‹ L'Égypte et la NubieChapitre 22 sur 25 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Arrivée à Thèbes. — Palais de Gourûab. — Sépultures antiques. — Habitans de Gouroah. — El-Assassif. — Panorama de Thèbes. ^— Vallée des tombeaux des rois.

— Tombeaux de Ramsès Maî-Amoun et d'Ousiréî I*'.

— Ramséion. — Statue de Memnon. — Médine|-Abou. — Karnac. — Le Kachef. — Luxor.

Nous profitâmes d'une brise favorable pour arriver promptement à Thèbes , réservant pour notre retour l'excursion que nous projetions de faire aux ruinesde Rous {jdpollinopoliS''PaTva), Malgré quelques bancs de sable j qui de temps en temps arrêtaient la marche de notre cange^ elle avançait rapidement au miUeu des deux nappes de verdure qui bordent le fleuve béni. Tout-à-coup nous vîmes se dessiner, au-dessus des groupes de palmiers , les masses énormes des monumens de Karnac. Un quart d'heure après 9 nous avions pris terre près d'un grand sycomore, dont l'ombre séculaire prête son abri aux voyageurs, sur la rive de Gournah.

Devant nous se déroulait la plaine immense que lantique métropole de l'Egypte couvrit de ses

EGYPTE ET NC3BTK. 3ll

édifices sans nombre. Cà et là s'élevaient sur les deux rives du Nil ces gigantesques débris devant lesquels nos phalanges républicaines battirent des mains ou présentèrent les armesy par un mouvement spontané , comme si ces ruines communiquaient un enthousiasme in<« volontaire , comme si elles avaient uo langage intelligible pour tous.

Nous avions à peine mis pied à terre ^ que des Arabes de Gournah nous amenèrent des ânes pour nous conduire dans leur village.

Bientôt après avoir traversé des bouquets de ])almiers, de doums et de sycomores , nous at^ teignîmes la limite des champs cultivés. Là s'élève, entouré de masures de boue aban* données, un petit édifice, dont la construction élégante ne rappelle en rien celle des temples consacrés au culte égyptien. Ce fut visiblement autrefois un palais , dont les délft*is épars por* lent des noms royaux appartenant aux derniers Pharaons de la xviif dynastie , ou aux premiers de la xix*. Une colonnade en forme la façade et donne entrée, par trois portes, dans plusieurs salles, dont une seule, assez vaste , est soutenue par des colonnes d'un joli style. Des ruines informes qui précèdent ce monument , et où l'on remarque des pierres d'une très grande dimension, autorisent à croire qu'il se rat^^

3ia EGYPTE ET NUBIE.

tachait autrefois à dautres constructions* Au-delà de ce palais commence le désert; la plaine, qui s'élève peu à peu au-dessus du ni-> veau des inondations , est , ainsi que les flancs de la montagne voisine, occupée tout entière par des sépultures antiques.

Rien ne peut donner une idée de l'aspect bizarre de ce terrain bouleversé , dont toute la surface fut percée de puits. Tantôt vous les voyez ouverts sous vos pas, tantôt cachés ou comblés par des monceaux de terre et de décombres. Partout gisent confiisément , entassés sur le sol , des cercueils brisés , des membres épars, des corps mutilés , arrachés au sommeil de la tombe par lavarice ou la curiosité. Ces antiques sépultures ont été rerouées tant de fois et avec tant de désordre , tant de fois creusées et recomblées , qu'il est aujourd'hui impossible de reconnaîtfe si la fouille d'un puits offre quelques chances de succès, autrement qua l'entassement plus ou moins pressé et à la nature delà terre qui le remplit. Aces puits aboutissent un ou plusieurs étages de galeries ou de chambres latérales; c'est là que se rencontrent le plus souvent les antiquités. Il est extrêmement rare, parmi ces tombeaux, d'en découvrir d'intacts; mais comme les preniiei*s spoliateurs y cherchaient uniquement les métaux précieux,

EGYPTE ET NUBIF. 3l3

on peut encore espérer de trouver après eux des objets intéressans. Le calcaire j dans lequel ces abîmes sont creusés, a éclaté inégalement sous le ciseau; c'est au moyen des aspérités qu'offrent leurs parois que les Arabes y descendent aujourd'hui pour enlever la terre qui les obstrue ou les raonumens qu'ils découvrent, et tout cela sans cordes , et sans autre moyen que les couffes qu'ils se passent de main en main. I^es plus importantes de ces sépultures étaient pratiquées dans le flanc de la montagne , qu'on prendrait de loin pour un édifice percé de fenêtres régulières. Une ou plusieurs salles précédaient les puits qui donnaient entrée dans de vastes galeries et dans des chambres • souterraines, souvent d'une étendue immense, et dans lesquelles les momies reposent par milliers. La plupart de ces tombes ont été ouvertes lors de l'invasion de Cambyse, que l'histoire accuse d'avoir profané la demeure des morts , en même temps qu'il incendiait celle des vivans;la brutale colère de ce conquérant a été plus funeste aux monumens de l'Egypte que n'avait pu l'être une durée de vingt siècles. Ces tombes sont aujourd'hui presque toutes délabrées, et dépouillées du stuc et des peintures dont elles furent revêtues. On retrouve encore^ cependant çà et là danî> quel-

