FRAGMENTS DE COLONNES
fois la forme d'animaux et s’introduisent ainsi déguisés dans la familiarité de l’homme. Le sheïkh Khalil el-Medabighi, l'un des savants les plus renommés du Caire, avait un chat noir qui l’aimait beaucoup, ne le quittait jamais et dormait au pied du liten dehors de la moustiquière. Une nuit, le bonhomme entendit qu'on frappait à la porte de la rue. Le chat se leva, ouvrit la fenêtre et demanda qui était là. Une voix bizarre répondit : « Je suis un tel; » — et elle disait un nom étrange. Le djinn : « Ouvre la porte. —
On a prononcé lenom de Dieu sur la serrure, » répondit le chat, « je ne puis rien sur elle. Alors, jette-moi deux petits pains par la fenêtre. — On a prononcé le nom de Dieu sur la huche. — Alors, donne-moi au moins une gorgée d’eau. » La cruche à l'eau avait été assurée contre toute tentative des esprits par le même procédé, et le mendiant se demandait ce qu'il allait devenir, pressé qu'il était par la faim et par la soif, quand le chat lui dit d'aller à la maison prochaine, s'y rendit lui-même et fit son aumône aux dépens du voisin. Le lendemain le sheîkh au lieu de donner au chat un petit morceau seulement de l'espèce de crêpe, fatirék,
qu'on servait d'ordinaire pour le déjeuner, lui en donna la moitié et lui adressa un petit discours bien senti : « O mon chat, tu sais combien je suis pauvre : apporte-moi un peu d'or. »
Mais l’autre, au lieu de répondre, disparut et ne revint plus. Lane tenait cette première histoire