‹ L'ÉgypteChapitre 110 sur 186 · DE B · texte numérisé non relu

DE B

RKOUK.

Si elles leur semblaient être trop courtes, ils leur donnaient des bases plus fortes : ce n'était pour eux que des supports auxquels il suffisait de donner une hauteur identique. Les Arabes empruntèrent la coupole aux Byzantins et la portèrent à sa perfection. La métamorphose, toute naturelle, en ogive du plein-cintre, depuis longtemps connu chez les autres peuples, se manifeste pour la première fois dans leurs monuments. Ce qui leur appartient bien en propre, c’est la riche ornementation des surfaces planes au moyen d’arabesques. Ils l’'empruntèrent à l’art de tisser les tapis et les étoffes dans lequel ils avaient excellé de toute antiquité. S'ils ne l’employèrent pas dans leurs constructions les plus anciennes, c'est qu'ils n'étaient pas encore parvenus à l’abstraire du métier à tisser, du vêtement de fête, du plancher de la tente ou des chambres, pour la transporter sur la pierre.

On n’en trouve aucune trace dans la mosquée d’Amr. C’est plus tard seulement qu’elles devinrent la caractéristique inséparable du style arabe. Nulle part non plus nous ne rencontrons ces ornements en forme de stalactites, eux aussi propres à l’art arabe, qu'on emploie si

souvent ailleurs pour relier artistement les parties horizontales et les parties verticales d’un édifice, et dont nous ferions bien d'utiliser les formes fantastiques, là où l'application en est possible.

Par contre, il ne manque à la mosquée d’Amr aucune de ces dépendances, aucun de ces objets mobiliers, que nous retrouverons dans toutes les mosquées, et que nous nous contenterons ici de présenter au lecteur. Ailleurs, il fera connaissance complète avec le tombeau du fondateur, les écoles, les fontaines publiques et les autres œuvres de bienfaisance qui sont attachées au plus grand nombre des temples. La cour dans laquelle nous avons reconnu la forme la plus ancienne des lieux consacrés au culte musulman, est nommée sakhn el-gémû. Au milieu, à côté d’un palmier et d’un acacia épineux, s'élève la fontaine, hanefiyèh, destinée aux ablutions prescrites par la loi; souvent elle est couverte et ornée richement. La cour de la mosquée d’Amr est entourée sur les quatre côtés de portiques à colonnes,

qui s'appuient par derrière sur le mur d'enceinte sans fenêtre. Le côté du sakhn el-gâmà

qui est tourné vers la Mecque, ici le côté est, est considéré comme particulièrement sacré, Il renferme le sanctuaire ou liouan. Tandis que le portique au sud et au nord de la cour n’a que trois rangs, et à l’ouest un rang de colonnes doubles, qui du reste sont renversées, sauf une paire; du côté est, c’est une véritable forêt de colonnes. Placées sur six longues files, séparées par des intervalles égaux, elles forment une salle superbe, projettent des raies d'ombre étranges sur le sol recouvert de nattes en lambeaux, et présentent, dans leur

ensemble, un tableau que personne n'oublie, même ceux qui ont visité comme nous la plus

riche en colonnes de toutes les églises, la mosquée-cathédrale de Cordoue. La plupart des colonnes de la mosquée d’Amr sont en marbre, et les chapiteaux appartiennent à toutes les variétés imaginables de l’art antique. Ici, l’œil rencontre l’acanthe corinthienne, là, une volute ionique; à côté du chapiteau byzantin cubique, on voit le chapiteau du temps des Ptolémées, orné de fleurs et façonné de main grecque. Seules, les productions du vieil art éoyptien sont exclues systématiquement, comme partout ailleurs dans les édifices arabes. Si

ces colonnes pouvaient nous dire d’où elles viennent, de combien de temples ou d'églises

magnifiques disparus jusqu'au dernier vestige du sol de Memphis, d'Héliopolis et d’autres villes antiques voisines du Caire, et qui étaient encore vivantes lors de la fondation de Fostât, elles nous donneraient bien des nouvelles! A présent, une colonne du temple d'Aphrodite porte peut-être l'extrémité d’un arceau dont l’autre moitié repose sur une colonne qui se

dressait près de l'autel d'une église dédiée à la Vierge. — Au fond de la salle, à l'endroit

où un agréable demi-jour remplace la lumière éblouissante du dehors, s'ouvre la niche à prières, mikrâb où kibluh, qui ne manque dans aucune mosquée; elle marque la direction dans laquelle les croyants doivent chercher la Mecque, sert à lire le Coran les jours de fête, et est souvent ornée très richement de mosaïques ou d’incrustations en pierres. À gauche du

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