3l4 EGYPTE ET NDBIE.

ques-unes des traces d'hiéroglyphes peints et lion gravés en relief, privilège qui semble avoir été réservé exclusivement à celles des rois et des prêtres ; car si l'embaumement conserva pour le peuple sa simplicité première, on le vit se prêter à toutes les distinctions sociales et rassembler autour de simulacres inanimés les ornemens dont les chargeait à l'envi la tendresse ou la vanité. Obligés de se borner aux hiéroglyphes peints, les riches particuliers surent s'en dédommager par la perfection du travail, et leurs tombeaux offrent souvent des tableaux dont l'exécution ne le cède en rien, dans son genre, aux plus beaux hiéroglyphes gravés.

Le rouge, le jaune, le vert, le noir et deux nuances debleu, sont presque les seules couleurs employées par les Égyptiens dans ces tombeaux comme dans la plupart de leurs monumens.

Cependant quelques rares exemples prouvent qu'ils en connaissaient d'autres, ainsi que l'art (le les mélanger entre elles, et que l'usage d'un (uissi petit nombre de teintes était chez eux le résultat d'un système, et non de l'ignorance.

Deux maisons s'élèvent seules aujourd'hui parmi les sépulcres de Gournah , construites toutes deux par les Européens qui ont séjourné à Thèbes pour en explorer les ruines ; l'une était, lors de notre passage, habitée par un

Greq, marchand d'antiquités; l'autre par le kfaawass turc chargé de faire exécuter des fouilles pour le compte d'Ibrahim-Pacba.

C'est dans les sépulcres antiques que les modernes babitans de ces lieux ont fixé leur séjour. La profondeur de ces cavernes leur sert souvent de refuge contre les vexations de l'autorité , ou de magasin pour [cacher quelque portion de blé soustrait k l'avidité du fisc, comme elles servaient à leurs ancêtres à receler le produit de leurs rapines. Depuis long-temps les babitans de ce district sont cités pour les plus voleurs et les plus turbulens de l'Egypte. Aussi ont-ils eu de fréquens assauts à soutenir , et leur nombre, qui s'élevait à plus de quatre mille au milieu du xviu^ siècle, est réduit maintenant à quatre cents. Ces nouveaux Troglodytes se vantent d'avoir été, lors de notre

campagne d Egypte , les derniers à se soumettre aux Français, qui n'étaient parvenus à les réduire qu'en portant le feu dans leurs repaires, où plusieurs demeurèrent étouffés. Dernièrement encore , en j 8'j4 9 excités par un cheikh fanatique, ils se soulevèrent contre l'autorité de Méhémed-Âli, qui cependant parvint bientôt à soumettre les révoltés ; et pour dénouement de cette tragédie, cinquante têtes des chefs roulèrent sous le fer du bourreau en présence

<ribrahim-Pacha,venu du Caire pour réprimer l'insurrection.

L'unique industrie des habitans de Goumah étiiit, pendant ces dernières années ^ la recherche des antiques qu'ils vendaient aux voyageurs. Ce petit commerce avait contribué , plus que la force, à adoucir, sinon à changer entièrement leur caractère primitif; mais cette faible ressource vient de leur être enlevée par Ibrahim-Pacha , qui s'est réservé le monopole des fouilles de toute l'Egypte.

Prèsdes ruines d'une vaste en ceinte de briques crues, précédée d'un propylone (porte) de même matière, élevé par un des Lagides, on rencontre les débris d'un temple consacré à Ammon- Ra, la grande divinité de Thèbes, par le Pharaon de la xviii® dynastie, Aménenthé, régent pendant la minorité de Thotmosis III. Non loin delà s'ouvre le plus vaste comme le plus beau des tombeaux de Gournah, EUAssassif, la grande Syringe des anciens, destinée à la sépulture des prêtres et creusée par l'hiérogrammate et prophète Pétaménoph, l'un des plus hauts dignitaires de l'ordre sacerdotal Cette immense excavation, dont les larges galeries pénètrent au loin dans la montagne, appartient à la plus belle époque de lart égyptien. Rien n'égale le fini admirable des hiéroglyphes qui, sculptés en relief

EGYPTE ET IVUBIR. 3l7

sur un fond rose cVune fraîcheur dont le temps n'a pas terni l'éclat , ornent cet asile de la mort*

Des myriades de chauve-souris ont, depuis des siècles , pris possession de ces lieux souterrains, qu'elles disputent aux hyènes et aux chakals. Les parvis sacrés et les statues des dieux sont souillés de leurs ordures , dont les fétides exhalaisons ont rendu rare et méphitique l'air qu'on respire sous ces voûtes funèbre?. De temps en temps le voyageur est assailli par d'immenses nuées de ces animaux , qui se précipitent sur les torches et les éteignent , en pro* duisant par le mouvement de leurs ailes un bruit semblable à celui du tonnerre dans le lointain.

