‹ L'ÉgypteChapitre 158 sur 186 · UN · texte numérisé non relu

UN

Écyrre, I.

des Arabes avec les États de l'extrême Orient. Les Osmanlis, maîtres de l'Égypte, firent plus tard une tentative pour s'emparer de Diu. Elle échoua complètement, et, jusqu’à nos jours, le drapeau ture n’a pas réussi à obtenir quelque influence dans les ports de l'Inde.

Les Portugais, vainqueurs, songèrent un moment à poursuivre jusqu’en Égypte même les restes de la puissance mamelouke. On prête à l’un de leurs héros, Albuquerque, le projet gigantesque de détourner le Nil vers la mer Rouge, par un canal qui aurait abouti auprès de Kocéïr, et de ruiner la partie la plus riche de la vallée, celle où trônait le Caire. Ce qu'ils ne réussirent pas à faire de la sorte, les Turcs de Sélim I* le firent, peu de temps après, par la force des armes. Ils conquirent l'Égypte, et tout ce que ce pays renfermait encore de grandeur et de développement possible, de beauté et de valeur fut atteint ou détruit par la conquête. Ce fut un peu la faute d'El-Ghouri, qui avait hésité à entrer en campagne contre eux au moment favorable. Il périt bravement sur le champ de bataille, et eut pour suécesseur Tomân-bey, qui avait été son esclave. Les Cairotes donnèrent à ce prince le surnom de Mélik el-Aschrâf, le roi très honoré, et il sut mériter ce titre par sa grandeur d'âme dans l’infortune. Monté sur le trône le 17 octobre 1516, dès le 20 janvier 1517, les vainqueurs de son prédécesseur n'étaient plus qu'à quelques heures de marche du Caire. On en vint aux mains à Héliopolis, dans le voisinage du lac des Pèlerins, Dirket-el-Hagg. Une division de l’armée ottomane attaqua le camp égyptien, une seconde tourna le Mokattam et tomba sur le flanc de Tomân-bey. Celui-ci se battit comme un héros des beaux jours de l'Islam : il avait déjà réussi à pousser jusqu’au cœur du camp ture avec deux émirs et une poignée de mamelouks hardis, à s'emparer de la tente du sultan Sélim, et à renverser les officiers qu'il y trouva, quand on lui apporta la nouvelle que son armée abandonnaït le champ de bataille en pleine déroute. Les tranchées ouvertes et dissimulées dans lesquelles les Égyptiens avaient mis leur artillerie en batterie, étaient tombées aux mains des Osmanlis, et cela, par la trahison de deux mamelouks albanais, qui livrèrent à un pacha ture, leur compatriote, le plan

de Tomân-bey, et lui signalèrent les fossés cachés sous des roseaux et la position des pièces. Lorsque les Ottomans eurent réussi à tourner l’armée égyptienne, cette artillerie aurait dû être retournée, mais les mamelouks n’avaient que de vieilles bombardes en fer, reposant sur des affûts sans roue, formés de poutres revêtues de métal, tandis que les Turcs se servaient de canons légers et faciles à manier. Aussi Kourt-bey, l’un des plus braves émirs de Tomân-bey, pris par les vainqueurs, avait-il le droit de répondre à Sélim, qui lui demandait où était passée son antique prouesse, « qu’elle n'avait subi aucune diminution. Les Ottomans devaient la victoire à leur « seule artillerie, avec laquelle une faible femme pouvait renverser les hommes les plus forts; « c'était d’ailleurs une invention franque dont un musulman ne devait pas se servir contre des « hommes qui croyaient à Dieu et au Prophète.» — Le sultan d'Égypte s'enfuit à Tourah, tandis que les Tures s’emparaient du Caire et de la citadelle. Les soldats de Sélim, enivrés par la vietoire, tuèrent et saccagèrent impunément jusqu’au moment où Tomän-bey leur reprit la ville par un coup de main hardi. Il ne put s’y maintenir que peu de temps. Les Tures reconquirent la ville rue à rue, maison à maison. Au bout de trois jours de lutte, lesultan Sélim offrit aux révoltés une amnistie plénière que huit cents d’entre eux se résignèrent à accepter; sa clémence cachait une trahison. À peine les mamelouks eurent-ils mis bas les armes, qu'ils furent saisis par les soldats du vainqueur, conduits sur la place Rouméléh et décapités. L'incendie et le pillage achevèrent ce qu'avaient commencé la force et la ruse : on dit que cinquante mille habitants périrent. Tomân-bey, contraint d'abandonner de nouveau sa capitale à l'ennemi, se vit réduit à

chercher une seconde fois, sur les champs de bataille, le salut de l'indépendance égyptienne. Il se battit à Gisèh un jour entier avec un admirable mépris de la mort : le lendemain, il fut entraîné dans la fuite des siens, trahi par les Bédouins, conduit prisonnier devant Sélim et, après dix-sept jours de captivité, pendu par ordre de ce dernier sur la porte Ez-Zouêlèh, à un crochet de fer qu’on montre encore aujourd’hui. On assure que le Ture, quelques jours après, se repentit d’avoir fait périr, d’une mort ignominieuse, un adversaire qui n'avait, après tout, eu d'autre tort que de défendre trop bien sa patrie : il se rendit à la mosquée de Mouaîyad non loin de l’endroit où l’on avait exécuté son arrêt, se prosterna et arrosa les dalles de ses larmes comme pour faire amende honorable de son crime.

Ce fut la fin de la domination des mamelouks et le commencement du régime turc. Le dernier calife abbas

side, Moutaouakkil, eut la vie sauve, après avoir transmis sans regret au prince Osmanli toutes ses dignités et tous ses droits. Il laissa, dit-on, deux fils qui moururent dans l’obscurité. La race abbasside disparut lentement et honteusement, consumée sur elle-même comme un bois pourri qu’on jette au feu : la série des sultans mamelouks finit comme la flamme d’une torche rapidement allumée que l'orage éteint.

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