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PIED DE PAPYRUS

d’entre eux était appelé protokollon, protocolle. Les longues bandes de papyrus ne pouvaient naturellement se conserver que si on les roulait. Chaque livre devenait un rôle, et-ce mot s’est maintenu avec ce sens dans notre langue de théâtre. Les anciens employaient déjà pour écrire des encres de deux couleurs différentes : la noire servait au texte, la rouge était réservée aux têtes des chapitres. De là nos rubriques. Les Romains appelaient communément le papier charta ou curta : c’est chez nous charte et carte.

Nous connaissons diverses espèces de papiers écyptiens. Chacune tirait son nom, soit du lieu d’origine, saïtique, tantitique; soit d'une personne haut placée, Hvienne, cornélienne; soit de l'usage auquel elle servait, Aiératique, papier pour billets de théâtre, papier-sac. Des rouleaux de papyrus de

aordinaire et de belle conservation sont arrivés

grandeur extr jusqu'à nous. Cette substance avait été découverte en Égypte de fort bonne heure, dès avant le temps des pyramides : son plus grand emploi coïncide avec la splendeur d'Alexandrie.

Le papyrus cultivé dans le nome Sébennytique était particulièrement renommé. Sur l'emplacement de la capitale de ce nome, où naquit l'historien Manéthon, s'élève aujourd’hui Samanhoud. C’est un misérable village sur la rive gauche du bras de Damiette; nous passons devant lui en quittant Mansourah pour remonter le courant.

Mansourah, /& victorieuse, est, après Tantah, la ville la plus importante de l’intérieur du Delta. C’est la capitale de

la riche province Dakhaliyèh, où le commerce du coton a attiré nombre d'Européens, surtout des Anglais, des Allemands et des Suisses. Mansourah est relativement une ville neuve

elle fut construite sur l’ordre du calife Malek-el-Kâmel, vers 1220, pendant les croisades, après la prise de Damiette par les chrétiens. En ce temps, on trouvait dans le voisinage un pont solide qui reliait les deux rives du fleuve : aujourd'hui, on n'arrive qu'en bateau à Talkha, vis-à-vis de Mansourah, où est la station du chemin de fer. On doit prochainement

construire ici un pont de fer portant deux voies ferrées.

Il n’y à pas grand’chose à dire sur la ville actuelle de Mansourah; mais plus d’un souvenir mémorable s’éveilla en nous, quand nous visitâmes la chambre modeste dans laquelle un des plus puissants rois d'Occident vécut quelque temps prisonnier. Louis IX de France fut battu, sous les murs de Mansourah, par l’armée du jeune sultan el Mo'azzam Touranschah, et dut se rendre aux infidèles, avec son frère Charles d'Anjou et la fleur de la chevalerie

française. Le sultan traita son ennemi prisonnier avec considération, mais fut tué par ses propres soldats : Louis et ses barons recouvrèrent la liberté, le 6 mars 1250, au prix d’une lourde rançon et de l'évacuation de Damiette.

Avec un bon vent, on peut aller de Mansourah à Behbît el Hagar, l’une des plus remarquables parmi les villes ruinées de l'Égypte. Rien de plus gai, pendant cette traversée, que la vue des champs bien cultivés sur les deux rives du fleuve. Je débarquai en face du bourg d’'El-Ouish, auprès d'un vieux quai; et, à peine me fus-je enfoncé dans l'intérieur que je me crus transporté en Europe. Je rencontrai rarement un palmier; les arbres que je trouvais sur mon chemin étaient des peupliers blancs, des tilleuls, des saules, auxquels se mélaient, il est vrai, des acacias du Nil, des Zebakhs, des tamarindes, et des arbrisseaux bernoûf. Je marchai bon train, et, au bout d’une bonne demi-heure, je me

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