De Gournah, c'est vers la vallée des tombeaux des rois que nous dirigeâmes nos pas.

Les détails topographiques donnés par Strabon ne permettent pas de chercher les tombes royales ailleurs que dans la vallée de Biban-el- Molouk. Deux chemins y conduisent : l'un va par un long détour, vers le nord, gagner l'entrée de la vallée ; l'autre , beaucoup plus court, mais très escarpé, traverse directement l'étroite arête de la montagne qui la sépare de la plaine de Gournah. C'est du point culminant de ce sentier qu'on jouit de la vue la plus complète des monumens de Thèbes. Sur la rive libyque , à vos pieds, est El-Assassif, avec son enceinte

3i8 ÉGÎPÏE ET NUBIE.

sacrée ; un peu plus loin ,* Gk>urnah'9 avee ses innombrables hypogées, avec les restes de son palais , avec son sol qui présente l'image du chaos; puis vient le Ramséion, avec les merveilles de son architecture et les débris de son gigantesque colosse. Au pied de la montagne, le petit temple de la déesse Hathôr (i) sfe révèle à peine au milieu des débris qui l'environnent. Plus loin, et seules au milieu de la plaine, s'é^ lèvent, comme des tours, les statues de Memnon, derrière lesquelles Médinet-Aboii dessine, sur un fond de rochers escarpés, ses propylones^ ses temples et ses royales demeures ; enfin à l'horizon s'étend ce vaste hippodrome autrefois entouré de constructions triomphales , où les anciens Égyptiens se livraient aux exercices gymnastiques et aux courses de chevaux et de chars (a). L'enceinte de ce cirque immense offre aujourd'hui, dans sa destruction, l'aspect d'une chaîne de colUnes régulières livrées maintenant à l'agriculture.

(i) Le temple fut consacré à la déesse Hathèr (Vénus)» identifiée avec la déesse Thmeî (Thémis), par Ptolémée V Épiphane , vers l'an 200 avant Jésus-Christ , et embelli par Ptolémée Ëvergète et ses deux femmes Cléopâtre.

(2) L'hippodrome de Thèbes offrait une superficie sept fols plus considérable que celle du Champ-de-Mars de Paris; il avait 2,700 mètres de k)ng sur 988 de large, soit 246,000 mètres de superficie.

EGYPTE tT NUBIE. 3fC>

Vers le sud , sur la rive arabique, Luxor éiale avec orgueil y au bord du fleuve , ses larges pro-pylônes, ses élégans obélisques et ses colonnades gracieuses qui s'élèvent superbes au-dessus des misérables huttes de boue des fellahs. A l'ouest, en face de vous, Karnac apparaît immense avec ses avenues de sphinx, ses forets de colonnes et ses montagnes de ruines, au-delà desquelles on aperçoit, à l'horizon, les restes de Med- Amoud , dont les maisons de terre sont en partie cachées par une forêt de palmiers. Ajoutez les montagnes lointaines de la Thébaïde, et le désert encadrant de toutes parts cet admirable tableau , au milieu duquel le Nil roule ses ondes majestueuses , et vous aurez une idée de l'aspect de Thèbes , de ce spectacle unique au monde , et qui exerce sur l'imagination captivée une indéfinissable puissance d'enchantement.

La grande avenue de sphinx qui , des pylônes du palais de Karnac, se dirige vers le Nil , semble avoir été prolongée jusque sur la rive liby-^ que. Ou ne retrouve, il est vrai, aujourd'hui sur cette rivq aucune trace de ces statues ; mais on remarque encore une ligne de terrain nivelée et bordée de petits monticules égaux également espacés et d'une autre couleur que le sol qui les environne; comme si la pierre dont les sphinx étaient £[ibriqués s'était entièrement dé-

3aO EGYPTE ET NrBIE.

Htée. Cette ligne ^ à l'extrémité de laquelle Belzoni découvrit les débris d'un petit temple et quelques autres ruines, vient précisément aboutir au point où la montagne, resserrée entre la plaine et la vallée des tombeaux des rois, n'offre qu'une épaisseur peu considérable ; peut-être serait-il permis de penser qu'un passage souterrain la traversait dans cet endroit et servait à conduire à leur demeure dernière les dépouilles mortelles des souverains de l'É-

gypte.

