‹ L'ÉgypteChapitre 152 sur 186 · SULTANE EN ROUTE POUR SA VILLA · texte numérisé non relu

SULTANE EN ROUTE POUR SA VILLA

estimés par les amis de l’art arabe, et l'école qui s’y rattache mérite qu'on la remarque. La place de l'Ezbékiyèh a traversé bien des vicissitudes, avant de devenir au Caire le centre de vie franque qu’elle est aujourd’hui, et dont l'éclat et la beauté sont, on peut bien le dire, connus du monde entier. Après avoir visité les superbes squares qui en occupent le milieu, s'être promené devant

les pompeux hôtels, les grands édifices

publics et les superbes maisons particulières qui l’environnent de toutes parts, et qui ne dépareraient aucune apitale européenne, on à peine à comprendre qu'en 1827, l’exact Prokesch- Osten pouvait encore nous dire, qu’elle reste sous l’eau une moitié de l’année, et est employée comme terre de rapport pendant l’autre moitié! La plupart des édifices qui s’élevaient jadis sur cette place remarquable, étaient détruits ou eroulaient en ruines; beaucoup de ceux qui restaient encore debout étaient de style maure et « portaient l'empreinte d’une antique « splendeur. » Aujourd'hui, il serait difficile d'y trouver une seule pierre

de l’époque des mamelouks.

Kaït-bey mourut à l’âge de quatrevingt-cinq ans. Il avait été forcé, pendant les dernières heures de sa vie, d’abdiquer en faveur de son fils, âgé de quatorze ans, et fut enseveli dans la belle mosquée qu'il s'était élevée, selon l'usage de ses prédécesseurs, tandis qu'il était encore parmi les vivants. Elle fait partie du groupe de mausolées nommé Tombeaux des califes. Lorsqu'on sort de la ville pour l'aller visiter, on passe devant un autre grand édifice qui porte, par corruption de ouakkäliyèh, le nom d'okel de Kaït-bey, et fut construit par le même sultan. Au Caire, ainsi que dans la plupart des villes de lOrient, il y avait une grande quantité de ces okels, où khans. Ils servaient et servent encore à recevoir les marchands, ainsi qu'à mettre leurs mar-

chandises en sûreté, et se composent d’une cour entourée de bâtiments, dont les étages

inférieurs renferment des magasins voûtés, et dont les parties supérieures sont employées comme chambres d'habitations ou comme greniers. La plupart des okels, et selon Lane, il y en aurait encore deux cents au Caire, sont nommés d’après l’homme qui a construit ces établissements utiles, pour protéger le commerce et faire du bien aux marchands. On y

pénètre par une porte qui est fermée le soir, et dont la clef de voûte est souvent revêtue de

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MOSQUÉE D’EZBEK.

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beaux ornements. C’est le cas de la porte de lokel de Kaït-bey, qui malheureusement à beaucoup souffert.

Le sultan Kaït-bey avait à sa disposition des architectes et des sculpteurs excellents. Cela est bien prouvé, en premier lieu, par son tombeau chacun de ceux qui l’ont vu n’y pense plus qu'avec une admiration spéciale, et Coste, l’un des meilleurs connaisseurs de l’art arabe en Égypte, le nomme la mosquée la plus charmante du Caire.

Qu'elle est belle, cette coupole que revêt, comme une dentelle de pierre, un réseau de bandes entrelacées, quelle grâce dans la forme et dans la décoration du minaret, quelle originalité dans la porte d'entrée! Une antichambre y conduit, qu'entoure un mur crénelé, et qui, du temps de Kaït-bey, comme les chambres analogues des autres mosquées sous les sultans antérieurs, paraît avoir servi aux réceptions solennelles des hôtes de haut rang, aux audiences des jours de fête, à rendre la justice. Dans la porte, à droite et à gauche, se trouve un banc de pierre, sur lequel, en pareille occurrence, on étendait des tapis, et où les hauts dignitaires devaient prendre place. Dans le fond, se dressait le trône du sultan, élevé de plusieurs marches audessus du sol. Pour s’en approcher, il fallait passer entre deux rangées de mamelouks parés d’armes éclatantes. L'ordonnance architecturale de cette mosquée ressemble presque partout à celle du sultan Hassan : un seul détail lui appartenait en propre, une lanterne en bois découpé, qui recouvrait la cour moyenne, et laissait pénétrer, en les tamisant, l’air et la lumière du jour. Elle s’est malheureusement écroulée depuis quelques années; mais les belles porportions des chambres intérieures produisent encore une impression d'harmonie parfaite, et font de la mosquée un de ces endroits particulièrement agréables, qu'on visite volontiers deux et trois fois, pour revoir la forme élégante des arceaux et des voûtes, la finesse des découpures, la souplesse et la fantaisie d’une ornementation qui, ici comme ailleurs, exclut toute saillie et tout relief, et n’admet que des surfaces planes. Il est rare d'y rencontrer un fidèle qui s'agenouille sur les débris du dal-

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