‹ L'ÉgypteChapitre 33 sur 186 · BRODEURS · texte numérisé non relu

BRODEURS

noir richement brodé, et si vaste que plusieurs

isinage, qui, de toutes leurs industries d’autrefois, n’en ont conservé qu'une seule, l'art de fabriquer avec des fils fins de riches broderies. Au temps des califes, leur habileté avait atteint un degré merveilleux. Alors les princes européens tiraient de l'Orient les pièces les plus riches de leur habillement.

Le manteau que le César romain germanique revêtait au jour du couronnement, et qui est aujourd'hui conservé à Vienne dans le trésor, avait été fabriqué par des mains arabes : et les ouvriers n’ont pas oublié d'y broder le tiràz, cet ensemble d’arabesques dont les replis artistiques mettent en relief le nom et le titre du haut personnage qui avait commandé le travail. Venise et Gênes tiraient d'Alexandrie leurs étoffes de soie. Tous les fils d'or qu'employait l’Europe, au temps de ces chevaliers qui aimaient les vêtements de cérémonie richement brodés, venaient de l'Orient, où on les préparait, comme on le sait maintenant, avec des boyaux de bête découpés en longues lanières minces. L'île de Chypre était le marché de cette denrée, dont Alexandrie employait de fortes quantités pour ses broderies. Nous ne savons pas si Saïd pacha, prédécesseur du khédive, fit fabriquer ici sa grande tente d’apparat; elle est en satin centaines d'hôtes y pouvaient trouver place.

La broderie et le tissage sont encore aujourd'hui les plus parfaits des arts orientaux, et sont

pratiqués par les hommes aussi bien que par les

femmes. Une des fleurs les plus délicates de

l’anthologie arabe est consacrée à une jeune tisserande. En voici les derniers vers

Les fils tremblent, tandis qu’elle

Pousse le léger fuseau,

Comme le cœur du poè

Il écrit des vers d’amo

Écvrre, I.

te, quand ur.

Souvent, lorsqu'elle tient sur le métier Le tissu frémissant,

Je la compare au destin, qui

Joue avec nos cœurs.

Souvent aussi quand, dans le cercle des fils, Je la vois à l’œuvre,

Elle m'a rappelé un chevreuil

Pris dans les rets des Chasseurs.

Aujourd'hui encore la filature orientale est tenue en grande estime. Elle a pourtant perdu beaucoup, de même que l’art du brodeur; cependant ils ne périront pas tant que les Arabes conserveront leur goût pour les vêtements riches et les tapis moelleux, et que les femmes aimeront à revêtir leurs petits pieds de pantoufles sur lesquelles brille, à côté de l'or, la lueur d’une perle et l'éclair d’une pierre précieuse.

Nous voici à la porte du mystère oriental : ce n’est pas dans Alexandrie à demi européenne que cette porte s'ouvrira pour nous. En avant donc vers le sud, à travers le Delta, cet éventail de verdure à la poignée duquel, selon l’expression du poète, luit, comme un diamant pré-

cieux, le Caire.

RP

EN

JA le signal retentit : un coup de sifflet, et nous voilà emportés vers le sud par la voie ferrée. Les maisons et les villas que nous laissons sur la droite, les coussins en maroquin sur lesquels nous avons pris place, l’apparence des billets de place, les longs fils de métal qui courent de chaque côté, rapprochant la pensée des hommes de même que les rails rapprochent leurs habitations, la forme des locomotives et des voitures, comme

tout cela est profondément européen! Oui, et les machines sont chauffées au charbon, avec le charbon noir

auquel nous sommes accoutumés, non pas avec des fragments de momie, comme récemment encore un voyageur américain le contait à ses lecteurs! Pourtant, nous sommes en Orient! Ici, se bercent des palmiers; là, s'élèvent des minarets ornés du croissant ; la poussière, qui ne pénètre que trop abondamment par la fenêtre ouverte, est la poussière authentique et non contrefaite du désert. Le tarbouche et la tête noire du conducteur, qui se montre maintenant, n’appartiennent pas à un européen ; les billets portent des lettres et des chiffres arabes à côté des lettres et des chiffres français. qui supportent les rails ont un aspect particulier : la

Les travers vallée du Nil est si peu boisée qu'on les a faites en fonte de fer, non pas en chêne, comme chez nous.

À gauche, on aperçoit les voiles des bateaux qui naviguent sur le canal Mahmoudiyèh; à droite, l’ancien lac Maréotis étend ses eaux. Autrefois, au temps de cette Alexandrie ancienne que nous avons essayé de faire connaître au lecteur, ses ports profonds et

bien abrités renfermaient des milliers de vaisseaux, et sur ses rives s’alignaient maison de campagne après maison de campagne, vignoble après vignoble.

« Voici le vin de Thasos, voici le vin blanc de Maréa, » chante Virgile. Strabon dit, à l'éloge de ce vin, qu'il portait bien le grand âge; Athénée, qui en avait bu à plus d’une table dans Alexandrie même, vante sa teinte lumineuse, son bouquet délicieux, sa légèreté, son innocuité, et assure qu'il ne montait pas à la tête. Horace, lui aussi, célèbre le jus de la grappe maréotique. Comme la plupart des bons crus égyptiens, le maréotique venait sur les berges que n'atteignait pas l’inondation et que ne recouvrait pas le limon gras du Nil.

PAra:

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