COUR DE LA MOSQUÉE D’AMR
à la suite de leurs lecteurs et de leurs rabbins, entrèrent dans la large cour de ce temple et s’inclinèrent avec ferveur devant le Très Haut! Si cette procession grandiose n’avait pas eu seulement pour objet d'obtenir un bien terrestre, la crue du Nil, nous en parlerions plus volontiers encore que nous ne faisons en ce moment.
Un examen attentif de l'ordonnance de ce bâtiment me paraît d'autant plus nécessaire,
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qu'il est le spécimen le plus parfait du temple, à l’époque la plus ancienne de l’art arabe. La mosquée n'était nullement, à l’origine, une maison de prière, mais une cour ouverte entourée de portiques à piliers ou à colonnes, dont les plus ornés sont dans la direction de la Mecque. Les minarets ne doivent man-
quer à aucune mosquée : ce sont des tours élancées,
établies d'ordinaire à côté du portail, souvent au-dessus
du portail même, et auxquelles le muezzin monte, pour
appeler d'en haut à la prière. La cour du temple qui existait à la Mecque avant l'Islam doit être considérée comme le prototype de la mosquée la plus simple; mais la patrie de Mohammed était demeurée si étrangère
à la pratique des arts plastiques, que, pour construire les maisons d'habitation, on n’employait que de l’argile et des rameaux de palmier desséchés. Aujourd’hui encore, la mosquée de la Mecque consiste en une cour entourée d’arcades, au milieu de laquelle se trouvent la Caaba et le puits Zemzem. Le premier minaret fut probablement un tronc de palmier, où montait le prêtre qui appelait à la prière. Lorsque la religion du Prophète se préoccupa d'élever des temples, les croyants détournèrent violemment, à leur usage, les produits de l’art qu'ils rencontrèrent dans les pays soumis par eux. Ils ne songèrent nullement à s’assimiler ce qu’ils trouraient de meilleur, à plier pour leurs besoins partieuliers le travail d'étrangers plus avancés dans l'art. La colonne avec son fût élancé rappela aux fils du désert le tronc de leur palmier, la coupole leur tente, Æoubba ; aussi empruntèrent-ils assez tôt ces deux éléments. Il
est merveilleux de voir combien le génie grec modifia
le modèle de la vieille colonne polygonale égyptienne, l’ennoblit avec le sens raffiné du beau qui animait les Grecs, et l'introduisit dans le temple dorique comme un membre organique qu'on ne put plus en séparer. Les Arabes, d'accord en cela avec leur religion et leur caractère national, en agirent différemment à l'égard des peuples qu’ils conquéraient à la pointe de l'épée. Ils arrachèrent sans scrupule les colonnes des temples et des palais qu'ils rencontrèrent, quelque majestueux qu'ils fussent d’ailleurs et dignes d'être conservés, les mirent dans leurs propres constructions, sans y rien changer, sans s'inquiéter de l’ordre auquel elles appartenaient, de l'épaisseur ou de la forme de leurs fûts, de la matière dans laquelle elles avaient été taillées.
Ecyrre, I. 59
[ DU TOMBEA