‹ L'Egypte et les Franciscains [microforme]Chapitre 37 sur 37 · LES MERVEILLES DU DÉSERT · texte numérisé non relu

LES MERVEILLES DU DÉSERT

UISQUE nous avons accompagné la Sainte Famille dans son exil en Egypte, voulezvous nous permettre, bienveillant Lecteur,

de nous arrêter quelques instants encore et d'y cueillir quelques-unes de ces belles fleurs, épanouies dans ces profondes solitudes, pour les. offrir en odeur de suavité, aux âmes pieuses qui devinent la réalité sous ces figures et qui comprennent que nous voülons parler des Pères du désert et de leurs sublimes vertus? Ces grandes choses ne sont connues de la plupart des chrétiens que d’une manière vague et confuse : elles méritent cependant, à tant de titres, d’être connues plus intimement, et les catholiques, en méditant plus profondément comment le bon Dieu a toujours été admirable dans ses Saints, en retireraient le plus grand fruit pour la sanctification de leurs âmes. Pour nous, nous béuis-

sons toute notre vie la divine Providence d'avoir “été trouvé digne d’habiter ce pays et d'exercer le saint ministère tout proche des lieux mêmes ‘où se sont accomplies autrefois tant de merveilles !

Les mauvais chrétiens de tous les temps, “Comme nos incrédules modernes, se sont toujours récriés contre les institutions monastiques.

Aveugles volontaires, ils fermaient les yeux pour ne point voir lés progrès que ces institutions ‘firent faire à la civilisation, le bien qu’elles apportèrent à la société et à l'Eglise. Rien n'est ‘plus commun, encore de nos jours, que d’entendre répéter que les Moines ont toujours été “et restent, dans la société, des membres inutiles ; “car, disent-ils, que font les Moines et surtout que faisaient ces légions de Moines qui autrefois pulluaient dans les déserts de la Syrie et de V'Egypte? Que faisaient ces Moines ?, Ecoutons un témoin oculaire et qui ne raconte que ce “qu'il a vu lui-même. C’est un pèlerin de Terre- Sainte, vénérable Religieux de la Sainte Montagne des Oliviers, et qui va visiter ses vénérables Frères dans les déserts de l'Egypte.

“ Nous arrivimes, dit-il, dans la Province d'Arsinoë et là nous trouvâmes un Prêtre vénérable, nommé Sérapion, le Père spirituel d’une grande multitude de Moines. Il a sous sa direc-

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temps, Jujours stiques.

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tion un grand nombre de monastères qui tous réunis ne comptent pas moins de dix mille Religieux ; tous ces Religieux vivent du travail

de leurs mains. Il est d’usage, non-seulement

chez eux, mais généralement chez tous les autres Moines d'Egypte, que les Religieux, spécislement au temps de la moisson, se mettent à gage, et le : fruit de leurs fatigues et de leurs sueurs est destiné au soulagement des pauvres de leur Province: ils expédient, en outre, avec l'excédent de leur salaire, des bateaux chargés de blé pour les pauvres d'Alexandrie, pour les prisonniers, pour les.pèlerins et les autres nécessiteux ; cr il ne se trouve pas dans l'Egypte tout entière assez de pauvres pour pouvoir consommer les produits de leur large et miséricoraieuse “charité ? Se mettre en servitude pour soulager les pauvres, n'est-ce pas l’héroïsme de la charité ? Dieu seul peut inspirer une telle vertu. ” Ce même Religieux de Terre-Saïinte visita une ville de la Thébaïde, nommée Oxyrynche, et voici ce qu'il en dit: ‘ Nous trouvâmes dans cette grande ville plus de monastères que d’habitations particulières : cette cité bénie de Dieu, offre une vraie image du Paradis : jour et nuit, elle retentit des louanges du Très-Haut. Il ne s’y trouve pas un païen ni un seul hérétique.

. Et la manière dont ils pratiquent lacharités envers

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les pèlerins et les étrangers pauvres est au-dessus | de tout éloge. Les magistrats et les premières

notabilités de la ville placent, à toutes les portes

“des gardes qui ont la mission spéciale de veiller : scrupuleusement à ne laisser entrer inaperçu

aucun pèlerin, ni aucun pauvre, mais dès qu'ils en aperçoivent un, de l’accueillir avec respect et de le leur amener, afin qu'ils puissent euxmêmes exercer envers ce pèlerin ou ce pauvre, tous les devoirs de l’hospitalité. Ceux qui vinrent au-devant de nous ressemblaient plutôt à des anges qu’à des hommes, tant ils s'empressèrent à prévenir tous nos besoins et à nous combler de toutes sortes d’égards !.... Poussés par une sainte curiosité, nous demandâmes au vénérable Evêque du lieu quel était le nombre des âmes religieuses renfermées dans l’enceinte de cette cité trois fois bénie: il nous répondit : “€ dix mille Religieux et vingt mille Religieuses ! ”