Bientôt nous vîmes se dérouler sous nos pas l'étroite vallée des tombes royales formée par deux chaînes de rochers blanchâtres , presque à pic dans leur partie supérieure, et dont la base est encombrée par des éboulemens sous lesquels l'entrée de ces funèbres demeures était pendant des siècles restée ensevelie.

Sur quarante tombeaux que cite Hérodote, on n'en a encore découvert que seize qui,, d'après Champollion, appartiennent aux Pharaons des xviii®, XIX* et xx* dynasties diospolitaines ou thébaines, sous .lesquelles cette métropole fleurit pendant cinq siècles (depuis l'an 1822 jusqu'en l'an i3oo avant J.-C); mais peut-être n'est-il pas bien démontré que ce soit seulement dans cette vallée qu'il faudrait rechercher le reste de ces tombeaux; et de même

EGYPTE ET NUBIE. 3a j

que, contre Topinion jusqu'alors admise, ]es travaux de Bekoni ont fait découvrir à Bibanel-Molouk quelques sépultures particulières, on pourrait espérer de rencontrer aussi ailleurs quelques tombeaux de rois.

Ni Tordre des dynasties ni celui de succession n'ont été observés dans le choix de l'eroplaçernent de ces excavations funéraireis. Chaque prince a fait creuser la sienne sur le point qu'il « cru le plus convenable; il est même arrivé que des travaux mal dirigés , au lieu de s'enfoncer dans la montagne, ont été aboutir à d'autres sépultures plus anciennes, ou que, pour les éviter, les ouvriers se sont trouvés obligés de se détourner de la direction qu'ils avaient d'abord choisie.

Le plan , la grandeur et le nombre des chambres de ces demeures sépulcrales sont différens pour chacune d'elles. Une porte d'assez grande dimension, ouverte sur le flanc du rocher, donne le plus souvent entrée dans une longue galerie qui se dirige vers l'intérieur de la mon* tagne, à travers des salles plus ou moins nom-* breuses , soutenues par des piliers enrichis de sculptures. On arrive ensuite à la salle principale, plus vaste que les autres, à laquelle les Égyptiens avaient donné le nom de dorée^et où i^eposait la momie du roi dans un énorme sarco- I. ai

foutes les époques^ dont plusieurs ne sont pa» sans intérêt sous IfS rapport paléographique. C'est ain^i que ^e retrpuvent biy^rremept accolés le nom 4'un officier anglais se rendant à sQfi po^te auf Inde$ i pt celui d'un centurion rpmain qui allait occuper le sien à Éléphantine; celui d'un saint évéque chrétien visitant les fidèles de l^yèi^eoude Latopolis, ^ côté de celui il'un cheïklf persai) pu r|)ogrebiq , accompagné da quelqiies surates dp Coraq ou à demi recou* yert c}u nom charbonné de quelqu'un de qos vieux soldats républicains.

LeRamséion (palais de Rfimsès)i appelé d'abord Memno^ium^puis tombeau d'Osymaqdias^ mérite peut-être, par la pureté de son style ^ le premier rang parmi les monumens de Thèbes* Les pylônes qui le précèdent et sur lesquels oi^ distingue encore plusieurs tableaux militaires relatif aux conquêtes de Ramsès- le - Grand (le Sésostris des Grecs) , sont presque écroulés aujourd'hui, et les eaux du fleuve qui en mi- '.)ent la base chaque année ^ Iprs de l'inonda^ tion, finiront par les ruiner bienitotentièremeBtr La partije antérieure de l'édifice est \s^ UHÛns^ bien conservée. Parmi $e^ débris on remarque les restes du colosse dp ftapisès, J'ouvre la plu* prodigieuse qu'ait peut-être j^nxais pi^oduîte la statuaire. Lc*^ légendes royales, gravées vers le

iCTPTE ET IfUfilE. ^27

haut du bras de cet énorme monolithe ^ ne permettent plus aujourd'hui de daute sur le véritable nom du prince qu'il représentait.. lie mçnarque, assis , était tatUé, ainsi que son siège 9 dans un seul bloc de .granit rose d'une admirable beauté , et si dur qu'on en porte au* jourd'hui au Caire des fragmèns que les Arabes emploient en guise de diamant pour, couper le verre. I^s proportions de la statue sont tel* lement gigantesques^ qu'il faut se placer à utie assez grande distance pour pouvoir se rendre compte de ses formes (i) ; elle est maintenant rompue en plusieurs morceaux, sur lesquels on distingue encore la trace des coins qui servi* rent à la mutiler, et dont l'action lente et pëiiible atteste l'incroyable persévérance apportée dans cette œuvre de destruction.

