convaincre que ces fragment curieux servaient à donner quittance pour des vivres) quelques-un$ spnt si bien conservés qu'on peut déchiffrer sans peine le nom et le titre db l'employé qui se faisait délivrer ces reÇi^ né* digés en forme de lettre. Le payé articule son nom, et après son salut au payeur , il déclarô avoir touché sa solde et sa ration ; V^Bi& coïK^me souvent les soldats ne savaient p|i^ éCrir6, on voit fréquemment un autre signer pour euK cette déclaration, après laquelle on tit l<idal0 du mois et du jour.

La plus grande partie de File d'Éléphaiitine est couverte de dnttiers et de chanipa cultivés; elle est habitée par utie Irentaide de fan^iUe^, toutes de races B^rabrahs. De^ enffm^ des deum sexes, nus quoique déjà pubères^ nous po|i|v suivaient avec une confiance toute naïve, en nous demandant des bàkhcbich , et nous apfiortaient quelques fragment d'antiquités y clés

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fruits et des paniers de jonc qu'ils tressent avec beaucoup d'adresse.

Au moment où nous rentrions à Assouan , nous trouvâmes des hommes courant dans toutes les directions armés . de lances et de fusils; les femmes^ de leur côté, parcouraient les rues en poussant des cris aigus , et toute la ville était dans la confusion. Un jeune Bédouin , de la tribu des Ababdeh , était la cause de ce tumulte : il venait de s'enfuir au désert apt*ès avoir assassiné d'un coup de couteau un boucher auquel il servait d'aide; le meurtrier avait déjà eu le temps de quitter le théâtre de son crime lorsqu'on s'aperçut de l'événement qui venait d'ensanglanter ce bourg , d'ordinaire si tranquille. Les clameurs du peuple l'avertirent bientôt du danger qu'il courait et le firent redoubler de vitesse ; les fellahs , impatiens de venger la victime , et frémissant de voir cette proie leur échapper, poursuivaient l'assassin pêle-mêle avec des Ababdeh qui s'attachaient à leurs pas pour défendre un membre de leur tribu menacé. Le fils du boucher assassiné agitait son yatagan , et excitait la rage de ses amis, qui l'entouraient en mêlant leurs impré* cations à ses cris de désespoir. — <c Oui , voilà le sang de mon père, s'écriait-il; je jure par ce sang que j'aurai le cœur de cet infâme

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Bédouin y je Tarracherai de sa poitrine maudite et je le donnerai à dévorer à me»

chiens. »

Heureusement la nuit vint avant que Tassassin eût été retrouvé, et la lutte sanglante à laquelle son arrestation aurait donné lieu fut ainsi évitée. Mais la soif de vengeance , une fois allumée chez les Arabes, ne s'éteint pas facilement, et lorsque après quelque temps le meurtrier n'est pas découvert, son crime doit être lavé dans le sang de son plus proche parent, qui lègue en mourant à sa famille une autre vengeance à exercer; ainsi les haines s'éternisent et s'accroissent à mesure qu'on leur sacrifie des victimes.

Au-delàd'ÉléphantinecommenceDtlescÀ^//a/ (cataractes) du Nil, dans lesquelles il est impossible de reconnaître aujourd'hui les descriptions pompeuses que nous en ont laissées les auteurs anciens , et Ton a bien de la peine à se défendre de croire qu'il n'y ait pas eu plus d'amour du merveilleux que de respect pour la vérité , dans ces traditions antiques qui nous représentent le fleuve se précipitant d'une hauteur tellement prodigieuse, que le bruit rendait sourds les habitans du voisinage. Le nom de cataractes, qu'on donne à ces rapides qui bQuillonnent entre les rochers, parait

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vraiméni; dérisoire quaiid on sôngô aax chutes effrayailte^ que les voyageurs signalent dans le Nouy^ii'Monde, ou même à la {>lupart des cascades qu'offrent nos montagnes d'Europe.

Cependant nous nous trouvions alors, à cause

du peu de hauteur des eaux du fleuve , dans la saison la plus favorable pour les bien apprécier. La cataracte d'Assouan, ou première cataracte , occupe, entre les îles d'Éléphantine et de Philae, un espace d'environ cinq milles; d'énormes rochers de granit jetés par la nature au milieu du fleuve, et quelques petites îles, obstruent le lit du Nil et le divisent en plusieurs canaux encaissés. Quelques-unes de ces îles aujourd'hui désertes ont été autrefois habitées, et sur Tune d'elles, celle' d'Esséhel^ l'île de Bacchus des anciens , sont quelques traces d'un petit temple découvert en 1816 par M. Rùppell; ces rochers opposent au cours du fleuve un obstacle qu'il franchit avec impétuosité, produisant une suite de petites cascades dont les plus considérables n'ont pas plus de quatre ou cinq mètres d'élévation. Pendant le temps des basses eaux, les barques ne peuvent remonter la cataracte qu'en se faisant remorquer à force de bras. La chute totale peut alors être évaluée à une hauteur de quinze à vingt mètres, tandis qu'à l'époque de l'inondation, lorsque la plus

grande partie des rochers est submergée , elle disparaît presque entièrement^ et la force du vent suffit le plus souvent pour la franchir.

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