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LA MORT DU PREMIER

Écvrre, I. 78

chacune d’une arche élevée, du plus grand effet. La cour et les quatre ailes, prises dans leur ensemble, affectent la forme d’une croix grecque. On ne peut pénétrer dans cette cour découverte, que la lumière inonde, sans éprouver une impression profonde. Tout ce qui entoure le visiteur est disposé gravement, majestueusement, harmonieusement : s’il examine avec attention et un à un les détails de l’ornementation du sanctuaire et de la chambre sépulcrale, il sentira son goût satisfait par la richesse et la variété des jeux de lignes entre-croisées, par les formes élégantes et ingénieuses que présentent les figures qui reviennent régulièrement, et il cherchera à comprendre le sens des mots et des phrases du Coran, qui sont insérés dans les arabesques en guise d'ornement significatif, et frappent ses regards en maint endroit pour l’instruire, l’exhorter, et en même temps embellir la muraille. Rien de plus capricieux et de plus ambigu, au premier coup d'œil, que cette riche parure des paroïs; mais bientôt il reconnaît que ces lignes, non seulement s’enlacent en replis fantastiques, mais sont astreintes à des lois et à des règles certaines, et enchâssent des sentences destinées à élever le cœur et l'esprit. Le musulman ne doit employer aucune image pour animer la solitude de ses temples : il ne réus-

sit à y introduire la vie qu’en se jouant hardiment avec les lignes LL D (HN et en adressant au spectateur des paroles chaleureuses. Toutes les parties de cet édifice splendide sont négligées et endommagées : pourtant on se sent l'esprit plus haut, lorsqu'on regarde les baies immenses qui s'ouvrent comme quatre portes géantes sur les côtés de la cour, et portent les murs, couronnés simplement de créneaux en forme de lis.

La cour est dallée de marbre multicolore : au milieu s'élèvent deux puits, l’un grand, l’autre plus petit. Le premier est destiné aux ablutions des Égyptiens, et porte une coupole, dont la forme fantastique rappelle celle d’un globe terrestre, peint en bleu,

qu'on aurait orné d’un croissant et entouré d’une large ceinture

chargée d’une inscription en lettres d’or. Le second était d’abord

réservé aux Tures. Sur le côté sud-est de la cour, s’ouvre, avec une volée de vingt et un mètres, la baie de la voûte où est le sanctuaire. Il n'y manque aucune de ces pièces de mobilier que nous avons fait connaître au lecteur à propos du liouan de la mosquée d’Amr. La chaire est soutenue par des colonnettes en pierre : Hassan, qui, dans le temps qu'il était détrôné, s'était adonné aux études de théologie, y montait parfois pour prêcher au peuple qui demeurait en dehors du sanctuaire. Nombre de lampes descendaient des hauteurs du plafond très bas vers le sol, pour éclairer la chambre sainte, au moment de la prière du soir. Tout à fait à l'arrière-plan de ce saint des saints, se trouve la niche à prières, à l'entrée du m#aksoärah, c'est-à-dire du mausolée destiné au fondateur de la mosquée. Il produit une impression de majesté étonnante : c’est une salle quadrangulaire, au milieu de laquelle se trouve le tombeau. Elle est recouverte d’une coupole qui atteint cinquante-cinq mètres de haut, et dont l'ouverture est raccordée au carré sur lequel elle s'appuie, selon le procédé classique, par un encorbellement en stalactites. Les murs sont revêtus par le bas de marbre de couleur, et portent une frise formée par des sentences du Coran écrites en gros caractères. On ne fait rien pour l'entretien de cette partie de la mosquée; les Cairotes n’en sont pas moins assidus au tombeau de Hassan, car ils ignorent qu'on ne trouva pas le cadavre, et que, par conséquent, il ne peut reposer en cet endroit. Ils se ras-

semblent de préférence dans les grandes salles, lorsqu'il s'agit de notifier publiquement toute sorte de sujets, mais beaucoup d’entre eux vont à la salle qui renferme le tombeau du sultan, afin d'obtenir la guérison de certaines maladies. Pour se débarrasser du catarrhe ou d'infirmités analogues, on arrose le seuil en porphyre du mausolée, on y frotte une brique miraculeuse qui est soigneusement conservée à cet effet, puis on se mouille la langue avec l'eau rougeâtre qui résulte de cette opération. Les deux colonnes de droite et de gauche ont aussi la réputation d'opérer des cures merveilleuses. Quiconque lèche l’une d'elles, est guéri de la jaunisse; les femmes qui sucent le jus d'un citron dont on a frotté l’autre, obtiennent d’avoir des enfants.

En vérité, ce n’est pas à ces pau-

vres âmes abandonnées à la plus

misérable superstition que songeait l'artiste quand il conçut et bâtit le grand portail du nord. Quelques degrés y montent, et, du palier auquel ils conduisent, il jaillit à une hauteur de vingt mètres. Il se termine au sommet par une demi-coupole cannelée qui s'appuie sur des stalactites. Une riche parure d’ara-

besques orne les parois internes; une partie de la large corniche en haut-relief, formée par un encorbellement de petites niches qui entoure au dehors la mosquée entière, couronne l’ornementation de cette belle façade, où s'ouvre l'entrée réelle du temple. La grande coupole, léoèrement renflée, est reliée au

cube qui la soutient par un support

polygonal. Le plus grand des deux

minarets n’a pas son pareil au Caire NAGER pour la hauteur : il mesure quatre-

vingt-six mètres. On ne saurait trop

louer la solidité de la maçonnerie : elle est d’une force extraordinaire, et les colonnes en-

gagées aux angles du bâtiment font du dehors l'impression de la perfection. Par malheur un des minarets avait des fondations moins fermes que le reste de l'édifice : il s’effondra peu après l'achèvement de l’œuvre, et détruisit dans sa chute le puits, et l’école que Hassan avait établie auprès de sa mosquée, et où trois cents orphelins recevaient l'éducation à ses frais. Ces malheureux furent écrasés tous ensemble par les blocs qui croulaïient sur eux de très haut.

Nous nous sommes arrêtés longtemps à décrire cet édifice : c’est qu’on le regarde à bon droit comme le plus beau et le plus noble des mausolées à coupoles. Il n’en manque pas au centre de la ville; mais le plus grand nombre s'élève à l’occident du Caire, et forme des groupes im-

pure Pt

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