LE ( PÈRE AUX CHATS ) QUI ACCOMPAGNE LA CARAV
qui emmenait avec elle plusieurs chats et s'appelait la € mère aux chats : » aujourd’hui, c’est un homme qui les conduit. Üette coutume étrange devait peut-être l'existence au souvenir des chats qu'on transportait à Bubastis, lors des pèlerinages vers l'Orient.
Quand notre déesse a sa tête de lionne, les monuments l’appellent aussi Astarté, et racontent qu'elle accordait aux peuples d'Asie une protection spéciale. Il n’y à point de doute que, de bonne heure déjà, on rencontrât beaucoup de Sémites parmi les habitants de
Bubastis. Les Sémites pullulaient dans toute la partie orientale du Delta, et il y avait peu
de localités qui, même au temps des Pharaons, ne possédassent un nom sémitique à côté ; ; de leur nom égyptien.
La capitale, d'où la province allouée à la race de Joseph tirait son nom de « Gosen, » s'appelait Pa où Pha-Xos. Les Hébreux l’appelaient Grosen ainsi que son territoire : aujourd'hui encore s'élèvent, auprès du village arabe de Fakoûs, des monceaux de ruines, au milieu desquelles nous avons trouvé le nom du Pharaon de l'oppression.
On peut à présent gagner Fakoûs en chemin de fer : autrefois nous nous y étions rendus
à cheval, et avions ainsi parcouru les terres cultivées et les parties désertes du Delta. Nous trouvions un accueil hospitalier chez les fonctionnaires égyptiens, chez les marchands de
coton grecs, dans la maison des riches propriétaires campagnards. Nous n’oublierons jamais la nuit que nous passâmes, dans les environs de Fakoûs, avec un jeune Anglais qui, après avoir installé chez un bey les machines à vapeur dont on se sert pour purifier le coton, et le séparer des graines qu'il renferme, demeurait là pour les conduire et les réparer au besoin. Depuis deux années, mon hôte dirigeait les plantations et les établissements industriels de son patron turc, et sa charmante jeune femme l'avait suivi en Égypte. On ne peut rien imaginer de plus solitaire que la vie de ce couple sans enfants. Tous deux avaient renoncé aux joies du présent pour s'assurer les moyens de mener dans leur patrie une existence indépendante. Ils avaient toujours devant les yeux un but fixe, un chiffre à atteindre. Aussitôt qu'ils auraient complété la somme dont il s'agissait, ils étaient prêts l’un et l’autre à quitter RTE immédiatement les plaines plantureuses qui les entouraient à perte de vue de leur immensité monotone; mais pas avant! Pour atteindre ce but, l'homme et la femme s’imposaient mille privations. Nul ornement, si misérable fût-il, dans les chambres larges et pauvrement meublées de leur habitation; aucune goutte de vin n’avait jamais brillé dans les quelques verres qui leur appartenaient; ils repous
aient aussi résolument l’un que l’autre les enchantements d’un voyage à Alexandrie ou au Caire; rien ne les rattachait au monde qu'un journal anglais, et un petit tas de lettres déchirées à force d’avoir été lues. Je les vis éparses sur la table à ouv rage de la douce créature, que les femmes arabes du village évitaient comme une maudite, parce qu'elle montrait aux hommes sa charmante figure non voilée. « Voici deux ans, me ditelle, que je n'ai parlé à aucune Européenne; je ne comprends pas les femmes arabes et elles me méprisent de tout cœur. » J'avais avec moi quelques bouteilles de vin rouge, j'apportais maintes nouvelles du monde et de la vie : nous passâmes la moitié de la nuit à causer, et on me dit adieu comme à un frère, quand je fs amener mon alezan superbe pour aller à
Le]
travers Gosen jusqu'à Zoan, la Sân d'aujourd'hui, la ville où Moïse accomplit ses miracles devant Pharaon.
