‹ L'ÉgypteChapitre 102 sur 186 · FUITE EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

FUITE EN ÉGYPTE

2 LOST Corne es SET EE CERN EE USA d'la,

traces du vert-de-gris qui avait teinté les faces d’un rouge brun. Les morceaux de l’obélisque abattu gisent peut-être encore, profondément enterrés, dans le voisinage de son camarade plus stable; quatre mille ans et plus se sont écoulés, depuis le jour où Pharaon Ousortesen I” l’éleva devant les portes du temple. Les inscriptions identiques qu'il porte sur les quatre faces sont dans le style à la fois simple et grand de l’époque : elles renferment le nom du prince à qui le monument doit d'exister, et nous apprend qu'il avait été dressé au milieu des fêtes. La base est profondément enfouie dans la terre, car depuis lors le sol environnant s’est exhaussé de 1°,88 par les dépôts successifs de limon du Nil; des guêpes maçonnes ont bâti leurs nids dans le creux des hiéroglyphes. Au temps des califes, il s'appelait, ainsi que son frère, l’aiguille de Pharaon.

Héliopolis, que les Égyptiens nommaient An et les Hébreux On, est mentionnée de très bonne heure dans l'histoire. Le temple du Soleil, qu’elle renfermait, était aussi vieux que l’adoration de l’astre du jour, à laquelle se rattache tout l’ensemble de la théologie dans la vallée du Nil. Rà, et ses deux formes principales, Harmakhis, le soleil levant, Toum, le soleil couchant, combinées en Toum-Harmakhis, était adoré ici, et, à côté de lui, des divinités féminines, parmi lesquelles Hathor Jousàs et Nebt-Hotep tiennent un rang éminent. Nous ne mentionnerions pas Osiris-Soup, qui est souvent cité parmi les dieux du nome héliopolitain, sinous ne pensions pas que son nom est l'original de celui d'Osarsyph, que les historiens grecs de l’Exode ont attribué à Moïse.

Déjà, au temps des guerres divines, le temple du Soleil avait donné asile aux dieux. Typhon et Horus, blessés l’un par l'autre, furent pansés et guéris dans la grande salle d'Héliopolis. Un manuscrit sur cuir du Musée de Berlin nous apprend que le temple fut rebâti par Amenemhä I® et son fils Ousortesen, de la XIT° dynastie. Il ne manque pas de témoignages égyptiens et grecs pour nous dire, que le dieu à qui la terre doit la lumière, éveillait et entre-

tenait aussi la force lumineuse de l'esprit, et que, sous sa protection, florissait une école de

prêtres savants, dont la renommée dépassait celle même des établissements analogues de Saïs, de Memphis et de Thèbes. Hérodote célèbre les érudits héliopolitains comme étant les plus instruits de l'Égypte; si les Grecs leur reprochèrent leurs formules et leurs méthodes mystiques, ils admirèrent leurs connaissances en astronomie et dans les autres sciences. On pouvait montrer aux touristes, dans la ville abandonnée, les maisons que Pythagore, Platon, Eudoxe, avaient habitées, tandis qu'ils fréquentaient les écoles de la ville du Soleil et les cours qui ne s’ouvraient que difficilement aux étrangers.

Quelques noms de savants héliopolitains sont arrivés jusqu'à nous. Faut-il y ajouter celui du prêtre Putiphar de On, dont Pharaon donna la fille Asnath pour épouse à son favori Joseph ? — Nous pourrions, si la place nous le permettait, raconter beaucoup de particularités sur les possessions du temple qui, au temps de Ramsès IIT, s'étaient accrues jusqu’à devenir immenses, sur ses dotations, sur les arbres et les animaux sacrés vénérés dans son nome. Nous nous bornerons à signaler le bœuf Mnévis au poil clair, le lion à robe lumineuse, qu’on entretenait ici, et

par-dessus tout le phénix. Chacun connaît le mythe de l'oiseau du pays des palmes, qui renaît

de ses cendres, et les apporte à Héliopolis tous les cinq cents ans : c’est l’image symbolique

de ces consolantes espérances innées au cœur de l’homme, que tout ce qui est mort, flétri, éteint dans la nature, va au-devant d'une vie, d’une floraison, d’une flamme nouvelle. La figure

du phénix, dit Horapollon, signifie le voyageur qui revient chez soi de l'étranger, après une

longue absence. Il avait donné son nom à Vénus, le plus beau et le plus brillant parmi les

