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par là donna à la basse Egypte un cœur nouveau, où débouchèrent toutes les veines qui por-
taient la vie au pays. Puis, quand les armées de l'Islam eurent soumis la vallée du Nil, quand leurs chefs, fuyant Alexandrie et Memphis, construisirent, sur la rive orientale du Nil, auprès du château romain de Babylone, Fostât d'où sortit plus tard le Caire, et en firent leur rési-
dence, la ville nouvelle succéda aux droits et aux possessions de la vieille cité des Pyramides :
. 5 ,, . fl : ‘a 11] an 4 quelques siècles après, celle-ci n’était plus qu'une ruine, mails une Tüne sans eg pas sept cents ans que le savant et infatigable Abd-al-Latif, de Bagdad, la visi
ale. Il n’y a ait et mettait
ce qu'il y avait vu par écrit. « Malgré l’immense étendue de cette ville et la haute antiquité « à laquelle elle remonte, nonobstant toutes les vicissitudes des différents gouvernements dont Écvrre, I. 36
« elle à successivement subi le joug, quelques efforts que différents peuples aïent faits pour
€ l'anéantir, en en faisant disparaître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jusqu'à ses plus
« légères traces, transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite, € dévastant ses édifices, mutilant les figures qui en étaient l’ornement, enfin, en dépit de ce € que quatre mille ans et plus ont dû ajouter à tant de causes de destruction, ses ruines € offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l’intelli- « gence, et que l’homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire. Plus on la € considère, plus on sent augmenter l'admiration qu’elle inspire; et chaque nouveau coup sement. »
€ œil que l'on donne à ses ruines est une nouvelle cause de ravi
Nous ne pouvons ici énumérer un par un les monuments qui excitaient l’étonnement d'Abdal-Latif, et qui ont disparu depuis longtemps. Les lions qu’il vit dressés en face l’un de l’autre étaient sans doute des sphinx. Tout le sol était couvert de ruines et de débris de murailles: le nombre des colosses brisés, parmi lesquels il eut l'occasion d'admirer la statue de Ramsès IL dont nous avons parlé plus haut, était immense. Après Abd-al-Latif, on ne pensa plus que rarement aux restes de Memphis. Ils disparurent peu à peu : on transporta pierre après pierre sur l’autre rive du Nil, et plus d'une sculpture vénérable fut mise en pièces dans des accès de fanatisme insensé. Vers le milieu du XV° siècle, un émir fit briser la « Chapelle Verte, » si souvent admirée, taillée dans un seul bloc monstrueux de pierre aussi dure que l’acier, et recouverte néanmoins de figures et de légendes. La statue en or, aux yeux de pierre précieuse, gardée jadis dans cette œuvre merveilleuse, consacrée peut-être à Khonsou, le dieu Lune, avait disparu depuis longtemps. Abd-al-Latif décrit, avec une indignation profonde, la soif d'or qui dévorait ses contemporains comme une maladie: il nous apprend que toutes les parties des ruines, même les mieux cachées, étaient fouillées systématiquement par des chercheurs de trésor à qui tout ce qu'ils trouvaient était bon. Les crampons d’airain furent arrachés des maçonneries, les gonds enlevés aux montants des portes, les colosses percés pour y chercher des trésors. Ils s'introduisaient dans les fissures de la montagne, comme des voleurs dans une maison, se gli
aient en rampant sur le ventre par chaque ouverture : beaucoup d’entre eux perdirent ce qu'ils avaient en recherches infructueuses, et d’autres, qui n'avaient rien, entraînèrent mainte personne riche à jouer leur fortune, et aussi leur bon sens, sur l'espoir d’acquérir des trésors considérables. On oubliait mille désappointements, sitôt que se répandait la nouvelle d’une trouvaille heureuse. Enfin, ces ruines dépouillées refusèrent la récompense avare qu'elles avaient parfois accordée à tant de peines; le cultivateur chassa le chercheur de trésors, et contraignit le sol de Memphis à produire, sous formes de céréales et d'arbres à fruit, un or mieux gagné.
Et maintenant, en nous dirigeant vers l’ouest et en parcourant le sable jaune des champs de pyramides et de tombes, nous savons ce qu'était la ville qui y déposa ses morts dans le plus gigantesque des cimetières. Commençons notre tournée par le nord, et visitons en premier lieu les plus grandes des pyramides, celles qui empruntent leur nom au village voisin de Gizèh. D'excellentes voitures, roulant sur une bonne chaussée, nous amènent en une grande heure à la porte de notre hôtel. Les gens du Caire vont souvent, le dimanche, visiter les pyramides par manière de passetemps : il n’y a guère de « promenade à la campagne » qui présente autant de charmes et soulève autant d'émotions de toute sorte.
Dès le matin, la voiture, attelée de chevaux rapides, traverse à grand fracas le pont de fer qui réunit le Caire à la belle île de Gezirèh. Bientôt après nous laissons derrière nous l’île