MOSQUÉE DE SAINT IBRAHIM A DESSOUK
Écvrre, IL
co
dans les mosquées ou les maisons privées, ou couchés sur le sol à ciel ouvert, mais aucun édifice, aucune inscription des temps antérieurs. Beaucoup de maisons de belle apparence, ornées de balcons, élevées à plusieurs étages, et presque européennes d'extérieur, sont comme des témoins parlants de l'importance qu'eut Rosette dans les temps postérieurs. Elle réussit à attirer chez elle une grande partie du commerce alexandrin, entre autres le trafic des produits naturels de l'Égypte, mais elle dut céder le pas à sa rivale, quand le canal Mahmoudiyèh eut rouvert les communications entre Alexandrie et le Nil. Partout on éprouve l'impression dune ville trop spacieuse pour ses vingt mille habitants : c’est comme un ancien palais dans les salles duquel se disséminent des familles de bourgeois. Les jardins de Rosette sont charmants et bien entretenus : la ville s'appelait en copte Ti Rashit, qu'on peut traduire par la ville de lu Joie. En sortant par la porte du nord, on rencontre quelques ouvrages de défense, entre autres le fort Saint-
Julien. C’est là que, en 1799, au temps des Français, le capitaine du génie Bouchard recut l'ordre d'élever une redoute : pendant
les travaux ses ouvriers trouvèrent une pierre qui devait rendre son nom immortel et donner au nom de Rosette un nouvel éclat. Qui n’a jamais entendu parler de la pierre où mieux de la clef de Rosette, de ce respec-
table monument qui porte trois inscriptions et qui à permis aux savants européens d'ouvrir la bouche du sphynx égyptien, fermée depuis des milliers d'années, en d’autres termes, de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens? Le hasard des batailles à fait tomber cette stèle inappréciable aux mains des Anglais qui l'ont placée avec le respect qu’elle méritait, dans le Musée Britannique. Par quel moyen on
arriva, à laide des inscriptions en langue
égyptienne et de leur traduction en grec que porte la pierre, à déchiffrer l'écriture hiéroglyphique, nous aurons bientôt l’occasion de le raconter au lecteur, en présence d’un autre monument, aujourd'hui conservé à Boulaq, près le Caire, et qui est venu confirmer les résultats obtenus par les égyptologues.
Un des coins du monument fait défaut quelle chance inappréciable aurait celui qui viendrait à le retrouver! Mais nous nous sommes déjà trop longtemps attardés à cette pointe vers le Nord. Au matin du jour suivant, nous remontons sur notre bateau, et
refaisons à la voile la route que nous avons
déjà parcourue, jusqu'à Dessouk; là, nous prenons de nouveau le chemin de fer, et nous atteignons, au commencement de la foire le but de notre voyage.
Tantah est une ville égyptienne de moyenne grandeur, résidence du moudir d'une province importante. En face de la gare commence une rangée de belles maisons bâties en style demi européen ; le chàteau du vice-roi rappelle une caserne et est aussi vaste qu'il est laid; la poussière blanchâtre qui recouvre les larges chaussées est brûlante sous l'influence du soleil de midi. Suivons une des rues étroites,
ombreuses et fraîches qui conduisent dans
l'intérieur de la ville, et ne présentent à la
FENÊTRE DE HAREN. manière arabe qu'une série de murs com-
plètement nus. (à et là, pourtant, une
moucharabièh fait saillie sur la paroi grisâtre, ou bien les délicates découpures d’un mon-
tant ou d’un arceau de porte, viennent réjouir notre regard. Nous retrouverons au Caire tous ces détails en plus beau et en plus grande quantité.
Nous voici maintenant dans le bazar principal, le grand marché (souk) de la ville. Il est malaisé de se frayer un passage à travers la foule qui y afflue de toutes parts, plus malaisé encore d'enlever de haute lutte une place devant une des boutiques étroites et pressées l’une contre l’autre où les marchands étalent leurs denrées. Mais que pourrait-on acheter ici dont on ne trouve un plus grand choix dans la ville des califes!
Nous nous laissons emporter au flot de la foule et bientôt nous sommes devant la mosquée neuve. Elle est grande et bien entretenue, mais l'incorrection de ses formes satisfait médiocrement le regard; l’œil ne s’en arrête que plus volontiers sur la médréséh
(l'école) attachée au temple, et qui est une charmante construction du vieux temps. PORTE D'UNE MAISON ARABE.
Juste en face reluisent les vitres brillantes et les flacons diversement colorés de la pharmacie, établissement indispensable dans une ville qui possède un grand hôpital. L’apothicaire se trouve être un Allemand instruit, qui a jadis entrepris de longs voyages et rendu dans son pays plus d’un service aux sciences naturelles. Sa boutique pourrait être prise par bien des pharmacies européennes comme un mo-
ZÉNAB.
Écypre, I. és
déle de propreté éblouissante; nous nous y installons, pour contempler aujourd'hui la presse
bariolée des gens qui se précipitent dans l’intérieur de la mosquée, et pour assister le lendemain matin, vendredi, à la procession solennelle par laquelle s'ouvre la foire, et qui se termine au tombeau du saint Sévid el Bédaoui.
Nul pèlerinage en Éey] te n’attire autant de monde. Trois fois dans l’année on célèbre ici des fêtes. En janvier et au moment de l’équinoxe de printemps, les pèlerins arrivent par dizaines de mille; au temps du grand Molid, à la fête de la naissance du saint, vers la fin d'août, leur nombre dépasse souvent un demi-million.
Ces multitudes ne se réunissent pas seulement en l'honneur de la religion : des motifs tout à fait profanes les attirent encore à Tantah. L'offre et la demande se font en grand à la foire, et, même pendant le pèlerinage de la Mecque, les Musulmans ont la permission de se livrer au trafic. Chevaux et chameaux, bêtes à cornes et à laine, arrivent ici en immenses troupeaux, et sont mis en vente; la spéculation sur les produits du sol est considérable, et, dans l’intérieur de la ville, des articles de toute nature sont vendus dans des échoppes comme on fait chez nous pendant les marchés annuels. Souvent on aperçoit derrière l’étalage, le fabricant en pleine activité : c'est une marque que les marchandises offertes sont de première main et que le maître peut répondre lui-même de la valeur de son propre travail. Les garoottes sont assiégées; mais Phomme distingué se contente d'y acheter, en guise de goûter, un morceau de pain de dattes. C’est une pâte formée de dattes dont on à retiré les noyaux et qu'on à pétries ensemble : elle attire, plus encore que les acheteurs, les mouches, auxquelles le marchand livre une ba-
taille perpétuelle.
Comme les éperviers suivent un convoi d'oiseaux voya-