Écyrre, I. 54

astres du ciel oriental, celui dont le coucher matinal semblait garantir le prompt retour au soir, et présager au mourant qu'il était réservé à son âme, sur le point de s’éteindre, de briller d’une lumière nouvelle dans la nuit de la mort.

Les Égyptiens appelaient le phénix, Bennou; dans beaucoup d'inscriptions, on parle du temple entier ou d’une de ses parties comme de la maison du Bennou. Toute l'Égypte, au témoienage d'auteurs récents, prenait part à ses pèlerinages. Les Pharaons les plus brillants joignaient à leur nom le titre de « prince d'Héliopolis, » à l'exclusion de tout autre titre; d'orgueilleux conquérants, qui, dans Memphis, se bornaient à offrir un sacrifice au dieu Ptah, se soumettaient dans le sanctuaire du Soleil à beaucoup de cérémonies et se faisaient initier aux mystères du dieu.

Amenembha l", le fondateur du sanctuaire, s'écriait, après avoir commencé le travail qui ne devait être achevé que par son fils Ousortesen : « Qu'il ne soit pas détruit au cours du temps, « qu'une fois fait, il dure! » Ce souhait du grand roi, qui nous à été transmis par le papyrus de Berlin, ne s'est pas accompli : de l’édifice qu'il croyait élever pour l'éternité, rien ne reste que l’obélisque et quelques blocs de pierre à peine dignes de mention. C’est injustement qu'on accuse le Perse Cambyse d’avoir détruit le temple et la ville du Soleil, car, longtemps après lui, on pouvait décrire l’un

dans toutes ses parties, et l’autre était florissante : les écrivains arabes nous dépeignent encore plus d’un débris aujourd’hui disparu du sanctuaire.

Abd-el-Latif parle d'Héliopolis, Aïn Shems, comme d’une petite ville avec des murailles ruinées mais enait aisément avoir

core debout, et qu'on reconnais appartenu à un temple, car on y trouvait de grandes et épouvantables idoles en pierre taillée, hautes de

trente coudées, et dont les membres étaient bien proportionnés. La porte de la ville, — peut-être le pylône du temple décrit par Strabon, — était encore intacte. Presque toutes les figures, les montants de porte et les morceaux que vit notre auteur, étaient couverts de représentations figurées et d'inscriptions hiéroglyphiques. |

Si nous nous demandons ce que sont devenues les énormes quantités de pierre dure bien taillée, que des auteurs dignes de foi ont vues ici, il y a relativement peu de temps, la réponse est simple : le Caire, cette grande ville qui a erû dans le voisinage immédiat du temple du Soleil, les à emportées, et, pour les retrouver, il faudrait arracher de terre les fondements de ses palais, de ses mosquées, de ses maisons. Héliopolis à partagé le sort de Memphis. Nous connaissons maintenant tout ce qui reste du vieux Phénix; revenons au jeune oiseau Soleil qui est sorti de ses cendres.

La même route que nous avons suivie en venant nous ramène au Caire. L’âne qui nous porte est aussi infatigable que son conducteur Ahmed, type traditionnel du gamin égyptien, dont nous aurons souvent à parler plus tard. Nous traversons la ville entière du nord au sud, franchissons le Khalig, qui la traverse en diagonale d’un bout à l’autre et fut, dit-on, creusé par Amr, afin de relier le Nil à la mer Rouge. Nous voici à son lieu d'origine. Ici, commence le vieux Caire, cette mère modeste d’une fille brillante, la Fostât des Arabes pendant les pre-

BÉLI

OLIS.

LIOP

Page 1