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Mais depuis? Un sentiment d’épouvante glace notre sang, quand nous jetons les yeux sur les
g; plaines désertes et sur les misérables ruines grises qui nous entourent. Pendant les premiers 8 I
siècles de l’ère chrétienne, Suïs est encore citée comme étant le siège d’un évéché. Plus tard nulle mention n’est faite de son existence : quant à son passé, il vivra toujours dans la mémoire des hommes.
Le bateau nous emporte plus loin vers le Nord. Il fait déjà sombre. Nous songeons à cette fête nocturne de la Neïth de Saïs, qu'on appelait /« fête des Lampes : alors, chaque citoyen allumait son flambeau, et une illumination brillante, à laquelle l'Égypte entière pre-
nait part, changeaït la nuit en jour. Trois heures de navigation, et nous jetons l’ancre dans
le port d’une jolie ville, lhospitalière Dessouk. Le sommeil ne dure pas longtemps sur les Ë L
lits durs du bateau, et le soleil d'Égypte est un réveille-matin auquel on résiste difficilement.
Des Bédouins, qui se rendaient au marché des chameaux, avaient planté leur tente auprès
du débarcadère. Vers l’aube, ils sortirent en plein air pour prier, la face tournée à l'Orient. Le ciel rougit, et quand le disque du soleil, dans son éclat et dans sa force, perça le brouillard du matin, je songeai ici pour la première fois à ces versets sublimes de la Bible, que maint lever de soleil m'a souvent depuis rappelé en Orient :
Le soleil a dressé sa tente au ciel ; Dans sa course victorieuse.
Il en sort comme un fiancé Parti de l’extrémité du ciel,
De sa chambre nuptiale, Il s’avance jusqu'à l’autre extrémité, Ef se réjouit, comme un héros puissant, Et remplit le monde de splendeur!
Il y à en Orient des gens qui se rendent de bonne heure à la prière, personne qui dorme longtemps. On ne peut se dispenser de prier au lever du soleil, car on tient pour malsain de permettre au soleil de briller sur une tête de dormeur, et les heures fraîches du matin sont les heures les plus agréables du jour. Aussi trouvons-nous chaque Arabe prêt à faire l’ablution
première du matin, dès qu'il peut distinguer « un fil blanc d’un fil noir. » C’est aujourd’hui,
à Dessouk, marché hebdomadaire et marché aux chameaux : devant la mosquée du saint
Ibrahim, paysans et Bédouins, en groupes pittoresques, font affaire, bavardent , jouent les uns ? Ù ? [æ] Fr} LE
avec les autres. La coupole majestueuse de la Gama (1) vient d’être fraîchement peinte, car
bientôt, huit jours après la foire de Tantah, le jour de fête (molid) du saint de Dessouk, dont la renommée ne le cède, en Egypte, qu'à celle du saint Sévid el Bédaoui, de Tantah, sera 2 D ? v : ?
fétée par la prière et le marché annuel, par des récitations du Coran, enfin par des danses religieuses et des réjouissances publiques.
à nono aller € JvoronS Pan les ne es tien de plus vraiment oriental que tout ce que nous voyons. Parmi les femmes qui apportent au marché des légumes et de la volaille, ou vont en groupes animés s’approvisionner
d'eau pour les besoins de la maison, se glisse plus d’une apparition pittoresque. Dessouk s’élève-t-elle, où non, sur l'emplacement de l'antique Naukratis? C’est là un problème dont la solution absorbe toute notre attention.
Qu'était-ce que Naukratis?
La ville précurseur d'Alexandrie ; pendant des siècles, la seule cité en Égypte où il fût permis aux Grecs de s'établir et de commercer sans opposition; pour la vallée du Nil, ce que la factorerie hollandaise de Desima fut longtemps pour le Japon. Les Grecs surent tirer
(1) Mosquée.
bon parti du droit qu'ils avaient de s'y établir. Ioniens, ? . .
Doriens, Éoliens, s'y unirent en une sorte de ligue han-
séatique, chacun avec sa représentation particulière et un sanctuaire unique qui les réunissait tous, l'Hellénion, auprès duquel les Samiens construisirent à Héra, les Milésiens à Apollon, les Éginètes à Zeus, des temples particuliers. La riche colonie resta en rapports étroits avec la métropole, contribua de son argent aux cons-
tructions publiques de l’Hellade, reçut comme hôtes les exilés que la politique chassait de la patrie, et sut leur offrir, comme à elle-même, une existence parée de tous
les charmes de la vie grecque. Naukratis était sans rivale pour la beauté de ses fleurs et de ses femmes. La Grèce
entière vanta les charmes de Rhodopis que le frère de
Sappho, Charaxos, prit pour femme, et dont la mémoire
était célébrée fort tard encore par la tradition et par la
légende.
Où s'élève aujourd'hui Dessouk, devait se dresser au-
trefois cette Naukratis, mais nous cherchons en vain quel-