Une vaste salle hy postyle, la mieux conservée de celles du Ramséion , offre l'un des modèles les plus parfaits qui nous restent de l'arcfai* tecture égyptienne. Le plafond en est soutenu par deux rangs de colonnes , dont les chapiteaux , en forme de fleurs de lotus et encore intacts, sont d'une pureté admirable. Une porte

(r) Ce colosse , quoique assis, n'avait pas moins de trentecinq pieds de hauteur , non compris la base, second bloc d*en* viron trente-irois pieds de long sur six de haut; la distance d*uiie cpa^ile à l'autre est de plus de vingt-un pieds.

3u8 ÉGTFTE ET WUBIK.

qui fut couverte d or conduisait à une dermère salle, presque entièrement détruite aujour^ d'hui. C'est là qu'étaient reniermés le fisiineux cercle 'd'or astronomique et La bibliothèque à jamais perdue , où se lisait cette éloquente inscription : Remèdes de Fame^

On découvre de loin , dans, la plaine , les deux statues colossales de grès brèche , appelées parles naturels ïamah et Chamah. Lapremîère> située au nord, est la plus dégradée; la partie supérieure de cette figure, vompue par uj^ tremblement de terre (l'an ^j de J.-C,), a été> sous le règne de Septime-Sévère» réédifiée qi? cinq assises de pierres énormes^ I^a partie inférieure est d'un seul bloc et assez bien conservée. C'est là ,. on n'en saurait douter, la statue de Memnon qui rendait , aux premiers rayons du soleil, des sons faibles d'abord ,. mais qui bien* tôt, à mesure que le soleil paraissait à l'horizon, devenaient aussi bruyans que ceux d'une troin^pettc. Cette tradition a traversé les âges, et les Arabes donnent encore indifférent ment à ce colosse le nom ai El-Selamat ^ ou qui souhaite le bonjour, quoiqu'il soit aujourd'hui muet {i\

(i) Uo mémoire fort curieut de M. Letroiuie vient de faire, déchoir cruellement le divin Memnon. La salue njB sçra plumai dieu ni héros, mais bloc de pierre doué d'une vibration sonofe à tel état donné, à certaines conditions géologiques etatmosphé**

EGYPTE ET NUBIE. St^g

Une foule d'inscriptions attestent que de nombreux témoins ont entendu la voix de Memnon j que Memnon leur a parlé d'une manière distincte. La plupart datent du règne d'Adrien ; et Sabine 9 femme de cet empereur, ainsi que les dames qui l'accompagnaient, figurent au nombre des visiteurs dont les nonis se trouvent gravés sur ce monolithe.

Les deiu statues monumentales ont seules survécu à la ruine complète de l' Aménophion , un des pliis vastes palais de Thèbes , dont les immenses débris gisent enfouis sous le limon du Nil. Elles sont tournées vers l'orient , et à peu près de même dimension. Les traits de leur visage sont aujourd'hui presque entièrement méconnaissables; le bloc qui leur sert de siège est couvert d'hiéroglyphes. Sur la face an të-

riques. D*ap)rès M. {ietronne il faut ranger la statue vocale parmi les matines de la Maledetta, que sonnent, selon M. de Rozière, les carrières des Pyrénées ; parmi les sons d'orgue que rendent le matin les roches granitiques des bords de l'Orénoque et qu'a entendus M. de Humboldt ; parmi les harpes éoliennes qui soupirent dans les pierres énormes de l'appartement de granit de Karnac, bruits naturels qu'ont entendus plusieurs voyageurs. Tel était Memnon mutilé sur son piédestal ; mais Septime - Sévère, en dérangeant son état physique et le réédifiant au moyen de cinq assises de grès superposées Tune sur l'autre» a supprimé le phénomène en supprimant la cause. C'était une sourdine qui arrêtait la vibration; il voulait rendre la voix à Memnon et il l'a étoulTée pour toujours.

33o EGYPTE ET HUBIE.

Heure de ce siège , de chaque côté des jambes des colosses et dans l'intervalle qui les sépare, sont des figures de quinze pieds , que leurs câr* touches ont p^ermis de reconnaître pour la mère, et la reine épouse d'Âménotph III, huitième Pharaon de la xviu® dynastie , appelé par les Grecs Aménophis-Memnon , et qui régna vers l'an 1680 avant J.-C. (i).

Une suite non interrompue de débris de colonnes , de statues mutilées et de fragmens de toute espèce, conduit aux ruines de Médinet- Abou, village aujourd'hui abandonné, bâti à peu de distance de la chaîne libyque, sur les débris de la ville de Pappa, construite eller même sur l'emplacement de trois des édifices de l'ancienne Thèbes. Les masures de boue accumulées dans les cours , sous les portiques et jusque sur la plate-forme des monumens, ont formé, par leurs ruines successives, d'énormes battes de décombres dans lesquelles ils sont eu partie enfouis; aujourd'hui elles achèvent chaque jour de s'écrouler, et ce ne sont plus que des ruines qui annoncent et recouvrent des ruines.

