CATACOMBES D'ALEXANDRIE
jusqu'à l’époque chrétienne. Aujourd’hui encore, lorsqu'on visite les environs de la colonne de Pompée, et qu'on s’avance, le long de la mer, dans la direction de l’ouest, on trouve, creusées dans les rochers du rivage, des grottes, et plus loin, s’enfonçant dans l’intérieur des terres, des catacombes de grande étendue. Les citoyens d’origine égyptienne embaumaient leurs morts : les Grecs s’en tenaient à la coutume nationale du bûcher. :
A l'est du Bruchion habitaient les Juifs. Ils avaient là un quartier spécial, et se maintenaient en relation étroite avec leurs frères de Palestine. A de certains moments, îls possédaient plus de richesse et plus d'influence que toutes les autres parties de la population; à d’autres, ils s’attiraient, par leur faute, de dures épreuves.
Ces quartiers étaient sillonnés par un réseau de rues à travers lesquelles chevaux et voitures pouvaient circuler aisément. Ils aboutissaient à deux grandes rues qui s’entre-croisaient. La plus longue, dirigée du sud-ouest au nord-est, allait de la nécropole au quartier juif, et se
terminait, à lorient, près de la porte de Canope, aujourd’hui porte de Rosette. L'autre coupait la première à angle droit, et courait entre deux portes, la porte du Soleil et celle de la Lune. Une couche de terreau, qu'on a trouvée récemment dans les débris du pavage, semble indiquer qu’elle était ornée de plantations. Toutes deux étaient belles et de largeur insolite, quatorze mètres d’un côté à l’autre. Sur leur dallage de granit poli circulaient, sans encombre, les attelages des riches, les voitures de charge, les brillantes cavalcades qui rentraient de l'hippodrome par la porte de Canope; et, en cas de trop grande chaleur ou d’une averse, les piétons trouvaient un asile sous les larges arcades qui abritaient les trottoirs. Aujourd'hui, les portes du Soleil et de la Lune ont disparu, les colonnades se sont écroulées, de nouvelles couches de terre recouvrent le dallage antique. Toutefois, il y a quelques années encore, les conduites d’eau qui cireulaient sous les dalles auraient pu être rendues à leur usage primitif. Il reste peu de vestiges d'habitations privées; pourtant le chercheur, s’il quitte le quartier des Européens aisés et s'enfonce dans les parties habitées exclusivement par les Égyptiens, à l’ouest de la ville, s’il longe le rivage de la mer ou va se promener en plein champ au delà de la porte de Rosette, rencontre encore mainte trace de maisons ou de constructions antiques : il ny a qu'à ouvrir les yeux.
Sans doute, on ne peut s'attendre à découvrir des monuments de valeur artistique : ce sont des citernes du temps passé, des fondations de temples et de palais, des montants de
porte, des seuils, des fragments d’archi-
trave en marbre; dans les mosquées, des
FEMME SUR LES RUINES D'ALEXANDRIE. colonnes de belle facture volées aux sanctuaires grecs, un sarcophage en
pierre métamorphosé en auge et dans lequel un âne apaise sa soif, un fût de colonne, dont son, où qui dort,
une mère arabe se sert comme de siège pour donner le sein à son nourr à moitié cachée dans le sable et perdue dans l’herbe du désert.
Du port intérieur, situé sur le lac Maréotis, à la mer, et de la mer au port intérieur, le commerce d'Alexandrie suivait quotidiennement la même voie. Aux jours de fête, le peuple se répandait dans les belles rues et se portait au Bruchion. Là, s'élevaient les palais des rois, le musée et sa bibliothèque, les temples les plus nobles des dieux grecs, le Sôma où reposait le corps d'Alexandre le Grand, le cirque et le théâtre, le gymnase, le stade avec sa piste en forme de méandre, et maints autres édifices publics, vers lesquels les employés de marque, les savants et les artistes, la jeunesse libérale et la foule avide de plaisir, se précipitaient à l’envi.
Théocrite nous fait assister, presque en témoins oculaires, à la fête d'Adonis, et nous donne le spectacle de la multitude qui se pressait, ce jour-là, dans les rues. Deux amies, Gorgo et
Écvrre, I. 3
Praxinoa, femmes de deux Syracusains établis à Alexandrie, se rendent à la fête : à en Ju ger d'après leur conduite, elles auraient pu naître au dix-neuvième siècle après Jésus-Christ aussi bien qu'au troisième siècle avant l'ère chrétienne.
Gorgo apparaît, et Proxinoa donne des ordres à la servante :
Vite un siège, Eunoa;
Ajoute aussi un coussin.
Sitôt que Gorgo s'est a a repris haleine, elle soupire :
Oh! que mon cœur bat! c’est à grand’peine que j'ai échappé saine et sauve,
Praxinoa ! si grande est la foule et si nombreux les chars à quatre chevaux !
Partout de lourdes bottes, et partout des
porteurs de chlamydes!
La route n’en finit pas et tu demeures si loin de moi!
Praxinoa se plaint de son lourdeau de mari, qui a loué cette
misérable maison « au bout du monde, » — peut-être dans le voisinage de la porte du Soleil. Gorgo lui conseille de ne point parler du père en présence de l’enfant et crie au marmot :
Allons, Zopyrion, mon doux garçon, ce n’est point de papa qu’on parle.
Mais le petit gamin a l'esprit éveillé, aussi la tante Gorgo ajoute-t-elle
L'enfant comprend, par la sainte déesse !
Enfin la toilette de Praxinoa s'achève, grâce à la servante, qui ne
ne - 3 De Sort pas sans réprimande de la bagarre, et Gorgo s'écrie
Praxinoa
comme cette tunique plissée Te va bien! — A combien te revient-elle, toute tissée ?
À quoi l’amie répond :
Ne m'en fais pas souvenir, Gorgo, — plus de deux mines de bon argent! Encore ai-je dû mettre toute mon âme au travail.
La parure finie, elle se fait apporter le manteau, poser proprement le chapeau sur la tête, remet le marmot à la bonne, donne ordre de faire rentrer le chien à la maison, de bien fermer la porte, puis descend dans la rue avec son amie, pour se rendre au Bruchion, dans le palais royal.
Elles arrivent sans encombre, à travers la presse, jusqu’à la porte même, mais là, la foule devient plus compacte, et Praxinoa s’écrie :