‹ L'ÉgypteChapitre 114 sur 186 · PRIÈRE DU MATIN AU · texte numérisé non relu

PRIÈRE DU MATIN AU

l'époque de sa construction, deux cents ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis la fondation de Fostât; néanmoins, la vie des Égyptiens et le théâtre sur lequel elle se passait avaient subi une modification radicale dans toutes ses manifestations et dans toutes ses parties. Amr avait promis aux Coptes, qui recevraient l'Islam et payeraient la capitation, des droits égaux

à ceux des croyants : aussi beaucoup d’entre eux passèrent-ils à la relision de Mohammed.

La guerre, la peste, les soulèvements, les persécutions, l'oppression des faibles par les puissants, toutes les calamités imaginables, avaient, sous les Byzantins, décimé les habitants de la vallée du Nil, et préparé la place aux Arabes : beaucoup de leurs tribus s’établirent en Égypte, y perdirent rapidement leurs habitudes de vie errante, et y commencèrent, paysans à la campagne, marchands et artisans, savants et artistes dans les villes, une vie nouvelle qui était surtout le développement de la vie ancienne et pourtant présentait dans tous ses détails un aspect particulier. La langue des Égyptiens d'origine, le copte, raide, inflexible dans sa grammaire, remplie de mots

recs, fut bientôt dépossédée par l'arabe flexible et fin. Nous

avons déjà montré, à propos d'Alexandrie, avec quelle rapidité prodigieuse les Arabes transfigurèrent l'Égypte. Mais au lieu que la puissance destructive de l'Islam s'appesantit dans toute son horreur sur la cité grecque, la civilisation arabe trouva dans Fostât la neuve un lieu propice au développement de la force créatrice qu'elle portait en elle, et fit sortir des ruines une vie nouvelle, multiple dans ses manifestations, et prête à enrichir le monde de ses beautés.

Omar meurt. Othman tombe assassiné. À Merouân II, le dernier des Ommiades, succèdent les Abbassides : deux cents ans à peine après sa fondation, Fostât n’était déjà inférieure à aucune ville de l'Orient ou de l'Occident en activité de vie scientifique.

Mamoun l'érudit (830), fils et second successeur d'Haroun-er-Rashid, visita l'Égypte et la ville fondée par Amr. Il y trouva une célèbre école de savants où l’on cultivait l’astronomie, à laquelle il se livrait lui-même avec passion, la jurisprudence, inséparable de la théologie, les sciences naturelles, la grammaire, la philosophie, et

aussi ces sciences, l'algèbre et la chimie, dont les noms arabes n’ont jamais été remplacés même, parmi nous. J1 mesura le premier méridien terrestre, et construisit des observatoires où l’on employa des instruments jusqu'alors inconnus. C’est de son temps qu'on fit des traductions arabes de livres grecs, latins et hébreux, auxquelles nous devons la conservation de tant d'ouvrages anciens perdus sans cela.

Il répara et orna d'inscriptions encore existantes le nilomètre de l’île de Rôda. Fostât atteignit, sous son règne, un haut degré de prospérité : elle ne franchit pourtant les limites du Caire actuel que sous l'en-

treprenant et brave Ahmed ibn-Touloun. Cet homme extraordinaire gouvernait l'Égypte au nom d'un des faibles Abbassides qui résidaient à Bagdad. Son pére, Turc de naï

ance, et prisonnier de guerre, fut incorporé dans la garde du calife : c'était une sorte de troupe prétorienne, à laquelle il arriva plus d'une fois de briser un sceptre et de donner une couronne. Touloun monta bientôt, par son habileté, aux postes les plus élevés dans le palais de son prince. Ileut un fils, Ahmed ibn-Touloun, bien doué pour les études scientifiques, brave et d’un esprit élevé, qui, nommé gouverneur de l'Égypte, sut non seulement la bien régir par sa sagesse, l'influence de l'or et la puissance de ses armes, mais se jeta en conquérant sur la Syrie, et fonda pour lui-même et sa famille une sultanie indépendante. Après avoir habité d'abord le palais construit par ses prédécesseurs au quartier des soldats, il agrandit Fostât dans la direction de la citadelle actuelle, par la fondation du faubourg el-Khatiya, s'y construisit un château magnifique, créa et dota richement nombre d'établissements de bienfaisance, où chaque vendredi il allait visiter lui-même les malades et les fous, exécuta toute sorte d'améliorations nécessaires, parmi lesquelles il convient de citer en première ligne un système de conduites d’eau, et finit par construire la mosquée qui porte son nom aujourd'hui encore. Située au sud-ouest de l'emplacement sur lequel s’éleva plus tard la citadelle, à mi-chemin du vieux Caire, elle fut bâtie, non

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loin du large hippodrome où les nobles arabes exerçaient leurs chevaux, sur la colline fortifiée de Kalât el-Kebsh, le fort du bouc, à laquelle une légende attribuait un caractère tout spécial de sainteté. On conte, en effet, qu'Abraham y avait conduit son fils au sacrifice,

et qu’elle devait son nom au bouc que le Seigneur avait envoyé comme offrande à la place

d'Isaac. D’autres Cairotes prétendent que l'arche de Noé sy arrêta après le retrait du déluge, et que le boue fut le premier des animaux à en sortir. Enfin, des traditions plus anciennes rapportent qu'Ahmed trouva sur l’Ararat, en Arménie, les débris de l'arche, les plaça dans sa mosquée en guise de frise, et y fit graver le Cornn tout entier. Peut-être Ahmed ibn-Touloun, chef d’une nouvelle maison, se donna-t-il lui-même, à l’orientale, le nom du Bouc, le conducteur du troupeau, auquel cas l’épithète el-Kebsh s’appliquerait à lui.

Ce prince bienveillant qui, se sentant près de mourir, demanda à ses sujets de s’assembler sur les hauteurs du Mokattam et de prier pour lui, les musulmans selon le Coran, les juifs selon le Pentateuque et les Psaumes, les chrétiens selon l'Évangile, ne voulut pas, lorsqu'il se fut résolu à construire une grande mosquée, dépouiller d'anciens édifices de leur parure pour en orner le monument de sa piété. Il ne pouvait, dit la tradition, arriver à bâtir un temple grandiose rien qu'avec des matériaux neufs, lorsque l'architecte grec qui avait posé pour lui les conduites d'eau, et qu'on avait emprisonné sur une accusation fausse, lui fit annoncer qu'il avait imaginé le plan d’une mosquée splendide, où l’on ne verrait nulle colonne, à l'exception de celles qui doivent se trouver de chaque côté de la niche à prières. — Le plan du Grec plut au prince : telle fut l’origine de l’œuvre admirable qui jusqu'à présent, malgré les dommages de toute sorte qu’elle à subis, reste debout selon le souhait formé par son fondateur, Ahmed ibn-Touloun avait, en effet, demandé au ciel que sa mosquée fût épargnée, si jamais l’eau ou le feu venait à détruire Fostât.

Ce monument peut être considéré comme un spécimen complet de l'architecture arabe des premiers temps; le plan en diffère assez peu de celui de la mosquée d'Amr. Sur trois des côtés, la cour quadrangulaire est entourée de halles

dont la toiture plate en bois s'appuie, non pas sur des

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