Après avoir franchi les propylées d'Antomn^

(i) La figure de gauche représente la reiue-inère Tmau-HoB- Ya , et celle de droite ia reiue épouse du mènie Pharaon Taîa.

EGYPTE ET KUBIF. 33 1

d'Adrien et des Ptolémées , un édifice de Nectanèbe , un autre de l'éthiopien Taharaka , epfin uif petit monument de Tbc^mosis III , on arrive à Timmense palais de Ramsès-Maï-Amoun, Tun des plus remarquables monumens de TÉ* gypte; jdeux pylônes donnent entrée dans une vaste eour presque enf;ièrement remplie de dé* combresy aussi bien que les terrasses de ses galeries latérales, supportées par des pilastres cariatides. Là se révèle Tart égyptien primitif dans toute sa majesté. Une grande porte de granit rose s'ouvre au fond de cette cour et conduit dans une autre qui la surpasse encore en grandeur et en magnificence. Sur les quatre côtés règne une galerie soutenue par des piliers carrés ; celle du fond est double, et décorée de deux rangs de colonnes énormes. Le mur, le plafond y les pilastres, les colonnes^ tout est couvert d'hiéroglyphes peints dont les siècles n'ont presque pas altéré la fraîcheur. On y voit dés représentations de batailles, des ennemis vaincus et immolés, le triomphe du monarque égyptien , et non loin du char de victoire sur lequel il est monté, des monceaux de pieds, de mains, de phallus. Le chiffre ii,535 , gravé près de ces témoignages de la victoire, indique sansi, doute le nombre des victimes.

On retrouve sur les murs de ce palais des.

traces de tous les cultes qui ont dominé en Egypte. Choqués de l'indécence de quelques* uns des sujets représentés» les religieux qui succédèrent dans ces lieux aux prêtres d'Animon, en firent voiler les nudités, et im misérable barbouilleur vint affubler ces pauvres divinités d'ignobles draperies. Les héros et les dieux de l'antique Egypte ,] défigurés et travestis, se trouvèrent métamorphosés en martyrs et en saints du christianisme, et plusieurs pilastres furent renversés pour faire place au chœur d'une église construite dans cette enceinte. Les musulmans, venus ensuite, ont encore changé sa destination, et l'église, devenue mosquée, a été décorée des versets du Coran, tracés sur ces emblèmes égyptiens et chrétiens.

Nous quittions les ruines de Médinet-Âbou lorsque nos guides nous firent retourner en airière pour voir une pierre bien plus admirable, à les entendre, que tout ce que nous avions remarqué jusque-là. C'était un des longs blocs qui soutiennent, en guise de poutres, les plafonds des galeries; celui-ci rompu vers l'une de ses extrémités, était demeuré engagé dans le mur opposé, et avait presque conservé sa position horizontale. Nos Arabes ne pouvaient se lasser d'admirer cette pierre, et nous

EGYPTE ET NGBIE. 333

assuraient gravement qu'elle ne tenait à rien et restait suspendue en l'air par un miracle continuel. €c II y a bien des siècles , nous disaient-' ils, qu'un santon se trouvait là en prières pendant un tremblement de terre qui , brisant cette masse énorme , allait la précipiter sur sa tête; mais le saint homme avait un tel pouvoir sur toutes choses y qu'il Iiiî ordonna de rester k sa place; et depuis ce temps la pierre y est demeurée comme une marque éternelle de l'accomplissement de ses ordres. »

Nous venons de décrire les principaux débris qiie la grandeur égyptienne a laissés sur la rive gauche du Nil. D'autres inerveilles attendent le voyageur sur le bord opposé.

A un quart d'heure du fleuve, et près d'un village d'une centaine de cabanes, qui leur a donné son nom, sont les gigantesques ruines de Ramac, amas confus de portiques, de palais , de temples de toutes les époques, de toutes les grandeurs, irrégulièrement groupés; les uns mariant encore avec élégance les lignes gracieuses de leur architecture aux bouquets de palmiers qui les entourent , les autres menaçant ruine ou achevant de s'écrouler. De toutes parts les matériaux les plus précieux, brisés et désunis, s'offrent à vos regards, tantôt s'élevant comme des montagnes, tantôt cou-

334 ÉpyPTE ET »UBIE.

vrant le sol d'obélisquos rompus , de colosses défiguk*é$9 de colonnes etd'adtels mutilés et à demi ensevelis soiis lé sable , od sous les liattéd de boue des Arabes. A.ux traces d'une destruction violenté, qu'on trouve partout à Karftac, il est facile de recôrinmtrè qde le temps à mains contribué que les hommes à la ruine dé tant de chefc-d'œiivre ^ et l'e^pKt , attristé du spectacle de tant de dévastation j héiâte tucevtain entre T'ablattement et l'admiration, entré Fin* dignation et l'enthousiasme.