La première partie de notre route passait à travers un pays bien entretenu, coupé de canaux, et différant fort peu de celui que nous avions rencontré dans notre voyage à Rosette. Auprès
de quelques maisons de pa
sans, je trouvai des jardins potagers en pleine prospérité; parmi les palmes, plus d’un arbre et d’un arbuste européen, même le blé d'Égypte avec ses lourds épis, me rappelèrent le souvenir de la patrie. Les champs cessèrent enfin, et je mis le pied sur le sol du désert, sol stérile, couvert çà et là d’efflorescences salines comme d’une mince couche de glace. Bientôt la solitude m’enveloppa de toutes
parts, et pour la première fois je ressentis, en même temps
que le charme merveilleux de l'isolement au désert, cette émotion étrange qui s'empare si aisément de l'esprit du voyageur, et dont on retrouve les effets dans la brillante imagination des Arabes. Ils peuplent en effet ce désert sans vie d'un monde de formes fantastiques et merveilleuses. Ici s’as-
semblent et habitent les races des esprits, ici se donnent
rendez-vous les djinns et les goules, qui traversent l'air sur
des montures bizarres en formes d'animaux, sauterelles, pores-
épics, araignées. Les plus pieux parmi les fidèles croient à leur existence, car le prophète lui-même s’inquiéta de leur sort. Beaucoup d’entre eux se convertirent à l'Islam; d’autres sont méchants, tourmentent les hommes, et ont le diable pour maître. Les djinns s'élèvent jusqu'au ciel pour en surprendre les mystères; mais les anges font bonne garde, et les étoiles filantes, que le voyageur campé au désert voit tomber pendant les nuits tranquilles, sont les traits enflammés qui rejettent à terre les esprits rebelles.
Quand vous traversez le désert silencieux, parfois, aux heures de la prière, un appel éclatant, prolongé, vient frap-
per votre oreille. Votre œil n’aperçoit aucun être vivant,
et pourtant les sons deviennent de plus en plus distincts. Une crainte lécère vous saisit, vous escaladez en hâte la 2? MOMENT D ÉGEPrE Crétcun rectum):
, entouré
colline qui vous masquait l’horizon, et vous vo;
de ses brebis bariolées, un berger solitaire qui, de sa voix la plus forte, lance sa prière au vent. Les esprits entendront l’isolé, et lui rendront témoignage au jour du jugement. Ne ressemblent-ils pas aussi à des spectres ces voyageurs arabes, perchés sur leurs chameaux, enveloppés de vêtements clairs, muets et accompagnés de vautours, lorsqu'aux heures du crépuscule ils s’avancent sur les routes silencieuses du désert?
Ce sont là les terreurs du désert : il à aussi des attraits irrésistibles que je décrirai ailleurs. Ici, la course à travers la solitude n’est pas de longue durée, et les hommes ne sont pas rares. Trois fois nous rencontrons des Bédouins, reposant sous leurs tentes basses avec quelques chameaux et de petits troupeaux de bétail amaigri. Un peu avant le coucher du soleil, nous atteisnons la bande étroite de terre fertile qui borde l’ancien bras tanitique du Nil. Au temps des Pharaons, il arrosait la partie la plus considérable de Gosen plus abondamment qu'il ne
fait aujourd'hui. On l'appelle à présent canal Moezz, canal de Sân el-hager. De l’autre côté de l'eau sont les huttes de pêcheurs du bourg de Sân. Nous appelons : personne ne paraît pour nous conduire à l’autre bord. Un pêcheur d’un village voisin, qui s'était attaché à mes pas, me proposa de me porter à travers les bas-fonds. En moins de rien, il eut retiré sa chemise de fellah, s'accroupit, et m'invita à monter sur son large dos. J'hésitai, car je me sentais sous le coup d'une surprise étrange; il me semblait qu'un des sphinx hyksos de Sän, dont nous ferons
bientôt la connaissance, ressuscitait et m'invitait à l’enfourcher. Combien de générations se
sont transmises en héritage ces pommettes saillantes, ces lèvres puissantes, ces formes trapues, musculeuses, si différentes du type national égyptien élégant et élancé! Et je ne suis pas