PORTE DES MAMELOUKS, DANS LA CITADELLE DU CAIRE
1h disent par abréviation e/-Kal'aû, le Fort. Aujourd'hui une rue tortueuse, bien entretenue, y | conduit; mais la vicille route à pie, entourée de hautes murailles, a, elle aussi, été conservée. | Elle débouche près de la porte el-Azab, qu'on appelle aussi porte des Mamelouks, en sou- | venir de la tragédie sanglante qui se joua dans le voisinage, lorsque Mohammed-Ali anéantit |
ces nobles orgueilleux.
Le palais dans lequel les successeurs de Saladin ont résidé durant des siècles, à été plus
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tard abandonné entièrement : on n’en ouvre plus quelques salles, décorées dans le goût ture, qu'à l’occasion de grandes réceptions. Après la prise du Caire, en 1515, Sélim fit enlever les plus belles colonnes de marbre, et les expédia à Constantinople, avec les pièces les plus pré-
cieuses de l’ameublement. Il nous serait difficile de nous faire une idée de l'aspect que présen-
tait un château arabe de ce temps et de la vie qui s’agitait derrière ses murs, si l'historien
Guillaume de Tyr ne nous avait conservé la description de l'accueil que recurent dans le pa-
lais des califes, au Caire, les ambassadeurs des croisés.
« Comme la maison de ce prince a des splendeurs toutes particulières, telles qu'on n’en a jamais vues de notre temps, nous dirons ici avec soin ce que nous avons appris par les rapports fidèles de ceux qui ont été chez ce grand prince, sur sa splendeur, ses richesses incommensurables, sa magnificence extraordinaire, car il ne sera pas désagréable d'avoir à cet égard quelques renseignements certains. Dès que Hugues de Césarée, et avec lui le chevalier du Temple Godefroy arrivèrent au Caire, en conséquence de l'ambassade dont ils étaient chargés pour le sultan, ils furent conduits au palais, qui s'appelle en la langue du pays Kascere (Kasr), par un grand nombre de serviteurs qui les précédaient bruyamment avec des épées, à travers des passages étroits et des chambres entièrement sombres, où, à chaque entrée nouvelle, des troupes d'Éthiopiens armés acclamaient à l’envi le sultan. Après avoir passé outre la première et la seconde garde, ils parvinrent dans des chambres un peu plus larges et plus grandes, où pénétrait
le soleil et qui ouvraient en plein air. Ils y rencontrèrent des portiques pour les promenades d'agrément, qui étaient soutenus de colonnes en marbre, avaient des plafonds dorés, étaient ornés d'œuvres exquis
s et avaient un carrelage bariolé; si bien que tout marquait la splendeur royale. Tout cela était si beau de matière et de travail, que les deux envoyés ne pouvaient s'empêcher d'y porter le regard, et que leurs yeux ne pouvaient se rassasier de contempler ces ouvrages, dont la perfection surpassait tout ce qu'ils avaient vu jusqu'alors. Il y avait des viviers en marbre remplis de l’eau la plus pure; il y avait des oiseaux de toute espèce, qu'on ne connaît pas chez nous, de voix diverses, de forme et de couleur étranges, et surtout d'apparence merveilleuse pour nos compatriotes. De là, les eunuques les conduisirent dans d’autres chambres, qui dépassaient les premières en beauté autant que celles-ci faisaient celles qu'ils avaient vues tout d’abord. Il y avait là une multitude admirable de différents quadrupèdes, tels que le pinceau capricieux du peintre, la licence du poète, et l’'Âme perdue dans les rêves de la nuit, peuvent seuls en créer, tels que les pays du Midi et de l'Orient en produisent, que l'Occident ne voit jamais et dont il n'entend parler que rarement.
€ Après beaucoup de détours et à travers beaucoup de chambres, qui pouvaient bien arrêter celui-là même qui aurait été le plus pressé par ses occupations, ils arrivèrent enfin au château royal proprement dit, où de fortes troupes de gens armés et une foule immense de satellites marquaient bien par leur nombre et leur costume la gloire incomparable de leur maître, et où les lieux mêmes montraient la richesse et les trésors illimités du possesseur. Lorsqu'ils furent admis et introduits dans la partie intérieure du palais, le sultan rendit à son maître l'hommage d'usage, en ce qu'il se jeta une et deux fois contre terre, et l’honora et l’adora de telle manière comme personne ailleurs n’a accoutumé de témoigner son respect. Comme il se jetait contre terre pour la troisième fois et déposait l'épée qui lui pendait au cou, voici que les courtines, lesquelles étaient brodées
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« d'or et de perles choisies, et faisaient ombre au trône dressé au milieu de la salle, se sépa- « rèrent avee une rapidité incroyable, et le calife devint visible. Il avait le visage dévoilé, « et se tenait assis, en une pompe d’habits plus que royale, sur un trône d’or, et était envi- « ronné d’un petit nombre d’eunuques serviteurs. » É
Une fois de plus la parole écrite à dépassé en durée la pierre et le métal. La citadelle du Caire a encore des parties qui remontent jusqu'au temps du fondateur. Mais des nouveau-
tés de nature fort différente et de toutes les époques, les unes anciennes, les autres mo-
dernes, d’autres enfin contemporaines, se sont mêlées à l’antique et l’écrasent. Le château présente un fouillis fantastique de cours fabuleuses, de couloirs en méandres, de casernes et de
palais, de parois rocheuses tombant à pie et d’horribles coupe-gorges. On est bien obligé de le
considérer comme un tout, et pourtant il est impossible de décrire en quels éléments ce tout se décompose, et comment les parties dissemblables dont il est formé se tiennent l’une l’autre. Ici, les plus hauts minarets qu'il y ait au Caire montent et semblent toucher le ciel; là, le puits le plus profond de la ville s'enfonce jusqu'au-dessous du niveau du Nil; une vieille muraille, à moitié démolie, en pierre des pyramides, coudoïe l’albâtre poli qui brille dans les cours et sur les murs d’une mosquée neuve, un palais aux colonnes splendides s'élève à côté d’un temple écroulé. Telle mosquée antique est aujourd’hui un grenier, telle aile de palais, jadis décorée avec un luxe fabuleux, est aujourd’hui une caserne.
