‹ L'ÉgypteChapitre 138 sur 186 · MENDIANT AVEUGLE · texte numérisé non relu

MENDIANT AVEUGLE

La partie chrétienne de ce peuple devait bientôt endurer de grandes souffrances, mais d’une façon différente. Auparavant déjà, sous « l’homme-Dieu » Hâkim, ils avaient été fortement opprimés, et avaient dû se soumettre à des règlements humiliants. Nâsir se montra tolérant à leur égard, jusqu'au jour où l’envoyé du sultan de Maroc rencontra un chrétien qui passait droit sur son cheval, et repous

it orgueilleusement des musulmans qui l’abordaient d’un air soumis. Le More, outré de cette insolence d’un infidèle, fit des représentations au prince; celui-ci ordonna, dit-on, qu'on renouvelât les ordonnances sévères qui condamnaient les chrétiens à porter un turban bleu et les juifs un turban jaune, afin qu'on pût les distinguer des musulmans.

Les femmes chrétiennes et les femmes

juives durent porter sur la poitrine une

marque particulière; il fut défendu formellement aux hommes de monter à cheval, et ils ne purent se servir de l'âne qu'à la condition expresse de s'y tenir à la manière des femmes. On prohiba les sonneries de cloches les jours de fêtes. Aucun chrétien ne put avoir d'esclaves musulmans où employer un croyant à des travaux pénibles ; aucun ne put désormais servir, comme employé, dans les administrations publiques.

Ces ordonnances donnèrent un aliment à la haine de la populace musulmane. Elle commença à maltraiter les infidèles, pilla les églises et les synagogues : il fallut l'intervention des princes chrétiens pour mettre un terme à ces excès lamentables.

Durant son troisième et dernier règne, Nâsir s’occupa de l’embellisse-

ment du Caire avec une libéralité qui tenait de la prodigalité. IL dépensa, DNA HS RARES HAS

dit-on, en constructions 8,000 dirhem

par jour; encore ne les consacrait-il pas à payer les travailleurs, mais à les nourrir, car le peuple était astreint à la corvée, et les émirs lui fournissaient leurs esclaves comme maçons et comme terrassiers. Les architectes syriens qu'il employait pourvoyaient à l'entretien de leurs gens. Un canal, réparé par lui, métamorphosa en jardins d'immenses espaces déserts. Il se fit construire des palais superbes pour lui-même, ses femmes et ses enfants; ses émirs, piqués d'honneur, bâtirent des châteaux splendides et des maisons de campagne qui, bientôt, formèrent une ceinture à la ville. Plus de trente mosquées, des bains, des tombeaux, des cloîtres, datent de son temps; les gouverneurs de province suivirent son exemple avec tant de zèle, que le seul gouverneur de Damas fit jeter bas beaucoup de vieilles maisons dans sa résidence, afin d'en reconstruire de plus belles et d'élargir les rues de la ville.

Écxrre, I. 76

Nûsir aimait les chevaux à la folie : il entretenait chez les Bédouins des connaisseurs, dont le devoir était de rechercher les plus beaux étalons. Il ne trouvait aucun prix trop élevé; il donna, dit-on, un million de dirhem pour un cheval d’une beauté renommée, et, par la quantité d'argent qu'il leur prodigua, détourna les enfants du désert des mœurs sim-

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