Une eâeeinle ckrrée de bHques crues, de près d'une demi-liéue dé coté, et dont il reste encore quelqiues traces , éfttoùrait ces m^numens. Le plus remar(|uable regarde lé fieùvej ce palais , car c'en éét vLn , le plus colossal peutêtre ^uê la main des hommes ait jamais életé y est précédé de deux énormes pylônes qùt èé^corent l'entrée d'une vaite cour entourée dé riches portiques (i).

(i) Les savanà de notre expédition ont consigné, sur la face intérieure d'un de ces pylônes, îe résultat de leurs calculs astroiMHtiîcjùest. On y Ut éotedre l'in^riptioif sttivaiile :

RlÉPVttilQVE FRÂNÇilLlSE

AT* viîr GÉôGiiA:i^niÉ nfes MONVWTErrS

TEMPLES. IX>'HGllf\*DB. LATlTVDB BORÉaLE.

Denderalt 3o* ii' o* — aS^' lô' o^'

teyPTE ET NUBIf.. 335

Une lokigue colonnade conduit à une porte qui s ouvre entre deux colosses de vingt pieds de proportion , et donne entrée dans une salie immense; cent trente-six colonnes ^ encore debout , de plus de onze mètres de tour» et dont quelques-unes ont jusqu'à vingt-quatre mètres de hauteur, supportent les pierres énormes qui forment le plafond de (^ette salle. Les chapiteaux de plusieurs de ces colonnes prés^itent une circonférence de vingt-un mètres ^ et cent hommes pourraient tenir à l'aise sur chacun d'eux. A la vue de cette construction gigan* tesque, on est tenté de douter du témoignage de ses sens ou de croire aux légendes superstif irises des Arabes et à l'existence d'une race de géâns*

Au-delà de cette salie s'élèveqt entore de$ {lylones; puis viennent les restes de six obélisques (i); puis une salle construite tout en-

Tbèb68

TBKPL18.

Karnac Lottxor

Esneh. . .

EdfQo. .. .

Ombos. . .

Syène. . .

Isle Philé. .

LOVGXTVDE.

LATITVDB BOBÉALB.

- tS xg $9

(i) Ces obélisques sont de granit rose : l'un d'eux , le plus grand des monumens de ce genre , a trente mètres de hauteur ;

356 tGYPTE ET nUBIF.

tière de grands blocs de granit rose , chef-d'œuvre de luxe et de somptuosité élevé par Ptolémée Alexandre; puis un énorme sanctuaire monn^ Kthe; puis de vastes portiques où les peintures antiques reparaissent sous les figures de saints et de madones que les chrétiens leur avaient

substituées; puis Mais la crainte de fatiguer

le lecteur nous oblige de borner ici une énumération peut-être déjà trop longue, et cependant nous avons à peine commencé à ébaucher la description d'un seul des monumens de Karnac.

Il serait superflu d'insister sur la provision des hiéroglyphes et sur la fraîcheur des pein^ tures dont ces monumens sont couverts. Cette incroyable richesse de travail qu'offrent dans chacun de leurs détails les constructions égyptiennes, partout presque également finies, éga* lement admirables à voir, devient fastidieuse ii décrire. Cependant quelques-uns des bas-relie& de Karnac méritent une mention particulière par l'importance des sujets qu'ils représentent. On y distingue les combats et les triomphes de Ménephtah I" , de Ramsès'-le-Grand et de Séson-

deux autres ont vingt-trois mètres ; un seul de ceux-ci est encore debout, le second a sans doute été renversé par le ntêlne tremblement de terre qui, Tan 917 de Jésus-Qiristi miflila la statue de Memnon.

EGYPTE ET KUBIE. 337

cbis, qui traite atiK fliûds des dieux les cbefii de plus de trente peuples floamis, dqnt les noms sont inscrits au<>d^ssus« Parmi ces noms ChampoUion a retrouvé en toutes lettres : /oudaha nudeky le royaupie des 2ui& on de Juda^ découverte importante sous le triple rapport archéologique, historique et religieux.

C'est du haut des pyktnes dii grand palais que To^l peut le mieux embrasser renseafalé des édifices de Rarnac, parmi lesquels on re* marque surtout f au milieu de montagnes de ruines, un petit monument Isiaque, un im*> mense édifice de construction Ptolémaïque, annoncé par trois rangs de pylônes et séparé du grand palais par un vaste réservoir, que Teau du Nil vient encore remplir chaque année; enfin trois temples précédés de portes triomphales devant lesquelles s'ouvraient d'im** menses avenues bordées de sphynx. Ge^e qui conduisait à Luxor a dû être composée de plus de six cents de cfs statues; et le niveau auquel elles sont placées permet de croire que dans les temps antiques cette avenue, qui servait de promenade pendant les basses eaux, devenait un canal à l'époque de Tinondation.