Au débouché d’une ruelle étroite où l’on a peine à respirer, on entre dans un quartier baigné par l'air pur du désert, et d’où le regard peut s’abaisser sur le voisinage ou s'étendre sans obs-
tacle jusqu’au loin. A nos pieds, une foule sans nombre s’agite ou se tient immobile sur la large
place Roumêlèh, que prolonge l’ancien Karaméidan, aujourd’hui place Mohammed-Ali. La splen-
dide mosquée de Hassan, qui domine cette place, est d'environ deux cents ans plus jeune que la
citadelle, mais, dès le temps de Saladin, grands et petits s’assemblaient là, pour se livrer à toute sorte de plaisirs et assister, pendant le mois de shaoual, au départ du grand pèlerinage de la Mecque. En portant le regard par-dessus cette étendue vivante et remuante et par-dessus les grandes mosquées qui y sont semées, on voit devant soi la ville, qui s'étale au loin vers le nord et vers l’occident. Les figures humaines et les linges flottants ne manquent pas sur les toits plats, où les bouches à air s'ouvrent, semblables aux appentis qui abritent l’escalier des cabines sur les paquebots. Ces moulkoufs en bois forment comme une petite ville sur le dos de la grande, mais l’œil ne s’y arrête pas; il est attiré avant tout et enchaîné bien haut par les minarets, dont les silhouettes élancées montent ici, là, par centaines, aussi loin que s'étend la vue. Les rayons du soleil et l'éclat éblouissant des murs crépis à blanc aveuglent presque le spectateur qui regarde en l'air : il faut baisser les yeux et
porter son attention au loin vers l’ouest,
MOULKOUFS.
sur la nappe large et tranquille du Nil, sur les terres cultivées qu’elle arrose, sur les pyramides qui s'élèvent à l’extrême horizon, à la lisière du désert, sur les contreforts rocheux de la montagne libyque. Les pyramides sont pour
le Caire ce qu'est le Vésuve pour Naples : elles en sont le signe distinctif, et quand, après
être restés pendant des heures au milieu des produits de la civilisation égyptienne, nous oublions la distance qui nous sépare de notre patrie, elles nous rappellent que nous sommes sur la terre des Pharaons. Le Mokattam vers l’ouest, et, vers le sud, à nos pieds, les tertres coiffés de moulins à vent, le désert, les collines de décombres, n’attirent qu'un moment notre attention : l'aspect étrange de la nécropole du Caire nous arrête plus longtemps. Des groupes de cimetières, éloignés l'un de
l’autre, s'élèvent sur le sol sablonneux, et, derrière eux, des
villes de mausolées à coupoles, dont les plus célèbres sont à
bon droit les tombeaux des mamelouks, juste à nos pieds vers
le sud, et plus loin, au nord-est de la citadelle, les tombeaux
des califes.
Aussi longtemps que le soleil est haut dans le ciel, ce panorama grandiose est comme dépouillé de son charme inéluctable. Du gris, du jaune, du brun, du blanc éblouissant, çà et là du vert adouci par la poussière ou par l'éloignement, voilà les
seules couleurs que l’œil rencontre. Mais au moment du lever du soleil, ou vers le soir, avant qu'il disparaïsse derrière la
montagne libyque, allez vous appuyer aux créneaux de la plate-
forme, dans la partie sud-ouest de la citadelle, et vous verrez quelle quantité indescriptible de teintes diverses le ciel répand
sur ce tableau si riche et si intéressant. De petits nuages roses
flottent comme des voiles légers autour des minarets, le Nil re-
flète dans son muroir des ors éclatants, les champs étincellent
dans leur vêtement pers, et les montagnes lointaines se déta-
chent en violet sombre sur le manteau de pourpre royale qui
rayonne à l'horizon.
Il est difficile de s’arracher à ce spectacle : il faut pourtant rentrer dans les cours intérieures de la
citadelle avant que la nuit tombe. Elles renferment encore deux œuvres du temps de Saladin, situées l’une près de l’autre : une mosquée presque entièrement dégradée, de style
byzantin, avec une coupole écroulée, et un
puits remarquable. Les Arabes lappellent
UN ps seaux € puits de Joseph, » et veulent qu'il ait été DU PUITS DE JOSEPH.