‹ L'ÉgypteChapitre 106 sur 186 · LA TENTE D'AMR · texte numérisé non relu

LA TENTE D'AMR

ume d'habiter quand ils visitaient ces parages.

Le célèbre nilomètre ou mekiâs de Rôda fut transporté, probablement de Memphis, dans l'île située en face de Babylone, après la fondation de Fostât. Makrîzi (1417) vit les restes d'un vieux nilomètre, dont les remplaçants, aujourd’hui encore, après toute sorte d'améliorations et de restaurations, servent à mesurer pour l'Égypte entière la décroissance de l’inondation, que tout le monde attend avec une anxiété indicible. Les Arabes pensent qu'il n’a été construit que cinquante-six ans après la fondation de Fostât. — Le pont de bateaux

Écyrre, I. 56

est détruit depuis longtemps, et, si l'on désire visiter et le monument et l'île dans laquelle il se trouve, il faut traverser en barque légère un bras étroit du fleuve. On débarque au milieu d’un grand jardin mal entretenu, appartenant à l'héritier de Hasan pacha : des vignes, des orangers, des citronniers, des rosiers, des jasmins, mille espèces de plantes odorantes entourent de leur verdure un superbe château d'été construit en style ture. Le mekiàs est dans une chambre couverte, dont le plafond est soutenu de minces colonnettes en bois, et qui remplace la vicille construction détruite à la fin du siècle précédent. La colonne à huit pans, elle est maintenue à sa partie supérieure par une poutre, et porte sur son fût l’ancienne échelle des mesures arabes. Le bassin quadrangulaire au milieu duquel elle se dresse est en maçonnerie, et communique avec le Nil par un canal.

Dans les parois de la salle du mekiâs, il y à de petites niches ornées de colonnes d’angle fort simples et voütées en arcs surbaissés, qui avaient déjà été modifiées au commencement du huitième siècle. Parmi les inscriptions coufiques qui se sont conservées jusqu’à nous, les plus belles sont de Mamoun, fils d'Haroun-er-Rashid, l'ami des sciences, qui fit rebâtir le mekiâs, endommagé en 814 après le Christ. La restauration la plus souvent mentionnée est celle qui fut faite sous le calife el-Moutaouakkil,

et à laquelle le nilomètre doit son nom de « nouveau mekias. »

Dès les temps les plus anciens, les Pharaons avaient reconnu la nécessité de connaître le moment précis où l'inondation commence à décroître : on possède quelques nilomètres

qui ont été érigés assez loin en Nubie, par des rois de l'ancien

empire, c'est-à-dire par des princes qui régnaient avant l’in-

vasion des Hyksos. Pour que l'inondation fût réputée bonne, il fallait, au témoignage d'Hérodote, que le fleuve montât de seize coudées. S'il restait de beaucoup au-dessous, les champs placés haut dans la vallée manquaient d’eau et la

famine se déclarait : s'il la dépassait sensiblement, il ren- LE NILOMÈTRE. versait les digues, endommageait les bourgs, et n’était pas en-

core rentré dans son lit au moment des semailles. Dans ce

pays, où le pays

an n'a ni pluies à attendre, ni gelées où mauvais temps à redouter, l'échelle du nilomètre permettait aux prêtres de prédire en toute sécurité le bon où mauvais produit de la moisson future, et servait également aux officiers du roi, qui faisaient dépendre la hauteur des impôts à répartir de la hauteur du Nil. Dès le principe, et encore aujourd'hui pendant le temps que la crue monte, on tenait le campagnard rigoureusement éloigné du pilier-échelle, et on le lui dérobait sous le couvert mystérieux d’une sainteté inabordable. Quel est en effet le souverain qui serait incliné à renoncer sans retour au plus important de ses droits, au privilège de fixer la quotité de l'impôt à régler? Au temps des Pharaons, c'étaient les prêtres qui informaient le roi et le peuple du moment où l'inondation commençait à décroître : aujourd'hui le droit de mesurer le Nil est réservé, sous la surveillance de la police du Caire, à un sheikh assermenté, qui a son propre nilomètre, dont le point zéro est marqué un peu plus bas que celui de l’ancien nilomètre. Les ingénieurs de l'expédition française furent les premiers à découvrir la fraude, à l’aide de

Page 1