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verneur ne voulut pas le lui permettre.
En ces derniers jours, la frayeur de la population était arrivée à son comble: on assure que l’arrivée des anglais fut un vrai coup de la Providence. Le Gouverneur luimême, malgré son inébranlable fermeté, commençait à désespérer de la situation.
Les pillards, les émeutiers, les échappés des prisons et des bagnes allaient se porter aux dernières extrêmités. Le jour qui précéda l'arrivée des anglais fut un jour lugubre. Un silence de mort planait sur cette immense ville, naguère si mouvementée, si bruyante, ses rues étaient désertes : la nuit même qui suivit cette sombre journée, l’avant-garde de l’armée anglaise arrivait sans bruit, au Caire: la ville était sauvée!!! Les vainqueurs, sans perdre une minute, mirent incontinent des sentinelles à tous les postes, en union avec la Garde Egyptienne, déjà existante.
Ils firent pour la Citadelle comme ils venaient de faire pour la ville : ils y placèrent des gardes; mais ils n'en prirent officicllement possession que la journée sui-
vante.
Nous respirâmes enfin, et les communau-
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tés religieuses qui avaient émigré le 14 juillet revinrent promptement et avec une entière confiance : le R. Père Gardien revint le lendemain de l’arrivée de l’armée anglaïse: il fut témoin avec moi d’un événement qui faillit de nouveau tout compromettre, mais qui se borna à une simple perte matérielle, d’ailleurs fort considérable.
Vers les quatre heures du soir, une détonation épouvantable fit tressaillir toute la ville ! nous montâmes sur nos terrasses. Un épais nuage de fumée couvrit la ville tout entière. On sentait une odeur de poudre asphixiante: une immense explosion de projectibles de guerre venait de se produire à la gare centrale: les détonations continuèrent avec une étonnante rapidité et durèrent jusqu’à dix heures, On se serait cru
“en un vaste champ de bataille.
En même temps un effroyable incendie se déclara tout à l’entour de ces détonations ll formidables. Les causes du sinistre sont jus- | qu'ici restées inconnues. Le lendemain, nous
apprîmes que douze wagons, chargés de poudre, de cartouches et d’autres munitions avaient pris feu et que l'incendie, se trans-
t mettant, avait consumé, en grande partie, e la vaste station du Caire.
- Nous en fûmes tous, comme l’on dit, quit- It tes pour la peur: il ne se produisit plus t 1 ensuite aucun incident déplorable : la trane L quillité, avec la confiance était rentrée en
- | Egypte: on sait le reste.
Le premier dimanche de leur arrivée au - Caire, tous les officiers et soldats catholiques
a de l’armée anglaise vinrent entendre la sainte n messe dans notre église. Le R. P. Placide fit à t cette occasion un discours en quatre langues e en langue anglaise, française, italienne et
en langue allemande. Il exprima avec émotion et beaucoup d'à propos, notre commune é gratitude vis-à-vis de tous ceux qui, par la | valeur de leurs armes, l’énergie de leur dévouement, ou leur habileté administrative avaient sauvé de ia mort, nos personnes, et préservé nos œuvres d'une ruine certaine.
tl Les soldats catholiques continuèrent à fréquenter ‘a paroisse et à assister aux offces. Les officiers, sans ombre de respect humain, venaient publiquement se confesser dans l’église. Dieu fasse que nous continuions à jouir de Ja liberté ct d: latranquilité,
présente, pour sa plus grande gloire et pour le bien des âmes !
Avant de clore ce récit qui s’est prolongé au-délà de mon attente, je ne saurais passer sous silence une petite anecdote, assez peu intéressante en elle-même mais dont le Lecteur intelligent saura apprécier le motif qui qui me la fait reproduire.
C'était vers la fin du mois d’août : nous étions tranquilles et recueillis, le P. Placide et moi, dans la silencieuse retraite de notre vaste Couvent, resté désert, lorsqu'arrive avec grand empressement, un envoyé d'Arabi Pacha, porteur d’un message. Le porteur était un officier de l'Etat-Major du Maître actuel de l'Egypte. Le message, c'était une lettre adressée distinctement à Arabi, mais écrite à l’‘ntérieur, dans une langue qu'aucun homme,dans tout son camp de Zel-el Kébir ne fut capable d'interpréter.
Le Révérend père Placide qui disons-le en passant, sans vouloir blesser son humilité, a un peu le don des langues, accepta la lettre, l'ouvrit et à première vue en eut l’intelligence. Elle disait en substance :
“Excellence! le bruit de votre renommée
est arrivé jusqu'à nous ! en lisant les hauts faits accomplis par votre bravoure, j'ai senti se rallumer dansmon cœur toute mon ardeur guerrière. Honneur à vous, âme généreuse, noble cœur, champion intrépide de nos libertés modernes, invincible défenseur de la patrie, jc vous annoncela victoire. Expert dans l’art des combats, je brûle du désir de mettre à votre service mon épée avide de carnage, afin d'accélérer votre triomphe.
Je suis, comme militaire, déjà avancé en grade: si vous m'acceptez comme officier dans vos cadres, j'accours, j'arrive, je vole au champ de bataille !....”
Celui qui s'épanchait devant Arabi avéc tant d'enthousiasme, se signait X... officier de l’armée d’Espagne : sa lettre était écrite dans sa propre langue nationale. Arabi Pacha, par son délégué, pria le P. Placide de la lui traduire en langue française ; ce que le Père exécuta avec 11n empressement facile.
Cette démarche près d’un pauvre Religieux de la part de celui qui présidait alors aux destinées detoute l'Egypte, n'est-ellepas une nouvelle preuve de la haute estime que l’on nourrit, dans ces contrées, pour les hum-
bles Fils de François d'Assise ? Encore une fois, puissions-nous, en nous maintenant fermes à la hauteur de cette estime, mettre bien à profit cette réputation qui nous est faite, pour le développement de notre mission déjà grande et pour le salut des âmes si nombreuses confiées à notr= direction spirituelle dans ce beau pays d'Egypte!
Fr. CRESCENCE, Franciscain.
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st CHAPITRE VI
NoOS RELIGIEUSES FRANCISCAINES | DU CAÏRE.