Nous venions de nous éloigner de Karnac quand le Kachef, absent lors de notre arrivée , accourut derrière nous pour nous prî^ de I. aa

538 ÉGYFTI ET NUBIE.

retourner prendre le café chez lui. Prévenu» à temps, nous réststàhies aux pressantes^ io* stances de cethonNne^ûi s'était créé aux dépens des voyageurs tiile industrie toute particulière. Batouné el menacé de perdre sa place pour quelnjues avanies qu'il s'était permises en versdes Européens, rhomiéte Kachef n'avait pas pour cela renoncé à leur extorquer de l'argent; seulement il avait cru prudent d'adopter des formes plus pohes pour parvenir à son but. Un voya* geur arrivait-il à Thèbes, le Kachef ne man* quait pas'de le faire aussitôt complimenter et delui envoyer quelque petit présent, comme un mouton ou quelques poules; puis, venant chaque jour le visiter à sa cange, il n'en sortait jamais sans avoir, à force d'importunités j réussi à obtenir quelque cadeau . et ' prélevé ainsi sans rîsqùes et au nom de Thospitalité un impôt plus considérable que celui qu'il avait jamais tiré de ses avanies. Malheureusement il n'est ruse si bien combinée qui ne s'évente, à la fin, et la petite spéculation du Kalchef , signalée d'avance aux voyageurs, n^avait plus de notre temps le même succès qu'autrefois. On lui renvoyait ses présens , on évitait ses politesses, et le pauvre homme , réduit à' la proie isolée que lui offrait de loin en loin quelque voyageur inexpérimenté , voyait diminuer de

EGYPTE £T VUBIE. 339

Jour en jour le produit de ses honnêtes exactions.

Les ruines d'une jetée antique attestent que Luxor était autrefois , comme il est encore aujourd'hui j le port de Thèbes. A quelques pas du fleuve s'élèvent deux grands pylônes qui j avec une colonnade d'une énorme dimension , quelques centaines d'autres colonnes et un assez grand nombre d'appartemens , composent ce qui reste aujourd'hui du palais d'Âménotph III, Pharaon de la xvm* dynastie.

Cet admirable édifice, auquel ont attaché leur nom Ménephtah I*', Ramsès- le -Grand, Sabacon, le fils d'Alexandre -le -Grand, Ptolémée-Philopator, et tant d'autres souverains , est maintenant encombré de sables et de débris. Autour de ses ruines ont été construites des maisons de boue surmontées de colombiers assez élevés, qui, au nombre de deux cents environ , forment le village de Luxor. Une fois par semaine, les habitans des villages voisins s'y réunissent pour échanger leurs marchandises.

' Devant les pylônes étaient placés, à côté de deul colosses à demi enfouis, les deux magnifiques obélisques destinés, par Sésostris, à Tornement du Ramséion , et de f un desquels la France vient de s'enrichir. Les hiéroglyphes qui

34o iGTFTE ET NUBIB.

décorent ces monolithes $ont de rexécution la plus parfaite; gravés seulement en creux, ils auraient laissé quelque chose à délirer; laissés eu relief, ils seraient demeurés ei^po^s aux injure$ des hommes et aux intempéries des saisons; d'ailleurs ces sculptures saillantes auraient altéré la pureté des lignes de l'obélisque ; on a donc pri(s le parti de réunir les deu:^ moyetis; le plan des figures est en creux, mais dans ce creux tes figures sont en relief et garanties de toute atteinte par la vive arête du granit*

Voilà tout ce qui reste aujourd'hui de Thèbes, de cette cité superbe qui vit par chacune de ses cent portes sortir à la fois dix mille guerriers; de cette cité foyer d'une antique civilisation ^ gardienne des traditions des sciences, dont le dépôt sacré se conservait intact à l'ombre du sanctuaire. Un nom et quelques pierres y voilà tout ce qui a survécu k tant de splendeur, à tant d'orgueiU Le désert a remplacé ces maisons qui suffisaient à peine à la foule immense qui s'y pressait; du sable et quelques huttes couvrent les débris de l'impérissable granit qui jadis avait reçu la vie des mains des plus habiles artistes. On ne retrouve pas même la trace de ces innombrables canaux qui répandaient la vie et la richesse dans toute la contrée. Seul, toujours le mérqe après tant de siècle^, le Nil

iGTPTE ET nilBIB* 34 1

roule encore aujourd'hui ses ondes bienfaisantes au milieu des campagnes qu'il a créées; seul y toujours aussi grand , aussi merveilleux qu'au temps de la splendeur des Pharaons , il répand encore la fertilité au sein de ces plaines couvertes d'informes amas de palais écroulés , de colonnes abattues , de fondemens arrachés , de socles et de chapiteaux roulés pèle -mêle avec les urnes , les autels et les membres mutilés des dieux.

34^ ÊGTPTK ET HUBIE.

Page 1