‹ L'ÉgypteChapitre 153 sur 186 · ARABE · texte numérisé non relu

ARABE

lage en marbre de couleur. Si quelque Cairote s'y rend par hasard, c’est pour y adorer deux cubes de granit enchâssés dans un revêtement hideux : l’un d'eux, le gris, porte la trace des deux plantes du Prophète, l’autre, le rouge, celle d'un seul des pieds de l’envoyé de Dieu. Kaït-bey les rapporta lui-même de la Mecque, où il avait fait un pèlerinage : il aimait en effet les voyages et les longues chasses, et visita plus tard les lieux saints d'Hébron et de Jérusalem. On raconte qu’à son retour d'Arabie, il fut reçu au Caire en grande pompe. L'atabeg Ezbek, le fondateur de l'Ezbékiyèh, lui donna à Matariyèh un grand dîner; et quand il rentra dans les rues de sa résidence, il les trouva tendues de tapis de soie et richement décorées. Des chanteurs et des chanteuses se joignirent à sa suite en chantant des chants de fête, et les mêmes émirs qui, neuf ans plus tard, obligèrent le vieillard mourant à abdiquer en faveur de son fils, lui offrirent à l'entrée de la citadelle les présents les plus précieux.

Sous les deux dynasties des mamelouks, la couronne d'Égypte fut invariablement conquise par un parvenu hardi, ou at- DE LA MOSQU tribuée par les nobles ambitieux à l'enfant mineur d’un sultan antérieur. Au fantôme de calife abbasside revenait toujours la mission de confirmer et de proclamer le nouveau prince. L

Le fils de Kaït-bey, Mohammed, était né d’une esclave circassienne, quand son père était dans sa soixante-douzième année. . Pendant les trois années que dura son règne, il souilla son nom par une cruauté et des débauches effrénées. Les quelques traits de courage personnel et de libéralité dont nous parlent les historiens, sont mis dans l'ombre par la multitude des actions infâmes qu’il commit. Quiconque le rencontrait dans les rues de la ville, pendant ses expéditions nocturnes, était roué de coups, mutilé ou décapité. Il passait des nuits entières sur le Nil avec des chanteurs et des chanteuses; il pénétrait de force dans les maisons avec ses compagnons de débauche et ses esclaves noirs, pour enlever les belles femmes à leurs maîtres, et afin que la lumière ne lui manquât pas dans ses

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