Ah ! si l’on étudiait bien. l’histoire, oserait-ont encore se demander : à quoi servent les Moines ? O temps heureux, ne reviendrez-vous jamais plus sur la terre? Et la génération actuelle est-elle bien digne d’un tel spectacle ! Les indifférents et les incrédules de nos jours prétendent se faire eux aussi les Bienfaiteurs de leurs frères : ils s'efforcent de bâtir degrands édifices qu'ils ornent du titre pompeux d’éfablissements de bienfaisance,

au dessus premières les portes de veiller inaperçu dès qu'ils ec respect ssent euxce pauvre, X qui vinnt plutôt à s'empressènous com- Poussés par es au vénéombre des enceinte de s répondit :

eligieuses ! “ e, oserait-Orl es Moines ?

jamais plus elle est-elle différents et lent se faire frères : ils qu’ils ornent bienfaisance,

et ils ne savent plus, les pauvres ignorants, que si si le Seigneur ne bâtit lui-même la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui veulent la bâtir

Les Protestants qui nous envahissent de toutes parts ici en Terre-Sainte croient donner un démenti à ces paroles d’éternelle vérité, ici même

où elles ont été prononcées par la bouche du

Royal Prophète. Ils fabriquent des établissements : ils y installent des œuvres. Ce sont des établissements vains parce que Dieu n’a point présidé à leur érection: ce sont des œuvres stériles, parce que le souffle de Dieu ne les anime pas. Ils méconnaissent le seul et vrai Bienfaiteur de l’humanité, le Christ Jésus, qui a dit dans un sens absolu : Sans moi vous ne pouvez rien faire. Les moines de l'Egypte, comme les vrais moines dans tous les pays, et dans tous les temps, comprenaient cette parole et la mettaient généreusement en pratique. Le secret dè leurs sublimes vertus se trouve dans leur profonde abnégation : ils imitaient l'humilité du Christ : ils imitaient la mansuétude du Christ : ils imitaient son inaltérable patience pour bien pratiquer son inépuisable charité. Leür vie était une mortification continuelle ; ils portaient quotidiennement et avec une sainte allégresse leur croix à la suite du Sauveur Jésus. En un mot, ils étaient doux et humbles de cœur, à l'exemple,

de leur divin Maître, et ils trouvaient ainsi l'unique vrai bonheur dont on puisse jouir icibas, la tranquillité: d’une bonne conscience, le repos de leurs âmes. Pour eux le joug du bon Jésus était vraiment suave et son fardeau léger. — La grande frugalité des anciens solitaires est trop connue pour que nous en parlions davantage ici, Ecoutons cependant le sentiment qu’ils avaient eux-mêmes de cette même frugalité.

Un jour le grand saint Pacôme se rendait, en bateau sur le Nil, avec deux de ses Religieux, de sa Résidence à un autre monastère. Ils arrivèrent vers le soir : inutile de parler des grandes chaleurs, de la longueur de la traversée..., on devine qu’ils devaient sentir le tourment de la faim et de la soif. La table était servie : et comment? avec une abondance et un luxe inouts, dit le Moine qui nous apprend cette particularité ; multis et exquisitis nimium rebus, c’est-à-dire du fromage... et des figues... et des olives !... Saint Pacôme se sent tout humilié devant un tel luxe et un sigrand étalage de mets et se détermine à ne manger seulement qu’un peu de pain. Cependant ses compagnons de voyage, mourant de faim, firent honneur à ce service si copieux et ils mangèrent de tout ce qui leur était présenté, . mais un peu trop avidement peut-être. Entre- :temps l’un d’eux lève les yeux, regarde le saint

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vieillard et le voit baigné de larmes. On lui demande timidement pourquoi il pleure. “ C’est vous qui en êtes la cause, répondit le Saint. Je vois que vous observez si peu les règles de la tempérance : oh ! n’oubliez donc pas, mes chers Enfants, que quiconque veut goûter les choses célestes et garder intact le précieux trésor de l'angélique vertu sur la terre, doit s’étudier à pratiquer toujours une sage modération dans le boire et le manger, et s'abstenir rigoureusement de tout aliment qui n’est pas nécessaire... .. ?

Plût au ciel que cette admonition fût enten-

due et mise un peu en pratique par toutes ces

âmes délicates et sensuelles qui, dans ce siècle de triste décadence que nous traversons ne savent même plus ce que c’est que la mortification chrétienne et tremblent au seul mot de pénifence. Pauvres âmes, qu’elles sont doncà plaindre !

car, qu’elles le veuillent ou qu’elles ne le veuil-

. lent pas, la parole de Notre Seigneur : ,S7 vous

ne faites pénitence vous périrez tous...., les condamnera infailliblement.

Tous ces solitaires du désert ont fait pénitence et ils sont allés en paradis ; et les âmes sensuelles n’iront pas en paradis, si elles ne se convertissent et si elles ne font pénitence.

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