‹ L'ÉgypteChapitre 133 sur 186 · E L'APPELLE € LE ROI JUSTE · texte numérisé non relu

E L'APPELLE € LE ROI JUSTE

MONNAIES DE MELIK EL-ADÎL (SÉIF ED-DÎN ABOU-BEKR, LE FILS D'EYYOUB). LA LÉ

el-Adfl, les peuples musulmans de l'Asie occidentale et de la Syrie virent paraître de mauvais jours. Les Eyyoubites furent en lutte perpétuelle l’un contre l’autre, l'Egypte eut à supporter

l'attaque des croisés, Damiette tomba en leurs mains, Melik es-Sâlekh, petit-neveu de Saladin, battit et garda prisonnier à Mansourah Louis IX de France, les Mongols bouleversèrent les

vieux royaumes du continent asiatique, soumirent la Chine et poussèrent leur invasion sau-

vage jusqu'au cœur de l’Europe : lorsque l’avant-dernier des Eyyoubites, Melik es-Sâlekh, — le

ssiné quelques mois à peine après son avènement, — voulut se donner une

dernier fut ass | garde du corps puissante, et qui lui fût aveuglément dévouée, comme l’avait été celle des Abbas- S

sides, l'exécution de ce projet lui fut rendue plus facile par les campagnes des Mongols. Beau-

coup de guerriers échappés aux peuples vaincus, surtout aux Turcs et aux Kharismiens, passèrent à l’étranger et y cherchèrent du service; il ne manqua pas non plus d'esclaves turcs pris à la guerre, que personne ne pouvait payer plus cher que ne fit le riche maître de l'Égypte. Un poète contemporain remontra à Melik es-Sâlekh, qu’il appelle d’ailleurs un prince équitable et juste dans son gouvernement, que c'était une folie d'appeler à soi des autours et de les autoriser à s'établir dans le nid de l’aigle :

Les fils du noble Saladin, Je vois qu’ils courent chez les courtiers à la recherche d'esclaves. Bientôt ils iront au marché

Pour que les esclaves les achètent comme esclaves.

La prophétie du poète s'accomplit. Ces gardes du corps, qui s'appelaient humblement mamelouks, esclaves, se rendirent terribles aux ennemis de Melik es-Sälekh et aux armées croisées, plus terribles encore à lui-même et à sa maison : son fils, le dernier rejeton de la famille, tomba sous leurs poignards. — En dépit du fracas d'armes qui semble tout recouvrir en ce temps-là, les arts de la paix ne furent nullement négligés, surtout au Caire. On étudiait, discutait, philosophait, dans les universités et dans les écoles; on chantait et on faisait des vers, dans l'entourage des nobles et des princes, dans les rues et dans les cercles d'amis. Les auteurs de l’époque des Eyyoubites se distinguent, non seulement par le contenu de leurs œuvres, mais par l’art et l’habileté qu'ils mirent à les écrire. Le secrétaire de Melik es-Sâlekh, Bohà ed-din Zohar, jouissait de la plus haute réputation parmi les calligraphes; il était en même temps un poète et un homme d'une amabilité enchanteresse. Les belles poé-

sies de lui, que M. E.-H. Palmer à publiées récemment avec beaucoup d’éclat, nous montrent jusqu'à quel degré de scepticisme les esprits du temps pouvaient s'élever, et dans quel monde élégant et raffiné se mouvait la société du Caire. Princes puissants, jolies femmes, fêtes dans les jardins, promenades sur le Nil, joyeuses beuveries, Bohà eddin célèbre tout. C’est dans la ville des califes qu'il disait à un de ses nombreux

amis en vers charmants :

Si tu viens amicalement chez moi

Je t'en remercierai bellement ; Si,

ce qu'à Dieu ne plaise, — tu ne viens pas,

Je tâcherai de te trouver une excuse.

A un ami dont la lettre avait rempli COUPE EN VERRE ÉMAILLÉ DE VIEUX STYLE ARABE. son cœur de joie, il répondait :

Tout ce que je puis jamais souhaiter

Ta lettre le renfermait et en était comme parée ; Mon cœur courut au-devant de toi

Et la dicta, tandis que tu écrivais.

Rien de plus fin que la manière dont il sait détourner de leur sens, en se jouant, les paroles du Coran, et dont il s'appelle le prophète de l'amour et de la jeunesse. Même comme satirique, il est étonnant. Un semblant de philosophe lui reprochait un jour de ne point comprendre ses arguments : il lui répondit sèchement qu'il n’était pas Salomon, et ne pouvait comprendre ce que les bêtes disaient.

Son contemporain, qui fut aussi son biographe, Ibn-Khallikân, auteur de « Vies des hommes éminents, » nous apprend qu’il naquit à la Mecque ou dans les environs de cette ville. Il fut avec son protecteur Melik es-Sâlekh dans des termes qui font également honneur au prince

ÉGypre, ik, 71

et au poète. Ibn-Khallikân le rencontra au Caire : « Il possède, écrit-il, une grande influence « sur son maître, qui l'estime très haut et ne confie ses secrets qu'à lui seul. Il n’use toute- « fois de son autorité que pour le juste, et fait du bien à beaucoup par son intervention bien- « veillante et ses services amicaux. » Après la mort du sultan (1249), il mena une vie retirée, et ne sortit plus que rarement de sa maison. Neuf ans plus tard, il périt de la peste qui alors ravageait le Caire. Son corps fut déposé dans le Karâfeh, la nécropole de la ville,

côté du mausolée de l’imàm Shâfe'i.

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